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Vierzonitude

Le blog dont tout le monde parle mais que personne ne lit


Vierzon de A à Z

Publié par vierzonitude

Art déco

Sous-titre : De Denbac au square Lucien-Beaufère

La période Art déco a profondément marqué Vierzon grâce à trois hommes : Eugène-Henry Karcher, rien à voir avec le nettoyeur haute-pression. René-Louis Balichon et René Denert. Et entre l'Yèvre et le canal de Berry, Karcher, architecte-statuaire plante un jardin art-déco. Le square Lucien-Beaufrère est classé Monument historique depuis 1996.

Les initiés l'appellent plutôt le square Lucien-Beaufère, square pour square (jardin fermé) et Lucien-Beaufère pour rendre hommage au maire de Vierzon qui administra la ville de 1929 à 1935. C'est lui qui suit les travaux initiés par son prédécesseur, Emile Péraudin, sur les terres de l'ancienne abbaye bénédictine de Saint Pierre.

Avec ce jardin, l'art-déco s'offre une vitrine à Vierzon. En plus de l'ex-garage Citroën qui abrite aujourd'hui le théâtre Mac-Nab, avenue de la République; l'ancienne Poste, près de la mairie, habillée en magasin de prêt-à-porter féminin; les anciens bureaux du journal local Le Berry républicain (frise de lys très prisée à l'intérieur); et un commerce rue Théodore Roosevelt; des maisons éparpillées dans les rues Vierzonnaises érigent encore haut les couleurs de ce qui fut un style à part entière, entre 1918 et 1940.

Au patrimoine bâti, paré du style Art-déco, s'ajoutent les céramiques du monument au morts, du bassin et de l'auditorium du square Lucien Beaufrère, signés Denbac, cette même marque qui aujourd'hui fait fureur auprès des collectionneurs...

Art dé... quoi?

Le style Art déco tire son nom de l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris. « Art de vivre, modernité, c'est cela que cherchent les amateurs de ces lignes géométriques de l'Art déco » précise Isabelle Papieau, sociologue de l'Art, venue présenter, à Vierzon, une conférence à l'occasion du centenaire de la naissance de la manufacture Denbac, 1909/2009. Le jardin du square Lucien-Beaufrère de Vierzon, possède des colonnes, des courbes, mais aussi des matériaux issus de l'ère industrielle : ciment armé, ferronerie, électricité...

L'Art déco dans l'entre-deux guerres est une véritable mode, développée après l'Art nouveau (formes ondulantes et détaillées). Il faut des formes abstraites, stylisées, une ornementation riche, et beaucoup d'effets de couleurs et de mise en lumière, partout et sur tout : le marbre, la mosaïque, le verre gravé, le vitrail... Et le grès.

La céramique, un champ d'application

Les usines vierzonnaises de l'époque ne manquent pas de s'inspirer notamment de l'esprit Art Déco. Les pièces sont aimées pour leur matière, leur brillance, la sensualité de leurs lignes. Parmi toutes les créations, les grès Denbac, influencés par les grands courants artistiques de l'époque. La manufacture bénéficie de l'essor industriel de Vierzon. Il y a tout pour se développer : des carrières d'argile pour fabriquer des gazettes (récipients pour cuisson), la forêt pour le bois des fours, ainsi que le canal de Berry et les voies ferrées pour le transport du charbon. Les ouvriers et ouvrières de Vierzon sont déjà formés aux arts de la céramique, terre de prédilection pour la porcelaine. Sans eux, Denbac ne serait pas devenue l'une des premières sociétés françaises productrices de grès artistiques de l'époque.

Denbac, « Den » pour Denert, « Bac » pour Balichon.

C'est l'histoire d'une rencontre entre deux hommes. La contraction vaut son pesant d'or : Denbac, fusion de Denert et Balichon. Le premier est un artiste et un technicien, le second un gestionnaire et un commercial. René Denert est un autodidacte champenois. Il a déjà travaillé chez l'Hospied et Cie de Golfe-Juan, le pays des poteries culinaires, ainsi que chez Albert Bouvier, entreprise vierzonnaise de faïence et autres poteries artistiques.

La transposition des techniques de faïence sur une pâte de grès n'a donc pas de secret pour lui. Il se fait aider de sa femme pour fabriquer ses premiers majoliques (faïence italienne) et émaux nacrés avec un four artisanal. Il crée en 1909 Les grès artistiques du Berry à Vierzon, rue Camille-Desmoulins. On parle déjà de manufacture de grès flammés, les célèbres céramiques léchées de tâches allongées.

Le passé de René-Louis Balichon et sa rencontre avec l'artiste sont plus mystérieux. Toujours est-il que les deux hommes s'associent en 1910. Le talent du premier mêlé à l'attachement du second à la qualité de production est sans doute l'essence du succès des Denbac. L'adjonction des syllabes des noms des deux hommes apparaît sur les oeuvres vers 1914. Mais pour bon nombre d'amateurs, Denert incarne presque à lui seul la notoriété des 670 pièces référencées. Il dessine et décide des combinaisons d'émaux. En 1921, date à laquelle naît officiellement la société Denert et Balichon, ils existe trois fours.

René Denert meurt en 1937 à 65 ans. Le co-gérant continue sans lui mais l'apogée de l'entreprise est déjà terminée. Les effectifs fluctuent entre cinquante, trente et vingt employés. L'entreprise ne s'est pas adaptée à l'évolution des marchés. René-Louis Balichon meurt à son tour en 1949 à 64 ans. Les héritiers tentent de sauver la manufacture, mais l'entreprise Denbac meurt en 1952.

De l'objet à l'oeuvre

L'entreprise meurt, oui, mais pas la marque. L'association des Amis de Denbac en sait quelque chose. La pièce Denbac est devenue célèbre de par l'introduction de l'art dans la maison du Vierzonnais, sous formes d'objets utilitaires (pichets, vases, beurriers). Déjà, à l'époque, le choix des émaux de grand feu, leur résistance, la rareté des coloris, les effets de matières, et le résultat improbable des coulures données par les flammes et les aléas de la cuisson rendent l'objet unique. La forme ou l'utilité peut-être la même, néanmoins chez Denbac, il ne peut pas y avoir de copie. Dix degrés de cuisson suffisent à changer la couleur de l'émaillage...

D'où la notion de signature Denbac. L'objet est non pas « fait à la main, mais fait par quelqu'un » peut-on lire dans l'ouvrage Denbac, hommage à Denert et Balichon. D'ailleurs chez Denbac, on distingue les objets utilitaires des objets décoratifs. Parmis les objets très recherchés chez les collectionneurs aujourd'hui, les flacons de liqueurs Cointreau, Girardot, Monin etc., uniquement destinés à dorer l'image de l'entreprise. Les pièces dites de forme, des animaux ou personnages souvent réalisés par des sculpteurs anonymes, à fort potentiel énigmatiques, relèvent là encore du pur esthétisme. Les plus célèbres sont les bergers.

Ce qu'il en reste

Après la fermeture de l'usine, les moules en plâtre ont été brisés ou dispersés, et les fours détruits. Les pièces se chinent aujourd'hui à prix d'or dans les hôtels des ventes, sur internet et de plus en plus rarement sur les brocantes. La bible des collectionneurs, c'est le catalogue officiel des pièces Denbac, malheureusement non exhaustif. La collection complète serait estimée à plus de 800 pièces... La municipalité de Vierzon a sa propre collection, non visible de manière permanente. Une exposition a été réalisée pour le centenaire de la naissance de Denbac. Plus de deux cents pièces de collectionneurs ou de la ville étaient sous vitrine.

Les signatures qui permettent de reconnaître les Denbac donnent du fil à retordre aux experts. Car Denert a d'abord signé seul. Ensuite est apparu le numéro de série. Puis Denbac a laissé son empreinte, avant de retrouver « Denbac » sur les pièces suivantes. Sans parler des clients qui ont voulu marqué leur propre marque, comme Innoxa ou Girardot.

Il y a peu de revendeurs professionnels parmis les amoureux des Denbac. Les collectionneurs les plus acharnés seraient des particuliers Vierzonnais, très attachés à leur passé, ce qui ne facilite pas la circulation de ces pièces aujourd'hui internationalement connues. Mais n'est-ce pas mieux ainsi que de savoir que les trésors Vierzonnais dorment dans des maisons berrichonnes ? Le temps d'avoir ce que beaucoup d'entre eux réclament, un musée où les abriter.

Les autres jardins

Le square Emile Péraudin a été construit en 1905, sur l'emplacement du cimetière des Capucins. Au centre, trône la statue du “Paysan” de Dalou, don de l'Etat.

Le square des Remparts est très récent. Il met en valeur, rue Armand-Brunet, les vestiges des remparts qui entouraient la ville au Moyen-Age. Chaque soir, la grille est fermée.

Les jardins de la Française ont été construits sur l'emplacement des anciennes usines de la Société-Française en hommage à son créateur, Célestin Gérard. Le buste du personnage se trouve au centre d'une fontaine.

Beffroi

Sous-titre : La vigie du vieux quartier

Il veille. Sur le vieux quartier. De son allure mi-romane, mi-gothique. Il veille. Le clocheton en éveil. Les pieds emmurés dans le sol vierzonnais depuis le XIIème siècle. C'est la signature contemporaine de Philippe-Auguste. Carrée, massive, la silhouette du Beffroi est à la vieille ville ce que l'eau est au canal : indispensable. La tour du Beffroi signale, en fait, la porte d'entrée de l'ancien château.

Au profit de sa popularité, le Beffroi a perdu ses autres noms : tour du veilleur, porte de l'horloge, porte de la prison. Et surtout, la tour bannier, un vieux droit de ban seigneurial qui consiste à proclamer sous forme d'affichage, les décisions du seigneur concernant la communauté urbaine. Depuis le haut Moyen-Age, la tour du veilleur imprime sa marque dans le quartier de la Butte, celle de Sion, là où crâne encore le souvenir du château de Vierzon. Droit come un i, sur les hauteurs de la ville, pour y voir de loin, l'ennemi arriver. Sur la butte, il y a désormais un banc et une vue imprenable sur la modernité quand le feuillage des arbres le permet.

L'entrée de la ville

Jeune homme, le Beffroi n'a pas le haut du corps aussi élancé. Le clocheton actuel remplace une tour de défense carrée. Il arrive d'un autre Beffroi voisin, situé rue Porte-aux-Boeufs. Il signale, lui, l'entrée de la ville mais en 1819, l'édifice mal en point, est démoli. Son clocheton, en revanche, échappe au désastre et va coiffer la tour bannier. On imagine facilement un système pour lever et baisser une grille afin d'interdire l'accès à l'intérieur du château. La féodalité vierzonnaise se consumme alors dans les feux nourris des Anglais, entre Richard Coeur de Lion et le Prince noir qui possèdent la ville, avant les Normands, seigneurs de Vierzon.

Le Beffroi, trace entière du château, voisine avec une ancienne tour carrée dont il ne reste que le rez-de-chaussée. Encore visibles, la tour du guet, des vestiges de rempart, une partie du chemin de ronde, les meurtrières de l'ancien poste de garde. Mais tout cela est trop éloigné de la mémoire collective vierzonnaise. Alors, le Beffroi retient d'autres attentions. De porte d'entrée aux vertus chatelaines, le Beffroi devient une porte de prison, à partir de la Révolution. Moins vertueuse. Il s'y fait.

Des travaux dans le cachot de la ville datent de 1794. Trente ans plus tard, le moyen d'accès, c'est l'escalier conduisant à l'horloge, installée en 1819. La tour est un cachot. On y jette des détenus de passage, de moins d'une semaine derrière les barreaux. Ce sont des voyageurs sans passeport. Et le passeport est obligatoire pour aller d'une région à une autre.

Une prison

Avec le développement industriel de la ville et surtout, les travaux du chemin de fer, les bâtisseurs de la voie ferrée se retrouvent embastillés, entre 1840 et 1850, pour des bagarres, des vols. Le géôlier offre la paille et le pain, l'eau est gratuite mais loin d'être potable ! La prison du Beffroi sert jusqu'en 1930 et reprend du service, plus tard, jusqu'en 1943.

Les derniers prisonniers laissent des traces de leur passage, des graffitis sur les murs témoignent de leur présence et de leur franc-parler ! On ne s'étendra pas sur la nature du vocabulaire... Le Beffroi se refait deux beautés, au XXème siècle, en 1922 et en 1985. La rue du Château, la bien-nommée, passe sous son porche, contigu au musée des fours banaux (le four où était cuit le pain). Ce musée raconte le passé féodal de la ville (avec notamment une maquette des remparts. L'ancienne horloge du Beffroi ronronne doucement, elle date de 1436, entièrement restaurée en 2001. L'horloge actuelle fait résonner le temps qui passe, dans la vieille ville, et les cloches de l'église voisine, Notre-Dame, lui répond, en léger différé.

Eglise Notre-Dame et Sainte-Perpétue

La sainte patronne de Vierzon s'appelle Perpétue. Née à Tébourba, dans l'actuelle Tunisie, elle était une jeune maman convertie au christianisme. Avec sa servante, Félicité, elle demande le baptême à l’Evêque de Carthage. Mais l’empereur Septine Sévère interdit le christianisme. Jetées en prisons, les deux jeunes femmes sont livrées aux bêtes dans une incroyable cruauté. Perpétue est déjà maman, elle allaite son enfant en prison tandis que Félicité met son bébé au monde trois jours avant d'être, avec Perpétue, enveloppées dans un filet, livrées à une vache furieuse avant d'être égorgées, dans les arènes de Carthages.

Perpétue est inhumée à Carthages et ses reliques sont transférées à Rome. Le Pape les offre, au neuvième sièvcle, à l'Archevêque de Bourges, Saint-Raoul de Turenne. Lui-même les remet à l'abbaye de Dèvres, à Saint-Georges sur la Prée, près de Vierzon. Les invasions normandes n'épargnent pas l'abbaye. Le monastère, situé au pied du château de Vierzon, recueille alors les moines errants. Plus tard, la communauté devient l'abbaye Saint-Pierre (actuellement, l'hôtel de ville). Les reliques de Sainte-Perpétue sont exposées dans l'abbatiale et sont très vite vénérées par les habitants de la ville. Après la destruction de l'abbatiale, les reliques de Sainte-Perpétue trouvent naturellement refuge à l'église Notre-Dame. Une procession, autour de l'église se déroule au mois de mars, avec le reliquaire en tête. L'église Notre-Dame date du XIIè et XVè siècle. Son clocher-porche (XIIè) abrite cinq cloches dont la plus ancienne, Désirée, ets fondue en 1513 par le fondeur Martin Bourdon. Les quatre autres cloches s'appellent Félicie (1899), Martin (1925), Lucie (1899) et Marie-Antoinette (1899). Une chapelle est dédiée à Sainte-Perpétue.

Dans le vieux quartier

La vieille ville garde en elle le caractère de ses origines : rue de l'Etape, rue de la Monnaie, rue du Gros Caillou, rue des Changes, rue Porte aux Boeufs, rue Gallerand, passage du Corneau, ruelle du Chevrier, rue Galilée, rue du Château, place des Bans... La liste plante le décor d'une histoire à fleur de pierre et de pans de bois.

La mairie est installée dans les bâtiments conventuels de l'abbaye bénédictine Saint-Pierre; un parking remplace le cloître et une aile (ouest) abrite les anciens locaux de la Caisse d'Epargne, devenu plus tard le Trésor public. Les locaux viennt d'être rachetés par la ville.

Un peu plus bas, dans le jardin romantique jouxtant le square Lucien-Beaufrère, on trouve les traces d'une écluse datant du XVIème siècle, dite écluse Léonard de Vinci car construite selon ses plans.

De l'autre côté de la route nationale 76, la vieille ville s'étend par la rue Galilée, entre pavés et marches menant à l'église Notre-Dame, rue Armand Brunet. On trouve dans l'ancienne cité, en dehors des vestiges du château, des maisons du XVè, XVIè, XVIIè, XVIIIè et XIXè siècle, des hôtels particuliers.

Dans les années 1980, le vieux quartier a bénéficié d'une opération en profondeur de réhabilitation. Des appartements ont été aménagés dans un ancien grenier à sel, rue des Changes. Place Gallerand, dans le grenier d'une maison, on peut y voir encore des os de mouton scellés dans le pignon...

Dans les années 1960, le quartier dit du Château, de l'autre côté du Beffroi n'a pas résisté aux appétits des amateurs de logements sociaux qui firent démolir, pour faire de la place, des maisons anciennes, voire l'ensemble d'un quartier historique.

Dans les années 1990, une fenêtre gothique est mise à jour. Restaurée, elle est visible dans la cour des fours banaux. La vieille ville prend tout son sens si elle est guidée car une foultitude de détails permet de raconter la riche histoire médiévale de Vierzon.

Plus largement...

Des édifices sont classés monuments historiques. Citons, par exemple, l'église Notre-Dame et le Beffroi (depuis 1926); une maison à pans de bois du Xvème siècle dite maison Jeanne d'Arc classée en 1944.

D'autres maisons ont été classées dans les années 1970, rue Maréchal-Joffre, rue de la Monnaie, place Vaillant-Couturier, y compris un puits gothique au château de la Noue ainsi que les façades et la toiture du Manoir de la Gaillardière.

La ville compte trois châteaux. Celui de la Noue, (XIIIème siècle) un ancien fief. Il est passé au fil des siècles entre de nombreuses mains jusqu'à sa destination finale, l'hôpital dit de la Noue.

Autre château, celui de Chaillot (Moyen-Age), propriété de la famille Giscard d'Estaing (le frère de l'ancien président de la République).

Troisième château, celui de Fay. Propriété en 1844 d'Edouard Mac-Nab, le père de Maurice Mac-Nab, célèbre chansonnier du cabaret du Chat-Noir à Montmartre. Et plus tard, propriété de Céletsin gérard, le fondateur du machinisme agricole à Vierzon. On dit d'ailleurs du château de Fay qu'il est plus beau de loin que de près...

Enfin, la ferme de Dournon, a eu très chaud. Vouée à la démolition, à la toute fin des années 1990, elle est sauvée in extrémis grâce à une vaste campagne de presse qui s'est élevée contre la disparition de cette ancienne ferme fortifiée. Rachetée par un antiquaire, la bâtisse et ses dépendances a retrouvé une nouvelle vie.

Communisme

Sous-titre : Vierzon-la-rouge

Le parti communiste est indissociable de l'histoire politique vierzonnaise. Aux élections municipales de 2008, et après dix-huit ans d'absence aux manettes, le PCF reprend, en France, deux villes emblématiques : Vierzon qui retrouve plus que jamais son surnom de “Vierzon-la-rouge” et Dieppe, en Seine-Maritime.

Le premier maire du grand Vierzon

Le premier maire communiste de Vierzon se nomme Georges Rousseau. C'est un artisan chaudronnier, d'abord élu le 19 mai 1929 à Vierzon-Villages. C'est une commune comme l'étaient Vierzon-Forges, Vierzon-Bourgneuf et Vierzon-Ville, quatre composantes indépendantes les unes des autres. Georges Rousseau administre son pré carré jusqu'au 8 avril 1937, date des noces administratives des quatre Vierzon en une seule et vaste ville, celle d'aujourd'hui.

Cette fusion figure d'ailleurs dans son programme de campagne. Le Parti communiste dirige, à la veille du rapprochement historique, trois des quatre communes : Villages, Bourgneuf (le maire s'appelle André Collier, une salle municipale porte toujours son nom) et Forges (le maire se nomme alors Ernest Gazeau). A la fusion, la liste populaire du Grand Vierzon l'emporte, le 2 mai 1937, et place Georges Rousseau dans le fauteuil de maire.

Le grand Vierzon vient de naître, il est rouge. Pas pour longtemps. Le Gouvernement Daladier suspend tous les maires communistes, à la signature du pacte germano-soviétique, en 1939. Une délégation spéciale administre alors la ville. Emile Bouleau la préside.Il organise aussi, à partir de l'arrêté du 8 avril 1937, la fusion jusqu'aux élections municipales de mai. Le 15 octobre 1939, l'ancien ingénieur municipal, une personnalité locale, prend les destinées vierzonnaises en main. Le 1er mars 1941, le gouvernement de Vichy nomme les maires. Louis Boré, membre de la délégation spéciale doit assumer cette charge.

Léo Mérigot

Léo Mérigot est un Vierzonnais emblématique. Communiste, chirurgien, il prend la tête du Comité de Libération de Vierzon. Et le 15 novembre 1944, le Préfet du Cher rétablit le conseil municipal issu des élections de mai 1937. A cette différence près : il doit désigner de nouveaux conseillers pour remplacer ceux qui ont disparu ou qui sont restés en captivité. C'est le cas de Georges Rousseau, le maire, toujours déporté.

Léo Mérigot, adjoint, fait fonction de maire en attendant le retour de Georges Rousseau. Le 29 avril 1945, les élections municipales adoubent Georges Rousseau ! Il n'est toujours pas rentré de captivité. Ce n'est qu'à l'été 1945 qu'il retrouve son siège de maire jusqu'au 26 octobre 1947.

Lors de ces élections, le Parti communiste perd la ville : le Socialiste Maurice Caron, (SFIO), directeur commercial de la porcelainerie Jacquin, ravit la municipalité au PCF. La rupture entre communistes et socialistes se consumme dans les braises de la guerre froide. Pour se faire élire, les conseillers Socialistes font alliance avec ceux du MRP (démocrate-chrétien) et du RPF (gaullistes). En 1990, pour se faire élire au nez et à la barbe des communistes, Jean Rousseau, socialiste, s'allie avec le centre droit... L'histoire se répète.

En attendant, le Parti reprend la main, douze ans plus tard, le 8 mars 1959, grâce à... Léo Mérigot, de retour sur la scène politique vierzonnaise. Jusqu'en 1990, le Parti communiste dirige, sans partage, la ville de Vierzon dont les incisions permanentes dans l'actualité sociale, les conflits et sa manière de les soutenir, lui vaut vite l'appellation de Vierzon-la-Rouge. Les engagements sont clairs et calquent leur inspiration sur la grande soeur de Moscou. Parfois, jusqu'à la caricature.

Léo Mérigot est réélu en 1965 et en 1971. C'est un maire « communiste et humaniste », une forte personnalité. Il ne cache pas sa sympathie pour les délégations soviétiques qu'il reçoit, en grande pompe, à l'hôtel de ville. Le PCF vierzonnais est coulé dans le moule. On peut lire dans un bulletin municipal de novembre 1965, : “Au cours d'une réunion amicale, M. Jacques Rimbault, au nom de la municipalité vierzonnaise, exprimait sa reconnaissance envers le P.C.U.S qui guide le peuple de son pays dans la construction du communisme et montre à tous les travailleurs du monde la supériorité du socialisme sur le capitalisme.”

Lors de la journée anniversaire de la municipalité, le 29 avril 1965, Léo Mérigot débaptise la place de l'Hôtel de ville qu'il nomme place Maurice Thorez, secrétaire général du PCF jusqu'en 1964. Le diable est dans les détails : en 1990, élu maire de Vierzon, l'ancien socialiste Jean Rousseau déboulonne la plaque en douce. La place redevient celle de l'Hôtel de ville. Le changement est hautement symbolique et explosif. Il rompt avec une coutume ancienne. D'autres clins d'oeil à l'histoire suivront, d'autres ironies du sort : la rue Karl-Marx a vu des générations de Vierzonnais y naître et y mourir, c'est la rue de l'hôpital et de la maternité. Elle devient la rue... Léo Mérigot. Juste retour de l'évidence. En revanche, l'impasse Karl-Marx subsiste encore...

En 1977, Léo Mérigot cède sa place à son premier adjoint, Fernand Micouraud. Dessinateur industriel à la Précision Moderne, l'homme né en 1924, est issu du rang. Il ajoute à sa fonction de maire, celle de conseiller général. L'homme de l'Usine, l'homme d'engagement, devient alors l'homme politique d'une ville, l'homme d'une municipalité de combat social.

Jacques Rimbault

Parmi les élus, un autre homme, Jacques Rimbault. Il habite Vierzon à partir de 1949, devient conseiller municipal en 1954 et maire-adjoint en 1959. Jacques Rimbault grimpe la hiérarchie du Parti jusqu'au Comité central du PCF en 1964. Il est élu conseiller général et part pour prendre la Préfecture du Cher. Il sort vainqueur des urnes en 1977 et dirige Bourges jusqu'en 1993. Il devient également député de 1981 à 1993, année de sa mort.

Son premier adjoint, Jean-Claude Sandrier lui succède jusqu'en 1995. Secrétaire fédéral du Parti communiste, adjoint, premier adjoint, maire, conseiller général, conseiller municipal, il échoue aux élections municipales en 1995. Deux ans plus tard, il est néanmoins élu député. En mars 2008, il se replie, à Vierzon, sur la liste de Nicolas Sansu. Et en 2011, toujours député, Jean-Claude Sandrier occupe les fonctions de conseiller municipal et de président de la communauté de communes, Vierzon pays des cinq rivières.

La rupture et la reconquête

A Vierzon, la coupure a duré dix-huit ans, entre 1990 et 2008. L'histoire est simple : en 1989, Fernand Micouraud emmène une fois de plus sa liste à la victoire. Un an plus tard, il veut naturellement céder la place, à son premier adjoint, Roger Coulon. Mais Jean Rousseau créé le putch. Le socialiste, élu député de la vague rose, en 1981, maire-adjoint de la municipalité communiste, fait vaciller la citadelle rouge.

Il refuse cette passation de pouvoir et entraine le groupe socialiste à la démission, provoquant de nouvelles élections. Il s'allie avec le centre-droit et la droite. Décroche la timbale sous les huées de ses ex-amis, contraints à jouer le rôle de l'opposition. L'ex-socialiste verdit au parti Génération-Ecologie de Brice Lalonde et s'émancipe alors de toute étiquette politique allant jusqu'à soutenir ouvertement la droite aux élections cantonales.

Le coup politique de Jean Rousseau coûte la ville au PCF et son exclusion du P.S. Ses amis dissidents aussi sont exclus qui ont osé briser, avec lui, le pacte PC/PS. Après trois échecs successifs aux élections municipales, le Parti communiste finit par reprendre la ville, en mars 2008. Si le score du Parti communiste au niveau national est proche de l'encéphalogramme plat, à Vierzon, ses forces ne faiblissent. Le PC peut montrer ses muscles lors des élections cantonales ou législatives. Après une campagne de reconquête de la ville, Nicolas Sansu, fils de Michel Sansu, ancien maire-adjoint communiste aux sports remet finalement l'histoire à sa place.

Il dirige la ville avec le Parti socialiste comme aux plus belles heures du communisme vierzonnais. Hasard ou symbole ? En 2010, le maire organise, à l'occasion de la campagne des élections cantonales, une réunion de concertation avec des Vierzonnais square... Lénine, inauguré en 1967 en présence de l'Ambassadeur de l'URSS, à l'occasion d'une cérémonie pour les 50 ans du Grand Octobre.

La municipalité de Vierzon salue avec enthousiasme et confiance le 50eme anniversaire de l'immortelle Révolution d'Octobre”, lit-on dans le bulletin municipal de l'époque. Réminiscence d'une archéologie politique : sous les pinceaux légers de la curiosité locale, on passe encore rue Jacques-Duclos et boulevard Salvador-Allende.

Démarcation

Sous-titre : La ligne qui coupa Vierzon en deux

La ligne. Suffisamment prégnante pour qu'à l'endroit de son passage, un panneau indique encore ceci : “Souviens toi, ici passait la ligne de démarcation”. Le panneau interpelle, entre un café et un distributeur automatique de billets. Drôle d'endroit pour instaurer une frontière dont le souvenir n'a jamais quitté la mémoire collective vierzonnaise.

De juin 1940 à mars 1943, cette frontière entre zone libre et zone occupée plante un poste frontière, à Vierzon-Bourgneuf avec, pour séparation naturelle, le Cher. Dans les années 1930, Régor, le dessinateur du journal satirique Le cocorico vierzonnais, ardent militant de la fusion des quatre communes indépendantes en une seule, publie un dessin prémonitoire : une douane marquant l'entrée du territoire indépendant de Vierzon-Bourgneuf.

Le 25 juin 1940, l'Armistice avec l'Allemagne prévoit en effet l'occupation de l'armée allemande de toute la moitié nord de la France. L'autre moitié forme la zone libre. Au centre, la ligne de démarcation, objet d'un rêve commun, “fuir la servitude”, comme on peut le lire sur une stèle commémorative, près du Cher, à Bourgneuf, érigée le 7 mai 1997, à l'initiative de la ville et des associations patriotiques. Un hommage rendu surtout aux passeurs de l'ombre qui, à pied ou en barque, ont aidé celles et ceux qui le voulaient, à respirer en zone libre. La ligne de démarcation s'étend sur 1.200 kilomètres. Elle part de la frontière espagnole, passe par Mont-de-Marsan, Libourne, Confolens et Loches. Elle passe par le nord du département de l'Indre et traverse Vierzon, Saint-Amand Montrond, Moulins, Charolles et Dole. Court ensuite à la frontière suisse.

Le corbillard de Vierzon

Vierzon est tailladée en deux. La zone libre prend ses quartiers au sud du lit du Cher. Rue André Hénaut, un poste-frontière exige, pour son franchissement un “ausweiss” (laissez-passer) délivré par la Kommandantur. La ligne de démarcation impose évidemment des situations dramatiques. Les passeurs s'organisent. Toujours dans la clandestinité. A Vierzon, de jeunes hommes passent la ligne en vélo sans savoir qu'à l'intérieur de leur pompe, se cache un message... D'autres ont très vite compris que le café, à Bourgneuf, (aujourd'hui, un fleuriste) est dans une situation ambigüe : il est en zone occupée mais pas la cour, derrière, en zone libre... Dès lors, tout est bon pour passer la ligne, à la barbe de l'occupant. Mais pas toujours avec un denouement heureux. Noyades, fusillades, chiens aux trousses...

Le centre de Vierzon est en zone occupée, le sud de la ville, en zone libre. Le cimetière aussi, mais l'église non. “Les convois funèbres devaient donc franchir à deux reprises, la ligne de démarcation. On ne vit jamais autant de monde suivre dévotement la famille” lit-on de la plume d'Adrien Fontaine, architecte à la ville de Vierzon, membre de la défense passive et d'un réseau de renseignement. La combine fonctionne trois mois avant d'éveiller les soupçons de l'Occupant. Les défilés, au retour, sont beaucoup moins fournis qu'à l'aller... Le corbillard de Vierzon devient alors un épisode couru de l'histoire de la ligne de démarcation. On se passe le tuyau partout en France, jusqu'en Hollande. Des prisonniers de guerre évadés qui ont bénéficié de cette astuce sont les meilleurs porteurs de la nouvelle. Très vite, le presbytère reçoit des personnes dont la question est simple :”n'allez-vous pas faire des jours-ci un enterrement à Bourgneuf ?”...

D'autres stratagèmes permettent de passer de l'autre côté, notamment pendant la reconstruction du pont du Cher. Les travaux sont l'occasion de mettre au point un stratagème pour, là encore, faciliter les passages d'une zone à une autre, sous l'oeil des Allemands. La ligne de démarcation s'inscrit dans le quotidien. Vierzon est une destination qui court sur de nombreuses lèvres. Au début de 1941, seuls quatre points de passage sont prévus : Langon en Gironde; Vierzon dans le Cher; Moulins dans l'Allier et Chaon-sur-Saöne en Saöne et Loire.

Destin étrange que celui de Vierzon; la ville sort à peine d'une fusion de ces quatre communes indépendantes en 1937 pour replonger, trois ans plus tard, dans les affres d'une frontière, beaucoup plus meurtrière que les frontières administratives des communes séparées. La ligne se dilue en mars 1943. Mais elle laisse un goût profond. Et le nom de Vierzon apparaît dans les témoignages nombreux des passeurs, (à pied ou en barques) et de celles et ceux qui, de Vierzon, ont foulé la terre de la zone libre. En 1980, François Truffault tourne le Dernier métro avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Le directeur du théâtre, le mari de Catherine Deneuve dans le film, explique devoir passer en zone libre à Vierzon...

Le 11 novembre 1948, la Croix de Guerre est attribuée à la ville de Vierzon, subissant treize bombardements, en juin 1940 et une série d'autres, en 1944, en juin, juillet et août. Des bombardements au cours desquels 74 personnes sont mortes, 188 blessées et un millier d'immeubles détruits. Deux cents Vierzonnais furent déportés ou internés, 126 sont morts, à cela s'ajoutent 800 déportés du travail, 80 otages fusillés et 105 soldats tués pendant les différentes campagnes.

Eco-Système

Sous-titre : La forêt dominante

La forêt est avec l'eau, les deux lettres majuscules de la ville de Vierzon. La forêt domaniale est un poumon vert de 7.500 hectares, en bordure de la Sologne. Elle apparaît, par écrit, dans le cartulaire (recueil d'actes) de l'Abbaye de Vierzon, en 843, sous forme de parcelles offertes aux moines. Mais dès l'âge de fer, elle est exploitée, plus ou moins adroitement, par les Bituriges, ces Gaulois qui manient plutôt bien l'art du fer.

La forêt vierzonnaise fait écho à celle de Vouzeron, sa voisine, et plus loin, à celle de Saint-Palais et d'Allogny. Elle est de tout temps, un instrument de travail et une source de matière première. Son rôle économique, sous l'ancien régime, consiste à ramasser du bois (la ramassée), des glands (la glandée) pour nourrir notamment les porcs. Si la nature est une grande experte, la gestion de la forêt a tout de même glissé dans les mains des hommes. On évoque bien sûr Colbert. Ce vaste territoire, hérissé de richesses, au sol extrêmement fertile, attise bien sûr les convoitises.

La forêt est d'abord la propriété des Seigneurs de Vierzon. Aux XIIè et XIIè siècle, elle fournit le bois nécessaire aux charpentiers, aux menuisiers ainsi qu'aux chantiers de batellerie, car n'oublions pas que l'Yèvre est navigable et que les voiles s'y tendent. Le massif passe ensuite de mains en mains jusqu'à celles du très renommé Comte d'Artois. Le futur Charles X plante à Vierzon ses forges, au XVIIIè siècle et allume le feu de l'inéxorable développement de la ville. Une Révolution plus tard, et la forêt vierzonnaise tombe alors dans le domaine public.

Des industries dévoreuses de bois

L'industrialisation de Vierzon, grâce au top départ donné par l'implantation des forges, entraîne un usage intensif de la forêt . Par exemple, ces forges sont de grandes consommatrices de bois. En 1780, elles en avalent 120.000 stères ; en 1857, 150.000 stères. La forêt de Vierzon sature et finalement, l'ouverture du canal de Berry la sauve en même temps qu'elle met un terme aux forges mangeuses de bois : le fer fabriqué avec la houille remplace, en fait, la technique vierzonnaise au bois.

Mais le sort de la forêt n'est pas sauf pour autant. Car les industries ont poussé, sur le sol, comme des champignons après la pluie. Les batelliers, encore eux, extirpent deux mille mètres cubes de bois par an après la première guerre mondiale. Mais avant, les porcelainiers ont élu domicile autour des gisements de kaolin. Ils puisent aussi le bois, 20.000 stères par an en 1850 pour nourrir les fours. La coke, le gaz et enfin l'électricité prennent heureusement le relais.

Les verreries, arrivées au milieu du XIXè siècle, chargent aussi du bois dans leur feu. Si les tanneries ramassent l'écorce de chêne pour le tanin, les verreries récoltent la fenasse (foin avec des feuilles sèches) afin d'emballer le verre. Sauf que pour favoriser la fenasse, sous-bois et clairières étaient incendiées, les arbres y mourraient donc. Ceci additionné au pâturage qui dégrade aussi sérieusement le boisement, la forêt est soumise à un dur régime. Elle alimente ainsi, sans avarice, et pendant quatre-vingt ans, l'industrie qui se lève sur la ville avec son énergie naturelle. A l'exploitation industrielle, s'ajoute l'exploitation agricole pour les animaux. Inévitables aussi, ce sont les incendies mais répétés, ils nuisent fortement aux massifs. Les chiffres sont parlants : entre 1820 et 1856, les flammes ont brouté 2192 hectares de forêt contre 450 entre 1925 et 1949 et seulement 62 hectares, entre 1950 et 1974.

Du coup, la surexploitation des massifs pour les forges et les paturages favorisent le chêne pédonculé au profit du chêne sessile. Un chêne sur trois est pédonculé. En 2000, mille hectares de peuplement de chêne pédonculé ont plus de cent ans dont quatre cents hectares au-dessus de 150 ans. Seulement, en 1920 et en 1940, les aménageurs de la forêt constatent un début de dépérissement du chêne pédonculé, des milliers d'arbres succombent sur plus de cent cinquante hectares.

En 1982, en 2000, le phénomène se reproduit. En fait, la forêt subit les premiers effets du réchauffement climatique. Avec la sècheresse croissante, le réchauffement entraîne un dépérissement des chênes pédonculés, sur lequel se sont penchés, à Vierzon, de nombreux spécialistes. Dans les Pyrénées, par exemple, ce sont les hêtres qui sont touchés. Aujourd'hui, l'exploitation, confiée à l'Office national des forêts, est d'une autre nature que l'usage industriel ou agricole. La forêt est l'identité touristique de la ville, la porte d'entrée de la Sologne du Loir-et-Cher et du Cher. D'ailleurs, les communes dites de la forêt, sont une entité à part entière (Saint-Laurent, Vouzeron, Neuvy-sur-Barangeon, Nançay.) Et Vierzon n'oublie pas, de vanter sa “ magnifique forêt domaniale de 7.500 hectares”.

Fusion

Sous-titre : La naissance du grand Vierzon

Les quatre grands quartiers de la ville sont calqués sur l'emprise géographique des quatre anciennes communes de Vierzon : Villages, Forges, Bourgneuf et Ville. Le grand Vierzon, administrativement uni, géographiquement regroupé, tel qu'il est aujourd'hui, n'existe que depuis 1937, lorsque les communes indépendantes ont fusionné en une seule.

L'esprit d'indépendance saisit les communes au ventre. Elle mue, au fil des décennies, en esprit de quartier, toujours fortement marqué. Ici, les habitants sont Vierzonnais, certes, mais ils “sont” avant tout des Forges, de Villages, de Bourgneuf ou du centre-ville. Les quatre grands quartiers servent de points cardinaux.

La mairie de Vierzon-Ville devient l'hôtel de ville officiel, tout simplement parce qu'en 1937, Vierzon-Ville est la commune la plus peuplée, la plus importante, et au centre des autres communes. L'ancienne mairie de Vierzon-Villages (on peut encore le lire sur son fronton) abrite des associations et sur la place qui se déroule devant elle, un marché hebdomadaire le mercredi. L'ex-mairie de Vierzon-Forges n'existe plus mais “la place de l'ancienne mairie des Forges” subsiste et celle de Vierzon-Bourgneuf est un foyer associatif.

Le 8 avril 1937

L'arrêté du 8 avril 1937 met un terme à une bizzarerie géographique et administrative : une ville écartelée entre quatre maires. Chacun administre son petit bout de territoire, parfois avec une incohérence comique à l'égard de son voisin et au détriment de ses concitoyens. A Villages, la voûte (un tunnel passant sous la voie ferrée) est à cheval sur Vierzon-Villages et Vierzon-Ville. La voûte commence par une route praticable par les voitures et se termine par un chemin de brouette... Et les exemples se multiplient dans tous les domaines.

En 1937, année de la fusion, Emile Cendre, républicain socialiste est maire de Vierzon-Ville. Georges Rousseau, PCF, de Vierzon-Villages. André Collier, PCF de Vierzon-Bourgneuf, et Ernest Gazeau, PCF également, celui de Vierzon-Forges. Les élections du 2 mai 1937 offrent la victoire à Georges Rousseau, premier maire du grand Vierzon. C'est lui qui, en 1929, dans son programme municipal destiné à prendre la mairie de Vierzon-Villages qu'il obtient d'ailleurs, inscrit la fusion des communes. L'enjeu consiste à savoir si le PCF peut accèder aux responsabilités du grand Vierzon, une fois unifié. L'avenir lui donne une réponse positive. Et le communisme subsiste à Vierzon comme une culture de territoire et un héritage ancré dans le patrimoine de cette cité ouvrière.

A l'origine, Ville et Village(S)

A l'origine, l'administration révolutionnaire sépare Vierzon en deux. Un état de fait puisqu'au XVIIè siècle, déjà, les extérieurs de Vierzon se nomment les « villages », avec un S. En 1790, Vierzon-Ville et Vierzon-Villages sont deux entités distinctes, la seconde encercle la première. Situation ubuesque : l'emplacement le plus pratique d'une mairie, pour les habitants de Vierzon-Villages, c'est à Vierzon-Ville qu'il se situe, au centre de tout. Or, la mairie de Villages située dans une autre commune, à Vierzon-Ville, représente évidemment une anomalie maintes fois dénoncée, notamment par le conseil municipal. La solution arrive dans les bagages des années 1850 avec la construction d'une mairie à Villages, rue Pasteur, sur le territoire de la future commune de Vierzon-Forges.... Attention, il va falloir suivre !

Le 11 décembre 1886, Bourgneuf devient à son tour une commune indépendante, avec pour frontière naturelle, le Cher. Cette même frontière sert, plus tard, de fil conducteur à la ligne de démarcation Nord/Sud coupant Vierzon en deux pendant la seconde guerre mondiale.

Les habitants du quartier de Bourgneuf, partie intégrante de Vierzon-Villages, ne goûtent plus les orientations, trop rouges à leur sens, de la municipalité communiste. Celle-ci soutient notamment les grévistes de la Société Française de Matériel agricole et industriel (SFMAI). Une grève réprimée pour laquelle le chansonnier vierzonnais Maurice-Mac-Nab, qui fréquente le célèbre cabaret du Chat-Noir à Paris, écrit une chanson en guise de soutien, “Le grand métingue du Métropolitain”.

Vierzon est écartelée en trois branches : Bourgneuf, au sud du Cher, Ville au centre et Villages qui recouvre tout le reste, dans une boucle informelle. Mais c'est sans compter sur le quartier des Forges dont les habitants lancent une pétition en 1887 pour obtenir, comme Bourgneuf, leur indépendance. Les Forges concentrent les industriels. Eux aussi veulent se départir de la gestion socialiste de Vierzon-Villages. La pétition de 1886 reste lettre morte. Dix ans plus tard, une nouvelle tentative subit le même sort.

Et de quatre !

L'affaire s'étire dans le temps jusqu'en 1908, avec toujours, en toile de fond, comme c'est l'habitude encore à Vierzon aujourd'hui, une forte imprégnation politique dans les actes quotidiens. L'administration de Vierzon-Villages finit par céder à la pression des habitants des Forges. Le 15 juin 1908, Vierzon se plie désormais en quatre. La nouvelle commune des Forges aménage une mairie et celle de Vierzon-Villages doit déménager car la rue Pasteur se trouve désormais sur la commune de... Vierzon-Forges... Pas simple. Vierzon-Villages construit alors sa mairie, place Julien-Rousseau, où elle trône toujours.

Pendant vingt-neuf ans, Vierzon vit au rythme de ce découpage étrange et au détriment de ce que l'on appelle l'aménagement du territoire, un souci très éloigné des préoccupations municipales de l'époque.

Chaque partie, on l'a vu, n'avance pas au même rythme. Quatre mairies, quatre paroisses, un service de l'eau potable échevelé, des rues qui débouchent sur rien... Et les querelles politiques enveniment les espoirs sérieux d'un aménagement cohérent. Le 8 avril 1937, les frontières s'effacent. Le grand Vierzon nait dans la douleur, au prix d'une campagne des contre et des pour, relayée notamment dans un journal satirique baptisé “Le cocorico vierzonnais”, franchement fusionniste. D'autres organes de presse, “La dépêche du Berry”, “Le journal de Vierzon” et “ l'Emancipateur ” relatent l'histoire de cette fusion, lancée en 1934.

Plus de mairie pour se marier

Quel impact sur la vie des citoyens ? Pour l'anecdote, Madeleine et Clément doivent se marier le 12 avril 1937 à la mairie de Vierzon-Villages mais la fusion rend inutile la mairie de ce qui était encore, quatre jours auparavant, leur commune à part entière. Un policier se rend au domicile de la future mariée pour lui annoncer que la mariage sera célébré à la mairie de Vierzon... en ville. La bonnetière et le représentant de commerce unissent finalement leurs vies dans le quartier de Vierzon-Ville avant la cérémonie religieuse à l'église Saint-Célestin du quartier de Villages. La séance de photos se déroule rue Armand-Brunet en centre-ville et la galette est servi au café de la Grenouille, dans le quartier des Forges. Il manque un quartier... Ah, oui, le taxi qui transporte les époux est de Bourgneuf ! La boucle est bouclée.

Pas vraiment central

Aujourd'hui, la ville n'a toujours pas trouvé son unité géographique. Si Vierzon-Ville est le centre cohérent, chaque quartier garde son identité, très forte, et tient à la garder. Il subsiste encore quatre comités des fêtes distincts. A la fin des années 1980, la municipalité croit bon de faire aboutir le projet de Forum-République, un supermarché greffé à des commerces, sur les ruines du canal de Berry, busé en 1968. Un arche doit contenir le tribunal d'instance qui voit le jour, une cinquantaine de mètres plus loin. L'hôtel près du supermarché prend le nom d'hôtel Arche... sans arche !

Ce Forum doit théoriquement représenter le « nouveau » centre de la ville. Mais là encore, difficile d'aller contre les héritages de l'histoire. Le centre de la ville, c'est l'avenue de la République et non pas plusieurs dizaines de mètres plus bas.

En 1987, Vierzon célèbre en grande pompe le cinquantenaire de sa fusion. En 2007, une nouvelle fête marque les 70 ans de la fusion. Pour l'occasion, des panneaux d'agglomération d'entrée et de sortie des anciennes communes sont fabriquées, installées, démontées et vendues aux enchères.

Le 8 avril est décidemment une date symbolique pour Vierzon : c'est en 1937, la naissance du grand Vierzon et, 8 ans plus tôt, en 1929, c'est la naissance de Jacques Brel, LE Jacques Brel qui chante en 1968 Vesoul, et cette célèbre phrase « T'as voulu voir Vierzon ». Tout se découpe comme les territoires vierzonnais au fil de l'histoire. Et tout se recoupe aussi.

Gens célèbres

Sous-titre : De Maurice Mac-Nab à Félix Pyat

Maurice Mac-Nab, le chansonnier

Maurice Mac-Nab a laissé son nom à une rue et au théâtre dont c'est l'adresse. Il a laissé, également, à Vierzon, l'héritage d'une chanson dédiée aux ouvriers grévistes de la Société-Française. Derrière Mac-Nab, qui sait encore que Maurice s'y cache, chansonnier du célèbre cabaret du Chat Noir à Montmartre.

Jean Valérien Maurice voit le jour, le 4 janvier 1856, à Vierzon, dans la propriété familiale du château de Fay, qui dit-on, “est plus beau de loin que de près.” Il arrive au monde vingt minutes après son frère jumeau, Donald. Son père Edouard Mac-Nab est un propriétaire terrien, ex-maire de Vierzon-Villages de 1850 à 1852. C'est un poète aussi, un amoureux des milieux artistiques vierzonnais. Ses penchants littéraires vont nourrir l'éducation du jeune Maurice avec, en filigrane, cette conscience de gauche anarchisante.

Ironie du sort : les affaires de papa Mac-Nab se portent mal. Le château vierzonnais doit être vendu. Et qui le rachète ? Célestin Gérard. En 1872, l'industriel, fondateur de la Société française de matériel agricole installée face à la gare de Vierzon, y déploie sa famille. Célestin-Gérard, symbole de ce qui n'est pas encoe le capitalisme sauvage mais le symbole d'une réussite sociale indéniable. Est-ce cet événement qui irrigue l'inspiration de Maurice, au point de prendre fait et cause, en 1887 pour les grévistes de la Société-Française à travers sa chanson Le métingue du Métropolitain ? Une juste revanche prise sur un souvenir douloureux ?

Les citoyens, dans un élan sublime,

Étaient venus guidés par la raison.

A la porte, on donnait vingt-cinq centimes

Pour soutenir les grèves de Vierzon.

Bref, à part quat’ municipaux qui chlingue

Et trois sergots déguisés en pékins,

J’ai jamais vu de plus chouette métingue,

Que le métingu’ du métropolitain !

En 1874, Maurice, 18 ans, atteint le Petit Séminaire de la Chapelle Saint Mesmin (Loiret). Le Séminaire quitté, c'est l'heure du service militaire. Une fois achevé, le jeune homme grimpe à Paris pour devenir employé des Postes.

C'est un artiste. L'écriture et le dessin sont ses démons nocturnes, les gênes de la passion paternelle. Le jour, il travaille studieusement. L'humour noir coule dans son sang. Il rédige “Les foetus” et “Les poëles mobiles”; plus tard, en 1879, “Bal à l'hôtel de ville” (de Paris). Sa carrière est devant lui. Rodolphe Salis, un artiste peintre, créé le cabaret “Le chat noir”. Ce qui est drôle, c'est qu'il l'ouvre dans un ancien bureau de Poste boulevard de Rochechouart déménagé plus tard rue de Laval. Le succès attend Mac-Nab, Maurice attend l'argent. Il est payé... en liquide, l'alcool... Dure vie que celle d'artiste la nuit et employé le jour, au prix d'une santé fragile.

Il publie des recueils illustrés par ses soins, “Les poèmes mobiles” et “Les poèmes incongrus”. La chanson de Mac-Nab “Le grand Métingue”, croise le destin politique d'Edouard-Vaillant, un député socialiste né en 1840 à Vierzon. Tout se recoupe décidemment. Mais Maurice est malade d'une tuberculose pulmonaire qu'il tente de soigner à Cannes en 1888. Il écrit toujours avec la même fièvre y compris une thèse médicale sur “Le mal aux cheveux et la gueule de bois”. Le rire a des vertus. Pourtant, elles ne lui permettent pas de prolonger son existence au-delà du 25 décembre 1889 à 23 heures. Il aurait eu trente-quatre ans. Si Vierzon garde de lui son patronyme et l'empreinte physique du château familial de Fay, le cimetière du père Lachaise conserve sa dépouille, dans la tristesse de l'anonymat.

A Vierzon, Stéphane Branger, poète, musicien et chanteur, a rescuscité Maurice Mac-Nab à travers sa biographie et surtout ses chansons. L'écriture d'un spectacle et en juin 2010, l'édition d'un CD prolonge la mémoire de Mac-Nab. Avec Bernard Willemet, autre Vierzonnais, grand admirateur du chansonnier qui n'hésite pas une seconde à les chanter comme un hymne vierzonnais, les deux hommes souhaitent que Mac-Nab ne soient pas seulement synonymes du théâtre ou de la rue qui abrite le commissariat. En 2009, le théâtre Mac-Nab et la ville de Vierzon ont créé le festival des chansonniers. C'est bien le moins pour cet artiste, chanteur de Vierzon et concurrencé, un siècle plus tard, par un autre chanteur de renom, Jacques-Brel... Concurrence ? A peine....

Patrick Raynal , le comique-paysan

Le Berrichon lui doit tout. Ou presque... Vierzon aussi, un peu, beaucoup, passionnément. Patrick Raynal est l'anti-thèse de l'artiste parigot, lui, dont les pieds ont frappé la terre de Vierzon le 29 mai 1926, dans une famille modeste, d'un père communiste. Normal donc. Très vite, derrière Bernard Giraud, son vrai nom, se cache Patrick Raynal que le démon de la scène gratouille.

A l'armée, il imite Charles Trénet et écope du doux surnom de “fou chantant de Vierzon”. C'est à la fois gracieux pour le jeune homme et sa ville d'origine. Le voilà qu'il entame une carrière d'amuseur public, avec dans l'accent, tout le terroir du Berry, rugueux, chauvin. Une verve de comique-paysan. Patrick Raynal est surtout connu pour le personnage central de son épopée comique : la famille Berlodiot, une caricature sans concession du Berrichon... vierzonnais. D'ailleurs, plusieurs histoires, couchées sur des vinyles, ont pour site géographique, Vierzon et sa forêt notamment dans l'hilarante aventure de la voiture-fantôme.

Patrick Raynal voit arriver au loin, une voiture, elle roule au pas. Il saute dedans mais il n'y a personne. Il prend peur et en sort pour s'apercevoir que c'est “un gars qui poussait” ! Bon, disons le tout net, le Berrichon n'est pas tout à fait à son avantage, dans les histoires de Patrick Raynal. Mais au moins, il en parle.

Mine de rien, il fréquente les cabarets parisiens. Il se lie d'amitié avec Pierre Dac, Sim. Entre à Bobino, l'Olympia, fréquente Jacques Brel, Georges Chelon, Henri Salvador. A Vierzon, la famille Berlodiot fait un tabac. Le Berrichon qui monte à Paris est une caricature hilarante. Patrick Raynal passe aussi devant la caméra, « Babette s'en va-t-en guerre » avec Brigitte Bardot et Roger Vadim, « Le Magot de Josepha » avec Anna Magnan, Bourvil, Pierre Brasseur, Christian Marin, Henri Virlogeux, « Le journal d'une femme en blanc » avec Marie-José Nat, « Le franciscain de Bourges » avec Hary Kruger, « Les grandes familles » de Denis de la Patellière avec Jean Gabin et Pierre Brasseur. Qui s'en souvient ?

Chevalier des arts et des lettres, grand officier de la ligue du bien public, médaille d'argent de la ville de Paris etc., en 1989, il reçoit aussi le prix Fernand Raynaud. Patrick Raynal tire le rideau et se retire à Azay-le-Duc. Vierzon oublie son comique mais, au détour d'une conversation, il n'est pas rare d'entendre, l'une de ses expressions qu'il avait inventées ou qu'il colportait : 99 moutons et un Berrichon, ça fait cent bêtes ! Un éveillé des chaumières, un gars de la commune... Une rue à son nom ne serait pas de trop...

Edouard-Vaillant, le Socialiste

A la Fédération départementale du Parti socialiste, à Bourges, une peinture posée sur un meuble, représente le Vierzonnais Edouard-Vaillant. L'homme, socialiste, veille sur les générations futures. Au mur, un fusain, toujours d'Edouard-Vaillant, renvoie le présent à l'héritage du passé. En mairie de Vierzon, dans le bureau d'un élu socialiste, c'est un buste en plâtre d'Edouard-Vaillant, jadis remisé, qui prend la lumière politique de l'hôtel de ville.

Finalement, jamais Vaillant n'a été aussi vaillant dans le coeur des jeunes générations à la rose. La personnalité vierzonnaise dont la maison, sise avenue... Edouard-Vaillant a failli devenir un haut-lieu de conservation de la mémoire du personnage, accompagne ainsi les fluctuations colorées de la politique locale. Chaque année, dans une cérémonie solennelle, les élus socialistes se rendent sur sa tombe, au cimetière de Vierzon-Ville.

Finalement, Vierzon a gagné son héros de gauche. Edouard-Vaillant est né à Vierzon, en janvier 1840, d'une famille bourgoise. Son image est attachée au combat pour l'unité du Parti socialiste. Son autre fait d'arme, en politique, le relie directement à la Commune de Paris dont il fut un élu.

Vaillant est un homme charismatique : ingénieur des arts et manufacture, docteur es sciences, docteur en médecine, il étudie aussi la philosophie et la chimie dans des universités de langue allemande. Plus tard, délégué à l'instruction civique, son appartenance à la commune de Paris l'oblige à s'exiler à Londres. Il est condamné à mort par conttmace et amnisté en 1880. Dans les arcanes du Socialisme, il forme avec Blanqui un comité révolutionnaire. Voilà Vaillant, le Vierzonnais, administrateur et rédacteur en chef de journal Ni Dieu, ni Maître qui annonce clairement sa couleur.

Edouard-Vaillant n'oublie pas sa ville natale. Il y revient en 1880, pour rassembler les Socialistes du Cher. Il est clairement désigné comme le successeur de Blanqui lorsque ce dernier meurt. Edouard-Vaillant est conseiller municipal de Paris mais il veille de très près au Cher. Vaillant est candidat de la SFIO à l'élection présidentielle de janvier 1913. Il meurt deux ans plus tard et rejoint Vierzon, pour son tout dernier voyage.

Jean Jaurès disait de lui : "La pensée d’Édouard Vaillant représente l’adaptation la plus parfaite du socialisme scientifique à notre tempérament national". La section socialiste de Vierzon en a fait son emblême.

Félix Pyat, le chroniqueur

Une plaque discrète, datant de 1902, dans le Vieux-Vierzon, rappelle à l'entrée d'une résidence, que Félix Pyat est né ici. On peut y lire : “dans cette maison est né le 4 octobre 1810 Félix Pyat, commsisaire général du Cher et représentant du peuple à l'assemblée constituante en 1848, membre de la commune en 1871.” Félix Aimé Pyat embrasse d'abord la carrière d'avocat, glisse comme auteur dramatique (Le chiffonnier de Paris, entre autres) et se lance dans le journalisme.

Mais ces revirements professionnels cachent surtout son destin politique. A 38 ans, en 1848, le voilà bombardé commissaire du gouvernement provisoire (de la deuxième République), dans le Cher. Le voilà député de gauche à l'Assemblée constituante liant son destin (de gauche) à celui de Vierzon, ville ouvrière.

Félix Pyat poursuit sa ligne indéfectible jusqu'à devoir se refugier en Suisse, en Belgique, puis en Angleterre. Les organisations révolutionnaires, c'est sa tasse de thé. La vie de Félix Pyat est tissée de ses combats politiques notamment à la Commune, de ses retours en France, de ses départs à nouveau précipités pour l'Angleterre. Finalement, la République proclamée en 1870 lui offre l'opportunité de reposer ses valises en France pour fonder un journal, ses premières amours, Le combat, puis un an plus tard Le vengeur.

Entre temps, il est élu à l'Assemblée nationale mais ils démissionne. Conseil de la commune, commission exécutive, comité de salut public, Pyat est partout, y compris avec les blanquistes vierzonnais. Une fois de plus exilé à Londres, il revient en 1880; en 1887, il devient Sénateur du Cher et un an plus tard, député des Bouches-du-Rhône. Félix Pyat meurt en 1889. “Si Félix Pyat n’avait pas l’envergure d’un Edouard Vaillant (qui marqua plus sûrement et plus durablement l’histoire du mouvement ouvrier) la force de ses convictions ainsi que sa vie romantique et passionnée, en font un personnage mythique et indéniablement un vierzonnais pas comme les autres” lit-on sur le site Internet de la ville de Vierzon.

Félix Pyat, membre de la Commune, doit encore se cacher. C'est un cafetier vierzonnais de Paris, Auguste Meunier qui le cache dans la cave, au coin du canal de l'Ourq avec Edouard Vaillant, autre vierzonnais.

Ils étaient aussi à Vierzon

D'autres personnages, et la liste n'est pas exhaustive, sont originaires de Vierzon ou ont entretenu un lien intime avec la ville. Georges Meunier est né à Vierzon en mai 1925. Ce coureur cycliste a entre autre, participé à cinq tours de France, entre 1950 et 1954, avec un abandon en 1952. Mais il tout de même remporté deux étapes du Tour de France. Il a fallu attendre les années 2000 pmour qu'un Vierzonnais soit à nouveau engagé sur les routes du Tour, William Bonnet a déjà participé deux fois.

Claude Chevalier est à l'accordéon, ce que Jacques Brel est au port d'Amsterdam. Ce musicien vierzonnais a conquis de ses bretelles une étonnante carrière. En pleine notoriété internationale, déjà établie en 1973, il créée le Quatuor Chevalier. Trois ans plus tard, à force d'enchaîner télés, radios, concerts et festivals, des compositeurs contemporains lorgnent du côté du Quatuor. En 1980, l'ensemble accède lui aussi à la notoriété mais en 1987, Claude Chevalier décéde. Aujourd'hui, c'est son fils, Denis, qui a repris le flambeau. Et perpétue le nom.

Le duo Madeleine Sologne et Jean Marais ont marqué involontairement leur empreinte à Vierzon. Madeleine Simone Vouillon voit le jour en octobre 1912, dans une petite commune de Sologne, proche de Vierzon. Actrice, elle se distingue surtout dans le film de Jean Cocteau, L'éternel retour, avec Jean Marais, version moderne de Tristan et Yseult. Jean Marais, de son côté, cotoie Vierzon à plusieurs reprsies : pendant la guerre, il y fait une halte. Puis il y revient pour assister à un mariage. Un Vierzonnais le reconnaît, il boit un café dans le bistrot face à l'hôtel de ville.... Jean Marais et Madeleine Sologne sont alors réunis, au moins une fois, au début des années 1990, sur les sièges du cinéma vierzonnai, on y projette évidemment L'éternel retour. Du coup, les deux acteurs deviennt un tantinet vierzonnais dans l'âme. En 1976, Madeleine Sologne se retire des écrans dans sa Sologne natale, Jean Marais lui, poursuit sa route. Madeleine Sologne décéde le 31 mars 1995 à la maison de retraite de la Noue, à Vierzon. La salle municipale prend alors le nom de Madeleine Sologne : un vaste portrait de l'actrice y trône.

Non, Antoine de Saint-Exupéry n'est pas Vierzonnais du tout ! Toutefois, l'aviateur et auteur du Petit Prince, s'y est arrêté. Dans les années 1920, Antoine de Saint-Exupéry travaille pour le compte de l'usine Saurer qui fabrique des camions, comme représentant. C'est sans doute à ce moment-là qu'il va d'hôtel en hôtel. Il s'arrête à Vierzon, dans la rue Neuve (actuelle avenue de la République), à l'hôtel du Boeuf qui n'existe plus. Il laisse une trace de son passage : sur le papier à-en-tête de l'hôtel, il croque les personnages qu'il croise, Vierzonnaises et Vierzonnais, dessinés par Saint-Ex. Un passage discret. Pour un souvenir qui l'est encore plus.

Steeve Mac Queen non plus n'est pas Vierzonnais ! Mais une anecdote, rapporté par la presse locale, prétend que l'acteur américain, de passage à Vierzon, s'est arrêté à l'hotel de ville pour demander un hôtel. Pas d'hôtel à Vierzon lui aurait-on répondu. L'acteur est reparti....

H2O

Sous-titre : Vierzon la fluviale

Vierzon trempe ses pieds dans l'eau. D'une façon hautement agréable comme franchement désagréable...

Agréable, parce que Vierzon, pays des cinq rivières... (1) possède cinq doigts d'eau : l'Yèvre, le Cher, le Barangeon, l'Arnon et le canal de Berry. C’est d’ailleurs pourquoi la communauté de communes regroupant Vierzon, Thénioux et Méry-sur-Cher porte le nom de « pays des cinq rivières ». Autant dire que les pêcheurs et les promeneurs ont de quoi se régaler.

Désagréable parce que l'omniprésence des rivières rappelle, chaque année, que les eaux gonflées par les crues demeurent chez elles coûte que coûte. Et si la ville n'a pas connu de crue majeure depuis 1977, périodiquement, on ne peut s'empêcher de serrer les dents à chaque alerte, l'oeil collé à l'échelle des crues, sur le pont près de l'Ile Saint-Esprit. L'île... Il y a de quoi rêver à Vierzon ! Le mot évidemment appelle la présence de l'eau. Ce qui est valable pour l'île Marie également. Lorsque les eaux sont trop généreuses, l'île est coupée du monde... Mais du monde, il n'y en a plus sur l'île Marie depuis plusieurs décennies : une vieille dame y logeait encore avec ses moutons, évacuée lorsque la crue menaçait trop, dans le bateau des pompiers.

L'eau n'a jamais manqué à Vierzon et c'est grâce à la rivière que les hommes préhistoriques ont taillé à Bellon, au sud du Cher. A l'autre bout du temps, Bellon est tranquillement devenue une plage courue, sur le Cher, dans les premières décennies du XXème siècle, à l'ombre du camping municipal.

Au fil des eaux

L'Yèvre et le Cher composent surtout la notoriété aquatique de la ville auquel s'associe en 1830, le canal de Berry, creusé deux ans plus tôt afin de faciliter les échanges commerciaux entre les vallées du Rhône et de la Loire. La navigation, à Vierzon, est une vieille habitude datant au moins de 1566. La décision remonte à 1484. Les Etats généraux à Tours décident de relier le Cher à l'Allier, via l'Yèvre notamment, en aménageant la rivière. Du côté de Bourges, la ville voisine, cette décision est très bien accueillie par les marchands. Ils pensent ainsi écouler facilement leurs draperies, eaux et huiles de noix. Le business au fil de l'eau est lancé. Déjà, à Vierzon, l'Yèvre offre son courant aux moulins que les meuniers exploitent avec des barrages. Une taxe prélevée sur le sel de Vierzon permet, en 1513, de construire treize ponts sur l'Yèvre dont les travaux, en 1565, ne sont toujours pas achevés... Des moulins à bled, à écorce, des tanneries, un moulin à drap élisent également domicile au bord des eaux de la rivière.

Au XVIIIe siècle, René Béchereau détaille, dans un ouvrage “ un fort joli port au pied de la ville, où l'on dépose grande quantité de bois meirins... beaucoup d'ardoises, pierres de Lis, de Bourai, petites et grandes meules à aiguiser, morues, harengs, bleds, vins et autres marchandises qui viennent par la rivière de Cher, de la Touraine, de Bretagne et de Nantes...” L'activité de la ville ne cache pas son étroite connivence avec sa rivière. L'Yèvre prend sa source aux environs de Baugy, passe à Bourges où elle reçoit de nombreux affluents, et aboutit, à Vierzon, dans le Cher, après un parcours d'environ soixante-dix kilomètres.

C'est sans compter sur la force des eaux de l'Yèvre notamment dont les crues mettent à mal les ouvrages qui l'enjambent. Petit à petit, face aux difficultés, la navigation perd de sa force et les batelliers deviennent une denrée rare. L'entretien de la voie d'eau se complique et ses méandres ralentissent les temps de voyage. Dans les têtes déjà, “une autoroute d'eau” fait son chemin, de halage évidemment. Elle serait très pratique notamment entre Vierzon et Bourges. A partir de 1765, déjà, une vague idée de canal se dessine dans quelques têtes bien pensantes. Le duc de Béthune-Charost et le Baron de Marivetz souhaitent une liaison entre la Loire et à Tours et la Loire au bec d'Allier. Leurs plans sont simples : un aménagement du Cher entre Tours et Vierzon et le creusement d'un canal entre Vierzon et le Bec d'Allier.

Le canal du Duc de Berry

Le canal de Berry (du duc de Berry, les premiers noms envisagés sont canal Louis XVI, canal du Cher aussi) naît sous l'Empire. En 1807, un décret impérial décide que Le "Cher sera rendu navigable en suivant son cours actuel au moyen d'une ou plusieurs dérivations depuis Montluçon jusqu'à son embouchure dans la Loire". A Vierzon, le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, installe ses forges, présageant l'essor industriel de la ville. Le Comte d'Artois insiste sur la nécessité de ces travaux. Le canal de Berry est pour lui d'une extrême importance... commerciale. Les travaux démarrent en 1809 et se prolongent jusqu'en 1840. Dix ans auparavant, le canal est partiellement ouvert à la navigation. 1831, c'est la mise en service du tronçon Bourges-Vierzon; en 1841, Vierzon-Noyers. Le canal a déjà changé le destin de Vierzon.

Cette voie d'eau, latérale au Cher, a la particularité d'être composé de trois canaux en un seul, c'est-à-dire trois branches distinctes qui se rejoignent à Fontblisse, à Bannegon, dans le département du Cher. Il relie les villes des départements du Cher, Loir-et-Cher et Allier, de Montluçon à Noyers-sur-Cher, de Saint-Amand Montrond à Bourges, Sancoins, Mehun-sur-Yèvre, Vierzon évidemment.

Il arrive de Bourges par les Forges, traverse le centre de la ville, flirte avec Grossous, et court ensuite, via le Bas de Grange, vers Méry-sur-Cher, Thénioux etc. Plusieurs écluses sont construites sur le territoire vierzonnais et les bateaux font transiter, par le centre de la ville, chaux, ciment, bois, charbons, porcelaine... Les mines de Blanzy s'y installent. Les matières premières nourrissent les industries, notamment implantées aux Forges mais aussi en ville. Des quais et des entrepôts voient le jour. Une activité batelière, y compris la fabrication de bateaux, transite autour de l'activité marchande du canal. Rue des Ponts, les bateliers se retrouvent au café de la Marine devenu plus tard la Tassée...

L'originalité du canal, au milieu de Vierzon, tient à sa rencontre avec l'Yèvre et à la formation d'un vaste bassin. Le long du canal, en 1920, les bâtiments de la Banque de France s'agrandissent, orgueil de l'essor industriel de la ville. Les contingences touristiques n'effleurent pas une seule seconde l'esprit des Vierzonnais. Le canal est après tout un outil de travail que se partage également, depuis 1847, le chemin de fer. Du coup, après la seconde guerre mondiale, le canal est mis à mal par d'un côté, la route et de l'autre le rail. Son entretien laisse également à désirer. Le tonnage diminue d'année en année jusqu'à sa fermeture, en 1950 et son déclassement définitif cinq ans plus tard. Pendant ce temps-là, les élus vierzonnais cogitent et prennent une décision radicale : combler le canal à partir de sa jonction avec l'Yèvre jusqu'à l'écluse de Grossous. L'idée : construire un vaste plateau de quinze mille mètres carrés avec parking, place de marchés et d'expositions et une salle des fêtes. En 1968, le canal disparait sous terre via des buses reliées à l'écluse de Grossous. L'Yèvre, quant à lui, poursuit son cours sans problème. Le bassin central du canal, à Vierzon, est recouvert, en effet, d'un immense parking. Pas de salle des fêtes, pas de place pour le marché mais un central téléphonique, une bibliothèque, une résidence. A la toute fin des années 1980, face aux anciens locaux de la Banque de France, devenus depuis une mairie annexe, pousse ce que l'on appelle, le Forum République : un ensemble de commerces autour d'un hôtel et d'un supermarché, puis des locaux pour EDF, la Poste, une autre résidence....

Dans les années 1990, le canal devient l'objet de toutes les attentions. Mais sur les 260 kilomètres de son parcours et, à Vierzon notamment, ce n'est pklus qu'un pointillé d'eau sur lequel il est impossible de naviguer. A moins que les bateaux n'aient des jambes... Toutefois, une idée folle fait son chemin. L'Arécabe, l'association pour la réouverture du canal de Berry créé par François Faucon, malheureusement disparu récemment, milite pour rendre à nouveau navigable le canal. Ce sera un paris gagné entre les Forges et le centre-ville avec la réhabilitation des écluses. On parle même de le refaire passer en centre-ville... Mais le projet est toujours au chaud dans des cartons....

Chaque été, des promenades sont possibles à bord de petites embarcations électriques tandis qu'une guinguette, installée sur l’ancien quai du bassin, régalent les estivants.

  1. C'est le nom qu'a pris la communauté de communes regroupant Vierzon, Thénioux et Méry-sur-Cher.

Poème du Docteur Fernand Louis publié dans un recueil en 1914

Repos

Entre les peupliers qui rêvent sur le bord,

Le canal, déroulant son long ruban de moire,

Sans le calme alangui du jour brûlant s'endort

Le midi lourd rayonne, assoupi dans sa gloire.

Vive avec des cries brefs, l'hirondelle dans l'air

Enlace de zigzags sa course enchevêtrée.

Une ablette sautant, s'enfuit dans un écalir;

Et des rides en ronds courent sur l'eau zébrée.

Suivant sa route droite, un bateau glisse, lent;

Et le remous clapote à la proue arrondie.

En avant, sur la berge, un âne somnolent

Tire, le cou penché, sur la corde raidie...

Cependant, tout là-bas, au feu de ses fourneaux,

Sous un nuage noir, Vierzon bourdonne et fume.

Ma paresse se berce au rythme des marteaux

Qui frappent en cadence et chantent sur l'enclume.

Mes yeux se voilent, las, ébluis de soleil,

Et sur l'herbe couché, parmi les renoncules,

Je regarde, sans voir, en un demi-sommeil,

Miroiter dans de l'or, le vol des libellules.

Les crues.

La ville a toujours vécu avec et contre ses rivières. Avec, on l'a vu, pour les besoins notamment de son économie. Contre, parce que les crues ont fortement marqué la cité. En fait, Vierzon reçoit les pluies qui tombent sur une superficie de bassins versants de presque 9.000 kilomètres carrés. D'où des crues parfois féroces en période de pluies persistantes notamment. Les eaux du Cher se mêlent alors, à Vierzon, dans le centre-ville, aux eaux de l'Yèvre et, en aval, aux eaux de l'Arnon, ce qui freine l'écoulement de ces deux rivières et provoque alors une remontée des eaux sur Vierzon.

Des quartiers sont plus exposés que d'autres : le faubourg des Ponts, le Champanet, le Chambon-Abricot, le Bas-de-Grange, la Croix Moreau, les Petites et les Grandes Vèves mais aussi Bourgneuf, la Genette, la Loeuf, le Vieux-Domaine, le Bois d'Yèvre etc...

Les crues “contemporaines” ont marqué la mémoire collective. Celle du 6 mai 1940 ajoute du drame au drame avec une côte de 4,65 mètres, 4,70 mètres quand la côte d'alerte, à Vierzon, se situe à trois mètres. Les photos prises par les Vierzonnais sont impressionnantes, notamment celle montrant la Banque de France, dans le centre, noyée sous les eaux. En 1958, autre grande crue, la côte grimpe à 4,55 mètres. Une liste fait état des pertes occasionnées par les industriels vierzonnais, les plus grandes entreprises sont touchées. Le syndicat départemental des sinistrés des crues du Cher diligente une enquête pour les dommages causés à la ville par la crue des 26 et 27 mai : 1412 habitations furent touchées, 60% des habitations avaient une hauteur d'eau de soixante centimètres.

D'autres crues antérieures ont frappé la ville : 1856, 1923 mais les trois crues mémorables restent celles de 1940, 1958 et 1977. 1982 donne aussi des sueurs froides, dix ans plus tard, rebelote. Entre temps, celle de 1988 fait aussi frémir. L'échelle de crue et le bras mort du Cher sont les deux indicateurs locaux du gros bouillon à venir. Chaque année, les eaux tumultueuses se rappellent au bon souvenir des Vierzonnais, spectateurs d'une rivière gonflée à bloc. A Vierzon, les crues font l'objet de nombreuses polémiques sur les solutions à y apporter, notamment le réhaussement des digues censées protéger les habitations.

Depuis 1978, aucune “grosse” crue n'est vraiment venue araser les quartiers sous pression persistante d'une menace. Mais rien ne dit qu'une crue centenale ne vienne pas bouleverser les pronostics. Du coup, selon le vbieile adage “mieux vaut prévenir que guérir”, un vaste plan de protection des risques d'inondation (PPRI) est imposé par l'Etat à la ville de Vierzon. Le coup est dur : une grande partie du territoire, dont par exemple la avste zone industrielle du Vieux-Domaine est sous le coup d'une menacé. Des terrains, jadis épargnés, sont tout d'un coup soumis à la règle de précaution, ce qui représente tout de même à Vierzon, environ un tiers de sa superficie...

I comme Il était une fois un musée....

Sous-titre : Une attente forte depuis 40 ans.

Musée, pas musée, musée... Vierzon vit ainsi, depuis 1962, dans un yo-yo constant. La ville possède son musée jusqu'à cette date. Mais il doit être fermé pour cause de démolition du quartier du Tunnel-Château. Denys Tixidre en est le conservateur le plus renommé. Passionné de recherches historiques, notamment sur Vierzon, il publie le thème d'une conférence dont le premier tirage est rapidement épuisé. Dans la foulée, il postule comme conservateur du musée. Il obtient le poste. En 1945, le musée de Vierzon n'en est pas tout à fait un. Pour tout dire, il végète et l'armée allemande s'est servi en emportant avec elle un grand nombre d'armes de panoplie.

Denys Tixidre donne l'impulsion nécessaire mais son élan se brise sur la démolition des locaux. L'ancien musée doit être remplacé par un autre, celui des Arts du feu. Porcelaine et verrerie ont de quoi occuper une bonne place dans ce futur équipement. En novembre 1964, une esquisse est publiée dans le bulletin municipal : il doit être implanté à côté du Beffroi, à l'emplacement de l'ancienne école, devenue depuis une salle de réunion. Le projet est ambitieux, il voisine avec une bibliothèque-centre de congrès qui doit voir le jour face au Beffroi, dans le nouveau quartier en construction. Mais ni le musée, ni le centre de congrès ne sortent de terre. Et à partir de là, le musée ressemble à une histoire qui commence par, il était une fois....

Cinq pièces pour le musée

Sur les plans, pourtant, le musée de Vierzon, version moderne, comprend cinq pièces : quatre sont consacrées à l'aménagement d'un musée des Arts du feu, la cinquième pièce est un havre pour les objets relatifs à l'histoire de Vierzon et à ses découvertes locales. Les Arts du feu sont censés offrir à Vierzon une notoriété certaine, tandis que le musée apparaît indispensable dans une ville comme celle-ci. Qu'à cela ne tienne.

Le nouveau bâtiment peut aussi abriter une pièce rare, mise à jour, raconte le docteur Tixidre, par des enfants, dans les sables du Cher : une patère, c'est-à-dire une coupe métallique servant aux sacrifices chez les Romains. La pièce est en bronze coulé et date de l'an 50, elle porte la signature de Januaris. Malgré la passion du conservateur et sa persévérance, le musée tarde à sortir de terre. Pour tout dire, l'idée est purement et simplement abandonnée. Les pièces sont alors numérotées, emballées et entreposées. Elles y sont encore... L'urgence ne s'impose pas. Vierzon a d'autres priorités, elle va donc à l'essentiel : le logement, l'économie, les aménagements. En 1979, la ville fête le bicentenaire de son industrialisation et découvre, à travers une somptueuse exposition, les richesses de son patrimoine industriel et de son savoir-faire ouvrier.

Un an plus tard, l'initiateur de cette exposition, le maire-adjoint Roger Coulon, publie une tribune, dans le bulletin municipal. Il explique que la ville est « un lieu d'activité humaine » qui remonte à la préhistoire, pour preuve « ce riche atelier préhistorique de tailles de silex découvert à Bellon entre 1899 et 1901. » Le spectre est large, de la taille du silex à la fabrication de tracteurs....

L'élu annonce que « le musée de Vierzon que nous allons rouvrir en 1981 dans l'ancienne maison des jeunes, doit exprimer tous les aspects du passé et du présent de notre ville. Ce riche passé doigt être protégé et honoré. » Le programme est annoncé de cette façon: « le musée de Vierzon doit honorer les générations passées, préserver la mémoire historique des Vierzonnais et trouver, pensons-nous, une forme originale de fonctionnement, en un mot un musée vivant. » Trente ans plus tard, le musée n'est toujours pas vivant...

Des projets farfelus

Les projets ont pourtant fleuri, dont un sur les engins de travaux publics, entre autres, à coup d'effets d'annonce. Sans suite. La ville a cette particularité : elle possède le label musée de France sans avoir de musée. En 1990, la municipalité change d'étiquette. Mais l'idée d'un musée n'est pas prise plus au sérieux. En revanche, le patrimoine est d'avantage reconnu et entre de plain-pied dans les préoccupations politiques.

Au fur et à mesure des décennies, de nouvelles pièces enrichissent les cartons. Avant 1990, une étonnante collection de « bousillés », des pièces réalisées en dehors des heures de travail notamment par les ouvriers verriers, permettent à la ville d'acquérir des lampes en verre qu'une collectionneuse locale a précieusement su conserver.

Dans les années 1990, une prise de conscience oblige des amoureux du patrimoine industriel et agricole à créer une association pour le préserver. Et notamment, les batteuses, locomobiles et tracteurs ainsi que le matériel agricole fabriqué à partir du milieu du XIXè siècle par la Société Française, Brouhot, Merlin etc. En 1995, la Case, héritière de la Société Française ferme ses portes.

Sept hectares de foncier, en plein centre-ville, risquent de finir en friche industrielle. La municipalité rachète petit à petit les locaux : notamment les anciens halles de fonderie, avec sa charpente et ses poteaux metalliques. Restaurées à l'identique avec ses briques vernissées et ses verrières, les façades sont classées à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Vierzon (re)découvre son patrimoine industriel. Et l'idée d'un musée s'impose avec plus de vigueur. Alors un musée se créé mais pas celui espéré.... Le musée du fil de soie quitte le Sancerrois pour Vierzon, avec un vague lien entre l'industrie textile et le ver à soie... L'entreprise échoue, plusieurs années plus tard. Le musée ferme.

Deux autres musées voient le jour : celui des Fours banaux dans la vieille ville, propose un éclairage sur le passé féodal de la cité. Le musée Laumonier de la machine à vapeur propose un voyage ferroviaire. Mais LE musée de Vierzon n'est toujours pas là. Les anciennes halles de fonderie suscitent l'appétit de projets ayant en fait peu de rapport avec la ville.

On parle d'un musée de la moto également. Rien de très convaincant. Pendant ce temps-là, les collections s'empilent. Des tracteurs et des machines agricoles d'un côté; des verreries issues des productions locales de l'autre; de la porcelaine flattant l'âge d'or des manufactures vierzonnaises; des grès flammés dit Denbac, très prisés des collectionneurs. Et tout le fond de l'ancien musée fermé en 1962. Toutes ces pièces dorment dans des cartons. A la faveur d'une initiative municipale, les verreries sont exposées pendant plusieurs mois : l'exposition fait un tabac. Celle des grès flammés l'est à son tour, succès garanti. Les tracteurs sont montrés au public, le public en redemande. Mais toujours rien à l'horizon.

En 2011 peut-être...

En 2011, une étude relative à un projet de musée de l'histoire sociale et industrielle doit servir de base de travail. Le lieu : d'anciens locaux face aux verrières de la Société-Française. Le thème : l'industrie vierzonnaise à travers son histoire sociale. Le musée a ses partisans et ses détracteurs. D'un côté, la mairie veut aménager un local de 1700 mètres carrés dans lequel il sera difficile d'exposer des tracteurs et des machines agricoles qui font encore la réputation de la ville, à travers des milliers de collectionneurs en France et à l'étranger. De l'autre, des passionnés souhaitent que le musée prennent corps derrière les anciennes verrières de la Société-Française. Deux thèses s'affrontent. Le musée attendra-t-il encore trente ans avant de voir le jour ? A suivre....

J comme jumelages

Sous-titre : Allemagne, Turquie, Chine …

Vierzon est gourmande en jumelages : quatorze villes dans le monde, Europe, Asie, France, Alsace, dans la Meuse... Une vraie boulimie. Le plus ancien remonte à 1955, avec Rensburg, en Allemagne de l'Ouest (République fédérale allemande, RFA à l'époque), suivi, de Bitterfield, jumelage emblématique, scellé en 1959 et destiné à marquer les dix ans de la République démocratique allemande (RDA), l'Allemagne de l'Est. Quatre ans après la signature, une délégation vierzonnaise (Jacques Rimbault, Suzanne Labertonnière, Louis Duroir, Roger Leclerc, Etienne Palat) rendent visite à leurs nouveaux amis avec une liste, en main, de visites diverses comme le foyer des vieux travailleurs, les usines... Après Rendsburg, à l'Ouest, Bitterfield, à l'Est vient équilibrer les relations... diplomatiques. Deux états, deux villes, deux jumelages.

RFA et RDA

Le 11 octobre 1959, Vierzon paraphe la charte utile au rapprochement des deux cités. Les Vierzonnais viennent d'élire une municipalité communiste avec, à sa tête, le docteur Léo Mérigot. Sur le document de l'époque, le tout frais maire de Vierzon précise, aux côtés de sa signature, sa fonction de secrétaire fédéral du PCF. Rapprochement de principe, de coeur. C'est Jenohr Rudolf, de Bitterfield, qui prend contact avec les élus Vierzon. La raison est simple : c'est une ville ouvrière comme Bitterfield, explique l'homme à l'origine du jumelage, lors du jubilé, en 2009. Si les Vierzonnais peuvent librement fouler le sol de l'Allemagne de l'Est, les Allemand de l'Est, eux, ont toutes les difficulés du monde pour franchir les barrières des refus des visas nécessaires. Vierzon choisit ainsi le dixième anniversaire de la RDA pour marquer son attachement, de l'autre côté du mur. Il faut attendre 1985 pour que les premiers habitants de Bitterfeld soient reçus à Vierzon, dix jeunes qui, plus tard, recoivent la visite de dix jeunes Vierzonnais.

Quatre ans plus tard, le mur de Berlin tombe. Et la libre circulation régularise enfin les échanges attendus, plus d'un côté que d'un autre. Vierzon, toujours communiste en 1989, réaffirme, dans une déclaration commune, son intention non seulement de poursuivre mais d'approfondir le jumelage. Deux ans plus tard, les deux villes de l'ex-Allemagne coupée en deux se retrouvent symboliquement en terre vierzonnaise. En octobre 2009, voyage dans l'autre sens : des élus vierzonnais se rendent officiellement à Bitterfield pour le cinquantenaire du rapprochement.

Périgrinations chinoises

La ville de Vierzon reste très longtemps attachée seulement à ses deux jumelages officiels avec l'Allemagne. C'est à partir de 1990, sous l'ère de l'ex-socialiste Jean Rousseau, que le nombre de jumelage va exploser. En septembre 1992, Déveli devient la jumelle turque. Miranda de Ebro, l'année suivante, met du soleil espagnol dans le ciel vierzonnais. Que les Espagnols n'y voient aucun signe malicieux mais le nom de leur ville remplace la sinistre rue des Abattoirs... En 1994, les élus traversent la Manche et vont serrer la main aux habitants d'Héréford. Avenue de la République, l'ancien bar le Sélect devient le pub Héréford aux diverses fortunes. Ce n'est pas fini : en septembre 1996, Kamienna Gora se rapproche de Vierzon tandis que la ville polonaise était déjà jumelée avec Bitterfield, elle-même soeurette de Vierzon. Tout se recoupe. Deux ans passent et en 1998, la liste s'allonge : Barcelos au Portugal devient la nouvelle heureuse élue, suivie de Kahalé au Liban, destinée à sceller une amitié vierzo-libanaise dont une importante communauté s'est implantée dans la seconde ville du Cher. Ajoutons Sig en Algérie et El Jadida au Maroc (la charte d'amitié date de 1987, les relations sont de nouveau d'actualité en 2004) et... ce n'est pas tout.

Vierzon ose. Des amitiés vierzo-chinoises susurrent à l'oreille des élus vierzonnais de se jumeler avec une ville de Chine, au milieu des années 1990. C'est Dongxihu. Lointaine province qu'un protocole d'amitié attache au Berry, transformé ensuite en accord de coopération. Seulement, à l'amitié entre les peuples, guide suprême des jumelages, se mêle une histoire politico-économique rocambolesque où les Chinois de Dongxihu devaient sauver l'économie vierzonnaise. L'effet d'annonce des élus en visite prospective se solde par un flop retentissant. Les relations perdurent, au gré de visites ponctuelles. Des étudiants chinois viennent étudier à Vierzon. En général, le théâtre des délégations a toujours pour cadre la foire-exposition de Virzon, grande manifestation annuelle au cours de laquelle une ville jumelle expose ses vertus touristiques et gastronomiques. Ah, n'oublions pas le dernier jumelage gorgé de soleil : Sao Domingos au Cap Vert. Pour des visites officielles, le soleil, c'est mieux qu'un carré de banquise...

Ronvaux, village de coeur

Mais si les jumelages successifs vierzonnais ont finalement jalonné l'histoire locale de chartes officielles et de délégations aprêtées, une véritable histoire d'amour a lié un minuscule village de la Meuse, Ronvaux, près de Verdun, avec Vierzon.

En 1920, une institutrice de Vierzon dont le mari était mort au front, dans la Meuse, traverse Ronvaux, ravagée par la guerre. Une poignée d'habitants. Une église. Plus tard, un monument aux morts. Madame Veuve Lescot veut ramener le corps de son mari, instituteur à Vierzon-Ville, tué au champ d'honneur, pendant la bataille de Verdun. Les 87 habitants que compte encore le village, deux ans après la fin den la Grande Guerre, croupissent dans des baraques, sans confort. Le coeur serré par ce qu'elle voit, l'institutrice revenue à Vierzon, force le maire, Emile Péraudin, à créer un comité de secours à Ronvaux. Pleuvent des couvertures (42), des paires de draps (70), des assiettes creuses (162), des bols (124), une comptabilité généreuse de tout et de rien de la part de Vierzonnais solidaires. Les entreprises, les associations, la Caisse d'Epargne gonflent les dons. Par délibération, les écoles vierzonnaises adoptent l'école de Ronvaux. Dans une lettre adressée aux écoliers vierzonnais, les enfants de Ronvaux expriment leur gratitude : “Grâce à vous aussi, nous sommes des privilégiés parmi les sinistrés de notre région car vos démarches auprès des commerçants ont permis de nous procurer des manteaux, vêtements, chaussures, coiffures etc. Tous ces articles absolument neufs alors que nos camarades des autres communes n'ont rien eu ou des vêtements de peu de valeur.”

L'épouse du soldat vierzonnais a réussi son pari. Ronvaux a du inhumer treize de ses habitants sur cent... Le village est arcbouté sur sa propre misère et ne peut, en aucun cas, dégager les fonds nécessaires pour ériger un monument à la mémoire de ses fils tombés au front. Des soucis plombent l'énergie des habitants comme enlever les fils de fer barbelé, reboucher les trous d'obus... En avril 1923, le comité de soutien estime avoir accompli sa tâche. Ses caisses sont encore lestées de 4.700 francs, mis à la disposition du village. La somme se transforme en monument aux morts sur lequel ne figure pas treize noms mais quatorze : l'instituteur Lescot de Vierzon, y figure. On peut lire aussi cette inscription : “Vierzon, bienfaitrice de Ronvaux”. Il n'existe finalement, entre les deux villes aucune charte officielle d'amitié ou de jumelage. Mais le souvenir prégnant d'une communion singulière.

La rue de Ronvaux existe à Vierzon et la place de Vierzon est l'adresse de la mairie de Ronvaux. A Vierzon, encore, lors de l'extension de la l'usine Société Française (matériel agricole), dans les années 1930, Ronvaux donne son nom au premier atelier fabriqué en béton (et non plus avec des poutrelles métalliques)

  1. Willelsheim, en Alsace, est la filleule du département du Cher, depuis 1946, par l'intermédiaire du comité Berry-Alsace.

Alain Fournier, à Saint-Rémy la Calonne

Décidemment, le hasard ou le destin, au choix, est une drôle de performance. Alain Fournier, auteur du Grand-Meaulnes, est né à la Chapelle d'Angillon, dans le Cher. C'est à Nançay, près de Vierzon (Vierzon qu'il cite plusieurs fois dans son roman, notamment la gare), que l'écrivain passe, enfant et adolscent, ses vacances d'été. Mobilisé, Alain Fournier meurt en septembre 1914 mais sa dépouille n'est pas retrouvée. En 1991, après d'intenses recherches, son corps et ceux de ses vingt compagnons d'arme sont retrouvés et identifiés grâce à leurs plaques, tout près de la Tranchée de la Calonne, près de.... Ronvaux. Il est inhumé au cimetière militaire de Rémy la Calonne

Kaléidoscope

Sous-titre : Le Vierzon festif

La foire exposition : le rendez-vous marque, le premier week-end de septembre, la rentrée sous toutes ses formes, mais avant tout économique. La tradition date du tout début du XXème siècle. Emile Bouleau, architecte organise la foire-exposition. Jules-Louis Breton, Préfet du Cher l'inaugure en compagnie du maire, Emile Péraudin. Mais il faut attendre 1924 pour une seconde édition. L'électricité est la vedette de la foire, un concours de pêche rassemble huit cents concurrents. En 1931, c'est l'âge d'or. La gazette internationale des foires-expositions offre une large place à la Grande semaine de Vierzon. Elle se déroule en juillet, dans l'enceinte de l'Ecole nationale professionnelle (ENP). Etonnant paradoxe : l'activité industrielle et commerciale très intense à Vierzon ne force guère le destin de la foire exposition. En 1946, elle est de retour sur le calendrier des grandes manifestations nationales. C'est parti. La foire marque un tournant. Des générations de Vierzonnais font connaître le rythme de cette manifestation qui se déplace alors place de l'Abattoir, rebaptisée place de la Libération. Le rendez-vous est fixé au mois de septembre. La foire dure dix jours, encadrés par deux week-end. En 1980, elle se dote d'un nouveau et vaste hall des expositions qui remplace les anciennes infrastructures. Aujourd'hui, la foire exposition rassemble des dizaines et des dizaines d'exposants de toute nature. La foire aux fromages s'est peu à peu dissipée. Des milliers de visiteurs, de Vierzon et des départements voisins, ne ratent pas le rendez-vous, à la fois commercial mais surtout très festif.

Les Estivales du canal : un canal, un jardin, des spectacles. Les ingédients existent, il suffit de les lier. C'est ainsi que sont nées les Estivales du canal, le nom n'a rien d'original puisqu'on le retrouve ailleurs, dans d'autres villes de France, mais le concept plaît énormément. Durant la période estivale, en juillet et août, un programme propose des concerts, du théâtre, de la danse. Une scène fait face à des gradins et à des chaises, montés au coeur du jardin de l'Abbaye, en bordure du canal. Les spectacles sont tous gratuits et permettent une animation estivale et nocturne. Le jardin et le canal se prêtent volontiers aux séries de concerts. Depuis 2008, le programme s'étoffe chaque année avec des têtes d'affiche internationales. Pour l'anecdote, en 2010, Marcel Azzola, l'accordéonniste de Jacques Brel est venu voir Vierzon. Depuis 1968, date de la sortie de la chanson Vesoul, Marcel Azzola n'était pas revenu à Vierzon. Les Estivales du Canal permettent ce genre d'événement.

La Maison de Pays : la politique des Pays (rassemblement de plusieurs communes sur un secteur géographique) a permis la création de la Maison du Pays de Vierzon, en bordure de l'A71, le long de la rocade nord. Elle sert de siège administratif au Syndicat de Pays, de salle de réunion, de boutiques de produits locaux et de restaurant mais son originalité est ailleurs : un parcours sensoriel invite les visiteurs à des expériences visuelles, auditives, olfactives. Le principe de ce parcours est basé sur les cinq sens. Les visiteurs peuvent découvrir alors le Pays de Vierzon (25 communes) d'une façon singulière à travers des odeurs et des parfums ou des devinettes tactiles de produits ou d'objets fabriqués dans le Pays de Vierzon.

Chansons, chansons : Si le château de Fay (lieu de naissance du chansonnier Maurice Mac-Nab et demeure de Célestin Gérard, créateur du machinisme agricole) est plus beau de loin que de près, c'est qu'on le doit au jeune Savinien, auteur, en 1870, d'une chanson parodique sur la demeure. “Le château de Fay se dresse près d'une forêt épaisse où le gibier se presse, fait la nique au châtelain. Mais dès que l'on approche, le regard, déçu, s'accroche à plus d'un détail qui cloche, autour du château de Fay, plus beau de loin que de près.” Ainsi peut-on vivre l'histoire vierzonnaise à travers des chansons et des compositions de circonstance. La chanson de Saint-Eloi (1929) se chante au coeur de l'entreprise Brouhot qui fabrique des batteuses : “quand on construit des batteus', des press' et des locos/Depuis l'premier janvier tout l'long d'lannée jusqu'à la fin/On peut bien pour un' fois mett' aut'chose en magasin/Et l'remplir de gaité, de femm's et de joyeux échos.” Avec Rogador aux paroles et Frédiani à la musique, l'effet était garanti. La chanson officielle des fêtes de Vierzon est signée des deux compères. Une autre chanson, “Vierzon brade et rit” pousse le calambour sur des mots de Rogador toujours et sur une musique de Pierre Toyot. C'est ni plus ni moins l'inventaire des magasins de la vile : “Et au Paris Vierzon, Dutreix va vous offrir, des p'tit's combinaisons, ravissant's à mourir”. Plus contemporain, le chanteur Yves Jamait a écrit une chanson initulée “Vierzon”, il y raconte l'histoire de son père qui l'a abandonné. Quant à Jacques Brel...

Lycée technique Henri-Brisson

Sous-titre : ex-Ecole nationale professionnelle

Sa masse, derrière ses hautes grilles, a cet aspect tranquille des choses qu'on a toujours vues et que l'on espère voir toujours. Le lycée technique Henri-Brisson (ex-école nationale professionnelle), sur le bord d'une avenue du même nom, regarde passer les générations d'élèves depuis plus de cent vingt ans.

La main de Jules Ferry repose sur la première pierre de l'école nationale d'enseignement primaire supérieur et d'enseignement professionnel préparatoire d'apprentissage, en plus court : l'école nationale professionnelle, l'ENP. La pièce essentielle du vaste puzzle industriel de la ville.

Le décret créant cette école à Vierzon date du 9 juillet 1881. C'est une date aussi importante que la création de la forge par le Comte d'Artois, l'arrivée de Célestin Gérard ou celle du chemin de fer. Car la réputation de la ville doit à son école nationale professionnelle une fière chandelle dont la flamme aujourd'hui vacille...

Dans l'article 2 du décret, Jules Ferry, Ministre de l'instruction civique et des beaux-arts avec Jules Grévy, Président de la République, président du Conseil, fixe l'implantation de cette école à Vierzon. Elle doit d'ailleurs servir de modèle pour d'autres écoles en France. Tous les regards sont donc tournés vers Vierzon, ville d'excellence ouvrière, pour ses industries nombreuses et variés; et pour son enseignement.

40.000 mètres carrés

Le terrain idéal pour construire ce joyau de l'éducation, s'étend sur cinq hectares. Des vignes cotoient trois petites maisons de vignerons, sur un talus en bordure de la route nationale, donc lieu de passage. L'emprise mord sur une propriété bourgeoise, boulevard de la Liberté.

Elle appartient à Edouard-Vaillant, éminente personnalité politique vierzonnaise du Parti socialiste. Le terrain en question s'étire vers le coteau du Crot-à-Foulon et un chemin creux qui doit devenir, plus tard, l'actuelle rue Charles-Hurvoy (maire de Vierzon). Une fois Edouard-Vaillant exproprié, les travaux de l'école peuvent commencer à la fin de l'année 1882.

Le talus est raboté pour rattraper le niveau de la route. C'est à cet endroit que, le 31 mai 1883, Jules Ferry, Henri Brisson, président de la chambre des députés et Charles Hurvoy, maire de Vierzon, posent ensemble la première pierre de cet immense édifice. : 40.000 mètres carrés dont 31.400 mètres carrés de cours, de jardins et de pavillons indépendants. L'école maternelle voisine avec l'école primaire. On y trouve une infirmerie, la direction, un économat, l'école supérieure professionnelle, un atelier de bois, un autre de fer, des dortoirs, un amphithéâtre etc. Les bâtiments dressent leurs arêtes vives et évoquent à la fois la fierté et la dureté, la symétrie et la rigueur.

Le message de Jules Ferry, prononcé en terre vierzonnaise est clair. Il prend, pour illustrer ses propos, un discours militaire et parle de “l'armée du travail” : “Ici nous voulons préparer des soldats pour cette armée, ingénieurs, conducteurs de travaux, dessinateurs, contremaîtres, cadres du travail et de l'industrie française. Ce n'est pas de ceux-là que nous nous préoccupons ici : c'est de la grande masse ouvrière elle-même, c'est à elle que nous voulons donner une éducation pratique et intellectuelle qui la rendra supérieure à sa tâche journalière et qui loin de l'en dégouter ou de l'en distraire, la rattachera à elle par un lien plus intime et plus profond.”

Le Père-Cent

L'école nationale professionnelle s'inscrit alors dans un schéma d'excellence nationale. Ses premiers directeurs, M. Baudrillart (1887-1894), Alfred Perrin (1894-1906), Joseph Roux (1906-1919) ont alors une lourde responsabilité sur les épaules. Le succès de l'école se lit dans les chiffres : 80% des candidats sont reçus en 1893, les trois premiers élèves qui sont entrés à l'école d'Angers sortent de l'école de Vierzon. Pour confirmer sa qualité prédominante, la Société amicale des anciens élèves de l'école nationale professionnelle de Vierzon voit le jour le 19 mai 1895. Les anciens sont communément appelés les Vierz'arts.

Parmi eux, Edgard Brandt, Alain Barrière, l'historien Jean Daulon, biographe de Jeanne d'Arc, le magicien Yves d'Anglier de son vrai nom Yves Martin; l'ex-directeur des forges de l'usine Citroën, le directeur des fonderies Renault etc. Pour le centenaire de l'école, en 1987, 2000 anciens élèves se retrouvent.

Cette qualité traverse le temps. L'écho du Berry, daté de 1911 l'atteste : “la réputation de l'école de Vierzon, l'essor admirable pris par cet établissement proviennent, à n'en pas douter, du genre d'enseignement que reçoivent les élèves. Elle a pour but de fournir aux diverses industries des sujets intelligents, instruits, exercés à la pratique d'un métier, capables de devenir des contremaîtres, des chefs d'équipes, des directeurs d'usine, des chefs de bureau de dessin, voire même des ingénieurs.” La prose journalistique ressemble trait pour trait au discours de Jules Ferry...

Le centenaire en 1987

Le 2 juillet 1911, l'école fête ses 25 ans et l'amicale des anciens élèves, son 1000è membre de l'amicale des anciens élèves, les Vierz'arts. Le programme est alléchant : samedi, salves d'artillerie, retraite aux flambeaux; le dimanche, réception à l'école, banquet, visite de l'école, récompenses aux élèves en présence d'Alfred Massé, ministre du commerce et de l'industrie et inauguration par le ministre, des groupes de maisons ouvrières à bon marché construites par la Caisse d'Epargne et l'Abri familial vierzonnais dans le quartier du Bois d'Yèvre. Le cinquantenaire de l'école occupe les 5 et 6 juin 1937 et son centenaire, les 15, 16 et 17 mai 1987.

L'école nationale professionnelle entretient la tradition des arts et métiers. Elle sort des murs de l'établissement et envahit les rues : le défilé du Père Cent (depuis les années 1920, le Père Cent symbolise la quille, cent jours avant de partir vers la grande aventure de la vie professionnelle).

Il a longtemps serpenté en ville avec ses élèves costumés, en haut de forme, portant un cercueil sur leurs épaules, cercueil ensuite brûlé dans la cour du lycée. Les fondeurs sont en cote bleue, les modeleurs avec leur hélice en bois sur l'épaule, les céramistes en blouses blanches. Le défilé du Père Cent s'arrête en 1998 et le bal l'année suivante. Faute de combattants.

La mutation des années 1990

L'établissement devient un lycée technique en 1960. Déjà, les cartes postales anciennes soupirent la nostalgie d'un temps où l'ENP regorgeait d'ateliers de toutes sortes et fourmillait d'élèves. Les années 1990 marquent un tournant architectural et sans aucun doute, philosophique. Le Conseil régional dont dépend le lycée technique entreprend de vastes et de coûteux travaux de restructurations. Démolition, reconstruction modèlent alors un nouveau lycée dès lors que ce dernier subit une désaffection de ses élèves et de ses filières.

Le prestige n'est plus vraiment au rendez-vous. L'ancienne salle des machines datant de 1882 tombe en juillet 1996 dans un nuage de poussière et de polémiques. Les uns voulaient la conserver; les autres la démolir. Les deriniers ont fini apr avoir raison. Avant cela, un nouveau et fier bâtiment céramique, en verre, inclue le château d'eau de l'établissement, vigie inexorable d'un temps finalement ancien. Le bâtiment impose sa masse dans le découpage de l'horizon vierzonnais.

Une passerelle se jette au-dessus de la rue Charles Hurvoy, à la fin des années 1990. Henri-Brisson, comme l'appelle les Vierzonnais, se modernise à la vitesse grand V mais sait conserver son patrimoine. La façade de la salle des fêtes, par exemple, est conservée jalousement. Il existe, dans l'enceinte, un fort sentiment palpable de modernité et de passé prestigieux.

Pour les cent ans du lycée, un prof de math résume ainsi la place du lycée : “dans l'identité vierzonnaise on voit d'abord la rudesse et la tenacité, et puis on découvre la solidarité et la chaleur humaine que créé le coude à coude constant pour le travail, le beau travail, pour une industrie forte, pour la reconnaissance de la noblesse de la technique. Ces choses-là ont leur reflet actif dans notre lycée technique.” Les effectifs du lycée Henri-Brisson ne cessent de reculer, 560 élèves seulement à la rentrée scolaire 2010-2011.

Quelques personnalités du lycée

Eric Rohmer, le cinéaste, est passé lui aussi au lycée Henri-Brisson mais comme enseignant de lettres et de latin. L'homme de Ma nuit chez Maud et de Pauline à la plage s'appelait en fait Maurice Shérer. Dans la première moitié des années 1950, il accepte un poste d'enseignant à Vierzon, après une agrégation de lettres passée dans la douleur. Eric Rohmer logeait dans un hôtel, face au lycée. Quelques anciens élèves se rappelent de l'homme, un personnage fantasque, toujours en retard, arrivant par le train en provenance de Paris, buvant son café au bar de la Promenade. Déjà, ses élèves avaient saisi son goût immodéré pour le cinéma, fan de westerns américains. Plus tard, Maurice Shérer, l'enseignant vierzonnais devient un grand cinéaste. Grâce à son poste de professeur de lettres, il a pu poursuivre son activité journalistique aux Cahiers notamment. C'est à sa mort, le 11 janvier 2010, que Maurice Shérer et Eric Rohmer ne sont plus devenus qu'un, à Vierzon.

Edgar Brandt, l'inventeur de l'électroménager, a fait ses études au lycée Henri-Brisson, en 1894 jusqu'en 1898, avec son frère Jules. Le jeune Edgar, âgé de 14 ans, a appris le métier de ferronnier d'art à l'école professionnelle, alors inaugurée, le 3 mai 1883, par Jules Ferry, en personne. Edgar Brandt, en 1902, créé une boutique de bijoux et d'objets en fer (lustres, cendriers, grilles intérieures). Parmi ses “oeuvres”, notons la dalle du Soldat Inconnu sous l'Arc de triomphe. Brandt, ce sont plusieurs hommes dans un seul : l'homme d'art; l'homme de la conception du mortier de 60 millimètres; l'homme entrepreneur dans l'électroménager. Pour les cinquante ans du lycée Henri-Brisson, en 1937, il offre une plaque à l'établissement où l'on peut lire “don de M. Edgar Brandt, ancien élèce de l'école”.

Roland Moisan et Dubout, deux dessinateurs humoristes, ont fréquenté pour le premier, la section céramique de 1922 à 1926, pour le second, auditeur libre. Moisan a longtemps officié dans les colonnes du Canard Enchaîné. Dubout a illustré près de quatre-vingt ouvrages. Moisin est né à Bourges en 1907 et entre à la section arts décoratifs de Paris à l'âge de 20 ans après avoir fréquenté le lycée vierzonais. Le dessin devient sa vie, et il se fait remarquer pour ses caricatures de De Gaulle, dans les années 1950, publiées dans le Canard Enchaîné. Dubout est né en 1905. Après les Beaux-Arts de Montpellier, il se lance dans le dessin et croque notamment une cérémonie du Père-Cent de l'école vierzonnaise.

M comme Marchés

Sous-titre : Une tradition en évolution

Les marchés sont, à Vierzon, une tradition têtue, un rituel immuable. Ils balisent la semaine, avec leurs rendez-vous qui se comptent sur les deux mains. Les deux plus importants se situent, en centre-ville, le samedi, et dans le quartier de Sellier, le mardi. Le mercredi, le quartier de Villages, jadis commune indépendante jusqu'en 1937, conserve, avec un oeil rivé sur ses traditions, son marché au pied de l'ancienne mairie. C'est l'occasion de se revoir, de discuter et de boire un verre au café tout proche. Là-dessus, les convictions n'ont pas varié. Des marchés, des clients, des habitudes, la pendule hebdomadaire n'est jamais grippé. Les marchés vierzonnais sont installés dans le paysage.

Celui hebdomadaire du samedi, en centre-ville, est millénaire. La charte de l'abbaye de 843 octroie aux moines les revenus de deux foires à la Sainte-Perpétue, la Saint-Pierre et la veille du dimanche. Les différentes places de Vierzon se spécialisent dans la vente de certains produits. Le marché au vin s'enracine rue de l'Etape (inventaire de 1809). Le marché aux porcs s'implante place du tunnel-château avant l'arrivée du chemin de fer. Le beurre et les produits laitiers voisinent place de l'hôtel de ville. Les légumes investissent la rue Maréchal Joffre et les grains, la place du marché au blé. Pour passer d'un marché à un autre, notamment celui de la place de l'Etape à celui de la place du Marché au Blé, les Vierzonnais pouvaient emprunter la rue du Chevrier, dite aussi ruelle du Chevrier, dans la vieille cité.

Marché au Blé

En 1842, le marché aux grains est l'un des plus considérables du Cher. Les routes de Paris à Toulouse et celles menant à Bourges, Romorantin et Issoudun, accentuent le besoin de commerces. S'ajoutent les activités industrielles de la ville avec les Forges, la navigation sur le Cher et en même temps sur le canal de Berry, les voisins solognots sont autant de clients friands. Sans oublier la population vierzonnaise qui s'accroit au rythme de l'expansion industrielle.

D'ailleurs, la place idoine, baptisée Vaillant-Couturier, résiste encore et toujours. Pour les Vierzonnais, elle reste la place du marché au blé. En 1872, d'ailleurs, elle est agrandie, après la destruction de la rue de la Boucherie. La place du Marché au Blé est d'autant plus emblématique, qu'elle concentre le coeur de la vieille cité médiévale.

Sur de nombreuses cartes postales anciennes, les marchés de Vierzon s'étalent d'une manière élégante et hétéroclite. Place du Mail, en ville, on voit de vieilles dames vendre le contenu de leurs paniers. Les quartiers de la ville vivent, d'une façon dépendante, au rythme des marchés. Pour la petite histoire, l'administration révolutionnaire en créé un nouveau, le dimanche devant... le parvis de l'église Notre-Dame, abandonné seulement en 1872, à la suite de nombreuses plaintes des desservants de l'édifice religieux. La cohabitation est vue d'un très mauvais oeil.

Aujourd'hui, le marché du centre-ville maintient une tradition très ancienne. Et malgré son dynamisme, le territoire qu'il occupe ne cesse de se rétrécir. Chaque semaine, les premiers arrivants s'installent à partir de 3h30. Sur la place de l'intendance, près de la mairie, on y trouve les producteurs locaux de fromages, beurre, oeufs, vins, bouchers, rôtisseurs. La place Aristide-Briant se hérisse de maraîchers, poissonniers, fleuristes et la place Foch se couvre du non-alimentaire, principalement des vêtements. Paradoxalement, la place du marché au Blé finit par abandonner son commerce ambulant.

Dans les années 1980, le marché du samedi s'y étend encore. Les Vierzonnais grimpent ainsi la rue Maréchal Joffre pour s'y rendre. Peine perdue. Les marchands font de moins en moins d'affaires et la place du Marché au Blé quitte le périmètre du marché hebdomadaire. Au grand dam des commerçants du quartier. Aujourd'hui, le marché est une valeur sûre mais, à l'oeil, on constate que les activités évoluent.

Tentatives de marché

Au regard de l'animation engendrée par les marchés traditionnels, certains quartiers tentent l'aventure, avec plus ou moins de bonheur. Etape nouvelle, les nouveaux quartiers nés des cités construites à la verticale de la fin des années 1950 jusqu'aux années 1970, se lancent également dans l'organisation de marché. Celui du Clos-du-Roy, par exemple, devient très vite renommé. Il se déroule le dimanche matin et rompt avec la tradition dans la nature des activités ambulantes qu'il offre. Il préfigure le marché de Sellier, implanté chaque mardi matin. Son exotisme en fait sa réputation jusqu'à le hisser derrière celui du centre-ville. Une vaste place lui est dédié.

Place Marceau (place des Radis), une poignée de commerçants fidèles s'accrochent à leurs clients. Et inversement. Le quartier de Bourgneuf a essayé, à son tour, d'implanter un marché. Même chose dans le quartier de Chaillot, en vain. Celui de Villages est amoureusement entretenu. Dans les anées 1990, difficile de laisser vide la place du Marché au Blé. Depuis, chaque jeudi, quelques commerçants s'y retrouvent encore. Mais loin, très loin du faste qu'elle connut jadis.

Marché couvert

Et un marché couvert ? Le projet, du moins l'idée, est l'Arlésienne qui court les allées. Certains y sont favorables, d'autres franchement opposés. Faut-il instituer un marché couvert quotidien ? Ou seulement hebdomadaire ? Et si oui, à quel endroit ? Régulièrement, la question traverse l'actualité. Régulièrement, elle ne trouve aucune réponse. D'abord parce que Vierzon ne compte pas de Halles comme Bourges par exemple, entre celle de Saint-Bonnet et celle au blé. Toutefois, lorsque la société Case a fermé ses portes en centre-ville, la haute et métallique architecture a donné des idées : et si l'on créait un marché couvert à cet endroit ? Récemment, le vide de l'ancien bâtiment des Nouvelles-Galeries, en centre-ville, a réactivé les appétits. Sans démolir tout à fait le bâtiment ne pourrait-on pas y créer des halles ? Le septicisme est pesant. Surtout, une fragilité relative entoure l'activité des marchés qui parviennent à résister aux assauts de la concurrence de toutes sortes. Alors, une halle couverte ne risquerait-elle pas de déséquilibrer le bel ensemble ? Une raison essentielle de l'absence de marché couvert. Un juste ralliement à la raison.

(1) : Les principaux marchés : mardi, marché de Sellier; mercredi, marché de Villages; jeudi, marché au Marché au blé; samedi, marché en centre-ville.

N comme National Palace

Sous-titre : Le cirque vierzonnais

Le cirque plante sa mémoire à Vierzon, pendant la seconde guerre mondiale. Peut-on parler de hasard ? Ou de destins croisés ? Aujourd'hui, un chapiteau permanent perce le ciel de la rue du Cavalier. Le cirque a mué en cabaret. L'immense enseigne National Palace, vue des trains qui se croisent à la gare, a su imposer son image et les spectacles sont désormais très prisés. Il est loin le temps d'Amédée Ringenbach. Pourtant, le passé est soigneusement entretenu, comme une vertu, une valeur léguée aux générations qui écrivent le nouveau statut du National Palace, héritier direct du cirque National, lui-même issu du cirque des Alliés.

Amédée nait à Lyon en 1891, d'un père mécanicien. Autant dire que la lignée est tracée, dans l'absolu. Parce que dans les faits, quel démon de la piste a piqué Amédée ? Quelle drôle de fée de la balle s'est penchée sur son berceau pour lui faire courir dans le sang, un besoin singulier : la création d'un numéro de main à main, avec un ami. Pour l'instant, le lien avec Vierzon est encore invisible, imprévisible même. Le destin d'Amédée s'en rapproche pourtant lorsque, ayant tourné le dos définitivement à la mécanique, le cirque berruyer Bureau-Glasner l'embauche pour un simple remplacement. Le provisoire s'installe...

L'alchimie du cirque

Amédée trouve son compte dans son rôle d'avant-courrier. Il sillonne les villes pour annoncer l'arrivée du cirque. La liberté est un luxe. Une fois le destin forcé, tout s'enchaîne. Yolande Sturla, devient sa femme, en 1933. Elle est la fille d'Edouard Sturla et d'Hélène Ricono, une célèbre famille de cirque. Edouard Sturla monte avec ses trois soeurs un numéro de barriste. Marié à Hélène, il monte avec ses frères et beaux-frères un célèbre numéro équestre, baptisé Ricono Sturla, au Tower Circus, Crystal Palace de Londres, au cirque de Paris...

L'alchimie est complète, l'issue imparable : Amédée et Yolande crééent leur propre chapiteau, un deux mâts. En 1935, avec la famille Ricono, les époux Rinchenbach bâtissent le cirque des Alliés, prolongement naturel d'une piste accueillant des artistes de différents pays. Comme les autres cirques, celui des Alliés monte et démonte son chapiteau dans les petites et les moyennes villes. L'élan se brise sur le mur de la guerre. A Vannes, en 1939, les Allemands stoppent le cirque. Forcément, les occupants ne veulent pas entendre parler des Alliés, fussent-ils le patronyme d'un cirque. Sa survie en dépend. Avec un clin d'oeil malicieux, il prend alors le nom de National. Sans problème.

L'histoire se précipite. Elle se rapproche de Vierzon. Amédée arive en ville, comme les comédiens de la chanson d'Aznavour. Il établit ses quartiers d'hiver dans la rue du Champ-Anet et stationne ses caravanes sur le quai du Bassin. C'est fait. Le sol vierzonnais a pris le goût du cirque. Il le garde.

En 1946, l'ancienne usine Brouhot, rue du Cavalier, tend son vide à la famille Ringenbach. La maison surplombe les voies ferrées. Les camions estampillés stationnent dans la rue. Le cirque occupe le paysage quotidien et c'est à partir de Vierzon, que les véhicules au gazogène sillonnent les routes de la région Centre. Le cirque National se taille la part du lion. En 1953, un chapiteau de trente-quatre mètres sur vingt montre la notoriété de l'entreprise.

La descendance s'appelle Janine, Anna (Nana) et Albert (Bébert), le troisième enfant. Le mimétisme est total, les enfants sont du cirque à leur tour. Janine débute à douze ans, acrobatie, saut, bascule, boules. Elle épouse un cycliste... de cirque, monte un numéro cycliste que s'arrache les scènes internationales. Ses enfants aussi ont choisi le même métier que leurs parents. Albert joue l'équilibriste, l'acrobate à cheval, le funambule, le dresseur de fauve. Anna, de son côté, épouse Sampion Bouglione, le directeur du cirque d'hiver de Paris.

La seconde ville du Cher possède ainsi dans ses filets, un arbre généalogique complexe. Aux Rinchenbach, résidents vierzonnais s'ajoutent les Ricono, les Taggiasco. En 1964, Amédée remise le cirque National. Mais l'histoire est en route. Les Richenbach ne quittent pas Vierzon, ni la rue du Cavalier. Les enfants d'Amédée ont à leur tour des enfants. Et le cirque devient aussi leur vie.

Le cirque devient cabaret

Albert arrive avec son père en 1939, à Vierzon, pour passer l'hiver avec le cirque. C'est la sentinelle, la vigie de la famille. Albert a épousé Bella, soeur d'Alexis Gruss. Et c'est dans la maison de la rue du Cavalier que se situe le centre du monde familial. En juin 1998, la ville de Vierzon donne le nom de Place du cirque National Amédée à un vaste parking qui reçoit habituellement les cirques. L'hommage est vibrant et semble-t-il, unique, souligne à cette époque, le directeur du cirque d'hiver de Paris.

Le destin rebondit. Si le cirque National est un souvenir, la famille Rinchenbach possède la richesse du métier. En novembre 2006, le cirque plane à nouveau, mais cette fois-ci de manière permanente, sur la rue du Cavalier. La famille monte son chapiteau et créé un cabaret, avec dîner spectacle : c'est la création du National Palace. Une idée d'Albert, une envie de regrouper, à Vierzon, tous les membres de sa famille au même endroit. Son fils Eddie et son gendre Sascha pilotent la direction. Sascha est un enfant de cirque aussi. Il est né au sein du grand cirque Rançy, alors en tournée en Norvège, mais sa famille est américaine. A 12 ans, il quitte les Etats-Unis pour l'Europe. Et en 1997, il croise Isabelle Ringenbach qu'il épouse. Le chapiteau est une destination singulière. A Vierzon, les spectateurs trouvent un spectacle original, une famille unie et un cadre unique. En septembre 2011, le National Palace présente son nouveau spectacle, baptisé Désirs. Une revue haute en couleurs. Dans laquelle résonne les premiers échos du cirque des Alliés, du cirque National. Et d'une famille circassienne jusqu'au bout des ongles.

(1) En 2010, la ville créé la Biennale du cirque, en hommage à son passé circassien.

Ovalie

Sous-titre : la passion du rugby depuis 1905.

Le rugby a pollinisé la ville grâce au vent de l'école nationale professionnelle, l'ENP, devenue plus tard, le lycée Henri-Brisson. Le vent cheminot n'a fait qu'accentuer la manoeuvre sportive, confirme un grand spécialiste du ballon ovale. Pourtant, la rumeur était belle : grâce à ses cheminots venus de toutes parts, le rugby serait arrivé avec eux, dans la vapeur et le rail. Mais c'est oublié aussi que les élèves de l'école nationale étaient issus, aussi, de toutes les régions de France. Pour équilibrer le match, disons que les élèves ont fait germer le rugby, les cheminots l'ont fait pousser. La passion l'a entretenu.

Voilà comment Vierzon est devenue une terre d'ovalie, fortement marquée, encore, le dimanche, par les matchs de son équipe phrare, les SAV. Passons aussi sur les vertus de camaraderie, d'équipe, de solidarité qui couronnent ce sport. Depuis plus d'un siècle, le rugby marque son empreinte, depuis le 10 décembre 1905, date historique du premier match entre deux équipes Vierz'arts sur la plaine de Venise : les vestiaires sont chez l'habitant, les douches dans la rivière d'à côté. Les Vierz'arts sont les membres de l'association des anciens élèves de l'ENP.

Une semaine après le premier match

La rencontre est officielle. Les potaches ont marqué un point. Ils leur restent à persévérer. Dans leur sillage, Jim Agard et ses étudiants prennent le taureau par les cornes. A Vierzon, les choses vont certainement plus vite qu'ailleurs. Question de tempérament. Dans la semaine suivant le match originel, le docteur Constant Duval donne l'impulsion vitale à la création du premier club de rugby. Pas étonnant que le stade, à la sortie de la ville, où s'ébrouent régulièrement les joueurs, portent son nom. Le Sporting Club de Vierzon est né. Une page vierge s'écrit. Exaltant. Pour Noël 1905, le cadeau au pied du sapin sportif étale un club dont le siège social est établi place de la Croix-Blanche (actuelle place Gabriel Péri).

Le Sporting-Club est par excellence, l'acte de naissance du rugby. On peut lire dans la presse, après la première victoire du club vierzonnais : « Certainement, il y a peu de villes où le sport a fait de si grands pas en un an comme à Vierzon. » La messe est dite. En janvier 1906, un second club voit le jour, le Stade Vierzonnais, que le ballon rattrape après la seconde guerre mondiale. Le Sporting-Club, déjà mythique, choisit comme siège social, quelques années après sa création, le Café des Arts, autre bistrot mythique de la Croix-Blanche. Ca y est. Le rugby est une culture locale. Le sport, un apprentissage de la vie. Pas de télévision, rien qui ne puisse détourner, finalement, les amateurs des terrains, le dimanche. La vie passe. Cinq cents adhérents en 1919. La première guerre mondiale a bien évidemment ouvert des saignées. D'autres clubs rejoignent le sporting, le Stade vierzonnais, l'Amicale tennis et voilà la naissance du premier club omnisports, rejoint plus tard par la Société nautique et la société de tir. En 1920, le Préfet inaugure le terrain du Chalet. Rien à voir avce la plaine de Venise : tennis, tribunes, toilettes, vestiaires, douches chaudes. Merci Constant Duval. « C'est là le plus beau terrain des sports qui puisse se voir à deux cents kilomètres à la ronde » écrit la presse locale.

Et un club cheminot

Le rugby issu des élèves de l'école nationale a de beaux jours devant lui, et derrière également, au vu du palmarès et du dynamisme rugbistique de la ville. Les cheminots entrent en piste le 9 avril 1923, avec un nouveau club : Compound (machine à vapeur) Olympique Vierzon (COV). Ce qui tranche le cou à la belle histoire des cheminots pourvoyeurs du rugby vierzonnais. De toute façon, le Sporting-Club et le COV finissent par se rejoindre, pas forcément de la plus belle façon : en 1939, les deux clubs ne survivent pas à la grande tourmente qui s'apprête à balayer le pays.

Loin de l'insouciance des années précédentes. Le Sporting-Club se paie le luxe de posséder son hymne, créé au Café des Arts, les paroles sont de Rogador et la musique de Frédiani, pilier des lieux. Le 12 mai 1928, les Rouge et Vert vendent leur partition au profit de la caisse du secours du club. Le rugby est un sport qui fait mal... Douze ans plus tard, le Sporting sombre. Mais c'est sans compter sur le toujours très dynamique Jim Agard, déjà à l'origine des premiers rebonds du ballon ovale, pour remettre sur pied une structure sportive, baptisée les Sports Athlétiques Vierzonnais (SAV), toujours d'actualité. C'est à l'été 1941, que les SAV foulent officiellement la terre vierzonnaise. Au rythme de la reconstruction, les SAV bâtissent aussi leurs équipes, leur palmarès. Le club est le seul désormais qui parle de rugby, contrairement au football dont la multiplication des clubs fait encore débat actuellement...

Dès lors, c'est indéniable, le rugby vierzonnais est une racine historique du sport de la ville. En 1963, une école voit le jour et c'est toujours au stade Constant-Duval que les choses se passent. Bien sûr, de grands noms ont marqué le rugby vierzonnais et c'est pour ne pas faire de jaloux que nous n'en citons aucun... En 1984, les SAV accèdent à la deuxième division. Deux ans plus tard, elle descend en Fédérale 3, en fait, la troisième division. Le club de Vierzon joue ainsi au yo-yo. En 1987, hop, les SAV sont en Fédérale 2. Et hop, en 1990, elle redescend en Fédérale 3 (descente administrative). Quatre ans plus tard, elle revient en Fédérale 2, y reste neuf années et rejoint la Fédérale 3 en 2003. Et en 2004, badaboum. Redescente en Fédérale 2. C'est en tout cas haletant et rempli de challenge. Le rugby vierzonnais a fêté son centenaire en 2005. Il est parti pour un autre.

Pulsar 80

La musique a vraiment explosé à Vierzon

Pulsar 80 aurait pu changer l'avenir de Vierzon s'il n'avait pas capoté dans un douloureux désordre dont la cicatrice ne s'est jamais vraiment refermée. « Cet été, la musique explose à Vierzon ». Le slogan de ce festival débarque en 1980. Il est en fait prémonitoire. Dans la mémoire collective, Pulsar 80 sent encore le gaz lacrymogène, l'estafette incendiée, l'embrouille, le désordre, la pagaille, les tentes sur les pelouses publiques, des festivaliers échevelés, le fric et l'inexpérience incarnée. L'ambition de la Ravenelle, une association de folkleux basée à Saint-Georges-sur-la-Prée, à côté de Vierzon, passe, sans prélable, d'un petit festival rural à une méga-machine du show-biz.

Sur le papier, Vierzon cartonne ! Le programme aligne les têtes d'affiche : Angélo Branduardi, Al Jarreau, Valérie Lagrange, Mama Béa, Bashung, Bernard Lavilliers, Mink de Ville, Philippe Chatel, Billy Preston, Stanley Clarke, Daniel Balavoine, Jimmy Cliff, Ray Charles, Madness, John Lee Hooker, Trust, Motorhead...

Vierzon n'a jamais vu ça et Bourges, avec son Printemps naissant, non plus (le Printemps de Bourges existe toujours). L'affiche est même trop belle pour être vraie. Seulement voilà, Vierzon veut asseoir sa réputation. “Une telle rencontre amenant un public aussi diversifié ne s'était jamais encore vu en France” explique la Ravenelle qui a fait tranquillement son marché de vedettes les plus en vue. A la musique s'ajoutent le cirque, le théâtre, le cinéma, les animations de rue. Au bord de l'été, la ville prend des airs de vaste camping tandis que la méfiance s'installe dans les esprits.

Le glas des septiques”

100.000 personnes sont attendues entre le 28 juin et le 5 juillet, soit 10.000 festivaliers par jour. Les chiffres donnent le tournis. La ville compte alors 35.000 habitants. “Vierzon va connaître un événement de portée nationale voire internationale” explique la presse locale, “Pulsar 80 sonnera le glas des septiques” titre-t-elle encore. Le festival sonne surtout le glas des ambitions vierzonnaises pour les grands festivals. On parle même encore aujourd'hui du “syndrome Pulsar” qui a longtemps empêché l'organisation de grandes manifestations... Chat échaudé...

Trois chapiteaux hérissent la ville dont un place de la République (où se situe le Forum République actuel); deux scènes en plein air sont montées dont une à Bellevue; et le centre culturel Mac-Nab ainsi que l'église Notre-Dame comptent accueillir des spectacles. L'infrastructure est impressionnante.

Le bulletin municipal de mai 1980 affiche l'ambition de la ville : “Nous recherchons simplement à ce que notre ville ne soit à la remorque de qui que ce soit.” Message codé pour signifier que Vierzon, voisine de Bourges, veut aussi sa part de gâteau, celui de la renommée. La presse insiste : “pour huit jours au moins, Vierzon perdra son auréole de ville triste et grise.” Le festival doit ouvrir avec l'Orchestre philarmonique de Mexico, à 19 heures, le 28 juin sous le chapiteau numéro 2. Il pleut des cordes.

A 20h30, le rocker paysan, Angélo Branduardi, est censé enchaîner et déchaîner le public. Le festival est déjà mort, les organisateurs ne le savent pas encore. L'Orchestre philarmonique refuse de jouer, notamment à cause du bruit du vent et de la pluie sur la toile. C'est mal parti. “On a voulu à Vierzon faire jouer un orchestre symphonique sous une tente tout juste bonne à abriter une fête de la choucroute avec ses petites chaises pliantes en bois, sa scène pour bal musette et son sol de graviers” lit-on le lendemain, écrit un journaliste, dans la presse locale qui après avoir encensé, critique sévèrement. Vierzon devait chanter mais la ville déchante.

Angélo Branduardi refuse de jouer

Le second coup est plus rude : Angélo Branduardi ne sort même pas son violon. Les six mille spectateurs sont forcément déçus. Le rocker violoniste part quand même avec son cachet. On se demande de quelle façon ont été rédigés les contrats. La machine est grippée. Il faut impérativement que le festival fonctionne jour après jour pour ne pas prendre de retard financier. Dès le premier jour, les caisses sont vides : Angélo Branduardi a siphonné les finances et la météo est désespérante. Les désillusions sont aussi grandes que les espoirs fondés avant le 28 juin : au cours du festival, Billy Preston annule. John Lee Hooker doit se faire opérer de la prostate ! Trust est remplacé par Jacques Higelin.

Pulsar 80 se tortille. Ses organisateurs sont accablés de demandes de toutes sortes de la part des imprésarios des artistes : des caravanes, des cyclomoteurs, des chambres d'hôtel, des petits déjeuners, de la moquette... Asséché, le tiroir-caisse du festival est mis sous perfusion. La ville débloque en urgence des fonds, au détriment de la transparence municipale, pour sauver Pulsar et sa réputation. Trop tard. Ca sent le roussi à plein nez. Plus rien n'est maîtrisé. Les festivaliers entrent dans les concerts encore d'actualité comme dans un moulin car le système d'abonnements via des bracelets de couleurs n'est pas fiable. Al Jarreau chante, il est payé en liquide. Le piano Stenway, loué pour l'occasion, est détruit dans les émeutes du public qui embraseront Vierzon.

Panne d'électricité, sono pourrie. Bashung annule aussi. Le navire prend l'eau, façon Titanic, drame à la première traversée. Les organisateurs, débordés, sont destitués, remplacés par un imprésario dont on se demande s'il est chargé de sauver le festival ou de donner le coup de grâce. Ca cogne maintenant. Le trésorier de la Ravenelle est frappé. Le show-biz semble avoir posé la main sur la nuque du festival vierzonnais. La presse locale vit les événements de l'intérieur et rapportent, le lendemain, dans ses colonnes, l'énormité de ce qu'elle a vu. Les éditos sont d'une dureté incroyable

Réglement de comptes

Le 3 juillet, “la musique explose à Vierzon”. Véritablement. Artistes impayés, spectateurs floués, magouille, émeute, pagaille, la presse locale et nationale relatent le chaos du terrain avec des manchettes terribles. Libération fait le procès du fric. Le mensuel Actuel consacre plusieurs pages en couleur au festival et aux émeutes.

Dans les hauts-parleurs branchés à travers la ville, les organisateurs et le maire de Vierzon s'expliquent vertement, les premiers veulent annuler, le second ne veut pas. Déballage public. Vierzon se ridiculise. Le fetsival doit vivre car la l'image de Vierzon est en jeu et la crédibilité de sa municipalité en dépend.

Tout s'accélère. Higelin veut jouer mais les roadies ont plié les gaules. Les festivaliers renversent la billeterie et y mettent le feu. Le parquet brûle. Les lacrymos enfument la lune. Les nuitards les plus excités renversent des voitures et dressent même des barricades dans plusieurs endroits de la ville. Casqués, la police déroule dans le centre-ville. Court après les casseurs. Ils brisent des vitrines. La police charge. Interpelle des festivaliers. Les yeux piquent. Des mannequins portant des robes de mariés sont jetés dans la rivière. Les photos font le tour de la presse. La nuit est chaude et le réveil difficile.

Jacques Higelin joue finalement dans l'arrière-salle d'un bistrot solognot. Il est là et veut chanter pour son public pendant que Vierzon flambe, crie, court, et se noie sous un festival beaucoup trop grand pour elle. Le lendemain, devant les restes calcinés du bal-parquet et de la billeterie, le père Euzèbe joue de son limonaire devant les journalistes de la presse locale et nationale. Revanche du petit sur le monde du spectacle. Devenu directeur d'un théâtre, le père Euzèbe est venu de nombreuses années, à Vierzon, comme un pélérinage. L'imprésario de Ray Charles arrive à Vierzon pour constater qu'il est impossible de jouer... Tout a brûlé, tout est détruit.

La réputation de Vierzon en prend alors un sérieux coup. A la sortie de la ville, un festivalier a planté un panneau sur lequel on peut lire : “Vierzon piège à cons”. La machine judiciaire prend le relais. Les dernières affaires se terminent dans les années 1990. Pulsar 80 a laissé un goût plus qu'amer. La ville de Vierzon n'a jamais osé remettre en marche un tel festival. Trente ans plus tard, la mémoire collective en parle encore du bout des lèvres...

Qualités

Sous-titre : Un cadre exceptionnel méconnu

L'eau, la forêt et la proximité solognote ont longtemps contribué, avec le château de Vierzon, à la bonne image extérieure de la ville. L'un des témoignages les plus anciens date du XIème siècle. Guillaume le Breton écrit : « Dans tout le pays de Berry, que le soleil dore de ses rayons, on ne pouvait trouver un château plus magnifique, ni entouré de terres plus fertiles. A droite, s'étendent les plaines de la Sologne, fécondes en grains, à gauche, les replis du Cher qui coule doucement au milieu des prairies verdoyantes, sillonné de barques et abondant en poissons. » L'image est idyllique.

Et pendant plusieurs siècles, à quelques réserves près, Vierzon séduit pour son côté naturel. La preuve, en 1871, une femme, Amable Tastu boucle son huitième voyage en France. Et rapporte cette vision de la ville : « Vierzon est entourée de riants coteaux et de prairies charmantes; elle est bien bâtie, bien pavée, très aminée. » Petit bémol : « Si ce n'étaient les ruelles étroites, raides et tortueuses de ses vieux quartiers qui la déparent, on admettrait finalement sa prétention d'être la plus jolie ville du Berry, comme elle est sans contredit, la plus industrieuse et la plus commerçante du département... » La devise de la ville résume très bien les penchants naturels de Vierzon : Vierzon cité florissante, demande peu aux autres, est ornée de forêts, décorée de vignes et de près.

Quatrième ville royale

Du haut de chaque siècle qui s'est penché sur la ville, on peut légitimement s'interroger sur les tenants de l'image de Vierzon ? Que dit-on de la ville au-delà de ses propres frontières ? Que reste-t-il de Vierzon ailleurs ? Avant l'ère industrielle qui a profondément marqué la cité, les voyageurs, les écrivains, les intellectuels, ont tracé de la ville, des textes débordant de louanges qu'Alain Pauquet, docteur d'Etat en histoire contemporaine, a visité et publié dans les Cahiers d'Archéologie et d'histoire du Berry. (Juin 1998).

L'image de Vierzon existe depuis que la ville elle-même existe, et depuis, surtout, que des plumes ont gratté le papier de descriptions, récits de visites et d'observations d'entre les murs. Vierzon, quatrième ville royale du Berry, en 1566, troisième ville du Berry en 1575. Au XVIème siècle, apparaît déjà, cette théorie contestée de tout temps, que Vierzon, et non pas Bourges, la Préfecture voisine, est en fait, le site antique d'Avaricum. Une hypothèse récurrente, fréquemment remise au goût du jour. Sans preuve tangible d'un côté... comme de l'autre ! La légende occupe d'autres terrains, on prête aussi à Lancelot du Lac, l'existence d'un château triple, dans le quartier du Bois d'Yèvre, à Vierzon. Ou déformation de l'histoire, Jeanne d'Arc (mais où n'est pas passée Jeanne d'Arc...), aurait, rapporte la rumeur publique, dormi dans une maison justement dite... depuis... de Jeanne d'Arc, alors qu'elle n'y a jamais dormi.

Laborieux et industrieux

D'autres témoignages parlent d'une ville close, fermée, environnée de murailles. Les fortifications de la ville semblent impressionner, autant que son “nid de verdure”. En 1689, Gaspard Thomas de la Thaumassière, dans son Histoire du Berry, ose une description formelle : “c'est l'une des plus jolies villes de la Province qui a dans son voisinage toutes les choses nécessaires aux commodités de la vie.” On croirait presque à une publicité... En 1697, dans un Mémoire, Vierzon sort du lot en ces termes : “les habitants y sont laborieux et industrieux et profitent de la commodité de la rivière le Cher qui est navigable en cette ville... Il y a des marchands de bois, quantité d'ouvriers qui travaillent aux draps, aux serges du Berry et des artuisans de toutes sortes d'arts.” On en redemande. En 1787, on parle encore de ponts bien construits, de belles rivières formant avec les maisons, les bois, les bateaux, les collines adjacentes, une scène animée. La ville semble florissante et doit sans doute beaucoup à la navigation.

Sa situation géographique est enviée : Vierzon assise sur la grande route de Paris à Toulouse, se trouve dans la position la plus avantageuse pour le commerce. La position géographique de Vierzon sera à la fois son avantage et son inconvénient : avantage car elle se retrouve, à un croisement stratégique notamment de la nationale 76 et de la nationale 20. Et son inconvénient car très longtemps et encore aujourd'hui, l'image de ville-bouchon colle à la peau de Vierzon malgré ses déviations dans les années 1970 et ses autoroutes à partir des années 1990.

L'image de Vierzon est, toutefois, fortement touristique, les bords de l'Yèvre et du Cher offrent des sentiers délicieux et ombragés où aiment à se perdre les amateurs des promenades fraîches et solitaires, lit-on dans un Itinéraire descriptif de la France en 1830. Situation riante, sentiers délicieux et ombragés, un des sites les plus agréables du Cher... Plus tard, assise sur son industrie métallurgique qui bouleverse sa physionomie, Vierzon accueille également le chemin de fer à bras ouverts. Même là, c'est beau !

Ces voûtes sont si belles

Une brochure publicitaire publiée en 1848 conseille la vue merveilleuse qui s'offre à l'oeil au sortir de ce souterrain (tunnel de l'Alouette). Fascinant ! La gare aussi est couverte d'éloges : le débarcadère de Vierzon est un élégant spécimen des progrès de notre architecture civile. La charpente de la remise des locomotives et celle de la gare sont parfairement entendues ; les détails d'ornementation soignés et de bon goût. A propos justement du Tunnel de l'Alouette, il est décrit : “si imposant, si merveilleusement éclairé, ces voûtes sont si belles”. C'est la nouvelle église de Vierzon... Mise à mal par l'architecture industrielle. Fini le château, l'enceinte, l'abbaye de Saint-Pierre, sans intérêt lit-on, son église même... Vive “le port et ses chantiers toujours pleins de mouvement, et surtout à faire la délicieuse promenade de la ville aux forges, en suivant la digue du canal”. Le canal de Berry apparut dans le paysage et rayant la ville de son trait d'eau, la traversant de part en part.

Depuis l'installation des forges par le Comte d'Artois, la ville se teinte d'une autre dimension. Les plumes s'attardent désormais sur la “modernité” des industries, d'autres y voient plus tard un ternissement sans équivoque. Les cheminées percent le ciel et crachent leurs fumées, l'image change. La prospérité économique de Vierzon fait oublier ses autres aspects et les riants coteaux ont des allures de ruches et de fourmilières. “La ville offre maintenant une physionomie toute moderne”, lit on dans un ouvrage, daté du milieu du XIXème siècle. Du coup, on ne décrit Vierzon pour son château ous es remparts, disparu au XVIIIème sièce, mais un autre repère-étalon apparaît : “jolie ville fort agréablement située au confluent du Cher et de l'Yèvre à la jonction des chemins de fer d'Orélans et de Chateauroux et de Nevers entouré de riants coteaux et de vastes prairies” (1855).

Changement de cap

L'eau et la forêt dominent toujours, mais ces deux élements essentiels, sources des principales qualités de Vierzon, ont déjà une autre fonction, nourrir les industries : l'eau du Cher et de l'Yèvre, enrichie du canal de Berry apporte les matières premières, la forêt fournit le combustible et aussi la matière première.

En 1901, changement de cap. La description change aussi de ton. Malgré la fumée des usines et l'aspect grisâtre des faubourgs ouvriers... On lit aussi : Ces riantes demeures de la périphérie vierzonnaise enveloppent les faubourgs sombres bâtis entre les usines qui se partagent le territoire de Vierzon. Mais encore : Sa gare... est une des plus considérables et des plus vivantes de France. L'aspect est fort industriel. Les véritables monuments de Vierzon sont les usines... Cette dernière phrase marque l'avénement d'une époque : Vierzon, bercée par ses prairies et ses vignes basculent dans l'ère post-industrielle avec ce que le “progrès” entraîne dans son sillage.

C'est donc à partir de 1900 que l'image de Vierzon change, centrée sur son activité industrielle qui modèle le paysage et le pollue aussi. Le plan politique suit. Il conquiert aussi l'image de la ville, bastion rouge, fief communiste, ville devenue difficile à traverser, cité industrielle vieillie, aux façades noircies. Le versant automobile de la modernité a laissé ses goûts de bouchons pendant les transhumances estivales; la seconde guerre mondiale, la lourde cicatrice de la ligne de démarcation; le chemin de fer a imposé, sans gant de velours, son architecture parfois austère; on l'a vu, la politique, omniprésente, a elle aussi bâti une image, positive pour les uns, négative pour les autres en couronnant la ville de Vierzon-la-rouge, ville communiste. D'ailleurs, même quand elle ne le fût plus entre 1990 et 2008, combien étaient-ils qui le croyaient encore ?....

Le machinisme agricole a dressé un pont d'or à l'image de la ville, capitale de la batteuse, de la locomobile et surtout, à partir de la fin des années 1930, du tracteur baptisé le Vierzon; à la fin des années 1960, Jacques Brel participe à sa façon à la notoriété de Vierzon à travers sa chanson Vesoul (T'as voulu voir Vierzon), image étonnament négative sans raison d'ailleurs; le lycée Henri Brisson, première école nationale professionnelle (ENP) de France a entraîné Vierzon dans son prestige, grâce à Jules Ferry.

La bonne et la mauvaise image

Encore plus tard, l'effondrement de l'économie vierzonnaise, la baisse de sa population, sa traversée des Forges à Villages, long trait sans attrait, les murs restés longtemps noircis rue Armand-Brunet, la voisine berruyère (connue pour son Printemps de Bourges) ont concouru à entâcher, au fil des décennies la ville de Vierzon, ville du Centre, petite ville, qui a tout montré mais ne montre pas le bon côté. Les clichés se multiplient, au détriment de Vierzon qui, en dehors de sa situation économique devenue peu favorable comme bien d'autres villes, cache une véritable richesse. La forêt domine toujorus, comme les cours d'eau arrosant le centre de la ville. Vierzon est une ville verte, une ville quasi à la campagne mais qui prête le flanc aux images récurrentes. Le quotidien Libération avait choisi plusieurs villes, en France, pour illustrer une campagne électorale, dont Vierzon. Sur deux pages, aucun cliché n'a épargné la ville, jusqu'aux photos préférant l'arrière d'une friche industrielle à la façade de cette même friche mais restaurée à l'identique....

Pourtant, l'image a bel et bien changé, il n'y a plus de bouchons, plus d'usines qui fument. Mais il reste un état d'esprit, vierzo-vierzonnais au demeurant. Les personnes extérieures à Vierzon sont plus que surprises de découvrir certains aspects de la ville, méconnus, peu mis en valeur.

Routes et autoroutes

Sous-titre : Un carrefour national

Au choix : deux nationales, trois autoroutes, deux transversales ferroviaires. Un ex-canal rouvert, peut-être, un jour à la navigation. Qui dit mieux ? Il ne manque plus qu'un aéroport international pour compléter la liste et une gare pour le TGV...

Ah, le TGV, un serpent de mer (il en a la forme d'ailleurs). Sa place à Vierzon est en tout cas évoquée depuis les années 1980, lorsque le nez effilé du train à grande vitesse s'arrête, pour la parade, dans la gare de la ville. Aujourd'hui, ce n'est pas Vierzon seule qui milite pour une ligne à grande vitesse mais le Cher tout entier. Mais le département est tiraillé entre les élus qui souhaitent le voir le plus près possible de leur commune... A suivre en 2020-2025 ?

Route et rail

Vierzon est idéalement située sur l'axe Nantes-Lyon et l'axe Paris-Toulouse. L'activité ferroviaire marque toujours la ville et sa position géographique a très largement contribué à l'essor industriel de Vierzon depuis son arrivée, au milieu du XIXème siècle. L'activité cheminote s'est depuis délitée, au grès des modernisations successives et des resserements économiques. De plusieurs milliers de cheminots, l'effectif a fondu à quelques centaines aujourd'hui. Le crissement des wagons ne se fait plus entendre dans l'environnement de la gare de triage, vaste emprise rayée de faisceaux fantômes, mais aussi de la carte.

La route en plus du rail ont toujours servi Vierzon et... l'ont paradoxalement desservies aussi. Dès la construction de la route royale reliant Paris à Toulouse, au milieu du XVIIIème siècle, le destin de Vierzon bascule. On ne passe plus dans l'actuelle rue Victor-Hugo mais dans ce que les Vierzonnais appellent toujours, la rue Neuve, (rue puis avenue de la République), épine dorsale de la cité. Jadis, avant la route royale, pour se rendre à Paris, il fallait emprunter le quartier de Saint-Martin (Vierzon-Villages), dans la direction de... Tours ! Ensuite, un obscur embranchement permettait de rejoindre la Capitale... La route royale voit le jour en 1772, percée entre la rue Victor Hugo (ex-rue des Capucins) et la rue de la Gaucherie. Cette nouvelle artère prend le nom, judicieux de, rue Neuve des Capucins, achevée en 1774. Plus tard, la route nationale 20 prend sa place et le tracé de la route royale. Les congés payés sur la nationale 20 font vite la place aux encombrements automobiles. Le revers de la médaille. Un revers hélas, encore trop présent dans les esprits. Même si les bouchons ont déserté le centre de la ville depuis plusieurs décennies, l'image colle encore à la peau, du moins au bitume. Les longues transhumances estivales se heurtent invariablement, dans les années 1960 notamment, aux célèbres bouchons de Vierzon. De longue files de voitures se retrouvent tôle à tôle, au milieu de Vierzon, sur le dos de la nationale 76 (vers Bourges d'un côté et Tours de l'autre) et sur celui, surtout, de la nationale 20 (le Sud de la France). C'est au centre de Vierzon que justement les deux nationales se rejoignent.

Ah les bouchons !

A l'époque, Bison Futé a beau prévenir, les bouchons paralysent la ville. Sous leurs képis, les policiers, chargés de réguler au mieux la circulation, manient le baton dans l'air. En bas de l'avenue de la République (ancienne rue Neuve), une guérite abrite un fonctionnaire. La route d'Espagne n'a que deux sens. Elle emprunte la rue des Ponts pour se jeter plus loin, en bas de la Côte de la Noue, officiellement nommée l'avenue du 14 juillet. La circulation gagne ensuite la sortie de Vierzon, avenue de Massay, bordée d'arbres. Les automobilistes jurent qu'on ne les y reprendra plus dans cette ville-bouchons mais chaque année, il en tombe des centaines, des milliers dans la nasse estivale. Vierzon-bouchon, la rime est imparable.

Vierzon est un carrefour et une ville d'étape, nationalement connue pour ses difficultés de traversée et sa longueur symptomatique : de l'entrée par les Forges (route de Bourges) jusqu'à la sortie par Villages (route de Tours), les kilomètres sont austères...

Désengorger Vierzon

En 1972, lit-on dans un bulletin municipal, daté de novembre, « au lieu que Vierzon, carrefour d'intérêt national, puisse tirer de sa position géographique une source de dévéloppement et d'expansion, sa position actuelle provoque une nuisance qui devient de plus en plus insupportable. En effet, les artères principales de notre ville se trouvent pratiquement asphyxiées, submergées par une circulation en progression constante, source de pollutions multiples et d'accidents. » Tout arrive pourtant.

La déviation de la RN 20 est en construction, en juillet 1973. En 1975, l'ouverture de cette déviation est appréciée “surtout lors des week-end et des congés en constatant une diminution importante du trafic routier, en premier lieu du trafic poids-lourds dans la rue des Ponts.”

Les 6,7 kilomètres de bitume changent la vie de Vierzon. Pourtant, la déviation aurait pu être construite plus tôt, les premières études datent de 1941. Il a fallu attendre le 30 août 1968 qu'un arrêté ministériel déclare ces travaux d'utilité publique. Pendant ce temps-là, les municipalités successives dénoncent la lenteur des travaux d'Etat eu détriment de la vie d'une commune et de ses habitants.

Désengorger Vierzon est une priorité avec le démarrage des travaux de la déviation de la RN 20 et déjà, en 1972, la promesse d'une branche autoroutière Orléans-Vierzon-Bourges et au-delà Clermont-Ferrand. Cette autoroute, baptisée A71, n'arrive qu'en 1989. Pourtant, son ouverture est annoncée déjà en 1978 ! Une bouffée d'oxygène, une libération perçue comme tel au regard de la fête engendrée, le soir même de l'ouverture de l'autoroute A71 et de ses deux sorties pour une seule ville, l'une à l'est aux Forges, l'autre au nord.

L'A71 permet surtout de délester le centre de Vierzon, gangréné, non plus par des flots de voitures, mais par une intense circulation de poids-lourds, plusieurs milliers par jour, de Tours à Bourges et de Bourges à Tours. La rue Armand-Brunet qui ouvre et ferme le centre de Vierzon, est aussi un goulot d'étranglement terrible, bordé d'un côté par des commerces et de l'autre, par l'antique bâtiment des ex-Nouvelles Galerie, immeuble jadis orgueilleux du XIX è siècle.

Trois autoroutes

D'autres infrastructures routières sont vivement réclamées pour complèter le dispositif vierzonnais : un nouveau pont sur le Cher, une bretelle de raccordement entre la RN 76 et la RN 20... La nouvelle ligne de ponts voit le jour vingt ans plus tard, au milieu des années 1990. Les plans existent aussi depuis les années 1950...

Déjà, l'A71 est ouverte. Les façades de la rue Armand Brunet, à l'entrée du centre-ville, se débarrassent petit à petit de leur noirceur, pollution due au va et vient mazouté des camions.

Un autre projet pointe le bout de son nez : le doublement de la nationale 20. Elle doit devenir alors l'A20. Autoroute gratuite partant de Vierzon pour relier Toulouse d'une traite, via Châteauroux, Limoges, Brives. Vierzon peut se targuer de posséder deux autoroutes majeures, l'une vers Paris et Clermont-Ferrand, la seconde vers le sud.

Il est loin le temps des bouchons... enfin presque !

Difficile de se départir de ses anciennes habitudes... La jonction entre l'A20, autoroute gratuite et l'A71, autoroute payante, est toujours le théâtre d'importants ralentissements que distingue une fois encore les radios.

Vierzon, cinquante ans plus tard, est toujours synonyme de bouchons mais cette fois-ci, à l'extérieur de la ville. Ce qui n'empêche pas de nombreux automobilistes de toujours fréquenter le coeur de la ville, lieu de passage.

Plus fluides, les trains. Ils nourrissent Vierzon depuis plus de cent cinquante ans et permettent surtout de placer la ville à 1h30 de la gare d'Austerlitz et grâce à l'A71, à deux heures de Paris ! Un atout très largement mis en avant. Du coup, pour qui fréquente les trains entre Paris-Toulouse et Nantes-Lyon, impossible d'échapper à Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt, correspondance pour....

Aux dispositifs autoroutiers existants, une troisième autoroute fait son apparition, il y a quelques années, l'A85. Très attendue. Un bol d'air pour la nationale 76, tortueuse à certains endroits, dangeureuse à d'autres, théâtre de très nombreux accidents mortels. L'A85 relie Vierzon à Tours via Romorantin, grâce à un embranchement, à quelques kilomètres au nord de l'A71. L'offre est désormais alléchante. On n'attend plus que l'aéroport international (sur l'emplacement peut-être de l'aérodrome Vierzon-Méreau) et le gare TGV. D'ici là....

Sous-Préfecture

Sous-titre : une promotion tardive

Un siècle d'attente et de réclamation. De frustration rentrée aussi. Pourquoi Vierzon a-t-elle du attendre si longtemps avant de devenir une Sous-Préfecture, chef-lieu d'arrondissement ? Son statut de seconde ville du Cher le lui autorisait naturellement. Mais voilà, Vierzon n'était “que” chef-lieu de canton. Releguée aux basses oeuvres de l'administration. Boudée. Recalée sans cesse. Délit de sale ville ?

En tout cas, jalouse de la beaucoup plus petite commune de Sancerre, dans le nord du Cher, la deuxième ville du département, jalouse oui et il y avait de quoi. Sancerre sur son piton, pouvait narguer Vierzon de sa hauteur de sous-préfecture, déclassée certes depuis mais sous-préfecture quand même....

Tout change le 5 avril 1984 lorsque sur “une décision personnelle” de François Mitterrand, président de la République, le décret consacre Vierzon, Sous-Préfecture. Enfin. Le sort de la ville est scellé depuis plusieurs mois auparavant. Jean Rousseau, maire-adjoint de la municipalité communo-socialiste est surtout élu député de la vague rose. Il plaide la bonne cause auprès de son mentor socialiste, le 27 juillet 1982. Que se sont dits les deux hommes ? Quels arguments ont affuté la lame décisive du Président de la République ? Mystère...

Boudée par le pouvoir gaulliste ?

Moins de deux ans plus tard, la publication du décret porte la signature du Premier ministre, Pierre Mauroy. L'histoire est en marche, enfin, la nouvelle histoire sous-préfectorale de Vierzon, bastion communiste depuis 1959 et ville industrielle en intense bougeotte sociale.

Est-ce ce dernier trait de caractère qui vaut à Vierzon d'être sous-gradée par le pouvoir gaulliste de la cinquième République pour qui, ce fief du P.C.F devait être privé de son statut légitime de chef lieu d'arrondissement ? Ou, moins politique, moins paranoïaque surtout, est-ce la proximité de Bourges, Préfecture du Cher distant de trente kilomètres, qui fait longtemps de l'ombre à sa petite soeur l'empêchant, sans mauvaise arrière-pensée, de devenir Sous-Préfecture comme Saint-Amand Montrond, ville plus petite, dans le sud du département ?

Revanche tardive mais revanche tout de même. Pierre Joxe atterrit à Bourges pour franchir, le 21 janvier 1986, le seuil de la Sous-Préfecture de Vierzon, avec notamment Alain Calmat, ex-star du patinage artistique devenu député socialiste. Le Ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation affirme, avec aplomb, c'est bien “en haut lieu” que la décision pour laquelle il est à Vierzon ce jour-là, a été décidée. Sans plus de commentaire. Vierzon joue désormais dans la cour des grandes. Ce doit être la dernière ville à devenir ainsi sous-préfecture. Les arguments ont du peser autant que l'importance de la décision.

Pierre Joxe l'inaugure

Le 29 mai 1984, Jean-Claude Rey, barbe et lunettes sous sa casquette officielle, est nommé Sous-Préfet de Vierzon, le premier Sous-Préfet, chargé de l'installation. Cette nomination est le second acte fondateur après le décret du 5 avril 1984, créant l'arrondissement. Dans le bulletin municipal de septembre 1984, Jean-Claude Rey pose à côté du maire de l'époque, Fernand Micouraud. “Vierzon aujourd'hui Sous-Préfecture aura avec l'inauguration de la 39è foire exposition, le plaisir de recevoir son premier sous-préfet, commissaire adjoint de la République.”

Jean-Claude Rey s'installe dans ses fonctions le 12 juillet 1984. Il arrive d'Ussel, en Corrèze après plusieurs passages dans des cabinets de Préfets, dans le Rhône, l'Ardèche, le Maine-et-Loire. Il explique vouloir être “un homme de terrain”, ce que diront à peu près tous ses successeurs. Surtout sur le terrain de l'économie, devenu marécageux, après des plans sociaux drastiques et des menaces sévères sur l'industrie vierzonnaise qui ne cesse de fondre comme neige au soleil.

Après Bourges, la ville représente pourtant le deuxième centre industriel du Cher. Son activité économique au milieu des années 1980, est orientée vers les industries mécaniques, mais le textile, l'habillement, la céramique et la porcelaine ont, en revanche, disparu. La désindustrialisation de passe mal, au prix d'un fort taux de chômage.

Un nouveau bâtiment

Homme de terrain” : après cinq cents jours d'activités, le Sous-Préfet a visité 39 communes, assisté à 190 réunions et à 135 manifestations publiques, il a surtout rencontré 320 personnes en audiences privées. Les Vierzonnais et les habitants rattachés à la sous-préfecture peuvent désormais venir y chercher cartes grises, passeports, permis de chasser etc. Pour l'anecdote, 800 Vierzonnais ont évité d'aller à Bourges subir la visite médicale dans le cadre de la commission du permis de conduire.

Pour ses débuts, la Sous-Préfecture occupe des locaux, dès le 1er octobre, dans la rue Gourdon. Le temps qu'une “vraie” sous-préfecture sorte du sol des “Terres Mortes” sur la route de Massay, un lieu-dit peu engageant mais qui, heureusement, ne porte absolument pas préjudice à la carrière de la Sous-Préfecture !

L'établissement public se construit en dehors de la ville, tout près de la gendarmerie alors, qu'à l'origine, la ville souhaite construire l'édifice dans le centre. Est-ce pour mettre de la distance entre les manifestants et la Sous-Préfecture, raconte-t-on... ? Ou est-ce tout simplement parce que la propriété de 13.000 mètres carrés, achetée à un docteur vierzonnais, est une très belle opportunité ?

Elle bénéficie d'un côté, d'une maison de maître datant de la fin du dix-huit-début dix-neuvième siècle. Ce sont les appartements privés des Sous-Préfets en exercice et de leur famille, deux cents mètres carrés sur deux étages. De l'autre côté, un terrain sur lequel l'architrecte Xavier Arsène-Henry, prix de Rome, construit un bâtiment de briques et de verre, dans le parc boisé. Enfin, la maison du gardien est aménagée dans une ancienne dépendance de la propriété, située à l'entrée.

La ronde des sous-préfets

Le décret suivi plus tard de l'inauguration de la Sous-Préfecture met un terme à “une anomalie du découpage administratif”. Pierre Joxe rappelle dans son discours que “cette création prouve que l'Etat a définitivement opté pour une représentation territoriale permanente et qu'il a choisi pour ce faire un corps de fonctionnaires qu'une tradition presque bicentenaire a rendu éminemment aptes à cette tâche.”

Vierzon, Sous-Préf', se retrouve alors à la tête de huits cantons (1) : Argent-sur-Sauldre, Aubigny-sur-Nère, La Chapelle d'Angillon, Graçay, Lury-sur-Arnon, Mehun-sur-Yèvre, Vierzon 1 et Vierzon 2 et de 43 communes qui s'étalent sur une superficie de 207.000 hectares. Jean-Claude Rey quitte Vierzon le 22 mai 1987. Tâche accomplie. Lui succèdent : Jean-Michel Legendre, Pierre Vaché, Jean Wzgarda, Françoise Toussaint, Gérard Lacroix, Angélo Calandra, Philippe Lévesque, Thierry Bonnet et Romuald de Pontbriand. En 2014, Vierzon fêtera ses trente ans de Sous-Préfecture. Et on ne sait toujours pas ce qui a emporté la décision de François Mitterrand...

(1) Cantons d'Argent-sur-Sauldre, Aubigny-sur-Nère, La Chapelle d'Angillon, Graçay, Lury-sur-Arnon, Mehun-sur-Yèvre, Vierzon 1 et Vierzon 2.

Tracteur

Le “Vierzon” est une vedette agricole

Impossible de dissocier Vierzon de la réputation, très à fleur de terre, de son célèbre tracteur vert. L'engin monocylindrique aux phares ronds comme un regard étonné se fait appeler « un Vierzon », plus rarement un « Société », contraction de Société Française de Matériel Agricole et industriel de Vierzon, siglée S.F.V. Un mimétisme tel qu'à l'étranger, notamment au Pays-Bas, lors d'un rassemblement récent de machines agricoles, on croyait que le tracteur avait donné son nom à la ville de Vierzon...

Impossible également de ne pas croiser encore aujourd'hui dans une fête des moissons, une batteuse Merlin, une lieuse Brouhot ou une locomobile Société vierzonnaise de construction. « Vierzon est et restera la capitale du machinisme agricole » aurait déclaré le général de Gaulle, en visite sur le stand de la Société Française, lors d'un salon de l'agriculture, dans les années 1950.

Le Général avait à demi raison : longtemps Vierzon a tenu le rang de capitale du machinisme agricole en ayant fabriqué jusqu'au 5/7 ème du matériel de battage vendu en France. Puis, à partir de la fin des années 1930 jusqu'au milieu des années 1960, en ayant assuré une production de tracteurs, les fameux « Vierzon », largement répandus dans les campagnes hexagonales et à l'étranger.

Puis la notoriété de Vierzon, portée haut, est retombée à plat, laminée à cause des fermetures successives des entreprises de machinisme agricole. La ferveur s'est réveillée à la faveur d'un engouement étonnant des collectionneurs pour le patrimoine agricole vierzonnais et ses marques devenues prestigieuses, thème d'un premier grand rassemblement de tracteurs “Vierzon” à Vierzon, en juin 2010.

L'âge d'or

Les usines essaiment à partir de la première entreprise créée par Célestin Gérard, en 1848, face à la gare de Vierzon. Le chemin de fer reliant Vierzon à Paris vient de débarquer et le canal de Berry, située en contrebas, complète le dispositif de développement industriel.

A partir de là, Vierzon ne sait pas encore que son destin va épouser la cause agricole d'une France en pleine mécanisation. Célestin Gérard est un Vosgien pragmatique. Il commence à fabriquer des tarares, des coupe-racines et un modèle de batteuse. L'expansion est irrémédiable. En 1861, Célestin Gérard construit une locomobile pour actionner les batteuses. Plus rien n'arrête le Vosgien. Plus rien n'arrête également la multiplication des fabricants, sur cette terre vierzonnaise, propice au machinisme agricole grâce à la présence d'hommes de qualité.

Del et Brouhot montent à leur tour leur atelier. Une fâcherie familiale plus tard, et Brouhot s'installe avec un associé, Alfred Goffard. En 1870, les deux hommes fabriquent des locomobiles et des batteuses. Parallèlement, Célestin Gérard, âgé de 59 ans, cède son empire et le 28 mars 1879, naît la Société française de matériel agricole (SFMA), populairement appelée « La Française ». Elle devient, eu égard à la diversification de ses productions, la SFMAI, Société Française de matériel agricole et industriel.

Tout se précipite. Louis-Henri Merlin qui travaille alors pour Célestin Gérard quitte l'usine avec une cinquantaine de salariés et fonde, à Vierzon, Merlin et compagnie, en plein centre-ville.

Une architecture très industrielle

L'architecture vierzonnaise, surtout en son centre, se hérisse de bâtiments industriels imposants leur masse et leur style jusqu'à aujourd'hui encore. Merlin, la Française et Brouhot génèrent, dans leur sillage, une myriade de sous-traitants et de productions diverses.

Aux machines agricoles se greffent une production de concasseurs de pierres, moteurs fixes, stations électriques etc. Les catalogues en témoignent largement. Au gré des crises économiques successives (celle de 1886 oblige la Française, par exemple, à licencier 150 ouvriers), une quatrième entreprise voit le jour : la Société vierzonnaise de construction.

Au total, 1200 ouvriers travaillent chez les quatre principaux pourvoyeurs de matériel agricole d'où sortent batteuses, presse à paille, locomotives routières, locomobiles. La Grande Guerre crée un trou d'air mais l'économie vierzonnaise agricole résiste : 70% du matériel en sort, 2000 ouvriers y gagnent leur croûte. En 1921, une cinquième entreprise arrive, Carroy Giraudon, spécialiste de la presse à paille haute densité (la seule qui subsiste encore aujourd'hui, dans la zone industrielle du quartier des Forges).

Le moteur à explosion supplante la machine à vapeur et dans les années 1930, le tracteur s'impose. Forcément, les usines spécialisées dans les locomobiles abordent ce virage à 180°, avec plus ou moins de bonheur social. En 1929, Brouhot licencie, la Française suit la même pente. La Société vierzonnaise de construction est liquidée en 1934. A la Française, c'est sauve qui peut. Une seule alternative : fabriquer des tracteurs français à Vierzon avec une technologie déjà existante que certains attribuent à la marque Lanz.

Les premiers spécimens sortent des ateliers à un petit rythme. Leur silhouette est impressionnante, avec des roues en fer. Leur allumage applique la technique de la boule chaude : le fuel est chauffé jusqu'à incandescence par une lampe à souder. Une fois que la bouel est rougie, il faut actionner le volant pour faire démarrer l'engin. Ce dernier restait parfois la journée entière en marche, pendant la pause-déjeuner, il continuait à tourner...

La tourmente

Mais très vite, la mécanisation s'accèlère. La Société Française fête son centenaire en 1948, 1500 ouvriers y travaillent, 500 autres chez Merlin et 350 chez Brouhot. Le tracteur est vite identifié à la ville : la tour penchée, l'écusson vierzonnais, est collée sur le nez des tracteurs. La Société Française devient une ville dans la ville et s'étire sur sept hectares, ateliers, magasin d'exposition, verrières somptueuses, passerelles pour relier les ateliers. Les constructions dévalent jusqu'au canal de Berry voisin.

Le « Vierzon » est simple d'utilisation, il remplace le cheval dans les fermes. Il s'affiche partout. Dans les années 1950, le machinisme agricole vierzonnais connait une nouvelle passe déterminante à cause de la concurrence, étrangère notamment. Brouhot ferme, quatre ans avant son centenaire. En 1960, Merlin ne résiste pas : 270 salariés à la rue. La Société Française reste tout de même un des plus importants employeur de la ville : avec 1700 personnes en 1957, elle se situe au cinquième rang national des producteurs de tracteurs. Les anciens modèles cartonnent. Mais la concurrence fait rage, la Société Française tente de sortir un modèle bicylindre pour remplacer le monocylindre dépassé.

La mise au point laisse à désirer. Dans l'ombre, la firme américaine Case guette. (Case a commencé à fabriquer des tracteurs en même temps que Célestin Gérard est arrivé à Vierzon). Elle finit par mettre la main, en 1958, sur le capital vierzonnais. Case veut conserver la marque SFV, populaire. Elle sort un tracteur sous les couleurs de la Française mais 500 tracteurs livrés ne fonctionnent pas. 1100 salariés doivent prendre la porte, 500 autres deux ans plus tard. 7

La Française s'efface au profit de Case. Le machinisme agricole est en sursis. Dans les années 1960, des engins de travaux publics remplacent les tracteurs, les backoes (tracto-pelles) envahissent la ville. Ce sera le nouveau fer de lance de Case et de Vierzon. Le nombre de salariés s'amenuisent.

Et dans les années 1980, déjà, la rumeur d'un départ est sur toutes les lèvres. La municipalité de l'époque propose de construire une nouvelle usine, sur un terrain dit du Vieux-Domaine, seul gage de pérénnité. Le projet ne voit jamais le jour et de plans sociaux en plans sociaux, Case annonce la fermeture de ses portes le 29 mars 1994 et le licenciement de ses derniers 250 salariés. Un an plus tard, l'usine est vide. Par un étrange truchement de la mémoire, la Case s'efface, jusque dans le vocabulaire, au profit de la Société-Française. Le site en prend le nom, la rue Maxime-Gorki est débaptisée pour se nommer rue de la Société-Française. La production industrielle, fleuron économique de la ville de Vierzon, prend une nouvelle identité : celle de patrimoine. Celle-ci est encore très largement sous-exploitée aujourd'hui. (Deux autres entreprises de machinisme agricole existaient, Pierre Renaud et l'entreprise Ruhlmann.)

Et aujourd'hui ?

A la fermeture de Case, Vierzon se retrouve alors avec 7 hectares de locaux qu'elle doit très vite exploiter pour éviter la naissance d'une friche industrielle en plein centre-ville. La municipalité rachète les bâtiments pour en avoir la maîtrise foncière. Elle en détruit une partie, en vend une autre.

L'ancienne maison de Célestin Gérard, face à la gare, devient un restaurant gastronomique, étoilé au Michelin, rétrogradé récemment en brasserie. Les verrières, le coeur de la Société Française sont restaurées à l'identique et classées à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Les poutrelles et les poteaux en acier ont résisté. Même aux assauts de ceux qui en souhaitaient la destruction pure et simple. Dans la partie béton, le cinéma créé, dans les années 1960, dans les anciens locaux de l'usine Merlin, revit dans les locaux de la Société-Française, avec sept salles inaugurées en 2005. Des jardins prennent la place des anciens vestiaires, le buste de Célestin Gérard orne une fontaine dans les jardins dits de la Société-Française.

L'une des trois passerelles servant à passer d'un atelier à un autre a vécu une restauration exemplaire. Un bureau d'études a restauré, pour son compte, la façade de l'ancien bâtiment thermique. L'office de tourisme s'est installé devant la vaste esplanade de la Société Française qui s'étend devant les verrières. Derrière, c'est toujours le vide chronique...

La restauration du clos et du couvert représente une facture hors norme pour les finances vierzonnaises. En parallèle, la ville conduit un projet de musée de l'épopée industrielle pour mettre en avant les hommes, auteurs des luttes et des avancées sociales qu'elle souhaite installer face aux verrières et non derrière.

Le machinisme agricole n'y aurait qu'une maigre part. Ironie du sort quand on sait que c'est encore sur le tracteur que la ville conditionne une grande partie de sa notoriété.

Hors-texte

Brouhot, créateur de voitures

Ambitieuse, l'entreprise Brouhot se lance aussi, en 1901, dans la création de voitures. En 1903, la Brouhot vierzonnaise qui deux ans auparavant a décroché un grand prix devant Renault inscrit son nom dans l'histoire... tragique. Dans la course Paris-Madrid, la voiture fait une embardée et cause la mort de quatre personnes, dont un enfant. La voiture est chronométrée à 120 kilomètres à l'heure. Le journal L'illustration raconte l'histoire en détails et par la photo, on y voit la voiture disloquée.

Brouhot résiste quand même et le nom est associé à l'assistance technique du premier tour de France cycliste. Brouhot sort un camion qui circule sur le sol américain. La marque est associée au taxis parisiens, il en roulait 400 dans la capitale, en 1908. Pendant la guerre 1914-1918, les taxis de la Marne, dont des Brouhot, emmènent les soldats au front. Les Phaétons, sur le catalogue, intéressent le roi du Portugal qui en achète un modèle made in Vierzon. Brouhot a fabriqué, au total, un millier d'exemplaires de ses voitures. En 1909, la firme ferme ses portes. La ville de Vierzon ne possède pas de voiture Brouhot. Un morceau témoigne dans un petit musée de Vailly-sur-Sauldre, au nord du département du Cher. Il n'en resterait que cinq exemplaires dans le monde. Deux seraient expsoés dans des musées étrangers.

Usines

Sous-titre : D’une industrialisation massive à une industrie de pointe

Reconnue ville industrielle, industrieuse et ouvrière, la ville a petit à petit perdu les honneurs de sa réputation, dans les méandres des crises économiques successives.

Pourtant, l'industrie vierzonnaise s'assoit sur un évènement « riche en symboles et lourd de conséquences ». Le Comte d'Artois, futur Charles X, pose les bases de la future industrie vierzonnaise dans ce qui se nomme encore Vierzon-Villages et devient plus tard, Vierzon-Forges. Un complexe métallurgique prend forme. Il ne doit rien au hasard : l'Yèvre offre l'énergie hydraulique, les forêts de Vierzon le bois nécessaire, et le fer est à proximité. Deux hauts-fourneaux trouent le couvercle de la ville, une fonderie et une forge tournent à plein régime. Vierzon peut déjà se vanter, à la veille de la Révolution, de posséder sur ses terres, « un des fleurons de l'industrie metallurgique française. »

La même logique conduit un autre futur industriel, Célestin Gérard, à poser ses valises entre la gare naissante et le canal de Berry, en pleine expansion : d'un côté le chemin de fer, de l'autre une voie navigable. Célestin Gérard amorce, le 15 octobre 1848, un empire du machinisme agricole. Il offre à Vierzon, l'une de ses plus belles pages de son industrie. Dès lors, Vierzon vit au rythme des cheminées qui fument. Ce qu'écrit, avec des alexandrins parfaits, dans un recueil de poèmes, daté de 1914, le docteur vierzonnais Fernand Louis : “Cependant, tout là-bas, au feu de ses fourneaux/Sous un nuage noir, Vierzon bourdonne et fume/Ma paresse se berce au rythme des marteaux/Qui frappent en cadence et chantent sur l'enclume.”

Au début du XXème siècle, Vierzon s'impose comme étant la capitale du machinisme agricole. Elle compte plusieurs firmes de batteuses et de locomobiles, en plus de la Société-Française, créée par Célestin gérard : Brouhot, Merlin, La Vierzonnaise...

Parallèlement, le textile nourrit l'économie de la ville, considérée comme un centre drapier au XVIIIème siècle. Plus tard, la confection inonde Vierzon et participe largement à sa réputation économique. Un personnel essentiellement féminin. Ce n'est pas tout : la présence d’argile réfractaire favorise la naissance d’une activité porcelainière à partir de 1816. Et la tradition des arts du feu se perpétue avec la création de deux verreries en 1860 et 1874.

La cité devient vite ouvrière et laisse derrière elle, son image touristique idyllique. La révolution industrielle ancre Vierzon dans le destin qui est resté le sien, ouvrier, laborieux, terre de gauche et de luttes sociales. Mais la fierté économique n'a pas résisté à la désindustrialisation de masse. La porcelaine a complétement disparu, les verreries également, idem pour la confection. Les équipementiers automobiles constituent aujourd'hui le plus important bataillon de salariés (plusieurs centaines) ainsi qu'un fabriquant de pompes hydrauliques.

L'économie défendue à partir de 1959 par une municipalité communiste est la pierre angulaire des débats politiques vierzonnais. Les années 1950 et 1960 préfigurent la crise des années 1970. La difficulté de maintenir les industries en place, héritées pour la plupart du XIXème siècle comme celle du machinisme agricole, se conjugue à la difficulté d'en créer de nouvelles pour assurer l'expansion démographique que Vierzon souhaite tant. C'est aussi la disparition de la Pointerie, usine emblématique succédant aux forges du Comte d'Artois. Un symbole. L'Usine est rasée à coup de buldozer. Signe des temps : un supermarché la remplace.

Les années 1990 ravagent le tissu industriel. La Case (ex-Société Française) ferme ses portes. Fulmen, venue s'installer pendant la seconde guerre mondiale à Vierzon pour fabriquer des batteries et des accumulateurs quitte la ville avec fracas. Les confections sont décimées.

Les noms résonnent encore, des échos proportionnels à la mobilisation sociale engendrée. On pense bien sûr à Julietta, par exemple. Les licenciements, les dépôts de bilan, les fermetures, se font dans la douleur doublée d'un soutien sans faille de la municipalité, défilant sous les banderoles. Les changements sont profonds : en 1960, Abex Denison remplace la Précision moderne; en 1962 Unelec remplace Merlin, en 1963 Paulstra remplace Brouhot, en 1968 Flambo arrive. En 1980, le patron de la LBM s'exprime à la tribune du CNPF (actuel Medef). Il explique en pleurant qu'il doit fermer l'usine. La mobilisation est immédiate et sans précédent : pendant des mois, les salariés occupent l'entreprise et obtiennent, en 1981, de transformer l'usine en coopérative ouvrière, l'entreprise subsiste encore sous ce statut.

Aujourd'hui, Vierzon entretient toujours une spécialité mécanique à travers un réseau d'entreprise (pôle industriel Coeur de France). Des activités logistiques profitent des nombreuses dessertes routières et autoroutières. Au centre d'innovation en céramique et matériaux avancés s'ajoute un label national sur le thème handicap-gérontologie, obtenu en 2011. Matériel de sécurité pour travail en hauteur, barres d'acier, caoutchoucs antivibratoires, enseignes, ponts élévateurs et matériel de garage, charbons actifs etc. composent les autres spécialités de l'industrie vierzonnais actuelle.

Confection

La première guerre mondiale est à l'origine de la confection vierzonnaise. Les façonniers produisent les effets militaires. En 1935, quarante-cinq ateliers fonctionnaient, employant entre quinze et deux cents personnes. A la fin des années 1970, les premières difficultés lézardent l'édifice. En 1975, un millier de salariés travaillent dans la confection. En 1981, fermeture de l'usine Gégé (130 salariés) et de Julietta (139 salariés). En 1989, ils sont moins de cinq cents salariés. En 2004, il n'existe plus que trois entreprises et en 2009, la liquidation judiciaire de l'avant-dernier atelier est un symbole. Il n'existe plus aujourd'hui qu'une petite structure très spécialisée.

Porcelaine

L'histoire d'amour dure 180 ans. De passion. De découverte. D'invention. D'empire même. L'argile réfractaire, nécessaire à la fabrication des “gazettes” contenant la porcelaine à cuire est monnaie courante à Vierzon. Elle prend d'ailleurs le nom de “Vierzonite”. En 1816, le château de Bel Air accueille la première manufacture de porcelaine. Un ancien marchand de canons obligé de se reconvertir, sème la première graine. Dès lors, des noms prestigieux s'imposent. Victor Schoelcher, le père de l'artisan de l'abolition de l'esclavage passe par la manufacture de porcelaine de son père, Marc. Il succède à Delvincourt, le marchand de canons associé au Vierzonnais Perrot. Victor Schoelcher reste une seule année, à Vierzon, en 1828-1829, quand son père l'envoie en Berry et en Limousin pour apprendre le métier de porcelainier. Parti en 1830 au Mexique pour trouver des clients, il découvre l'esclavage et milite pour son abolition le 27 avril 1848.

Plus tard, Adolphe Hache prend la direction de la manufacture en 1842 avec Pépin-Lehalleur et Pierre-Emile Jullien. Mille ouvriers y travaillent ! La porcelaine Hache rivalise avec Sèvres. Vierzon est un chaudron bouillant d'inventivité et de qualité. Un autre grand maître de la porcelaine s'impose à Vierzon : Marc Larchevêque. En 1850, Vierzon ne compte qu'une seule entreprise. Il y en a treize en 1914 : Larchevêque, Gaucher, Vincent, Boutet et Hache, Taillemitte etc. Avant la première guerre mondiale, les effectifs montent à 1500.

La manufacture de Marc Larchevêque occupe une grande partie de la rue de Grossous, en centre-ville. Ces hauts bâtiment imposent la notoriété de son entreprise. La porcelaine connaît des hauts et des bas : la crise des années 1930, la reprise après 1945.

1200 employés en 1946. L'euphorie est de courte durée. Entre 1952 et 1970, treize manufactures disparaissent. En 1970, elles ne sont plus trois : la CNP, Compagnie nationale de porcelaine, Larchevêque et Cirot-Gadouin. Les années 1980 sonnent le glas. Larchevêque ferme. En 1983, la CNP dépsoe le bilan. L'usine Jacquin, perchée sur les hauteurs de Vierzon-Villages s'arrête brutalement. Le jeudi 28 septembre 1986 à 18h46, l'ancienne usine Larchevêque est abattue, rue de Grossous, appellée aujourd'hui rue Pierre-Debournou.

Aurait-il fallu écouter Marc Larchevêque, qui déclare en 1923 : « l'industrie de la porcelaine est, en ce moment, assez prospère mais elle ne tardera pas à péricliter devant la concurrence étrangère, la protection douanière étant dérisoire, plus mauvaise qu'avant la guerre ». Fière de ses arts du feu, la profession ouvre, en centre-ville la Maison de la Porcelaine, le 16 octobre 1954, la vitrine du « plus brillant des arts du feu du Berry ». Elle ferme au début des années 1980. Deux fours à globe, classés à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques attendent d'être restaurés... Ultimes traces d'un passé glorieux.

Vesoul

T'as voulu voir Vierzon

V comme Vesoul et V comme Vierzon... En 1968, Jacques Brel enregistre sur son album intitulé “J'arrive”, une chanson singulière. Sans le savoir, elle offre à Vierzon, une extraordinaire notoriété, toujours d'actualité. La chanson porte le titre Vesoul mais elle commence par ces deux vers « T'as voulu voir Vierzon, et on a vu Vierzon ». Impossible d'échapper à la rengaine. L'image de Brel et celle de Vierzon sont depuis soudées dans une valse atypique.

Quelques semaines après la sortie du disque, une équipe de télévision se rend à Vesoul pour réaliser un reportage (archives INA). Les Vésuliens et son maire de l'époque, avec un accent taillé dans le bois, témoignent de leur satisfaction qu'un grand chanteur comme Jacques Brel immortalise Vesoul dans son oeuvre. Aucune caméra de télévision à Vierzon. Aucun signe extérieur non plus de satisfaction locale. La chanson passe sur la ville sans s'y arrêter.

La légende raconte qu'un soir, après un repas pris dans un restaurant de la ville de la Haute-Saône, la patronne demande à Jacques Brel, « pourquoi ne feriez-vous pas une chanson sur Vesoul ? » Brel promet... Signe le livre d'or. Et s'en va.

Vesoul content,

Vierzon indifférent

Pendant ce temps-là, à Vierzon, il ne se passe rien. Vesoul est pourtant l'un des plus gros succès commerciaux de Jacques Brel. Rien qu'un long silence enfoui comme si cette chanson est une bêtise inavouée. Ce qui est palpable, c'est qu'elle n'est pas vraiment la bienvenue dans le coeur des Vierzonnais. Dans les années 1980, seulement, le maire de Vierzon, Fernand Micouraud fait pourtant barrer deux pages de son journal municipal d'un « J'aime Vierzon et Brel ». Mais chanson et chanteur sont expédiés en à peine deux lignes. Circulez, il n'y a rien à voir !

Une petite rue nichée prend ensuite le nom de Jacques Brel, dans un quartier pavillonnaire. Mais ce sera tout pour le grand homme, à Vierzon du moins. A plusieurs reprises, il chante à Bourges, la Préfecture voisine de trente kilomètres, à la Maison de la culture notamment. Il ne vient jamais chanter à Vierzon. Y-a-t-il seulement mis les pieds ? En a-t-il franchi les frontières sur les sièges de sa DS lors de ses innombrables déplacements ? A-t-il simplement choisi Vierzon par hasard pour voisiner avec Vesoul, dans un strict souci phonétique ? On raconte que le grand Jacques se serait arrêté au Buffet de la gare de Vierzon. On raconte aussi tout et son contraire. La légende a pris le pas sur la réalité historique.

Pourquoi une ville entière refoule-t-elle, jusqu'à l'énigme psychanalytique, le fabuleux statut que permet cette chanson, sur les lèvres de plusieurs générations ? Faites l'expérience : citez Vierzon, la réponse est d'une évidence déconcertante « Ah, t'as voulu voir Vierzon ! » Les anecdotes en la matière foisonnent et montrent nettement que Vierzon est connue et reconnue grâce à la chanson.

C'est peut-être dans les plis invisibles du texte et dans ses non-dits, qu'il faut chercher la solution d'un tel reniement. Vierzon et les Vierzonnais croient toujours que Jacques Brel s'est moqué d'eux. Il est vrai qu'une interprétation retrouvée sur internet peut prêter à confusion : Jacques Brel utilise, en introduction, le ton d'un personnage précieux et interprète le début de sa chanson avec de l'ironie plein la bouche. Mais dans aucun des mots écrits par Brel ne transpire la moindre moquerie. Pas plus pour Vierzon que pour Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers etc. Il raconte juste les caprices d'une femme qui se lasse très vite des endroits où elle se trouve. “T'as plus aimé Vierzon, on a quitté Vierzon...”

Vierzon a vu Vesoul

Pourquoi, cependant, Vierzon s'est-elle sentie atteinte dans son image alors que Vesoul, par exemple, a joué le jeu en baptisant un collège, une place et un festival du nom de Jacques Brel ?

En 2009, intrigués et soucieux de réparer cette erreur, des Vierzonnais bréliens et des amoureux de Vierzon venus d'ailleurs, accompagnés du maire, décident de se rendre à Vesoul, avec un... tracteur Vierzon, production de la Société Française de Vierzon (SFV). L'entreprise, créée en 1848, a d'abord fabriqué les 5/7e du matériel de battage en France, puis des tracteurs, de la fin des années 1930 au milieu des années 1960. Avec Jacques Brel, les tracteurs SFV participent majoritairement à la notoriété de la ville, deux éléments finalement indissociables du patrimoine vierzonnais.

La délégation est reçue officiellement par la municipalité de Vesoul dont l'adjoint à la culture chante... Brel, à la guitare ! Des cyclotouristes vierzonnais avaient précédemment relié les deux villes-soeurs en plusieurs jours pour les beaux yeux de Jacques Brel et de l'exploit sportif. Pour la première fois depuis plus de quarante ans, Vierzon a donc vu Vesoul ! En 2010, bis répétita mais à Honfleur cette fois-ci, la même délégation vierzonnaise, accompagnée de Vésuliens de la première rencontre, est reçue en grande pompe, avec Brel et toujours le tracteur Vierzon, pour trait d'union. Le périple ne s'arrête pas là. En avril, le groupe brélien relie Anverse, mais Anverse dans la Nièvre, un lieu-dit attaché à la commune de Glux-en-Glenne. Pour le symbole et le clin d 'oeil. Et le groupe compte aller dans toutes les villes et les lieux de la chanson.

En août 2010, c'est la consécration : Marcel Azzola est l'invité du festival vierzonnais « Les estivales du canal ». L'accordéoniste a joué pour Brel. Ce dernier lâche d'ailleurs, dans un élan sublime, lors de l'enregistrement de la chanson, le célèbre « Chauffe Marcel », à l'adresse d'Azzola. L'expression lui colle toujours à la peau. En venant en août 2010 Marcel Azzola pose ainsi pour la première fois les pieds à Vierzon depuis 1968 !

Il confirme : la chanson a failli s'appeler Vierzon-Vesoul puis Azzola-Vesoul. Mais seul Vesoul est resté, pour une histoire de jaquette de disque nous a t-il confié. C'est toutefois Vierzon qui ouvre la chanson... Marcel Azzola ne résiste pas à l'invitation de se rendre rue Jacques Brel et près des panneaux d'entrée et de sortie d'agglomération de Vierzon.

Assis à la terrasse d'un café, face à la gare, Marcel Azzola raconte que Jacques aurait (le conditionnel est de rigueur) parlé de Vierzon et de Vesoul dans sa chanson car son envie de trouver un bar ouvert la nuit aurait mué en frustration inégalable. D'où ce souvenir précis de Vierzon... L'explication vaut ce qu'elle vaut. Toujours est-il que l'innacessible étoile de Jacques Brel brille au-dessus de la ville. En 2009, le maire de Vierzon promet, à la mairie de Vesoul, que l'actuelle place de la gare de Vierzon portera le nom de Jacques-Brel. Il n'est jamais trop tard...

Un collectif baptisé VI (Vierzon)-VE (Vesoul) BREL, né de la volonté des membres de la délégation brélienne, veille à la mémoire du chanteur dans la sous-préfecture du Cher... L'ombre de Brel n'a jamais autant plané sur la ville.

Wagons

Sous-titre : Le train, « emblème » de la ville.

L'arrivée du chemin de fer a-t-elle forgé l'image de Vierzon comme carrefour ferroviaire incontournable ? Ou est-ce son statut déjà reconnu de ville-centre qui s'est imposé, comme une évidence, au chemin de fer ? Un peu des deux, pour gifler les rumeurs récurrentes sur le fait que Bourges a refusé le chemin de fer pour préserver sa tranquillité... Le rail a énormément contribué à l'essor industriel de Vierzon, devenue mère patronnesse des voies de communication, voie royale (RN20), canal de Berry, autoroutes...

En 1841, une étude prédit qu'un voyage entre Orléans, dans le Loiret et Vierzon, dans le Cher, totalise deux heures trente avec la vapeur contre six heures en malles-postes, douze heures en pataches et quarante-huit heures à pied ! Dans cette étude, Vierzon est déjà pressentie pour servir de gare-étalon à l'expansion du rail, dans le centre de la France. Et à partir de là, l'extension d'un réseau-araignée vers les autres villes et surtout vers les autres compagnies privées comme celle du PO, Paris-Orléans, sur le secteur de Vierzon. Avant que la Société nationale des chemins de fer (SNCF) regroupe toutes les sociétés maillant le territoire.

Et Vierzon est atteint !

La ville doit tout à la loi du 11 juin 1842. Elle trace sur le papier, la ligne Orléans-Vierzon. En 1840, le maillage est confidentiel : Paris est relié à Versailles, Corbeil et Saint-Germain. Plus au sud, des morceaux de réseaux relient Roanne à Saint-Etienne; Montpellier à Sète. Cinq ans plus tard, le rail atteint Orléans. En 1846, Orléans rejoint Tours. Et en 1848, Orléans rejoint Vierzon et Vierzon, Bourges. On peut désormais aller de Calais à Bourges via Vierzon. Le rail, en 1848, est étoffé autour de la Capitale et écarte son réseau tentaculaire. Le sud quand à lui est beaucoup, beaucoup moins bien desservi. La ville est servie, et bien servie, désormais au milieu de deux transversales : Nantes-Lyon; Paris-Toulouse.

Le 20 juillet 1847, l'inauguration officielle de la ligne conduisant à Bourges par Vierzon change durablement le destin vierzonnais. Le 15 novembre de la même année, Vierzon relie Châteauroux. Le journal l'Illustration embarqué à bord du convoi témoigne que le chemin de fer d'Orléans à Vierzon a été livré. Le Journal du Cher raconte aussi le voyage en ces termes : “ce matin à 6 heures, le premier convoi payant est parti. Il arrivera à Paris presqu'en même temps que la dernière diligence qui, toute honteuse, sortait de Bourges, hier soir. Elle aura mis seize heures à faire le trajet qui, lui, fait en six”.

Dès lors, plus rien n'arrête le chemin de fer, ni en France, ni à Vierzon, surtout à Vierzon ! A la faveur d'une correspondance, Lucien Arbel, industriel dans la Loire, s'arrête à la gare de Vierzon en 1877. Il lorgne sur l'usine de machinisme agricole de Célestin Gérard, dressée fièrement, face à la gare. Lucien Arbel est acheteur, Célestin Gérard est vendeur. L'affaire est faite. Une vente à mettre sur le compte du chemin de fer... 29 ans plus tôt, Célestin Gérard, visionnaire, s'installait face à la gare, certain que le chemin de fer serait utile à sa petite entreprise.

La gare de triage

Le rail modèle le visage de la ville. Toute une commune, Vierzon-Villages, devenue un quartier en 1937, respire la vie cheminote. L'activité marinière décline en même temps que celle, ferroviaire, augmente. La cité ouvrière se développe au rythme du rail. On pense au creusement du tunnel sous le quartier baptisé très justement Tunnel-Château (car c'est aussi le quartier de l'ancien château féodal). On pense au tunnel de l'Alouette, percée dans le sol argileux de la Sologne; à la voûte de Saint-Martin, au pont de Toulouse, à l'immense plate-forme de la gare de triage à Fay, à l'immobilier cheminot, aux ouvrages d'art, au vaste et haut dépôt des locomotives rue Gustave-Flourens, au dépôt destiné à loger les roulants (agents de conduite) etc. Au maximum, près de deux mille cheminots et leurs familles travaillent et habitent à Vierzon au plus fort des heures brillantes de la SNCF, créée en 1938. En 1935, 113 personnes travaillaient au service entretien et 383 autres au dépôt.

Des agrandissement successifs ajoutent des voies aux voies déjà existantes. Le talus est rogné dans le sens de la largeur. Le pont de Toulouse, inspiré des ateliers d'Eiffel, en 1911, se dresse au-dessus des rails. Le chemin de fer est à l'intérieur de la ville, une colonne vertébrale autour de laquelle et à partir de laquelle, une activité économique grandit.

La Résistance s'organise

Les conducteurs de locomotives à vapeur, seigneurs du rail, font les riches heures de Vierzon la cheminote, forcément vulnérable pendant la seconde guerre mondiale. Raymond Laumonier, chef du dépôt, devient la mémoire cheminote vierzonnaise. Après des années et des années de combat passionné, il parvient à créer le musée Laumonier, de la machine à vapeur. Il y expose, entre autres trésor, sa casquette percée d'une balle, ramassée sur sa loco, pendant la seconde guerre. Vierzon la cheminote, forcément héroïque dans les pages écrites par la Résistance. Mais les bombardements des 30 juin et 1er juillet 1940 tuent sept agents SNCF en plus de leurs familles, 47 autres sont blessés. Les infrastructures sont sérieusement touchées, le dépôt, la gare de triage subissent l'assaut des bombes. Mais Vierzon et sa gare se relèvent. L'activité bat plus que jamais son plein.

A Fay, les wagons claquent les uns contre les autres : la gare de triage préparent les convois sur place mais l'âge d'or a du plomb dans l'aile : entre 1980 et 1988, l'activité décline de 2.000 à 600 wagons par jour. La plateforme construite en 1910 sur dix hectares compte quatre postes d'aiguillage, un faisceau central de neuf voies, un autre de cinq et un autre de vingt-sept. Elle se vide inéxorablement.

Une autre résistance s'organise à Vierzon. La ville devient la place forte de la contestation syndicale. En 1982, 180 agents de conduite sont attachés au dépôt vierzonnais. S'ils travaillent, les trains partent, s'ils font grève, les trains restent à quai... Ce sont eux la tête de pont des contestations marquantes. Dans les années 1990, contre le premier ministre d'alors Alain Juppé, les cheminots montent un bout de voie ferrée devant la permanence du député...

De la marquise au TGV

L'arrêt des locos à vapeur au profit des engins thermiques mettent un terme à l'atelier d'entretien, un hall de 2690 mètres carrés dans lequel les cheminots entretiennent une centaine d'engins. Il ferme progressivement ses portes entre 1972 et 1978, la dernière loco à vapeur siffle en 1976. La gare de Vierzon connaît d'autres périodes d'évolution : l'électrification de la ligne Paris-Vierzon en décembre 1926 oblige la démolition de la marquise de la gare et en1973, l'apparition du TGV 001, la version expérimentale équipée de turbomoteurs, présentée en gare de Vierzon, le TGV déjà...

D'autres changements, beaucoup moins bons, sont annoncés : la double fermeture du dépôt et de la gare de triage. Le premier subsiste, l'ancien, rue Gustave-Flourens ferme et un nouveau bâtiment s'élève, moderne, rue des Ateliers. La gare de triage dit adieu à toute activité en 1993. La plaque tournante ferroviaire de Vierzon tourne le dos à une activité industrielle. Le fret tousse. En 1991, 756 salariés travaillent encore sur le site vierzonnais. En 1997, ils ne sont plus que 578. Moins de 500 en 2010. Les chiffres continuent de fondre. Cinq ans avant la fin de la gare de triage, la gare voyageurs, construite avec l'ouverture de la ligne Paris-Orléans en 1847 est rasée puis reconstruite. Une page se tourne. En 2012, Vierzon fêtera le 165ème anniversaire de l'arrivée du chemin de fer.

Pont de Toulouse

Le pont de Toulouse surplombe les voies ferrées sur l'ancienne route nationale 20 (Paris-Toulouse) et les voies qu'ils enjambent conduisent jusqu'à Toulouse. Jusqu'en 1911, c'est un pont avec trois arches de maçonnerie et parapet en pierre de taille. Avec la multiplication du nombre de voies, un nouveau pont doit être construit. Le 1er mars 1911, les travaux débutent, commandés par la compagnie Paris-Orléans. Sa longueur est de 97 mètres, sa largeur de 11,70 mètres et sa hauteur de 9,50 mètres carrés. C'est un mécano géant avec ses poutres métalliques et ses rivets ainsi que son tablier en béton armé. Le pont de Toulouse écarte ainsi ses bras sur la nationale 20 et impose sa présence dans le paysage vierzonnais comme une appartenance évidente au fer, celui du pont comme celui du chemin idoine. Les décennies ont terni la couleur du pont (vert) et pour redonner de l'éclat à cet objet utilitaire, la maison de la culture de Bourges a l'idée de faire appel à une artiste, Christiane Groud.

Elle a l'idée de le repeindre, façon oeuvre d'art, avec des couleurs primaires : “le bleu pour tendre la main au ciel d'espérances; le jaune, soleil, de tous les commencements; le rouge, sang, pour la violence, en souvenir de la ville du centre d'un pays coupé en deux, ici par la ligne de démarcation entre zone occupée et zone libre. Et pour l'amour aussi, car il y eut résistance, pour une vie reconquise d'hommes debout; le vert enfin, seule couleur non primaire : ce pont-ci ne se jette pas au-dessus des flots mais enjambe des voies ferrées, nombreuses au carrefour de rêves d'ailleurs, et flirte, enraciné, avec la terre et avec l'herbe.”

L'artiste n'a pas agencé les couleurs au hasard mais en fonction du “mouvement secret de la grande ossature”. La Maison de la culture de Bourges souhaite transformer le pont de Toulouse coloré en exemple. Elle rêve d'une France se couvrant de pont métalliques colorés mais... seule, (apparemment), la ville de Vierzon a peint le sien de cette façon. Les couleurs, elles aussi, ont terni, au fil des années, la rouille reprend un tantinet le dessus. Il serait grand temps de le repeindre : à l'identique ou monochrome ? Mais la réputation de Vierzon tient aussi à son pont coloré. Apprécié ou décrié. Il enjambe les rails depuis un siècle alors....

Tunnel de l'Alouette

Pour traverser le Tunnel de l'Alouette, on raconte qu'il faut vingt-et-un jours. Ce sont vingt-et-une cheminées créées pour que la vapeur des locomotives puissent s'évacuer. Le tunnel est issu d'un incident technique car à l'origine, il ne devait pas exister. Seulement, l'argile plastique du terrain, en pleine Sologne, manquait cruellement de consistance. Une autre version, moins officielle, raconte qu'un riche propriétaire, n'aurait pas supporté de voir ses terres défigurées par une tranchée...

Le 5 septembre 1844, une décision ministérielle transforme la tranchée initiale en souterrain, long de 1237 mètres et large de 7,80 mètres. La construction de l'ouvrage est une catastrophe. Des ouvriers meurent à cause des éboulements. Le 5 avril 1846, la voûte se lézarde. Finalement, les travaux se terminent en décembre 1846. Les convois peuvent arriver jusqu'à Vierzon. En 1967, les cheminées sont recouvertes d'une grille. Elles demeurent à fleur de terre. Et dans la forêt domaniale de Vierzon, la bouche du souterrain arrive de nulle part.

Le souterrain résistera-t-il aux évolutions ? Dans les années 1990, la SNCF projette d'ouvrir une tranchée à côté du tunnel de l'Alouette ou, mieux, de l'ouvrir ! Pour l'instant, il faut toujours vingt-et-un jours pour le traverser...

Voûte de Saint-Martin

Cette voûte, est l'empreinte par excellence, d'un quartier tout entier, celui de Villages. Longue de 263 mètres, la voûte remplace les deux passages inférieurs sous les voies du chemin de fer. Pour les besoins d'un premier agrandissement des voies, la compagnie du PO (Paris-Orélans) veut annexer l'un des passages. Pour cela, le PO doit doit négocier avec la ville. Mais les tractations se compliquent. D'autant que les habitants réclament un passage accessible aux voitures. C'est fait mais seulement en 1910 ! Et encore. N'oublions pas que Vierzon est divisée en quatre communes distinctes. La voûte est d'un côté à Villages, de l'autre à Ville. Pendant douze ans, les voitures pouvaient s'engager, côté Villages, sous la voûte mais côté Ville, rue des Ateliers, ce n'était qu'une voie piétonne... Aujourd'hui, pas de souci, les voitures circulent dans les deux sens.

Musée Laumonier

Raymond Laumonier a laissé son héritage ferroviaire à la ville. Une formidable collection de photos, dessins, objets, y compris une fabuleuse maquette. Il ne manque plus, finalement, qu'une vraie locomotive à vapeur. Mais non... Celle que Raymond Laumonier a pu sauver appartient à une association de la Nièvre et elle passe, de temps en temps, en gare de Vierzon. Dans les années 1980, la municipalité avait créé un nouveau quartier et installé, sur un terre-plein, une locomotive à vapeur que le temps et les visiteurs ont rapidement mis à mal. C'est une association de Normandie qui est venue la chercher, un beau jour. Du coup, Vierzon, capitale du chemin de fer, ne possède même pas une vraie loco... Heureusement, Raymond Laumonier a oeuvré toute sa vie pour que Vierzon conserve, sur ses terres, un musée truffée de souvenirs, la plupart sont les siens. Le fondateur du musée a disparu à l'âge de 90 ans. Le musée (labéllisé tout handicap) qui porte son nom est régulièrement mis à jour et reçoit des enfants pour des visites pédagogiques.

XXL

Une grande-petite ville

Blottie autour de son château, sur les hauteurs de la ville, Vierzon a d'abord vécu entre ses remparts avant de serpenter dans ses faubourgs, agglutinés autour des principales voies de communication. Elle s'est étendue au gré des circonstances naturelles et économiques, blotties contre les parois de sa vaste forêt et de ses rivières, d'une part, et d'autre part, contre la joue de son canal et de sa gare ferroviaire.

Les faubourgs cernent Vierzon-Ville, réunis dans Vierzon-Villages. La soif d'indépendance fait éclater Villages en trois communes distinctes et en 1937, lorsque le grand Vierzon recoud toutes ses parties éparpillées, la ville n'a pas un nombre d'habitants proportionnel à sa nouvelle superficie. Aujourd'hui encore, les 27.495 habitants (chiffres : 2008) s'ébattent sur un territoire équivalent à peu près à ... 100.000 habitants.

La preuve : Vierzon et ses 27.000 habitants possèdent une superficie (74 kilomètres carrés) plus grande que celle de Bourges (68 kilomètres carrés) avec ses 69.000 habitants. Vierzon est un camembert découpé en quatre portions. Chacune représente l'équivalent des ex-communes qui, rassemblées en 1937, sont devenues les quartiers naturels de la cité. La ville n'a eu de cesse de vouloir grandir encore et toujours. Ogre urbain doté d'un gros appétit d'habitants, seule recette valable pour prétendre grossir. Le pic d'habitants est atteint en 1975 avec 35.699 habitants. En gros, Vierzon s'enorgueillit d'être une ville de 36.000 habitants. Elle n'a pas cessé d'étoffer ses effectifs : plus de 28.000 en 1954; plus de 31.000 en 1962; plus de 33.000 en 1968 jusqu'à frôler les 36.000 en 1975. Dès lors, les habitants désertent et leur nombre passe sous la barre symbolique des 30.000 en 1999. Un coup de tonnerre démographique.

50.000 habitants

Pourtant, la prospérité économique d'une ville devenue industrielle, permet d'échafauder n'importe quel plan sur la comète. Dès les années 1950, le frémissement de la grandeur agite les narines de la municipalité. En 1958, tout est dit dans un article de presse qui évoque le projet d'aménagement du canal de Berry, déclassé plusieurs années auparavant. La voie d'eau a fait son temps. Elle passe en centre-ville et son inutilité couplée à son insalubrité précipitent sa fin : le canal sera bouché. Et pourquoi le sera-t-il ? “Dans une vingtaine d'années, Vierzon peut être une ville de 50.000 habitants.” La place ainsi gagnée servira à imposer des aménagelents décisifs. Maurice Caron, maire de l'époque, a signé cette déclaration que le futur rendra purement hasardeuse. Toutefois, le chroniqueur de l'époque effleure l'idée d'une éventuelle “utopie” dont il se refuse toutefois, eu égard au respect du au maire... : “Vierzon qui a fait un très gros effort en faveur de la construction voit chaque année, sortir de terre, des constructions nouvelles qui permettent à des personnes habitant l'extérieur mais dont le travail est à Vierzon de se loger convenablement et d'être sur le lieu de leur travail”. Dans la presse, en 1956, un autre article affiche clairement les ambitions : “Vierzon est une grande ville et veut le prouver”. Tout est dit.

Il est temps d'offrir aux nouveaux habitants, en dehors du gîte, la possibilité de mieux circuler, de mieux stationner, de mieux se réunir. Sauf que cette boulimie immobilière ne sert pas seulement à loger les voisins pour les fixer à Vierzon. Les années d'après-guerre sont difficiles. En 1950, deux mille familles sont toujours sans abri. Des baraquements de fortune ont poussé place de l'Abattoir, à Villages, aux Forges, au Chalet de la Forêt, dans le passage Proudhon. En 1963, cinq ans après l'article, douze baraquements qui abritent 48 familles subsistent encore.

Du coup, les terrains libres se hérissent de cités : celle du Désert en 1951 (1000 demandes !) et la même année la cité Louise-Michel, la cité de Puits-Berteau l'année suivante, la cité Henri-Sellier entre 1953 et 1955, la cité d'urgence dite Abbé-Pierre, au Verdun en 1954, la cité du Bourdoiseau en 1955, la cité de relogement en 1957 et celle de Gustave-Flourens en 1958.

Les cités sortent de terre

Sur d'anciennes vignes, au Clos-du-Roy, un projet de construction de logements de masse pointe le bout de son nez. Le logement est une bataille. Et la courbe démographique donne raison aux bâtisseurs. Une première salve de logements garnit la décennie de l'après-guerre. Là où il n'y avait rien, il y a désormais des bâtiments, des rues, des quartiers entiers. En 1964, le bulletin municipal barre deux pages de ce titre inquiétant : “le logement : problème angoissant.” Angoissant parce qu'il faut des crédits.

Six cents demandes restent à satisfaire. La décennie 60 accèlère la cadence : 320 logements à la cité du Colombier, le quartier du Tunnel-Château en accueille 99; la cité Sellier termine son programme. En 1966, le Clos-du-Roy frappe un grand coup : 3.000 logements à venir. La ville s'hérisse de hauts bâtiments. Désormais, l'église Notre-Dame et le Beffroi sont concurrencés par des immeubles de logements sociaux. Le paysage est moderne. On parle de “chantiers de masse”.

La ville s'étire. Et ses réseaux avec, forcément. Il faut amener l'eau, l'assainissement, l'évacuation des eaux pluviales, créer des voiries, des trottoirs. Le béton a bonne presse. L'immobilier remplit les vides. Et rend des familles heureuses avec le confort d'une salle de bains. En novembre 1970, un édito du bulletin municipal annonce la couleur : “Sa courbe géographique (de Vierzon) fait prévoir une augmentation de près d'un millier d'habitants par an dans les prochaines années. Un tel chiffre exigera bien entendu à la fois le maintien de l'activité économique et de nouvelles et importantes possibilités de logements. Dans ce sens, la création de l'importante cité de Chaillot par “l'abri familial” sera certainement très bénéfique.”

Plus de logements sociaux à la pelle, ce coup-ci, mais une accession à la propriété à bon prix. Là encore, la vaste plaine de Chaillot se hérisse de pavillons construits en un temps record (jusqu'à trois par jour pour contenir les coûts de fabrication). Vierzon croit dur comme fer à cet “accroissement démographique” qui exige non seulement des logements, mais des structures scolaires, culturelles, sportives corrrespondantes. Cinq ans plus tard, le recensement offre des certitudes à la municipalité que sa politique est la bonne : 35.699 habitants. Le crédo : se développer.

27.000 habitants

En 1975, justement, le plan d'occupation des sols pour aménager Vierzon, trace les grandes lignes de l'avenir. Et déjà, elle pointe un souci : “Vierzon, ville de 37.000 habitants assume des charges de voiries et de réseaux égales à celles d'une ville de 100.000 habitants ou plus.” Le chapitre 2 est intéressant : “développer Vierzons sans l'étendre”. Il faut “constituer un vrai centre-ville”, et “développer les zones d'emploi.” A la fin de 1976, Chaillot compte trois mille habitants dans 613 maisons. C'est le summum. Le nouveau quartier marque la décennie 70. Celle d'après n'est pas avare non plus de constructions. Face à Chaillot, un autre nouveau quartier, les Crêles, 140 habitations inauguées en 1982. Suivent la résidence du Moulin de Grossous, la résidence Paul Eluard, de la Poste.

La démolition de l'usine Larchevêque laisse la place à l'ilôt du même nom (106 logements). Seulement, le recensement de 1982 met un frein aux ambitions. La ville commence à perdre des habitants. Les raisons sont, entre autres, économiques. Le vieux quartier n'échappe pas la modernisation: création de rues piétonnes, logements rénovés à grande échelle. La décennie 80 prépare un grand changement en centre-ville : la création d'un “vrai” centre que Vierzon réclame depuis 1937, à travers la création du Forum République. Un ensemble de commerces construit sur le canal busé. La greffe prend mal. Ce centre est artificiel. Dans l'enfilade, une nouvelle Poste, des logements. Sur le sillon du canal, l'urbanisation rejoint l'écluse de Grossous.

En 1990, patatra, nouvelle baisse de la population : 32.000 habitants. Les cités (Sellier, Colombier, Clos-du-Roy) sont devenues les quartiers dits “sensibles”, trop hauts, trop de vacances. Ils sont l'objet d'un plan drastique de démolition. Parmi les élus figure un ex-patron d'une entreprise de bâtiment : il a construit les logements qu'il fait alors démolir... Le départ des habitants se lit à présent dans l'urbanisme. Symbole fort : une école, Paul Langevin, est complètement désaffectée et transformée en centre associatif. En 1999, le choc est rude : moins de 30.000 habitants et la courbe continue de mordre la poussière, 28.000 en 2006, 27.723 en 2007, 27.495 en 2008. Des pavillons remplacent les immeubles de Sellier et du Clos du Roy. Vierzon court après ses habitants. D'abord endiguer la perte. Et repartir à la hausse. Peut-être...

Y'a d'la joie !

Sous-titre : Charles Trénet et Vierzon : un lien improbable.

Charles Trénet a failli habiter à Vierzon ! Failli, on apprécie la nuance car finalement, au regard de l'anecdote, il y a des situations qui ne tiennent à rien. Christian Lebon est un enfant du pays. Ses parents habitent dans le quartier des Forges, une maison à la sortie de la ville, au lieu-dit le Tertre.

Christian grandit dans son périmètre géographique et part vers la vie. Sauf que le jeune homme est aspiré très tôt par la chanson. Il connaît déjà par coeur, à l'âge de six ans, Y' a d'la joie, sous le regard émerveillé de sa maman.

Gentil organisateur au club Med d'Agadir, Christian Lebon monte un show avec les chansons de Trénet, le feutre sur la tête, l'index fendant l'air. Le mimétisme est troublant. D'autres GM le photographient et l'enregistrent. Ils envoient le colis à sa mère, à Vierzon. Elle se charge de réexpédier le tout aux éditions Raoul Breton, direction, le bureau de Charles Trénet. Christian Lebon n'en sait rien...

Un matin, rue de Tocqueville, à Paris, il reçoit un coup de téléphone. Le fou chantant est à l'autre bout mais Christian Lebon ne croit pas à la farce... Qui n'en est pas une. Il raccroche. Charles Trénet rappelle, même septicisme. Il note quand même son numéro de téléphone. Dans la foulée, sa mère l'appelle aussi et lui raconte l'histoire. Christian Lebon n'en croit pas son chapeau. L'homme au bout du fil, c'était bien lui, son idole.

Il rappelle Trénet en s'excusant platement. Le chanteur lui dit simplement « Demain à 11 heures précises ». L'histoire commence. Et voilà comment le lien se créé entre Charles Trénet, Christian Lebon et indirectement Vierzon. C'est ce que le Vierzonais raconte, dans le détail, dans un livre « Charles Trénet, Appelez-moi à 11 heures précises.” L'amitié entre le jeune Vierzonnais et le chanteur est indéfectible. “Je devins un familier de sa maison et participais à maints événements de sa vie, riche, fertile en anecdotes peu banales. J'entrais de plain-pied dans un univers nouveau, multiple, peu ordinaire, pour ne pas dire “extra-ordinaire”. Ils font route professionnelle ensemble. En juin 1989, ce dernier accepte l'invitation et voilà les deux hommes en route pour Vierzon. Charles Trénet connaît un peu Vierzon, pour y être passé, à plusieurs reprises. Il se dit alors que, pourquoi pas y habiter. La ville n'est pas très loin de Paris. Raoul Breton, apprend-on dans le livre de Christian Lebon, avait une maison à Vierzon et, Charles Aznavour avait raconté aux deux hommes qu'il avait rencontré sa femme sur la passerelle de la gare de Vierzon. Alors pourquoi pas Trénet, Vierzonnais !

Le chanteur arrive aux Forges, dans la maison familiale du Tertre. L'invité d'honneur est reçu à bras ouverts. Après le repas, un agent immobilier toque à la porte. Charles Trénet en avait profité pour lier l'utile à l'agréable et surtout, confirmer sa volonté d'habiter Vierzon... L'agent immobilier avait programmé deux visites : la première maison était beaucoup trop près de la route; la seconde, une belle propriété, jouxtait un terrain vague qui servait de stade... Là dessus, Charles Trénet prit ses clics et ses clacs. Et bien sûr, jamais il n'habita Vierzon.... L'amitié entre Christian Lebon et Charles Trénet continua à grandir. Jusqu'à la mort de l'artiste. Dans son sillage, Christian Lebon avait créé l'association Charles-Trénet afin de promouvoir la chanson française et aider les artistes à se faire connaître, transformée en fondation. Le Vierzonnais continue de prolonger la mémoire de son idole à travers un récital d'une vingtaine de chansons “à notre façon”. Spectacle joué dans les casinos, les théâtres et dans le monde entier.

Zincs

Bistrots, cafés, et autres troquets

Vierzon, ville de troquets, de comptoirs, de zincs. Terre propice aux cabarets, abreuvoirs et bouges, bouchons, rades et estaminets. Le bistrot a toujours tenu, à Vierzon, une place singulière, baromètre social, inlassable lieu de rencontre et de distraction, d'habitudes souvent jugées mauvaises et de perdition, sans doute exagérée, que les hygiénistes ont étranglé.

La loi actuelle et absurde, empêche toute nouvelle création de licence IV, nécessaire à l'exploitation d'un café. Cette loi est à l'origine, en plus des changements sociétaux, de la disparition des cafés de quartier et des bistrots de campagne.

A Vierzon, peut-être plus qu'ailleurs, le XIXe siècle a multiplié les débits de boissons, sous la forme de cabarets, de cafés. Les épiceries servaient de l'eau de vie au comptoir, les hôtels et les restaurants abritaient aussi un coin café. Celui de l'Hôtel du Boeuf, rue Neuve (actuellement avenue de la République) ajoutait un billard, en 1874. Dans les années 1920, l'hôtel abrita un invité prestigieux : Antoine de Saint-Exupéry se servit même de papier à en-tête de l'hôtel pour y écrire ses impressions et y dessiner quelques croquis de Vierzonnais.

Ville ouvrière, Vierzon a durablement inscrit le zinc dans sa tradition républicaine autant que Liberté, égalité, fraternité alors ajoutons-y Café ! En 1861, Vierzon-Ville (1) dénombrait un débit de boissons pour 83 habitants; en 1873 un débit de boissons pour... 44 habitants. Les cabarets, plus spartiates que les cafés, servaient surtout du vin blanc ou du vin rouge sur les tables. Les porcelainiers plus que les verriers avaient pour habitude de consommer du vin blanc.

Fluxion de poitrine

Le dimanche d'un Vierzonnais se résumait ainsi, dans la Gazette vierzonnaise datée du 18 décembre 1884 : « les uns vont s'enfermer dans les cafés, d'autres vont bastringuer dans les quatre ou cinq bals semés de par la ville, au risque d'attraper une fluxion de poitrine; enfin, les plus posés et ceux qui détestent la fumée du tabac et qui ne sont pas possédés de l'envie de devenir sourds, préférent arpenter la rue neuve (l'artère principale de la ville), la monter, la descendre, une vingtaine de fois. Ce n'est pas que cet exercice soit des plus créatifs mais ils est assurément plus hygiénique et moins dangereux. »

Edouard Burdel, un médecin de l'hospice de Vierzon, vice-président de la Société médicale du Cher a suivi les Vierzonnais, pendant de longues années, dans leurs périgrinations cabaretières et bistrotières. Il en a fait un ouvrage « de l'ivrognerie, de ses effets désastreux sur l'homme, la famille et la société et les moyens d'en modérer les ravages ». Le tableau qu'il dresse est sombre : « combien de familles d'ouvriers sont plongées dans le dénûment le plus complet, combien d'enfants se livrent au vagabondage, au vol même, parce que le chef engloutit au cabaret, le dimanche et le lundi, le produit du travail de la semaine ! »

Les lois hygiénistes, poussées par de puissantes ligues anti-alcool qui conseillaient de manger les fruits au lieu de les distiller, ont mis un coup d'arrêt à la prolifération des cafés et des cabarets. Aujourd'hui, encore, impossible de créer un café sans l'obtention d'une licence IV qui elle-même ne se crée plus mais se rachète. La disparition progressive des usines, à Vierzon, a précipité aussi la chute des cafés. Le désert bistrotier avance inéxorablement.

Des cafés corporatistes

Pourtant, la tradition est restée forte et des clivages se sont créés, avec d'un côté, des cafés ouvriers comme celui du café de l'Univers, à la Croix-Blanche (le bâtiment était devenu un bar de nuit réputé...); de l'autre, des plus huppés, comme le café des Négociants (désormais un magasin de vêtements), place Foch, disparu dans les années 1960.

Vierzon a toujours cajolé ses débits de boissons. Certains sont devenus aussi corporatistes, au gré de l'économie du quartier : Vierzon-Villages, marqué par le chemin de fer, a aligné ses noms de cafés ferroviaires : le café du Dépôt a cotoyé le café de l'Avenir qui voisinait avec le café du Signal d'arrêt, rue des Ateliers, lui-même proche du café des Gueules noires, de la Cabane en bois, du café des Marches, du Rendez-vous des cheminots. Les mariniers du canal de Berry se retrouvaient au café de la Marine, rue des Ponts, devenu plus tard la Tassée puis l'Eden, la bar a fermé dans les années 1990.

Les pêcheurs de la Loeuf avaient démocratiquement choisi le nom de leur café : le Goujon qui tête. Dans le quartier du Bois d'Yèvre, c'était le Rendez-vous des pêcheurs. Des noms, typiques, ont marqué l'histoire vierzonnaise : le café des Echelles dans le quartier des Forges évoquait le quartier des échelles. Elles permettaient à chaque maison, alignée comme à confesse, de se rendre au grenier. Rue Marcel-Sembat, le café de l'échelle rappelait que c'est par elle que les cheminots qui travaillaient sur les voies descendaient au café. Le Pouriau était un repère de jardiniers dans le quartier de l'Abricot, on y servait des fillettes de rouge et l'on y vendait des graines au comptoir tandis que le café des Métallos ouvraient ses bras aux salariés de l'usine Case, héritière de la Société Française de Vierzon qui fabriqua, jusqu'au milieu des années 1960, des tracteurs.

De moins en moins de bistrots

Le café des Arts, place de la Croix-Blanche, a laissé sa place en 1973 à une résidence. Le café des Abattoirs a survécu jusqu'au XXIème siècle après la démolition des abattoirs dans les années 1990. L'Olympic, tenu par un sportif local émérite, footballeur et rugbyman dans une même saison, est devenu un restaurant chinois et le café du Commerce, un magasin de jouets. Le petit Robinson est depuis plusieurs décennies une maison d'habitation, même sort pour le café de l'Ane qui renifle, bistrot frontalier entre Vierzon et Méreau, agrafé sur un lieu-dit célèbre “Moscou”.

Le tissu bistrotrier a rétréci au lavage des années et au changement des habitudes. Souvent, les cafés avaient élu domicile dans la maison même des proprétaires, qui pour ne pas se séparer de leur maison, ont préféré fermer le café plutôt que de le vendre.

En 1955, Vierzon comptait encore 158 bistrots, ils n'étaient plus que 129 en 1982 et moins de 70 en 2010... Le déclin n'est aujourd'hui pas terminé. La télévision a remplacé la belote. La cigarette est interdite au comptoir. Du coup, les terrasses n'ont plus de saison. Mais à Vierzon, l'histoire reste écrite au rythme des bistrots. Certains murs bavardent encore des traces de café disparu, dans une sorte d'archéologie du zinc. Ceux qui ouvrent encore, dans les premières heures du matin; comme L'Orient-Express, unique oasis des voyageurs depuis la fermeture du Buffet de la Gare ou le café de la Renaissance s'accrochent à une tradition malgré tout bavarde. Les nouvelles fraîches ne se partagent qu'autour d'un café chaud.

  1. Vierzon était jadis coupée en deux communes : Vierzon-Ville qui était le centre et Vierzon-Villages, les faubourgs. Plus tard, Vierzon-Villages s'est découpée en deux autres communes autonomes, Vierzon-Forges et Vierzon-Bourgneuf. Les quatre communes ont fusionné en 1937 pour donner naissance au grand Vierzon.

Quelques noms de bistrots célèbres, disparus: café de la Convention; Au rendez-vous des promeneurs; le Goujon qui tête; l'Ane qui renifle; café des Négociants; café de l'Univers; café du Tunnel; café des Sportifs; au Beau rivage; la Rotonde; café de l'Ile Marie; le café de la Noue; le Rally; au Bouillon-Duval; Cheu pâte à l'oeuf; bar de Grossous; hôtel du Boeuf; la Gourde; au Marronnier; bar du Rocher; le café du Centre; le café du Progrès; l'Olympic; etc...

De A à Z – format A – 128 pages – 21 euros

Titre : Vierzon de A à Z

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Coordonnées de l’auteur à joindre

Monsieur Rémy Beurion

55, avenue Edouard-Vaillant

18100 Vierzon

06 10 31 14 07

remy.beurion@gmail.com

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p. 2

Avertissement au lecteur

Ce livre est un petit dictionnaire raisonné. Ses entrées de A à Z ont été soigneusement choisies par l’auteur en fonction de l’intérêt qu’elles pouvaient représenter aux yeux des habitants : anecdotes, détails méconnus ou surprenants, grands sujets tant de fois commentés et jamais épuisés.

Collection dirigée par Hervé Chirault.

p. 3

Sommaire

Art déco

Sous-titre : De Denbac au square Lucien-Beaufère

Beffroi

Sous-titre : La vigie du vieux quartier

Communisme

Sous-titre : Vierzon-la-rouge

Démarcation

Sous-titre : La ligne qui coupa Vierzon en deux

Eco-Système

Sous-titre : La forêt dominante

Fusion

Sous-titre : La naissance du grand Vierzon

Gens célèbres

Sous-titre : De Maurice Mac-Nab à Félix Pyat

H comme H2O

Sous-titre : Vierzon la fluviale

Il était une fois un musée...

Sous-titre : une attente forte depuis 40 ans

Jumelages

Sous-titre : Allemagne, Turquie, Chine …

Kaléidoscope

Sous-titre : Le Vierzon festif

Lycée technique Henri-Brisson

Sous-titre : ex-Ecole nationale professionnelle

Marchés

Sous-titre : Une tradition en évolution

National Palace

Sous-titre : Le cirque vierzonnais

Ovalie

Sous-titre : La passion du rugby depuis 1905

Pulsar 80

Sous-titre : La musique a vraiment explosé à Vierzon

Qualités

Sous-titre : Un cadre exceptionnel méconnu

Routes et autoroutes

Sous-titre : Un carrefour national

Sous-préfecture

Sous-titre : Une promotion tardive.

Tracteur

Sous-titre : Le “Vierzon” est une vedette agricole

Usines

Sous-titre : D’une industrialisation massive à une industrie de pointe.

Vesoul

Sous-titre : T'as voulu voir Vierzon

Wagons

Sous-titre : le train, « emblème » de la ville.

XXL

Sous-titre : Une grande-petite ville

Y'a d'la joie !

Sous-titre : Charles Trénet et Vierzon : un lien improbable.

Zincs

Sous-titre : Bistrots, cafés, et autres troquets

Art déco

Sous-titre : De Denbac au square Lucien-Beaufère

La période Art déco a profondément marqué Vierzon grâce à trois hommes : Eugène-Henry Karcher, rien à voir avec le nettoyeur haute-pression. René-Louis Balichon et René Denert. Et entre l'Yèvre et le canal de Berry, Karcher, architecte-statuaire plante un jardin art-déco. Le square Lucien-Beaufrère est classé Monument historique depuis 1996.

Les initiés l'appellent plutôt le square Lucien-Beaufère, square pour square (jardin fermé) et Lucien-Beaufère pour rendre hommage au maire de Vierzon qui administra la ville de 1929 à 1935. C'est lui qui suit les travaux initiés par son prédécesseur, Emile Péraudin, sur les terres de l'ancienne abbaye bénédictine de Saint Pierre.

Avec ce jardin, l'art-déco s'offre une vitrine à Vierzon. En plus de l'ex-garage Citroën qui abrite aujourd'hui le théâtre Mac-Nab, avenue de la République; l'ancienne Poste, près de la mairie, habillée en magasin de prêt-à-porter féminin; les anciens bureaux du journal local Le Berry républicain (frise de lys très prisée à l'intérieur); et un commerce rue Théodore Roosevelt; des maisons éparpillées dans les rues Vierzonnaises érigent encore haut les couleurs de ce qui fut un style à part entière, entre 1918 et 1940.

Au patrimoine bâti, paré du style Art-déco, s'ajoutent les céramiques du monument au morts, du bassin et de l'auditorium du square Lucien Beaufrère, signés Denbac, cette même marque qui aujourd'hui fait fureur auprès des collectionneurs...

Art dé... quoi?

Le style Art déco tire son nom de l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris. « Art de vivre, modernité, c'est cela que cherchent les amateurs de ces lignes géométriques de l'Art déco » précise Isabelle Papieau, sociologue de l'Art, venue présenter, à Vierzon, une conférence à l'occasion du centenaire de la naissance de la manufacture Denbac, 1909/2009. Le jardin du square Lucien-Beaufrère de Vierzon, possède des colonnes, des courbes, mais aussi des matériaux issus de l'ère industrielle : ciment armé, ferronerie, électricité...

L'Art déco dans l'entre-deux guerres est une véritable mode, développée après l'Art nouveau (formes ondulantes et détaillées). Il faut des formes abstraites, stylisées, une ornementation riche, et beaucoup d'effets de couleurs et de mise en lumière, partout et sur tout : le marbre, la mosaïque, le verre gravé, le vitrail... Et le grès.

La céramique, un champ d'application

Les usines vierzonnaises de l'époque ne manquent pas de s'inspirer notamment de l'esprit Art Déco. Les pièces sont aimées pour leur matière, leur brillance, la sensualité de leurs lignes. Parmi toutes les créations, les grès Denbac, influencés par les grands courants artistiques de l'époque. La manufacture bénéficie de l'essor industriel de Vierzon. Il y a tout pour se développer : des carrières d'argile pour fabriquer des gazettes (récipients pour cuisson), la forêt pour le bois des fours, ainsi que le canal de Berry et les voies ferrées pour le transport du charbon. Les ouvriers et ouvrières de Vierzon sont déjà formés aux arts de la céramique, terre de prédilection pour la porcelaine. Sans eux, Denbac ne serait pas devenue l'une des premières sociétés françaises productrices de grès artistiques de l'époque.

Denbac, « Den » pour Denert, « Bac » pour Balichon.

C'est l'histoire d'une rencontre entre deux hommes. La contraction vaut son pesant d'or : Denbac, fusion de Denert et Balichon. Le premier est un artiste et un technicien, le second un gestionnaire et un commercial. René Denert est un autodidacte champenois. Il a déjà travaillé chez l'Hospied et Cie de Golfe-Juan, le pays des poteries culinaires, ainsi que chez Albert Bouvier, entreprise vierzonnaise de faïence et autres poteries artistiques.

La transposition des techniques de faïence sur une pâte de grès n'a donc pas de secret pour lui. Il se fait aider de sa femme pour fabriquer ses premiers majoliques (faïence italienne) et émaux nacrés avec un four artisanal. Il crée en 1909 Les grès artistiques du Berry à Vierzon, rue Camille-Desmoulins. On parle déjà de manufacture de grès flammés, les célèbres céramiques léchées de tâches allongées.

Le passé de René-Louis Balichon et sa rencontre avec l'artiste sont plus mystérieux. Toujours est-il que les deux hommes s'associent en 1910. Le talent du premier mêlé à l'attachement du second à la qualité de production est sans doute l'essence du succès des Denbac. L'adjonction des syllabes des noms des deux hommes apparaît sur les oeuvres vers 1914. Mais pour bon nombre d'amateurs, Denert incarne presque à lui seul la notoriété des 670 pièces référencées. Il dessine et décide des combinaisons d'émaux. En 1921, date à laquelle naît officiellement la société Denert et Balichon, ils existe trois fours.

René Denert meurt en 1937 à 65 ans. Le co-gérant continue sans lui mais l'apogée de l'entreprise est déjà terminée. Les effectifs fluctuent entre cinquante, trente et vingt employés. L'entreprise ne s'est pas adaptée à l'évolution des marchés. René-Louis Balichon meurt à son tour en 1949 à 64 ans. Les héritiers tentent de sauver la manufacture, mais l'entreprise Denbac meurt en 1952.

De l'objet à l'oeuvre

L'entreprise meurt, oui, mais pas la marque. L'association des Amis de Denbac en sait quelque chose. La pièce Denbac est devenue célèbre de par l'introduction de l'art dans la maison du Vierzonnais, sous formes d'objets utilitaires (pichets, vases, beurriers). Déjà, à l'époque, le choix des émaux de grand feu, leur résistance, la rareté des coloris, les effets de matières, et le résultat improbable des coulures données par les flammes et les aléas de la cuisson rendent l'objet unique. La forme ou l'utilité peut-être la même, néanmoins chez Denbac, il ne peut pas y avoir de copie. Dix degrés de cuisson suffisent à changer la couleur de l'émaillage...

D'où la notion de signature Denbac. L'objet est non pas « fait à la main, mais fait par quelqu'un » peut-on lire dans l'ouvrage Denbac, hommage à Denert et Balichon. D'ailleurs chez Denbac, on distingue les objets utilitaires des objets décoratifs. Parmis les objets très recherchés chez les collectionneurs aujourd'hui, les flacons de liqueurs Cointreau, Girardot, Monin etc., uniquement destinés à dorer l'image de l'entreprise. Les pièces dites de forme, des animaux ou personnages souvent réalisés par des sculpteurs anonymes, à fort potentiel énigmatiques, relèvent là encore du pur esthétisme. Les plus célèbres sont les bergers.

Ce qu'il en reste

Après la fermeture de l'usine, les moules en plâtre ont été brisés ou dispersés, et les fours détruits. Les pièces se chinent aujourd'hui à prix d'or dans les hôtels des ventes, sur internet et de plus en plus rarement sur les brocantes. La bible des collectionneurs, c'est le catalogue officiel des pièces Denbac, malheureusement non exhaustif. La collection complète serait estimée à plus de 800 pièces... La municipalité de Vierzon a sa propre collection, non visible de manière permanente. Une exposition a été réalisée pour le centenaire de la naissance de Denbac. Plus de deux cents pièces de collectionneurs ou de la ville étaient sous vitrine.

Les signatures qui permettent de reconnaître les Denbac donnent du fil à retordre aux experts. Car Denert a d'abord signé seul. Ensuite est apparu le numéro de série. Puis Denbac a laissé son empreinte, avant de retrouver « Denbac » sur les pièces suivantes. Sans parler des clients qui ont voulu marqué leur propre marque, comme Innoxa ou Girardot.

Il y a peu de revendeurs professionnels parmis les amoureux des Denbac. Les collectionneurs les plus acharnés seraient des particuliers Vierzonnais, très attachés à leur passé, ce qui ne facilite pas la circulation de ces pièces aujourd'hui internationalement connues. Mais n'est-ce pas mieux ainsi que de savoir que les trésors Vierzonnais dorment dans des maisons berrichonnes ? Le temps d'avoir ce que beaucoup d'entre eux réclament, un musée où les abriter.

Les autres jardins

Le square Emile Péraudin a été construit en 1905, sur l'emplacement du cimetière des Capucins. Au centre, trône la statue du “Paysan” de Dalou, don de l'Etat.

Le square des Remparts est très récent. Il met en valeur, rue Armand-Brunet, les vestiges des remparts qui entouraient la ville au Moyen-Age. Chaque soir, la grille est fermée.

Les jardins de la Française ont été construits sur l'emplacement des anciennes usines de la Société-Française en hommage à son créateur, Célestin Gérard. Le buste du personnage se trouve au centre d'une fontaine.

Beffroi

Sous-titre : La vigie du vieux quartier

Il veille. Sur le vieux quartier. De son allure mi-romane, mi-gothique. Il veille. Le clocheton en éveil. Les pieds emmurés dans le sol vierzonnais depuis le XIIème siècle. C'est la signature contemporaine de Philippe-Auguste. Carrée, massive, la silhouette du Beffroi est à la vieille ville ce que l'eau est au canal : indispensable. La tour du Beffroi signale, en fait, la porte d'entrée de l'ancien château.

Au profit de sa popularité, le Beffroi a perdu ses autres noms : tour du veilleur, porte de l'horloge, porte de la prison. Et surtout, la tour bannier, un vieux droit de ban seigneurial qui consiste à proclamer sous forme d'affichage, les décisions du seigneur concernant la communauté urbaine. Depuis le haut Moyen-Age, la tour du veilleur imprime sa marque dans le quartier de la Butte, celle de Sion, là où crâne encore le souvenir du château de Vierzon. Droit come un i, sur les hauteurs de la ville, pour y voir de loin, l'ennemi arriver. Sur la butte, il y a désormais un banc et une vue imprenable sur la modernité quand le feuillage des arbres le permet.

L'entrée de la ville

Jeune homme, le Beffroi n'a pas le haut du corps aussi élancé. Le clocheton actuel remplace une tour de défense carrée. Il arrive d'un autre Beffroi voisin, situé rue Porte-aux-Boeufs. Il signale, lui, l'entrée de la ville mais en 1819, l'édifice mal en point, est démoli. Son clocheton, en revanche, échappe au désastre et va coiffer la tour bannier. On imagine facilement un système pour lever et baisser une grille afin d'interdire l'accès à l'intérieur du château. La féodalité vierzonnaise se consumme alors dans les feux nourris des Anglais, entre Richard Coeur de Lion et le Prince noir qui possèdent la ville, avant les Normands, seigneurs de Vierzon.

Le Beffroi, trace entière du château, voisine avec une ancienne tour carrée dont il ne reste que le rez-de-chaussée. Encore visibles, la tour du guet, des vestiges de rempart, une partie du chemin de ronde, les meurtrières de l'ancien poste de garde. Mais tout cela est trop éloigné de la mémoire collective vierzonnaise. Alors, le Beffroi retient d'autres attentions. De porte d'entrée aux vertus chatelaines, le Beffroi devient une porte de prison, à partir de la Révolution. Moins vertueuse. Il s'y fait.

Des travaux dans le cachot de la ville datent de 1794. Trente ans plus tard, le moyen d'accès, c'est l'escalier conduisant à l'horloge, installée en 1819. La tour est un cachot. On y jette des détenus de passage, de moins d'une semaine derrière les barreaux. Ce sont des voyageurs sans passeport. Et le passeport est obligatoire pour aller d'une région à une autre.

Une prison

Avec le développement industriel de la ville et surtout, les travaux du chemin de fer, les bâtisseurs de la voie ferrée se retrouvent embastillés, entre 1840 et 1850, pour des bagarres, des vols. Le géôlier offre la paille et le pain, l'eau est gratuite mais loin d'être potable ! La prison du Beffroi sert jusqu'en 1930 et reprend du service, plus tard, jusqu'en 1943.

Les derniers prisonniers laissent des traces de leur passage, des graffitis sur les murs témoignent de leur présence et de leur franc-parler ! On ne s'étendra pas sur la nature du vocabulaire... Le Beffroi se refait deux beautés, au XXème siècle, en 1922 et en 1985. La rue du Château, la bien-nommée, passe sous son porche, contigu au musée des fours banaux (le four où était cuit le pain). Ce musée raconte le passé féodal de la ville (avec notamment une maquette des remparts. L'ancienne horloge du Beffroi ronronne doucement, elle date de 1436, entièrement restaurée en 2001. L'horloge actuelle fait résonner le temps qui passe, dans la vieille ville, et les cloches de l'église voisine, Notre-Dame, lui répond, en léger différé.

Eglise Notre-Dame et Sainte-Perpétue

La sainte patronne de Vierzon s'appelle Perpétue. Née à Tébourba, dans l'actuelle Tunisie, elle était une jeune maman convertie au christianisme. Avec sa servante, Félicité, elle demande le baptême à l’Evêque de Carthage. Mais l’empereur Septine Sévère interdit le christianisme. Jetées en prisons, les deux jeunes femmes sont livrées aux bêtes dans une incroyable cruauté. Perpétue est déjà maman, elle allaite son enfant en prison tandis que Félicité met son bébé au monde trois jours avant d'être, avec Perpétue, enveloppées dans un filet, livrées à une vache furieuse avant d'être égorgées, dans les arènes de Carthages.

Perpétue est inhumée à Carthages et ses reliques sont transférées à Rome. Le Pape les offre, au neuvième sièvcle, à l'Archevêque de Bourges, Saint-Raoul de Turenne. Lui-même les remet à l'abbaye de Dèvres, à Saint-Georges sur la Prée, près de Vierzon. Les invasions normandes n'épargnent pas l'abbaye. Le monastère, situé au pied du château de Vierzon, recueille alors les moines errants. Plus tard, la communauté devient l'abbaye Saint-Pierre (actuellement, l'hôtel de ville). Les reliques de Sainte-Perpétue sont exposées dans l'abbatiale et sont très vite vénérées par les habitants de la ville. Après la destruction de l'abbatiale, les reliques de Sainte-Perpétue trouvent naturellement refuge à l'église Notre-Dame. Une procession, autour de l'église se déroule au mois de mars, avec le reliquaire en tête. L'église Notre-Dame date du XIIè et XVè siècle. Son clocher-porche (XIIè) abrite cinq cloches dont la plus ancienne, Désirée, ets fondue en 1513 par le fondeur Martin Bourdon. Les quatre autres cloches s'appellent Félicie (1899), Martin (1925), Lucie (1899) et Marie-Antoinette (1899). Une chapelle est dédiée à Sainte-Perpétue.

Dans le vieux quartier

La vieille ville garde en elle le caractère de ses origines : rue de l'Etape, rue de la Monnaie, rue du Gros Caillou, rue des Changes, rue Porte aux Boeufs, rue Gallerand, passage du Corneau, ruelle du Chevrier, rue Galilée, rue du Château, place des Bans... La liste plante le décor d'une histoire à fleur de pierre et de pans de bois.

La mairie est installée dans les bâtiments conventuels de l'abbaye bénédictine Saint-Pierre; un parking remplace le cloître et une aile (ouest) abrite les anciens locaux de la Caisse d'Epargne, devenu plus tard le Trésor public. Les locaux viennt d'être rachetés par la ville.

Un peu plus bas, dans le jardin romantique jouxtant le square Lucien-Beaufrère, on trouve les traces d'une écluse datant du XVIème siècle, dite écluse Léonard de Vinci car construite selon ses plans.

De l'autre côté de la route nationale 76, la vieille ville s'étend par la rue Galilée, entre pavés et marches menant à l'église Notre-Dame, rue Armand Brunet. On trouve dans l'ancienne cité, en dehors des vestiges du château, des maisons du XVè, XVIè, XVIIè, XVIIIè et XIXè siècle, des hôtels particuliers.

Dans les années 1980, le vieux quartier a bénéficié d'une opération en profondeur de réhabilitation. Des appartements ont été aménagés dans un ancien grenier à sel, rue des Changes. Place Gallerand, dans le grenier d'une maison, on peut y voir encore des os de mouton scellés dans le pignon...

Dans les années 1960, le quartier dit du Château, de l'autre côté du Beffroi n'a pas résisté aux appétits des amateurs de logements sociaux qui firent démolir, pour faire de la place, des maisons anciennes, voire l'ensemble d'un quartier historique.

Dans les années 1990, une fenêtre gothique est mise à jour. Restaurée, elle est visible dans la cour des fours banaux. La vieille ville prend tout son sens si elle est guidée car une foultitude de détails permet de raconter la riche histoire médiévale de Vierzon.

Plus largement...

Des édifices sont classés monuments historiques. Citons, par exemple, l'église Notre-Dame et le Beffroi (depuis 1926); une maison à pans de bois du Xvème siècle dite maison Jeanne d'Arc classée en 1944.

D'autres maisons ont été classées dans les années 1970, rue Maréchal-Joffre, rue de la Monnaie, place Vaillant-Couturier, y compris un puits gothique au château de la Noue ainsi que les façades et la toiture du Manoir de la Gaillardière.

La ville compte trois châteaux. Celui de la Noue, (XIIIème siècle) un ancien fief. Il est passé au fil des siècles entre de nombreuses mains jusqu'à sa destination finale, l'hôpital dit de la Noue.

Autre château, celui de Chaillot (Moyen-Age), propriété de la famille Giscard d'Estaing (le frère de l'ancien président de la République).

Troisième château, celui de Fay. Propriété en 1844 d'Edouard Mac-Nab, le père de Maurice Mac-Nab, célèbre chansonnier du cabaret du Chat-Noir à Montmartre. Et plus tard, propriété de Céletsin gérard, le fondateur du machinisme agricole à Vierzon. On dit d'ailleurs du château de Fay qu'il est plus beau de loin que de près...

Enfin, la ferme de Dournon, a eu très chaud. Vouée à la démolition, à la toute fin des années 1990, elle est sauvée in extrémis grâce à une vaste campagne de presse qui s'est élevée contre la disparition de cette ancienne ferme fortifiée. Rachetée par un antiquaire, la bâtisse et ses dépendances a retrouvé une nouvelle vie.

Communisme

Sous-titre : Vierzon-la-rouge

Le parti communiste est indissociable de l'histoire politique vierzonnaise. Aux élections municipales de 2008, et après dix-huit ans d'absence aux manettes, le PCF reprend, en France, deux villes emblématiques : Vierzon qui retrouve plus que jamais son surnom de “Vierzon-la-rouge” et Dieppe, en Seine-Maritime.

Le premier maire du grand Vierzon

Le premier maire communiste de Vierzon se nomme Georges Rousseau. C'est un artisan chaudronnier, d'abord élu le 19 mai 1929 à Vierzon-Villages. C'est une commune comme l'étaient Vierzon-Forges, Vierzon-Bourgneuf et Vierzon-Ville, quatre composantes indépendantes les unes des autres. Georges Rousseau administre son pré carré jusqu'au 8 avril 1937, date des noces administratives des quatre Vierzon en une seule et vaste ville, celle d'aujourd'hui.

Cette fusion figure d'ailleurs dans son programme de campagne. Le Parti communiste dirige, à la veille du rapprochement historique, trois des quatre communes : Villages, Bourgneuf (le maire s'appelle André Collier, une salle municipale porte toujours son nom) et Forges (le maire se nomme alors Ernest Gazeau). A la fusion, la liste populaire du Grand Vierzon l'emporte, le 2 mai 1937, et place Georges Rousseau dans le fauteuil de maire.

Le grand Vierzon vient de naître, il est rouge. Pas pour longtemps. Le Gouvernement Daladier suspend tous les maires communistes, à la signature du pacte germano-soviétique, en 1939. Une délégation spéciale administre alors la ville. Emile Bouleau la préside.Il organise aussi, à partir de l'arrêté du 8 avril 1937, la fusion jusqu'aux élections municipales de mai. Le 15 octobre 1939, l'ancien ingénieur municipal, une personnalité locale, prend les destinées vierzonnaises en main. Le 1er mars 1941, le gouvernement de Vichy nomme les maires. Louis Boré, membre de la délégation spéciale doit assumer cette charge.

Léo Mérigot

Léo Mérigot est un Vierzonnais emblématique. Communiste, chirurgien, il prend la tête du Comité de Libération de Vierzon. Et le 15 novembre 1944, le Préfet du Cher rétablit le conseil municipal issu des élections de mai 1937. A cette différence près : il doit désigner de nouveaux conseillers pour remplacer ceux qui ont disparu ou qui sont restés en captivité. C'est le cas de Georges Rousseau, le maire, toujours déporté.

Léo Mérigot, adjoint, fait fonction de maire en attendant le retour de Georges Rousseau. Le 29 avril 1945, les élections municipales adoubent Georges Rousseau ! Il n'est toujours pas rentré de captivité. Ce n'est qu'à l'été 1945 qu'il retrouve son siège de maire jusqu'au 26 octobre 1947.

Lors de ces élections, le Parti communiste perd la ville : le Socialiste Maurice Caron, (SFIO), directeur commercial de la porcelainerie Jacquin, ravit la municipalité au PCF. La rupture entre communistes et socialistes se consumme dans les braises de la guerre froide. Pour se faire élire, les conseillers Socialistes font alliance avec ceux du MRP (démocrate-chrétien) et du RPF (gaullistes). En 1990, pour se faire élire au nez et à la barbe des communistes, Jean Rousseau, socialiste, s'allie avec le centre droit... L'histoire se répète.

En attendant, le Parti reprend la main, douze ans plus tard, le 8 mars 1959, grâce à... Léo Mérigot, de retour sur la scène politique vierzonnaise. Jusqu'en 1990, le Parti communiste dirige, sans partage, la ville de Vierzon dont les incisions permanentes dans l'actualité sociale, les conflits et sa manière de les soutenir, lui vaut vite l'appellation de Vierzon-la-Rouge. Les engagements sont clairs et calquent leur inspiration sur la grande soeur de Moscou. Parfois, jusqu'à la caricature.

Léo Mérigot est réélu en 1965 et en 1971. C'est un maire « communiste et humaniste », une forte personnalité. Il ne cache pas sa sympathie pour les délégations soviétiques qu'il reçoit, en grande pompe, à l'hôtel de ville. Le PCF vierzonnais est coulé dans le moule. On peut lire dans un bulletin municipal de novembre 1965, : “Au cours d'une réunion amicale, M. Jacques Rimbault, au nom de la municipalité vierzonnaise, exprimait sa reconnaissance envers le P.C.U.S qui guide le peuple de son pays dans la construction du communisme et montre à tous les travailleurs du monde la supériorité du socialisme sur le capitalisme.”

Lors de la journée anniversaire de la municipalité, le 29 avril 1965, Léo Mérigot débaptise la place de l'Hôtel de ville qu'il nomme place Maurice Thorez, secrétaire général du PCF jusqu'en 1964. Le diable est dans les détails : en 1990, élu maire de Vierzon, l'ancien socialiste Jean Rousseau déboulonne la plaque en douce. La place redevient celle de l'Hôtel de ville. Le changement est hautement symbolique et explosif. Il rompt avec une coutume ancienne. D'autres clins d'oeil à l'histoire suivront, d'autres ironies du sort : la rue Karl-Marx a vu des générations de Vierzonnais y naître et y mourir, c'est la rue de l'hôpital et de la maternité. Elle devient la rue... Léo Mérigot. Juste retour de l'évidence. En revanche, l'impasse Karl-Marx subsiste encore...

En 1977, Léo Mérigot cède sa place à son premier adjoint, Fernand Micouraud. Dessinateur industriel à la Précision Moderne, l'homme né en 1924, est issu du rang. Il ajoute à sa fonction de maire, celle de conseiller général. L'homme de l'Usine, l'homme d'engagement, devient alors l'homme politique d'une ville, l'homme d'une municipalité de combat social.

Jacques Rimbault

Parmi les élus, un autre homme, Jacques Rimbault. Il habite Vierzon à partir de 1949, devient conseiller municipal en 1954 et maire-adjoint en 1959. Jacques Rimbault grimpe la hiérarchie du Parti jusqu'au Comité central du PCF en 1964. Il est élu conseiller général et part pour prendre la Préfecture du Cher. Il sort vainqueur des urnes en 1977 et dirige Bourges jusqu'en 1993. Il devient également député de 1981 à 1993, année de sa mort.

Son premier adjoint, Jean-Claude Sandrier lui succède jusqu'en 1995. Secrétaire fédéral du Parti communiste, adjoint, premier adjoint, maire, conseiller général, conseiller municipal, il échoue aux élections municipales en 1995. Deux ans plus tard, il est néanmoins élu député. En mars 2008, il se replie, à Vierzon, sur la liste de Nicolas Sansu. Et en 2011, toujours député, Jean-Claude Sandrier occupe les fonctions de conseiller municipal et de président de la communauté de communes, Vierzon pays des cinq rivières.

La rupture et la reconquête

A Vierzon, la coupure a duré dix-huit ans, entre 1990 et 2008. L'histoire est simple : en 1989, Fernand Micouraud emmène une fois de plus sa liste à la victoire. Un an plus tard, il veut naturellement céder la place, à son premier adjoint, Roger Coulon. Mais Jean Rousseau créé le putch. Le socialiste, élu député de la vague rose, en 1981, maire-adjoint de la municipalité communiste, fait vaciller la citadelle rouge.

Il refuse cette passation de pouvoir et entraine le groupe socialiste à la démission, provoquant de nouvelles élections. Il s'allie avec le centre-droit et la droite. Décroche la timbale sous les huées de ses ex-amis, contraints à jouer le rôle de l'opposition. L'ex-socialiste verdit au parti Génération-Ecologie de Brice Lalonde et s'émancipe alors de toute étiquette politique allant jusqu'à soutenir ouvertement la droite aux élections cantonales.

Le coup politique de Jean Rousseau coûte la ville au PCF et son exclusion du P.S. Ses amis dissidents aussi sont exclus qui ont osé briser, avec lui, le pacte PC/PS. Après trois échecs successifs aux élections municipales, le Parti communiste finit par reprendre la ville, en mars 2008. Si le score du Parti communiste au niveau national est proche de l'encéphalogramme plat, à Vierzon, ses forces ne faiblissent. Le PC peut montrer ses muscles lors des élections cantonales ou législatives. Après une campagne de reconquête de la ville, Nicolas Sansu, fils de Michel Sansu, ancien maire-adjoint communiste aux sports remet finalement l'histoire à sa place.

Il dirige la ville avec le Parti socialiste comme aux plus belles heures du communisme vierzonnais. Hasard ou symbole ? En 2010, le maire organise, à l'occasion de la campagne des élections cantonales, une réunion de concertation avec des Vierzonnais square... Lénine, inauguré en 1967 en présence de l'Ambassadeur de l'URSS, à l'occasion d'une cérémonie pour les 50 ans du Grand Octobre.

La municipalité de Vierzon salue avec enthousiasme et confiance le 50eme anniversaire de l'immortelle Révolution d'Octobre”, lit-on dans le bulletin municipal de l'époque. Réminiscence d'une archéologie politique : sous les pinceaux légers de la curiosité locale, on passe encore rue Jacques-Duclos et boulevard Salvador-Allende.

Démarcation

Sous-titre : La ligne qui coupa Vierzon en deux

La ligne. Suffisamment prégnante pour qu'à l'endroit de son passage, un panneau indique encore ceci : “Souviens toi, ici passait la ligne de démarcation”. Le panneau interpelle, entre un café et un distributeur automatique de billets. Drôle d'endroit pour instaurer une frontière dont le souvenir n'a jamais quitté la mémoire collective vierzonnaise.

De juin 1940 à mars 1943, cette frontière entre zone libre et zone occupée plante un poste frontière, à Vierzon-Bourgneuf avec, pour séparation naturelle, le Cher. Dans les années 1930, Régor, le dessinateur du journal satirique Le cocorico vierzonnais, ardent militant de la fusion des quatre communes indépendantes en une seule, publie un dessin prémonitoire : une douane marquant l'entrée du territoire indépendant de Vierzon-Bourgneuf.

Le 25 juin 1940, l'Armistice avec l'Allemagne prévoit en effet l'occupation de l'armée allemande de toute la moitié nord de la France. L'autre moitié forme la zone libre. Au centre, la ligne de démarcation, objet d'un rêve commun, “fuir la servitude”, comme on peut le lire sur une stèle commémorative, près du Cher, à Bourgneuf, érigée le 7 mai 1997, à l'initiative de la ville et des associations patriotiques. Un hommage rendu surtout aux passeurs de l'ombre qui, à pied ou en barque, ont aidé celles et ceux qui le voulaient, à respirer en zone libre. La ligne de démarcation s'étend sur 1.200 kilomètres. Elle part de la frontière espagnole, passe par Mont-de-Marsan, Libourne, Confolens et Loches. Elle passe par le nord du département de l'Indre et traverse Vierzon, Saint-Amand Montrond, Moulins, Charolles et Dole. Court ensuite à la frontière suisse.

Le corbillard de Vierzon

Vierzon est tailladée en deux. La zone libre prend ses quartiers au sud du lit du Cher. Rue André Hénaut, un poste-frontière exige, pour son franchissement un “ausweiss” (laissez-passer) délivré par la Kommandantur. La ligne de démarcation impose évidemment des situations dramatiques. Les passeurs s'organisent. Toujours dans la clandestinité. A Vierzon, de jeunes hommes passent la ligne en vélo sans savoir qu'à l'intérieur de leur pompe, se cache un message... D'autres ont très vite compris que le café, à Bourgneuf, (aujourd'hui, un fleuriste) est dans une situation ambigüe : il est en zone occupée mais pas la cour, derrière, en zone libre... Dès lors, tout est bon pour passer la ligne, à la barbe de l'occupant. Mais pas toujours avec un denouement heureux. Noyades, fusillades, chiens aux trousses...

Le centre de Vierzon est en zone occupée, le sud de la ville, en zone libre. Le cimetière aussi, mais l'église non. “Les convois funèbres devaient donc franchir à deux reprises, la ligne de démarcation. On ne vit jamais autant de monde suivre dévotement la famille” lit-on de la plume d'Adrien Fontaine, architecte à la ville de Vierzon, membre de la défense passive et d'un réseau de renseignement. La combine fonctionne trois mois avant d'éveiller les soupçons de l'Occupant. Les défilés, au retour, sont beaucoup moins fournis qu'à l'aller... Le corbillard de Vierzon devient alors un épisode couru de l'histoire de la ligne de démarcation. On se passe le tuyau partout en France, jusqu'en Hollande. Des prisonniers de guerre évadés qui ont bénéficié de cette astuce sont les meilleurs porteurs de la nouvelle. Très vite, le presbytère reçoit des personnes dont la question est simple :”n'allez-vous pas faire des jours-ci un enterrement à Bourgneuf ?”...

D'autres stratagèmes permettent de passer de l'autre côté, notamment pendant la reconstruction du pont du Cher. Les travaux sont l'occasion de mettre au point un stratagème pour, là encore, faciliter les passages d'une zone à une autre, sous l'oeil des Allemands. La ligne de démarcation s'inscrit dans le quotidien. Vierzon est une destination qui court sur de nombreuses lèvres. Au début de 1941, seuls quatre points de passage sont prévus : Langon en Gironde; Vierzon dans le Cher; Moulins dans l'Allier et Chaon-sur-Saöne en Saöne et Loire.

Destin étrange que celui de Vierzon; la ville sort à peine d'une fusion de ces quatre communes indépendantes en 1937 pour replonger, trois ans plus tard, dans les affres d'une frontière, beaucoup plus meurtrière que les frontières administratives des communes séparées. La ligne se dilue en mars 1943. Mais elle laisse un goût profond. Et le nom de Vierzon apparaît dans les témoignages nombreux des passeurs, (à pied ou en barques) et de celles et ceux qui, de Vierzon, ont foulé la terre de la zone libre. En 1980, François Truffault tourne le Dernier métro avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Le directeur du théâtre, le mari de Catherine Deneuve dans le film, explique devoir passer en zone libre à Vierzon...

Le 11 novembre 1948, la Croix de Guerre est attribuée à la ville de Vierzon, subissant treize bombardements, en juin 1940 et une série d'autres, en 1944, en juin, juillet et août. Des bombardements au cours desquels 74 personnes sont mortes, 188 blessées et un millier d'immeubles détruits. Deux cents Vierzonnais furent déportés ou internés, 126 sont morts, à cela s'ajoutent 800 déportés du travail, 80 otages fusillés et 105 soldats tués pendant les différentes campagnes.

Eco-Système

Sous-titre : La forêt dominante

La forêt est avec l'eau, les deux lettres majuscules de la ville de Vierzon. La forêt domaniale est un poumon vert de 7.500 hectares, en bordure de la Sologne. Elle apparaît, par écrit, dans le cartulaire (recueil d'actes) de l'Abbaye de Vierzon, en 843, sous forme de parcelles offertes aux moines. Mais dès l'âge de fer, elle est exploitée, plus ou moins adroitement, par les Bituriges, ces Gaulois qui manient plutôt bien l'art du fer.

La forêt vierzonnaise fait écho à celle de Vouzeron, sa voisine, et plus loin, à celle de Saint-Palais et d'Allogny. Elle est de tout temps, un instrument de travail et une source de matière première. Son rôle économique, sous l'ancien régime, consiste à ramasser du bois (la ramassée), des glands (la glandée) pour nourrir notamment les porcs. Si la nature est une grande experte, la gestion de la forêt a tout de même glissé dans les mains des hommes. On évoque bien sûr Colbert. Ce vaste territoire, hérissé de richesses, au sol extrêmement fertile, attise bien sûr les convoitises.

La forêt est d'abord la propriété des Seigneurs de Vierzon. Aux XIIè et XIIè siècle, elle fournit le bois nécessaire aux charpentiers, aux menuisiers ainsi qu'aux chantiers de batellerie, car n'oublions pas que l'Yèvre est navigable et que les voiles s'y tendent. Le massif passe ensuite de mains en mains jusqu'à celles du très renommé Comte d'Artois. Le futur Charles X plante à Vierzon ses forges, au XVIIIè siècle et allume le feu de l'inéxorable développement de la ville. Une Révolution plus tard, et la forêt vierzonnaise tombe alors dans le domaine public.

Des industries dévoreuses de bois

L'industrialisation de Vierzon, grâce au top départ donné par l'implantation des forges, entraîne un usage intensif de la forêt . Par exemple, ces forges sont de grandes consommatrices de bois. En 1780, elles en avalent 120.000 stères ; en 1857, 150.000 stères. La forêt de Vierzon sature et finalement, l'ouverture du canal de Berry la sauve en même temps qu'elle met un terme aux forges mangeuses de bois : le fer fabriqué avec la houille remplace, en fait, la technique vierzonnaise au bois.

Mais le sort de la forêt n'est pas sauf pour autant. Car les industries ont poussé, sur le sol, comme des champignons après la pluie. Les batelliers, encore eux, extirpent deux mille mètres cubes de bois par an après la première guerre mondiale. Mais avant, les porcelainiers ont élu domicile autour des gisements de kaolin. Ils puisent aussi le bois, 20.000 stères par an en 1850 pour nourrir les fours. La coke, le gaz et enfin l'électricité prennent heureusement le relais.

Les verreries, arrivées au milieu du XIXè siècle, chargent aussi du bois dans leur feu. Si les tanneries ramassent l'écorce de chêne pour le tanin, les verreries récoltent la fenasse (foin avec des feuilles sèches) afin d'emballer le verre. Sauf que pour favoriser la fenasse, sous-bois et clairières étaient incendiées, les arbres y mourraient donc. Ceci additionné au pâturage qui dégrade aussi sérieusement le boisement, la forêt est soumise à un dur régime. Elle alimente ainsi, sans avarice, et pendant quatre-vingt ans, l'industrie qui se lève sur la ville avec son énergie naturelle. A l'exploitation industrielle, s'ajoute l'exploitation agricole pour les animaux. Inévitables aussi, ce sont les incendies mais répétés, ils nuisent fortement aux massifs. Les chiffres sont parlants : entre 1820 et 1856, les flammes ont brouté 2192 hectares de forêt contre 450 entre 1925 et 1949 et seulement 62 hectares, entre 1950 et 1974.

Du coup, la surexploitation des massifs pour les forges et les paturages favorisent le chêne pédonculé au profit du chêne sessile. Un chêne sur trois est pédonculé. En 2000, mille hectares de peuplement de chêne pédonculé ont plus de cent ans dont quatre cents hectares au-dessus de 150 ans. Seulement, en 1920 et en 1940, les aménageurs de la forêt constatent un début de dépérissement du chêne pédonculé, des milliers d'arbres succombent sur plus de cent cinquante hectares.

En 1982, en 2000, le phénomène se reproduit. En fait, la forêt subit les premiers effets du réchauffement climatique. Avec la sècheresse croissante, le réchauffement entraîne un dépérissement des chênes pédonculés, sur lequel se sont penchés, à Vierzon, de nombreux spécialistes. Dans les Pyrénées, par exemple, ce sont les hêtres qui sont touchés. Aujourd'hui, l'exploitation, confiée à l'Office national des forêts, est d'une autre nature que l'usage industriel ou agricole. La forêt est l'identité touristique de la ville, la porte d'entrée de la Sologne du Loir-et-Cher et du Cher. D'ailleurs, les communes dites de la forêt, sont une entité à part entière (Saint-Laurent, Vouzeron, Neuvy-sur-Barangeon, Nançay.) Et Vierzon n'oublie pas, de vanter sa “ magnifique forêt domaniale de 7.500 hectares”.

Fusion

Sous-titre : La naissance du grand Vierzon

Les quatre grands quartiers de la ville sont calqués sur l'emprise géographique des quatre anciennes communes de Vierzon : Villages, Forges, Bourgneuf et Ville. Le grand Vierzon, administrativement uni, géographiquement regroupé, tel qu'il est aujourd'hui, n'existe que depuis 1937, lorsque les communes indépendantes ont fusionné en une seule.

L'esprit d'indépendance saisit les communes au ventre. Elle mue, au fil des décennies, en esprit de quartier, toujours fortement marqué. Ici, les habitants sont Vierzonnais, certes, mais ils “sont” avant tout des Forges, de Villages, de Bourgneuf ou du centre-ville. Les quatre grands quartiers servent de points cardinaux.

La mairie de Vierzon-Ville devient l'hôtel de ville officiel, tout simplement parce qu'en 1937, Vierzon-Ville est la commune la plus peuplée, la plus importante, et au centre des autres communes. L'ancienne mairie de Vierzon-Villages (on peut encore le lire sur son fronton) abrite des associations et sur la place qui se déroule devant elle, un marché hebdomadaire le mercredi. L'ex-mairie de Vierzon-Forges n'existe plus mais “la place de l'ancienne mairie des Forges” subsiste et celle de Vierzon-Bourgneuf est un foyer associatif.

Le 8 avril 1937

L'arrêté du 8 avril 1937 met un terme à une bizzarerie géographique et administrative : une ville écartelée entre quatre maires. Chacun administre son petit bout de territoire, parfois avec une incohérence comique à l'égard de son voisin et au détriment de ses concitoyens. A Villages, la voûte (un tunnel passant sous la voie ferrée) est à cheval sur Vierzon-Villages et Vierzon-Ville. La voûte commence par une route praticable par les voitures et se termine par un chemin de brouette... Et les exemples se multiplient dans tous les domaines.

En 1937, année de la fusion, Emile Cendre, républicain socialiste est maire de Vierzon-Ville. Georges Rousseau, PCF, de Vierzon-Villages. André Collier, PCF de Vierzon-Bourgneuf, et Ernest Gazeau, PCF également, celui de Vierzon-Forges. Les élections du 2 mai 1937 offrent la victoire à Georges Rousseau, premier maire du grand Vierzon. C'est lui qui, en 1929, dans son programme municipal destiné à prendre la mairie de Vierzon-Villages qu'il obtient d'ailleurs, inscrit la fusion des communes. L'enjeu consiste à savoir si le PCF peut accèder aux responsabilités du grand Vierzon, une fois unifié. L'avenir lui donne une réponse positive. Et le communisme subsiste à Vierzon comme une culture de territoire et un héritage ancré dans le patrimoine de cette cité ouvrière.

A l'origine, Ville et Village(S)

A l'origine, l'administration révolutionnaire sépare Vierzon en deux. Un état de fait puisqu'au XVIIè siècle, déjà, les extérieurs de Vierzon se nomment les « villages », avec un S. En 1790, Vierzon-Ville et Vierzon-Villages sont deux entités distinctes, la seconde encercle la première. Situation ubuesque : l'emplacement le plus pratique d'une mairie, pour les habitants de Vierzon-Villages, c'est à Vierzon-Ville qu'il se situe, au centre de tout. Or, la mairie de Villages située dans une autre commune, à Vierzon-Ville, représente évidemment une anomalie maintes fois dénoncée, notamment par le conseil municipal. La solution arrive dans les bagages des années 1850 avec la construction d'une mairie à Villages, rue Pasteur, sur le territoire de la future commune de Vierzon-Forges.... Attention, il va falloir suivre !

Le 11 décembre 1886, Bourgneuf devient à son tour une commune indépendante, avec pour frontière naturelle, le Cher. Cette même frontière sert, plus tard, de fil conducteur à la ligne de démarcation Nord/Sud coupant Vierzon en deux pendant la seconde guerre mondiale.

Les habitants du quartier de Bourgneuf, partie intégrante de Vierzon-Villages, ne goûtent plus les orientations, trop rouges à leur sens, de la municipalité communiste. Celle-ci soutient notamment les grévistes de la Société Française de Matériel agricole et industriel (SFMAI). Une grève réprimée pour laquelle le chansonnier vierzonnais Maurice-Mac-Nab, qui fréquente le célèbre cabaret du Chat-Noir à Paris, écrit une chanson en guise de soutien, “Le grand métingue du Métropolitain”.

Vierzon est écartelée en trois branches : Bourgneuf, au sud du Cher, Ville au centre et Villages qui recouvre tout le reste, dans une boucle informelle. Mais c'est sans compter sur le quartier des Forges dont les habitants lancent une pétition en 1887 pour obtenir, comme Bourgneuf, leur indépendance. Les Forges concentrent les industriels. Eux aussi veulent se départir de la gestion socialiste de Vierzon-Villages. La pétition de 1886 reste lettre morte. Dix ans plus tard, une nouvelle tentative subit le même sort.

Et de quatre !

L'affaire s'étire dans le temps jusqu'en 1908, avec toujours, en toile de fond, comme c'est l'habitude encore à Vierzon aujourd'hui, une forte imprégnation politique dans les actes quotidiens. L'administration de Vierzon-Villages finit par céder à la pression des habitants des Forges. Le 15 juin 1908, Vierzon se plie désormais en quatre. La nouvelle commune des Forges aménage une mairie et celle de Vierzon-Villages doit déménager car la rue Pasteur se trouve désormais sur la commune de... Vierzon-Forges... Pas simple. Vierzon-Villages construit alors sa mairie, place Julien-Rousseau, où elle trône toujours.

Pendant vingt-neuf ans, Vierzon vit au rythme de ce découpage étrange et au détriment de ce que l'on appelle l'aménagement du territoire, un souci très éloigné des préoccupations municipales de l'époque.

Chaque partie, on l'a vu, n'avance pas au même rythme. Quatre mairies, quatre paroisses, un service de l'eau potable échevelé, des rues qui débouchent sur rien... Et les querelles politiques enveniment les espoirs sérieux d'un aménagement cohérent. Le 8 avril 1937, les frontières s'effacent. Le grand Vierzon nait dans la douleur, au prix d'une campagne des contre et des pour, relayée notamment dans un journal satirique baptisé “Le cocorico vierzonnais”, franchement fusionniste. D'autres organes de presse, “La dépêche du Berry”, “Le journal de Vierzon” et “ l'Emancipateur ” relatent l'histoire de cette fusion, lancée en 1934.

Plus de mairie pour se marier

Quel impact sur la vie des citoyens ? Pour l'anecdote, Madeleine et Clément doivent se marier le 12 avril 1937 à la mairie de Vierzon-Villages mais la fusion rend inutile la mairie de ce qui était encore, quatre jours auparavant, leur commune à part entière. Un policier se rend au domicile de la future mariée pour lui annoncer que la mariage sera célébré à la mairie de Vierzon... en ville. La bonnetière et le représentant de commerce unissent finalement leurs vies dans le quartier de Vierzon-Ville avant la cérémonie religieuse à l'église Saint-Célestin du quartier de Villages. La séance de photos se déroule rue Armand-Brunet en centre-ville et la galette est servi au café de la Grenouille, dans le quartier des Forges. Il manque un quartier... Ah, oui, le taxi qui transporte les époux est de Bourgneuf ! La boucle est bouclée.

Pas vraiment central

Aujourd'hui, la ville n'a toujours pas trouvé son unité géographique. Si Vierzon-Ville est le centre cohérent, chaque quartier garde son identité, très forte, et tient à la garder. Il subsiste encore quatre comités des fêtes distincts. A la fin des années 1980, la municipalité croit bon de faire aboutir le projet de Forum-République, un supermarché greffé à des commerces, sur les ruines du canal de Berry, busé en 1968. Un arche doit contenir le tribunal d'instance qui voit le jour, une cinquantaine de mètres plus loin. L'hôtel près du supermarché prend le nom d'hôtel Arche... sans arche !

Ce Forum doit théoriquement représenter le « nouveau » centre de la ville. Mais là encore, difficile d'aller contre les héritages de l'histoire. Le centre de la ville, c'est l'avenue de la République et non pas plusieurs dizaines de mètres plus bas.

En 1987, Vierzon célèbre en grande pompe le cinquantenaire de sa fusion. En 2007, une nouvelle fête marque les 70 ans de la fusion. Pour l'occasion, des panneaux d'agglomération d'entrée et de sortie des anciennes communes sont fabriquées, installées, démontées et vendues aux enchères.

Le 8 avril est décidemment une date symbolique pour Vierzon : c'est en 1937, la naissance du grand Vierzon et, 8 ans plus tôt, en 1929, c'est la naissance de Jacques Brel, LE Jacques Brel qui chante en 1968 Vesoul, et cette célèbre phrase « T'as voulu voir Vierzon ». Tout se découpe comme les territoires vierzonnais au fil de l'histoire. Et tout se recoupe aussi.

Gens célèbres

Sous-titre : De Maurice Mac-Nab à Félix Pyat

Maurice Mac-Nab, le chansonnier

Maurice Mac-Nab a laissé son nom à une rue et au théâtre dont c'est l'adresse. Il a laissé, également, à Vierzon, l'héritage d'une chanson dédiée aux ouvriers grévistes de la Société-Française. Derrière Mac-Nab, qui sait encore que Maurice s'y cache, chansonnier du célèbre cabaret du Chat Noir à Montmartre.

Jean Valérien Maurice voit le jour, le 4 janvier 1856, à Vierzon, dans la propriété familiale du château de Fay, qui dit-on, “est plus beau de loin que de près.” Il arrive au monde vingt minutes après son frère jumeau, Donald. Son père Edouard Mac-Nab est un propriétaire terrien, ex-maire de Vierzon-Villages de 1850 à 1852. C'est un poète aussi, un amoureux des milieux artistiques vierzonnais. Ses penchants littéraires vont nourrir l'éducation du jeune Maurice avec, en filigrane, cette conscience de gauche anarchisante.

Ironie du sort : les affaires de papa Mac-Nab se portent mal. Le château vierzonnais doit être vendu. Et qui le rachète ? Célestin Gérard. En 1872, l'industriel, fondateur de la Société française de matériel agricole installée face à la gare de Vierzon, y déploie sa famille. Célestin-Gérard, symbole de ce qui n'est pas encoe le capitalisme sauvage mais le symbole d'une réussite sociale indéniable. Est-ce cet événement qui irrigue l'inspiration de Maurice, au point de prendre fait et cause, en 1887 pour les grévistes de la Société-Française à travers sa chanson Le métingue du Métropolitain ? Une juste revanche prise sur un souvenir douloureux ?

Les citoyens, dans un élan sublime,

Étaient venus guidés par la raison.

A la porte, on donnait vingt-cinq centimes

Pour soutenir les grèves de Vierzon.

Bref, à part quat’ municipaux qui chlingue

Et trois sergots déguisés en pékins,

J’ai jamais vu de plus chouette métingue,

Que le métingu’ du métropolitain !

En 1874, Maurice, 18 ans, atteint le Petit Séminaire de la Chapelle Saint Mesmin (Loiret). Le Séminaire quitté, c'est l'heure du service militaire. Une fois achevé, le jeune homme grimpe à Paris pour devenir employé des Postes.

C'est un artiste. L'écriture et le dessin sont ses démons nocturnes, les gênes de la passion paternelle. Le jour, il travaille studieusement. L'humour noir coule dans son sang. Il rédige “Les foetus” et “Les poëles mobiles”; plus tard, en 1879, “Bal à l'hôtel de ville” (de Paris). Sa carrière est devant lui. Rodolphe Salis, un artiste peintre, créé le cabaret “Le chat noir”. Ce qui est drôle, c'est qu'il l'ouvre dans un ancien bureau de Poste boulevard de Rochechouart déménagé plus tard rue de Laval. Le succès attend Mac-Nab, Maurice attend l'argent. Il est payé... en liquide, l'alcool... Dure vie que celle d'artiste la nuit et employé le jour, au prix d'une santé fragile.

Il publie des recueils illustrés par ses soins, “Les poèmes mobiles” et “Les poèmes incongrus”. La chanson de Mac-Nab “Le grand Métingue”, croise le destin politique d'Edouard-Vaillant, un député socialiste né en 1840 à Vierzon. Tout se recoupe décidemment. Mais Maurice est malade d'une tuberculose pulmonaire qu'il tente de soigner à Cannes en 1888. Il écrit toujours avec la même fièvre y compris une thèse médicale sur “Le mal aux cheveux et la gueule de bois”. Le rire a des vertus. Pourtant, elles ne lui permettent pas de prolonger son existence au-delà du 25 décembre 1889 à 23 heures. Il aurait eu trente-quatre ans. Si Vierzon garde de lui son patronyme et l'empreinte physique du château familial de Fay, le cimetière du père Lachaise conserve sa dépouille, dans la tristesse de l'anonymat.

A Vierzon, Stéphane Branger, poète, musicien et chanteur, a rescuscité Maurice Mac-Nab à travers sa biographie et surtout ses chansons. L'écriture d'un spectacle et en juin 2010, l'édition d'un CD prolonge la mémoire de Mac-Nab. Avec Bernard Willemet, autre Vierzonnais, grand admirateur du chansonnier qui n'hésite pas une seconde à les chanter comme un hymne vierzonnais, les deux hommes souhaitent que Mac-Nab ne soient pas seulement synonymes du théâtre ou de la rue qui abrite le commissariat. En 2009, le théâtre Mac-Nab et la ville de Vierzon ont créé le festival des chansonniers. C'est bien le moins pour cet artiste, chanteur de Vierzon et concurrencé, un siècle plus tard, par un autre chanteur de renom, Jacques-Brel... Concurrence ? A peine....

Patrick Raynal , le comique-paysan

Le Berrichon lui doit tout. Ou presque... Vierzon aussi, un peu, beaucoup, passionnément. Patrick Raynal est l'anti-thèse de l'artiste parigot, lui, dont les pieds ont frappé la terre de Vierzon le 29 mai 1926, dans une famille modeste, d'un père communiste. Normal donc. Très vite, derrière Bernard Giraud, son vrai nom, se cache Patrick Raynal que le démon de la scène gratouille.

A l'armée, il imite Charles Trénet et écope du doux surnom de “fou chantant de Vierzon”. C'est à la fois gracieux pour le jeune homme et sa ville d'origine. Le voilà qu'il entame une carrière d'amuseur public, avec dans l'accent, tout le terroir du Berry, rugueux, chauvin. Une verve de comique-paysan. Patrick Raynal est surtout connu pour le personnage central de son épopée comique : la famille Berlodiot, une caricature sans concession du Berrichon... vierzonnais. D'ailleurs, plusieurs histoires, couchées sur des vinyles, ont pour site géographique, Vierzon et sa forêt notamment dans l'hilarante aventure de la voiture-fantôme.

Patrick Raynal voit arriver au loin, une voiture, elle roule au pas. Il saute dedans mais il n'y a personne. Il prend peur et en sort pour s'apercevoir que c'est “un gars qui poussait” ! Bon, disons le tout net, le Berrichon n'est pas tout à fait à son avantage, dans les histoires de Patrick Raynal. Mais au moins, il en parle.

Mine de rien, il fréquente les cabarets parisiens. Il se lie d'amitié avec Pierre Dac, Sim. Entre à Bobino, l'Olympia, fréquente Jacques Brel, Georges Chelon, Henri Salvador. A Vierzon, la famille Berlodiot fait un tabac. Le Berrichon qui monte à Paris est une caricature hilarante. Patrick Raynal passe aussi devant la caméra, « Babette s'en va-t-en guerre » avec Brigitte Bardot et Roger Vadim, « Le Magot de Josepha » avec Anna Magnan, Bourvil, Pierre Brasseur, Christian Marin, Henri Virlogeux, « Le journal d'une femme en blanc » avec Marie-José Nat, « Le franciscain de Bourges » avec Hary Kruger, « Les grandes familles » de Denis de la Patellière avec Jean Gabin et Pierre Brasseur. Qui s'en souvient ?

Chevalier des arts et des lettres, grand officier de la ligue du bien public, médaille d'argent de la ville de Paris etc., en 1989, il reçoit aussi le prix Fernand Raynaud. Patrick Raynal tire le rideau et se retire à Azay-le-Duc. Vierzon oublie son comique mais, au détour d'une conversation, il n'est pas rare d'entendre, l'une de ses expressions qu'il avait inventées ou qu'il colportait : 99 moutons et un Berrichon, ça fait cent bêtes ! Un éveillé des chaumières, un gars de la commune... Une rue à son nom ne serait pas de trop...

Edouard-Vaillant, le Socialiste

A la Fédération départementale du Parti socialiste, à Bourges, une peinture posée sur un meuble, représente le Vierzonnais Edouard-Vaillant. L'homme, socialiste, veille sur les générations futures. Au mur, un fusain, toujours d'Edouard-Vaillant, renvoie le présent à l'héritage du passé. En mairie de Vierzon, dans le bureau d'un élu socialiste, c'est un buste en plâtre d'Edouard-Vaillant, jadis remisé, qui prend la lumière politique de l'hôtel de ville.

Finalement, jamais Vaillant n'a été aussi vaillant dans le coeur des jeunes générations à la rose. La personnalité vierzonnaise dont la maison, sise avenue... Edouard-Vaillant a failli devenir un haut-lieu de conservation de la mémoire du personnage, accompagne ainsi les fluctuations colorées de la politique locale. Chaque année, dans une cérémonie solennelle, les élus socialistes se rendent sur sa tombe, au cimetière de Vierzon-Ville.

Finalement, Vierzon a gagné son héros de gauche. Edouard-Vaillant est né à Vierzon, en janvier 1840, d'une famille bourgoise. Son image est attachée au combat pour l'unité du Parti socialiste. Son autre fait d'arme, en politique, le relie directement à la Commune de Paris dont il fut un élu.

Vaillant est un homme charismatique : ingénieur des arts et manufacture, docteur es sciences, docteur en médecine, il étudie aussi la philosophie et la chimie dans des universités de langue allemande. Plus tard, délégué à l'instruction civique, son appartenance à la commune de Paris l'oblige à s'exiler à Londres. Il est condamné à mort par conttmace et amnisté en 1880. Dans les arcanes du Socialisme, il forme avec Blanqui un comité révolutionnaire. Voilà Vaillant, le Vierzonnais, administrateur et rédacteur en chef de journal Ni Dieu, ni Maître qui annonce clairement sa couleur.

Edouard-Vaillant n'oublie pas sa ville natale. Il y revient en 1880, pour rassembler les Socialistes du Cher. Il est clairement désigné comme le successeur de Blanqui lorsque ce dernier meurt. Edouard-Vaillant est conseiller municipal de Paris mais il veille de très près au Cher. Vaillant est candidat de la SFIO à l'élection présidentielle de janvier 1913. Il meurt deux ans plus tard et rejoint Vierzon, pour son tout dernier voyage.

Jean Jaurès disait de lui : "La pensée d’Édouard Vaillant représente l’adaptation la plus parfaite du socialisme scientifique à notre tempérament national". La section socialiste de Vierzon en a fait son emblême.

Félix Pyat, le chroniqueur

Une plaque discrète, datant de 1902, dans le Vieux-Vierzon, rappelle à l'entrée d'une résidence, que Félix Pyat est né ici. On peut y lire : “dans cette maison est né le 4 octobre 1810 Félix Pyat, commsisaire général du Cher et représentant du peuple à l'assemblée constituante en 1848, membre de la commune en 1871.” Félix Aimé Pyat embrasse d'abord la carrière d'avocat, glisse comme auteur dramatique (Le chiffonnier de Paris, entre autres) et se lance dans le journalisme.

Mais ces revirements professionnels cachent surtout son destin politique. A 38 ans, en 1848, le voilà bombardé commissaire du gouvernement provisoire (de la deuxième République), dans le Cher. Le voilà député de gauche à l'Assemblée constituante liant son destin (de gauche) à celui de Vierzon, ville ouvrière.

Félix Pyat poursuit sa ligne indéfectible jusqu'à devoir se refugier en Suisse, en Belgique, puis en Angleterre. Les organisations révolutionnaires, c'est sa tasse de thé. La vie de Félix Pyat est tissée de ses combats politiques notamment à la Commune, de ses retours en France, de ses départs à nouveau précipités pour l'Angleterre. Finalement, la République proclamée en 1870 lui offre l'opportunité de reposer ses valises en France pour fonder un journal, ses premières amours, Le combat, puis un an plus tard Le vengeur.

Entre temps, il est élu à l'Assemblée nationale mais ils démissionne. Conseil de la commune, commission exécutive, comité de salut public, Pyat est partout, y compris avec les blanquistes vierzonnais. Une fois de plus exilé à Londres, il revient en 1880; en 1887, il devient Sénateur du Cher et un an plus tard, député des Bouches-du-Rhône. Félix Pyat meurt en 1889. “Si Félix Pyat n’avait pas l’envergure d’un Edouard Vaillant (qui marqua plus sûrement et plus durablement l’histoire du mouvement ouvrier) la force de ses convictions ainsi que sa vie romantique et passionnée, en font un personnage mythique et indéniablement un vierzonnais pas comme les autres” lit-on sur le site Internet de la ville de Vierzon.

Félix Pyat, membre de la Commune, doit encore se cacher. C'est un cafetier vierzonnais de Paris, Auguste Meunier qui le cache dans la cave, au coin du canal de l'Ourq avec Edouard Vaillant, autre vierzonnais.

Ils étaient aussi à Vierzon

D'autres personnages, et la liste n'est pas exhaustive, sont originaires de Vierzon ou ont entretenu un lien intime avec la ville. Georges Meunier est né à Vierzon en mai 1925. Ce coureur cycliste a entre autre, participé à cinq tours de France, entre 1950 et 1954, avec un abandon en 1952. Mais il tout de même remporté deux étapes du Tour de France. Il a fallu attendre les années 2000 pmour qu'un Vierzonnais soit à nouveau engagé sur les routes du Tour, William Bonnet a déjà participé deux fois.

Claude Chevalier est à l'accordéon, ce que Jacques Brel est au port d'Amsterdam. Ce musicien vierzonnais a conquis de ses bretelles une étonnante carrière. En pleine notoriété internationale, déjà établie en 1973, il créée le Quatuor Chevalier. Trois ans plus tard, à force d'enchaîner télés, radios, concerts et festivals, des compositeurs contemporains lorgnent du côté du Quatuor. En 1980, l'ensemble accède lui aussi à la notoriété mais en 1987, Claude Chevalier décéde. Aujourd'hui, c'est son fils, Denis, qui a repris le flambeau. Et perpétue le nom.

Le duo Madeleine Sologne et Jean Marais ont marqué involontairement leur empreinte à Vierzon. Madeleine Simone Vouillon voit le jour en octobre 1912, dans une petite commune de Sologne, proche de Vierzon. Actrice, elle se distingue surtout dans le film de Jean Cocteau, L'éternel retour, avec Jean Marais, version moderne de Tristan et Yseult. Jean Marais, de son côté, cotoie Vierzon à plusieurs reprsies : pendant la guerre, il y fait une halte. Puis il y revient pour assister à un mariage. Un Vierzonnais le reconnaît, il boit un café dans le bistrot face à l'hôtel de ville.... Jean Marais et Madeleine Sologne sont alors réunis, au moins une fois, au début des années 1990, sur les sièges du cinéma vierzonnai, on y projette évidemment L'éternel retour. Du coup, les deux acteurs deviennt un tantinet vierzonnais dans l'âme. En 1976, Madeleine Sologne se retire des écrans dans sa Sologne natale, Jean Marais lui, poursuit sa route. Madeleine Sologne décéde le 31 mars 1995 à la maison de retraite de la Noue, à Vierzon. La salle municipale prend alors le nom de Madeleine Sologne : un vaste portrait de l'actrice y trône.

Non, Antoine de Saint-Exupéry n'est pas Vierzonnais du tout ! Toutefois, l'aviateur et auteur du Petit Prince, s'y est arrêté. Dans les années 1920, Antoine de Saint-Exupéry travaille pour le compte de l'usine Saurer qui fabrique des camions, comme représentant. C'est sans doute à ce moment-là qu'il va d'hôtel en hôtel. Il s'arrête à Vierzon, dans la rue Neuve (actuelle avenue de la République), à l'hôtel du Boeuf qui n'existe plus. Il laisse une trace de son passage : sur le papier à-en-tête de l'hôtel, il croque les personnages qu'il croise, Vierzonnaises et Vierzonnais, dessinés par Saint-Ex. Un passage discret. Pour un souvenir qui l'est encore plus.

Steeve Mac Queen non plus n'est pas Vierzonnais ! Mais une anecdote, rapporté par la presse locale, prétend que l'acteur américain, de passage à Vierzon, s'est arrêté à l'hotel de ville pour demander un hôtel. Pas d'hôtel à Vierzon lui aurait-on répondu. L'acteur est reparti....

H2O

Sous-titre : Vierzon la fluviale

Vierzon trempe ses pieds dans l'eau. D'une façon hautement agréable comme franchement désagréable...

Agréable, parce que Vierzon, pays des cinq rivières... (1) possède cinq doigts d'eau : l'Yèvre, le Cher, le Barangeon, l'Arnon et le canal de Berry. C’est d’ailleurs pourquoi la communauté de communes regroupant Vierzon, Thénioux et Méry-sur-Cher porte le nom de « pays des cinq rivières ». Autant dire que les pêcheurs et les promeneurs ont de quoi se régaler.

Désagréable parce que l'omniprésence des rivières rappelle, chaque année, que les eaux gonflées par les crues demeurent chez elles coûte que coûte. Et si la ville n'a pas connu de crue majeure depuis 1977, périodiquement, on ne peut s'empêcher de serrer les dents à chaque alerte, l'oeil collé à l'échelle des crues, sur le pont près de l'Ile Saint-Esprit. L'île... Il y a de quoi rêver à Vierzon ! Le mot évidemment appelle la présence de l'eau. Ce qui est valable pour l'île Marie également. Lorsque les eaux sont trop généreuses, l'île est coupée du monde... Mais du monde, il n'y en a plus sur l'île Marie depuis plusieurs décennies : une vieille dame y logeait encore avec ses moutons, évacuée lorsque la crue menaçait trop, dans le bateau des pompiers.

L'eau n'a jamais manqué à Vierzon et c'est grâce à la rivière que les hommes préhistoriques ont taillé à Bellon, au sud du Cher. A l'autre bout du temps, Bellon est tranquillement devenue une plage courue, sur le Cher, dans les premières décennies du XXème siècle, à l'ombre du camping municipal.

Au fil des eaux

L'Yèvre et le Cher composent surtout la notoriété aquatique de la ville auquel s'associe en 1830, le canal de Berry, creusé deux ans plus tôt afin de faciliter les échanges commerciaux entre les vallées du Rhône et de la Loire. La navigation, à Vierzon, est une vieille habitude datant au moins de 1566. La décision remonte à 1484. Les Etats généraux à Tours décident de relier le Cher à l'Allier, via l'Yèvre notamment, en aménageant la rivière. Du côté de Bourges, la ville voisine, cette décision est très bien accueillie par les marchands. Ils pensent ainsi écouler facilement leurs draperies, eaux et huiles de noix. Le business au fil de l'eau est lancé. Déjà, à Vierzon, l'Yèvre offre son courant aux moulins que les meuniers exploitent avec des barrages. Une taxe prélevée sur le sel de Vierzon permet, en 1513, de construire treize ponts sur l'Yèvre dont les travaux, en 1565, ne sont toujours pas achevés... Des moulins à bled, à écorce, des tanneries, un moulin à drap élisent également domicile au bord des eaux de la rivière.

Au XVIIIe siècle, René Béchereau détaille, dans un ouvrage “ un fort joli port au pied de la ville, où l'on dépose grande quantité de bois meirins... beaucoup d'ardoises, pierres de Lis, de Bourai, petites et grandes meules à aiguiser, morues, harengs, bleds, vins et autres marchandises qui viennent par la rivière de Cher, de la Touraine, de Bretagne et de Nantes...” L'activité de la ville ne cache pas son étroite connivence avec sa rivière. L'Yèvre prend sa source aux environs de Baugy, passe à Bourges où elle reçoit de nombreux affluents, et aboutit, à Vierzon, dans le Cher, après un parcours d'environ soixante-dix kilomètres.

C'est sans compter sur la force des eaux de l'Yèvre notamment dont les crues mettent à mal les ouvrages qui l'enjambent. Petit à petit, face aux difficultés, la navigation perd de sa force et les batelliers deviennent une denrée rare. L'entretien de la voie d'eau se complique et ses méandres ralentissent les temps de voyage. Dans les têtes déjà, “une autoroute d'eau” fait son chemin, de halage évidemment. Elle serait très pratique notamment entre Vierzon et Bourges. A partir de 1765, déjà, une vague idée de canal se dessine dans quelques têtes bien pensantes. Le duc de Béthune-Charost et le Baron de Marivetz souhaitent une liaison entre la Loire et à Tours et la Loire au bec d'Allier. Leurs plans sont simples : un aménagement du Cher entre Tours et Vierzon et le creusement d'un canal entre Vierzon et le Bec d'Allier.

Le canal du Duc de Berry

Le canal de Berry (du duc de Berry, les premiers noms envisagés sont canal Louis XVI, canal du Cher aussi) naît sous l'Empire. En 1807, un décret impérial décide que Le "Cher sera rendu navigable en suivant son cours actuel au moyen d'une ou plusieurs dérivations depuis Montluçon jusqu'à son embouchure dans la Loire". A Vierzon, le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, installe ses forges, présageant l'essor industriel de la ville. Le Comte d'Artois insiste sur la nécessité de ces travaux. Le canal de Berry est pour lui d'une extrême importance... commerciale. Les travaux démarrent en 1809 et se prolongent jusqu'en 1840. Dix ans auparavant, le canal est partiellement ouvert à la navigation. 1831, c'est la mise en service du tronçon Bourges-Vierzon; en 1841, Vierzon-Noyers. Le canal a déjà changé le destin de Vierzon.

Cette voie d'eau, latérale au Cher, a la particularité d'être composé de trois canaux en un seul, c'est-à-dire trois branches distinctes qui se rejoignent à Fontblisse, à Bannegon, dans le département du Cher. Il relie les villes des départements du Cher, Loir-et-Cher et Allier, de Montluçon à Noyers-sur-Cher, de Saint-Amand Montrond à Bourges, Sancoins, Mehun-sur-Yèvre, Vierzon évidemment.

Il arrive de Bourges par les Forges, traverse le centre de la ville, flirte avec Grossous, et court ensuite, via le Bas de Grange, vers Méry-sur-Cher, Thénioux etc. Plusieurs écluses sont construites sur le territoire vierzonnais et les bateaux font transiter, par le centre de la ville, chaux, ciment, bois, charbons, porcelaine... Les mines de Blanzy s'y installent. Les matières premières nourrissent les industries, notamment implantées aux Forges mais aussi en ville. Des quais et des entrepôts voient le jour. Une activité batelière, y compris la fabrication de bateaux, transite autour de l'activité marchande du canal. Rue des Ponts, les bateliers se retrouvent au café de la Marine devenu plus tard la Tassée...

L'originalité du canal, au milieu de Vierzon, tient à sa rencontre avec l'Yèvre et à la formation d'un vaste bassin. Le long du canal, en 1920, les bâtiments de la Banque de France s'agrandissent, orgueil de l'essor industriel de la ville. Les contingences touristiques n'effleurent pas une seule seconde l'esprit des Vierzonnais. Le canal est après tout un outil de travail que se partage également, depuis 1847, le chemin de fer. Du coup, après la seconde guerre mondiale, le canal est mis à mal par d'un côté, la route et de l'autre le rail. Son entretien laisse également à désirer. Le tonnage diminue d'année en année jusqu'à sa fermeture, en 1950 et son déclassement définitif cinq ans plus tard. Pendant ce temps-là, les élus vierzonnais cogitent et prennent une décision radicale : combler le canal à partir de sa jonction avec l'Yèvre jusqu'à l'écluse de Grossous. L'idée : construire un vaste plateau de quinze mille mètres carrés avec parking, place de marchés et d'expositions et une salle des fêtes. En 1968, le canal disparait sous terre via des buses reliées à l'écluse de Grossous. L'Yèvre, quant à lui, poursuit son cours sans problème. Le bassin central du canal, à Vierzon, est recouvert, en effet, d'un immense parking. Pas de salle des fêtes, pas de place pour le marché mais un central téléphonique, une bibliothèque, une résidence. A la toute fin des années 1980, face aux anciens locaux de la Banque de France, devenus depuis une mairie annexe, pousse ce que l'on appelle, le Forum République : un ensemble de commerces autour d'un hôtel et d'un supermarché, puis des locaux pour EDF, la Poste, une autre résidence....

Dans les années 1990, le canal devient l'objet de toutes les attentions. Mais sur les 260 kilomètres de son parcours et, à Vierzon notamment, ce n'est pklus qu'un pointillé d'eau sur lequel il est impossible de naviguer. A moins que les bateaux n'aient des jambes... Toutefois, une idée folle fait son chemin. L'Arécabe, l'association pour la réouverture du canal de Berry créé par François Faucon, malheureusement disparu récemment, milite pour rendre à nouveau navigable le canal. Ce sera un paris gagné entre les Forges et le centre-ville avec la réhabilitation des écluses. On parle même de le refaire passer en centre-ville... Mais le projet est toujours au chaud dans des cartons....

Chaque été, des promenades sont possibles à bord de petites embarcations électriques tandis qu'une guinguette, installée sur l’ancien quai du bassin, régalent les estivants.

  1. C'est le nom qu'a pris la communauté de communes regroupant Vierzon, Thénioux et Méry-sur-Cher.

Poème du Docteur Fernand Louis publié dans un recueil en 1914

Repos

Entre les peupliers qui rêvent sur le bord,

Le canal, déroulant son long ruban de moire,

Sans le calme alangui du jour brûlant s'endort

Le midi lourd rayonne, assoupi dans sa gloire.

Vive avec des cries brefs, l'hirondelle dans l'air

Enlace de zigzags sa course enchevêtrée.

Une ablette sautant, s'enfuit dans un écalir;

Et des rides en ronds courent sur l'eau zébrée.

Suivant sa route droite, un bateau glisse, lent;

Et le remous clapote à la proue arrondie.

En avant, sur la berge, un âne somnolent

Tire, le cou penché, sur la corde raidie...

Cependant, tout là-bas, au feu de ses fourneaux,

Sous un nuage noir, Vierzon bourdonne et fume.

Ma paresse se berce au rythme des marteaux

Qui frappent en cadence et chantent sur l'enclume.

Mes yeux se voilent, las, ébluis de soleil,

Et sur l'herbe couché, parmi les renoncules,

Je regarde, sans voir, en un demi-sommeil,

Miroiter dans de l'or, le vol des libellules.

Les crues.

La ville a toujours vécu avec et contre ses rivières. Avec, on l'a vu, pour les besoins notamment de son économie. Contre, parce que les crues ont fortement marqué la cité. En fait, Vierzon reçoit les pluies qui tombent sur une superficie de bassins versants de presque 9.000 kilomètres carrés. D'où des crues parfois féroces en période de pluies persistantes notamment. Les eaux du Cher se mêlent alors, à Vierzon, dans le centre-ville, aux eaux de l'Yèvre et, en aval, aux eaux de l'Arnon, ce qui freine l'écoulement de ces deux rivières et provoque alors une remontée des eaux sur Vierzon.

Des quartiers sont plus exposés que d'autres : le faubourg des Ponts, le Champanet, le Chambon-Abricot, le Bas-de-Grange, la Croix Moreau, les Petites et les Grandes Vèves mais aussi Bourgneuf, la Genette, la Loeuf, le Vieux-Domaine, le Bois d'Yèvre etc...

Les crues “contemporaines” ont marqué la mémoire collective. Celle du 6 mai 1940 ajoute du drame au drame avec une côte de 4,65 mètres, 4,70 mètres quand la côte d'alerte, à Vierzon, se situe à trois mètres. Les photos prises par les Vierzonnais sont impressionnantes, notamment celle montrant la Banque de France, dans le centre, noyée sous les eaux. En 1958, autre grande crue, la côte grimpe à 4,55 mètres. Une liste fait état des pertes occasionnées par les industriels vierzonnais, les plus grandes entreprises sont touchées. Le syndicat départemental des sinistrés des crues du Cher diligente une enquête pour les dommages causés à la ville par la crue des 26 et 27 mai : 1412 habitations furent touchées, 60% des habitations avaient une hauteur d'eau de soixante centimètres.

D'autres crues antérieures ont frappé la ville : 1856, 1923 mais les trois crues mémorables restent celles de 1940, 1958 et 1977. 1982 donne aussi des sueurs froides, dix ans plus tard, rebelote. Entre temps, celle de 1988 fait aussi frémir. L'échelle de crue et le bras mort du Cher sont les deux indicateurs locaux du gros bouillon à venir. Chaque année, les eaux tumultueuses se rappellent au bon souvenir des Vierzonnais, spectateurs d'une rivière gonflée à bloc. A Vierzon, les crues font l'objet de nombreuses polémiques sur les solutions à y apporter, notamment le réhaussement des digues censées protéger les habitations.

Depuis 1978, aucune “grosse” crue n'est vraiment venue araser les quartiers sous pression persistante d'une menace. Mais rien ne dit qu'une crue centenale ne vienne pas bouleverser les pronostics. Du coup, selon le vbieile adage “mieux vaut prévenir que guérir”, un vaste plan de protection des risques d'inondation (PPRI) est imposé par l'Etat à la ville de Vierzon. Le coup est dur : une grande partie du territoire, dont par exemple la avste zone industrielle du Vieux-Domaine est sous le coup d'une menacé. Des terrains, jadis épargnés, sont tout d'un coup soumis à la règle de précaution, ce qui représente tout de même à Vierzon, environ un tiers de sa superficie...

I comme Il était une fois un musée....

Sous-titre : Une attente forte depuis 40 ans.

Musée, pas musée, musée... Vierzon vit ainsi, depuis 1962, dans un yo-yo constant. La ville possède son musée jusqu'à cette date. Mais il doit être fermé pour cause de démolition du quartier du Tunnel-Château. Denys Tixidre en est le conservateur le plus renommé. Passionné de recherches historiques, notamment sur Vierzon, il publie le thème d'une conférence dont le premier tirage est rapidement épuisé. Dans la foulée, il postule comme conservateur du musée. Il obtient le poste. En 1945, le musée de Vierzon n'en est pas tout à fait un. Pour tout dire, il végète et l'armée allemande s'est servi en emportant avec elle un grand nombre d'armes de panoplie.

Denys Tixidre donne l'impulsion nécessaire mais son élan se brise sur la démolition des locaux. L'ancien musée doit être remplacé par un autre, celui des Arts du feu. Porcelaine et verrerie ont de quoi occuper une bonne place dans ce futur équipement. En novembre 1964, une esquisse est publiée dans le bulletin municipal : il doit être implanté à côté du Beffroi, à l'emplacement de l'ancienne école, devenue depuis une salle de réunion. Le projet est ambitieux, il voisine avec une bibliothèque-centre de congrès qui doit voir le jour face au Beffroi, dans le nouveau quartier en construction. Mais ni le musée, ni le centre de congrès ne sortent de terre. Et à partir de là, le musée ressemble à une histoire qui commence par, il était une fois....

Cinq pièces pour le musée

Sur les plans, pourtant, le musée de Vierzon, version moderne, comprend cinq pièces : quatre sont consacrées à l'aménagement d'un musée des Arts du feu, la cinquième pièce est un havre pour les objets relatifs à l'histoire de Vierzon et à ses découvertes locales. Les Arts du feu sont censés offrir à Vierzon une notoriété certaine, tandis que le musée apparaît indispensable dans une ville comme celle-ci. Qu'à cela ne tienne.

Le nouveau bâtiment peut aussi abriter une pièce rare, mise à jour, raconte le docteur Tixidre, par des enfants, dans les sables du Cher : une patère, c'est-à-dire une coupe métallique servant aux sacrifices chez les Romains. La pièce est en bronze coulé et date de l'an 50, elle porte la signature de Januaris. Malgré la passion du conservateur et sa persévérance, le musée tarde à sortir de terre. Pour tout dire, l'idée est purement et simplement abandonnée. Les pièces sont alors numérotées, emballées et entreposées. Elles y sont encore... L'urgence ne s'impose pas. Vierzon a d'autres priorités, elle va donc à l'essentiel : le logement, l'économie, les aménagements. En 1979, la ville fête le bicentenaire de son industrialisation et découvre, à travers une somptueuse exposition, les richesses de son patrimoine industriel et de son savoir-faire ouvrier.

Un an plus tard, l'initiateur de cette exposition, le maire-adjoint Roger Coulon, publie une tribune, dans le bulletin municipal. Il explique que la ville est « un lieu d'activité humaine » qui remonte à la préhistoire, pour preuve « ce riche atelier préhistorique de tailles de silex découvert à Bellon entre 1899 et 1901. » Le spectre est large, de la taille du silex à la fabrication de tracteurs....

L'élu annonce que « le musée de Vierzon que nous allons rouvrir en 1981 dans l'ancienne maison des jeunes, doit exprimer tous les aspects du passé et du présent de notre ville. Ce riche passé doigt être protégé et honoré. » Le programme est annoncé de cette façon: « le musée de Vierzon doit honorer les générations passées, préserver la mémoire historique des Vierzonnais et trouver, pensons-nous, une forme originale de fonctionnement, en un mot un musée vivant. » Trente ans plus tard, le musée n'est toujours pas vivant...

Des projets farfelus

Les projets ont pourtant fleuri, dont un sur les engins de travaux publics, entre autres, à coup d'effets d'annonce. Sans suite. La ville a cette particularité : elle possède le label musée de France sans avoir de musée. En 1990, la municipalité change d'étiquette. Mais l'idée d'un musée n'est pas prise plus au sérieux. En revanche, le patrimoine est d'avantage reconnu et entre de plain-pied dans les préoccupations politiques.

Au fur et à mesure des décennies, de nouvelles pièces enrichissent les cartons. Avant 1990, une étonnante collection de « bousillés », des pièces réalisées en dehors des heures de travail notamment par les ouvriers verriers, permettent à la ville d'acquérir des lampes en verre qu'une collectionneuse locale a précieusement su conserver.

Dans les années 1990, une prise de conscience oblige des amoureux du patrimoine industriel et agricole à créer une association pour le préserver. Et notamment, les batteuses, locomobiles et tracteurs ainsi que le matériel agricole fabriqué à partir du milieu du XIXè siècle par la Société Française, Brouhot, Merlin etc. En 1995, la Case, héritière de la Société Française ferme ses portes.

Sept hectares de foncier, en plein centre-ville, risquent de finir en friche industrielle. La municipalité rachète petit à petit les locaux : notamment les anciens halles de fonderie, avec sa charpente et ses poteaux metalliques. Restaurées à l'identique avec ses briques vernissées et ses verrières, les façades sont classées à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Vierzon (re)découvre son patrimoine industriel. Et l'idée d'un musée s'impose avec plus de vigueur. Alors un musée se créé mais pas celui espéré.... Le musée du fil de soie quitte le Sancerrois pour Vierzon, avec un vague lien entre l'industrie textile et le ver à soie... L'entreprise échoue, plusieurs années plus tard. Le musée ferme.

Deux autres musées voient le jour : celui des Fours banaux dans la vieille ville, propose un éclairage sur le passé féodal de la cité. Le musée Laumonier de la machine à vapeur propose un voyage ferroviaire. Mais LE musée de Vierzon n'est toujours pas là. Les anciennes halles de fonderie suscitent l'appétit de projets ayant en fait peu de rapport avec la ville.

On parle d'un musée de la moto également. Rien de très convaincant. Pendant ce temps-là, les collections s'empilent. Des tracteurs et des machines agricoles d'un côté; des verreries issues des productions locales de l'autre; de la porcelaine flattant l'âge d'or des manufactures vierzonnaises; des grès flammés dit Denbac, très prisés des collectionneurs. Et tout le fond de l'ancien musée fermé en 1962. Toutes ces pièces dorment dans des cartons. A la faveur d'une initiative municipale, les verreries sont exposées pendant plusieurs mois : l'exposition fait un tabac. Celle des grès flammés l'est à son tour, succès garanti. Les tracteurs sont montrés au public, le public en redemande. Mais toujours rien à l'horizon.

En 2011 peut-être...

En 2011, une étude relative à un projet de musée de l'histoire sociale et industrielle doit servir de base de travail. Le lieu : d'anciens locaux face aux verrières de la Société-Française. Le thème : l'industrie vierzonnaise à travers son histoire sociale. Le musée a ses partisans et ses détracteurs. D'un côté, la mairie veut aménager un local de 1700 mètres carrés dans lequel il sera difficile d'exposer des tracteurs et des machines agricoles qui font encore la réputation de la ville, à travers des milliers de collectionneurs en France et à l'étranger. De l'autre, des passionnés souhaitent que le musée prennent corps derrière les anciennes verrières de la Société-Française. Deux thèses s'affrontent. Le musée attendra-t-il encore trente ans avant de voir le jour ? A suivre....

J comme jumelages

Sous-titre : Allemagne, Turquie, Chine …

Vierzon est gourmande en jumelages : quatorze villes dans le monde, Europe, Asie, France, Alsace, dans la Meuse... Une vraie boulimie. Le plus ancien remonte à 1955, avec Rensburg, en Allemagne de l'Ouest (République fédérale allemande, RFA à l'époque), suivi, de Bitterfield, jumelage emblématique, scellé en 1959 et destiné à marquer les dix ans de la République démocratique allemande (RDA), l'Allemagne de l'Est. Quatre ans après la signature, une délégation vierzonnaise (Jacques Rimbault, Suzanne Labertonnière, Louis Duroir, Roger Leclerc, Etienne Palat) rendent visite à leurs nouveaux amis avec une liste, en main, de visites diverses comme le foyer des vieux travailleurs, les usines... Après Rendsburg, à l'Ouest, Bitterfield, à l'Est vient équilibrer les relations... diplomatiques. Deux états, deux villes, deux jumelages.

RFA et RDA

Le 11 octobre 1959, Vierzon paraphe la charte utile au rapprochement des deux cités. Les Vierzonnais viennent d'élire une municipalité communiste avec, à sa tête, le docteur Léo Mérigot. Sur le document de l'époque, le tout frais maire de Vierzon précise, aux côtés de sa signature, sa fonction de secrétaire fédéral du PCF. Rapprochement de principe, de coeur. C'est Jenohr Rudolf, de Bitterfield, qui prend contact avec les élus Vierzon. La raison est simple : c'est une ville ouvrière comme Bitterfield, explique l'homme à l'origine du jumelage, lors du jubilé, en 2009. Si les Vierzonnais peuvent librement fouler le sol de l'Allemagne de l'Est, les Allemand de l'Est, eux, ont toutes les difficulés du monde pour franchir les barrières des refus des visas nécessaires. Vierzon choisit ainsi le dixième anniversaire de la RDA pour marquer son attachement, de l'autre côté du mur. Il faut attendre 1985 pour que les premiers habitants de Bitterfeld soient reçus à Vierzon, dix jeunes qui, plus tard, recoivent la visite de dix jeunes Vierzonnais.

Quatre ans plus tard, le mur de Berlin tombe. Et la libre circulation régularise enfin les échanges attendus, plus d'un côté que d'un autre. Vierzon, toujours communiste en 1989, réaffirme, dans une déclaration commune, son intention non seulement de poursuivre mais d'approfondir le jumelage. Deux ans plus tard, les deux villes de l'ex-Allemagne coupée en deux se retrouvent symboliquement en terre vierzonnaise. En octobre 2009, voyage dans l'autre sens : des élus vierzonnais se rendent officiellement à Bitterfield pour le cinquantenaire du rapprochement.

Périgrinations chinoises

La ville de Vierzon reste très longtemps attachée seulement à ses deux jumelages officiels avec l'Allemagne. C'est à partir de 1990, sous l'ère de l'ex-socialiste Jean Rousseau, que le nombre de jumelage va exploser. En septembre 1992, Déveli devient la jumelle turque. Miranda de Ebro, l'année suivante, met du soleil espagnol dans le ciel vierzonnais. Que les Espagnols n'y voient aucun signe malicieux mais le nom de leur ville remplace la sinistre rue des Abattoirs... En 1994, les élus traversent la Manche et vont serrer la main aux habitants d'Héréford. Avenue de la République, l'ancien bar le Sélect devient le pub Héréford aux diverses fortunes. Ce n'est pas fini : en septembre 1996, Kamienna Gora se rapproche de Vierzon tandis que la ville polonaise était déjà jumelée avec Bitterfield, elle-même soeurette de Vierzon. Tout se recoupe. Deux ans passent et en 1998, la liste s'allonge : Barcelos au Portugal devient la nouvelle heureuse élue, suivie de Kahalé au Liban, destinée à sceller une amitié vierzo-libanaise dont une importante communauté s'est implantée dans la seconde ville du Cher. Ajoutons Sig en Algérie et El Jadida au Maroc (la charte d'amitié date de 1987, les relations sont de nouveau d'actualité en 2004) et... ce n'est pas tout.

Vierzon ose. Des amitiés vierzo-chinoises susurrent à l'oreille des élus vierzonnais de se jumeler avec une ville de Chine, au milieu des années 1990. C'est Dongxihu. Lointaine province qu'un protocole d'amitié attache au Berry, transformé ensuite en accord de coopération. Seulement, à l'amitié entre les peuples, guide suprême des jumelages, se mêle une histoire politico-économique rocambolesque où les Chinois de Dongxihu devaient sauver l'économie vierzonnaise. L'effet d'annonce des élus en visite prospective se solde par un flop retentissant. Les relations perdurent, au gré de visites ponctuelles. Des étudiants chinois viennent étudier à Vierzon. En général, le théâtre des délégations a toujours pour cadre la foire-exposition de Virzon, grande manifestation annuelle au cours de laquelle une ville jumelle expose ses vertus touristiques et gastronomiques. Ah, n'oublions pas le dernier jumelage gorgé de soleil : Sao Domingos au Cap Vert. Pour des visites officielles, le soleil, c'est mieux qu'un carré de banquise...

Ronvaux, village de coeur

Mais si les jumelages successifs vierzonnais ont finalement jalonné l'histoire locale de chartes officielles et de délégations aprêtées, une véritable histoire d'amour a lié un minuscule village de la Meuse, Ronvaux, près de Verdun, avec Vierzon.

En 1920, une institutrice de Vierzon dont le mari était mort au front, dans la Meuse, traverse Ronvaux, ravagée par la guerre. Une poignée d'habitants. Une église. Plus tard, un monument aux morts. Madame Veuve Lescot veut ramener le corps de son mari, instituteur à Vierzon-Ville, tué au champ d'honneur, pendant la bataille de Verdun. Les 87 habitants que compte encore le village, deux ans après la fin den la Grande Guerre, croupissent dans des baraques, sans confort. Le coeur serré par ce qu'elle voit, l'institutrice revenue à Vierzon, force le maire, Emile Péraudin, à créer un comité de secours à Ronvaux. Pleuvent des couvertures (42), des paires de draps (70), des assiettes creuses (162), des bols (124), une comptabilité généreuse de tout et de rien de la part de Vierzonnais solidaires. Les entreprises, les associations, la Caisse d'Epargne gonflent les dons. Par délibération, les écoles vierzonnaises adoptent l'école de Ronvaux. Dans une lettre adressée aux écoliers vierzonnais, les enfants de Ronvaux expriment leur gratitude : “Grâce à vous aussi, nous sommes des privilégiés parmi les sinistrés de notre région car vos démarches auprès des commerçants ont permis de nous procurer des manteaux, vêtements, chaussures, coiffures etc. Tous ces articles absolument neufs alors que nos camarades des autres communes n'ont rien eu ou des vêtements de peu de valeur.”

L'épouse du soldat vierzonnais a réussi son pari. Ronvaux a du inhumer treize de ses habitants sur cent... Le village est arcbouté sur sa propre misère et ne peut, en aucun cas, dégager les fonds nécessaires pour ériger un monument à la mémoire de ses fils tombés au front. Des soucis plombent l'énergie des habitants comme enlever les fils de fer barbelé, reboucher les trous d'obus... En avril 1923, le comité de soutien estime avoir accompli sa tâche. Ses caisses sont encore lestées de 4.700 francs, mis à la disposition du village. La somme se transforme en monument aux morts sur lequel ne figure pas treize noms mais quatorze : l'instituteur Lescot de Vierzon, y figure. On peut lire aussi cette inscription : “Vierzon, bienfaitrice de Ronvaux”. Il n'existe finalement, entre les deux villes aucune charte officielle d'amitié ou de jumelage. Mais le souvenir prégnant d'une communion singulière.

La rue de Ronvaux existe à Vierzon et la place de Vierzon est l'adresse de la mairie de Ronvaux. A Vierzon, encore, lors de l'extension de la l'usine Société Française (matériel agricole), dans les années 1930, Ronvaux donne son nom au premier atelier fabriqué en béton (et non plus avec des poutrelles métalliques)

  1. Willelsheim, en Alsace, est la filleule du département du Cher, depuis 1946, par l'intermédiaire du comité Berry-Alsace.

Alain Fournier, à Saint-Rémy la Calonne

Décidemment, le hasard ou le destin, au choix, est une drôle de performance. Alain Fournier, auteur du Grand-Meaulnes, est né à la Chapelle d'Angillon, dans le Cher. C'est à Nançay, près de Vierzon (Vierzon qu'il cite plusieurs fois dans son roman, notamment la gare), que l'écrivain passe, enfant et adolscent, ses vacances d'été. Mobilisé, Alain Fournier meurt en septembre 1914 mais sa dépouille n'est pas retrouvée. En 1991, après d'intenses recherches, son corps et ceux de ses vingt compagnons d'arme sont retrouvés et identifiés grâce à leurs plaques, tout près de la Tranchée de la Calonne, près de.... Ronvaux. Il est inhumé au cimetière militaire de Rémy la Calonne

Kaléidoscope

Sous-titre : Le Vierzon festif

La foire exposition : le rendez-vous marque, le premier week-end de septembre, la rentrée sous toutes ses formes, mais avant tout économique. La tradition date du tout début du XXème siècle. Emile Bouleau, architecte organise la foire-exposition. Jules-Louis Breton, Préfet du Cher l'inaugure en compagnie du maire, Emile Péraudin. Mais il faut attendre 1924 pour une seconde édition. L'électricité est la vedette de la foire, un concours de pêche rassemble huit cents concurrents. En 1931, c'est l'âge d'or. La gazette internationale des foires-expositions offre une large place à la Grande semaine de Vierzon. Elle se déroule en juillet, dans l'enceinte de l'Ecole nationale professionnelle (ENP). Etonnant paradoxe : l'activité industrielle et commerciale très intense à Vierzon ne force guère le destin de la foire exposition. En 1946, elle est de retour sur le calendrier des grandes manifestations nationales. C'est parti. La foire marque un tournant. Des générations de Vierzonnais font connaître le rythme de cette manifestation qui se déplace alors place de l'Abattoir, rebaptisée place de la Libération. Le rendez-vous est fixé au mois de septembre. La foire dure dix jours, encadrés par deux week-end. En 1980, elle se dote d'un nouveau et vaste hall des expositions qui remplace les anciennes infrastructures. Aujourd'hui, la foire exposition rassemble des dizaines et des dizaines d'exposants de toute nature. La foire aux fromages s'est peu à peu dissipée. Des milliers de visiteurs, de Vierzon et des départements voisins, ne ratent pas le rendez-vous, à la fois commercial mais surtout très festif.

Les Estivales du canal : un canal, un jardin, des spectacles. Les ingédients existent, il suffit de les lier. C'est ainsi que sont nées les Estivales du canal, le nom n'a rien d'original puisqu'on le retrouve ailleurs, dans d'autres villes de France, mais le concept plaît énormément. Durant la période estivale, en juillet et août, un programme propose des concerts, du théâtre, de la danse. Une scène fait face à des gradins et à des chaises, montés au coeur du jardin de l'Abbaye, en bordure du canal. Les spectacles sont tous gratuits et permettent une animation estivale et nocturne. Le jardin et le canal se prêtent volontiers aux séries de concerts. Depuis 2008, le programme s'étoffe chaque année avec des têtes d'affiche internationales. Pour l'anecdote, en 2010, Marcel Azzola, l'accordéonniste de Jacques Brel est venu voir Vierzon. Depuis 1968, date de la sortie de la chanson Vesoul, Marcel Azzola n'était pas revenu à Vierzon. Les Estivales du Canal permettent ce genre d'événement.

La Maison de Pays : la politique des Pays (rassemblement de plusieurs communes sur un secteur géographique) a permis la création de la Maison du Pays de Vierzon, en bordure de l'A71, le long de la rocade nord. Elle sert de siège administratif au Syndicat de Pays, de salle de réunion, de boutiques de produits locaux et de restaurant mais son originalité est ailleurs : un parcours sensoriel invite les visiteurs à des expériences visuelles, auditives, olfactives. Le principe de ce parcours est basé sur les cinq sens. Les visiteurs peuvent découvrir alors le Pays de Vierzon (25 communes) d'une façon singulière à travers des odeurs et des parfums ou des devinettes tactiles de produits ou d'objets fabriqués dans le Pays de Vierzon.

Chansons, chansons : Si le château de Fay (lieu de naissance du chansonnier Maurice Mac-Nab et demeure de Célestin Gérard, créateur du machinisme agricole) est plus beau de loin que de près, c'est qu'on le doit au jeune Savinien, auteur, en 1870, d'une chanson parodique sur la demeure. “Le château de Fay se dresse près d'une forêt épaisse où le gibier se presse, fait la nique au châtelain. Mais dès que l'on approche, le regard, déçu, s'accroche à plus d'un détail qui cloche, autour du château de Fay, plus beau de loin que de près.” Ainsi peut-on vivre l'histoire vierzonnaise à travers des chansons et des compositions de circonstance. La chanson de Saint-Eloi (1929) se chante au coeur de l'entreprise Brouhot qui fabrique des batteuses : “quand on construit des batteus', des press' et des locos/Depuis l'premier janvier tout l'long d'lannée jusqu'à la fin/On peut bien pour un' fois mett' aut'chose en magasin/Et l'remplir de gaité, de femm's et de joyeux échos.” Avec Rogador aux paroles et Frédiani à la musique, l'effet était garanti. La chanson officielle des fêtes de Vierzon est signée des deux compères. Une autre chanson, “Vierzon brade et rit” pousse le calambour sur des mots de Rogador toujours et sur une musique de Pierre Toyot. C'est ni plus ni moins l'inventaire des magasins de la vile : “Et au Paris Vierzon, Dutreix va vous offrir, des p'tit's combinaisons, ravissant's à mourir”. Plus contemporain, le chanteur Yves Jamait a écrit une chanson initulée “Vierzon”, il y raconte l'histoire de son père qui l'a abandonné. Quant à Jacques Brel...

Lycée technique Henri-Brisson

Sous-titre : ex-Ecole nationale professionnelle

Sa masse, derrière ses hautes grilles, a cet aspect tranquille des choses qu'on a toujours vues et que l'on espère voir toujours. Le lycée technique Henri-Brisson (ex-école nationale professionnelle), sur le bord d'une avenue du même nom, regarde passer les générations d'élèves depuis plus de cent vingt ans.

La main de Jules Ferry repose sur la première pierre de l'école nationale d'enseignement primaire supérieur et d'enseignement professionnel préparatoire d'apprentissage, en plus court : l'école nationale professionnelle, l'ENP. La pièce essentielle du vaste puzzle industriel de la ville.

Le décret créant cette école à Vierzon date du 9 juillet 1881. C'est une date aussi importante que la création de la forge par le Comte d'Artois, l'arrivée de Célestin Gérard ou celle du chemin de fer. Car la réputation de la ville doit à son école nationale professionnelle une fière chandelle dont la flamme aujourd'hui vacille...

Dans l'article 2 du décret, Jules Ferry, Ministre de l'instruction civique et des beaux-arts avec Jules Grévy, Président de la République, président du Conseil, fixe l'implantation de cette école à Vierzon. Elle doit d'ailleurs servir de modèle pour d'autres écoles en France. Tous les regards sont donc tournés vers Vierzon, ville d'excellence ouvrière, pour ses industries nombreuses et variés; et pour son enseignement.

40.000 mètres carrés

Le terrain idéal pour construire ce joyau de l'éducation, s'étend sur cinq hectares. Des vignes cotoient trois petites maisons de vignerons, sur un talus en bordure de la route nationale, donc lieu de passage. L'emprise mord sur une propriété bourgeoise, boulevard de la Liberté.

Elle appartient à Edouard-Vaillant, éminente personnalité politique vierzonnaise du Parti socialiste. Le terrain en question s'étire vers le coteau du Crot-à-Foulon et un chemin creux qui doit devenir, plus tard, l'actuelle rue Charles-Hurvoy (maire de Vierzon). Une fois Edouard-Vaillant exproprié, les travaux de l'école peuvent commencer à la fin de l'année 1882.

Le talus est raboté pour rattraper le niveau de la route. C'est à cet endroit que, le 31 mai 1883, Jules Ferry, Henri Brisson, président de la chambre des députés et Charles Hurvoy, maire de Vierzon, posent ensemble la première pierre de cet immense édifice. : 40.000 mètres carrés dont 31.400 mètres carrés de cours, de jardins et de pavillons indépendants. L'école maternelle voisine avec l'école primaire. On y trouve une infirmerie, la direction, un économat, l'école supérieure professionnelle, un atelier de bois, un autre de fer, des dortoirs, un amphithéâtre etc. Les bâtiments dressent leurs arêtes vives et évoquent à la fois la fierté et la dureté, la symétrie et la rigueur.

Le message de Jules Ferry, prononcé en terre vierzonnaise est clair. Il prend, pour illustrer ses propos, un discours militaire et parle de “l'armée du travail” : “Ici nous voulons préparer des soldats pour cette armée, ingénieurs, conducteurs de travaux, dessinateurs, contremaîtres, cadres du travail et de l'industrie française. Ce n'est pas de ceux-là que nous nous préoccupons ici : c'est de la grande masse ouvrière elle-même, c'est à elle que nous voulons donner une éducation pratique et intellectuelle qui la rendra supérieure à sa tâche journalière et qui loin de l'en dégouter ou de l'en distraire, la rattachera à elle par un lien plus intime et plus profond.”

Le Père-Cent

L'école nationale professionnelle s'inscrit alors dans un schéma d'excellence nationale. Ses premiers directeurs, M. Baudrillart (1887-1894), Alfred Perrin (1894-1906), Joseph Roux (1906-1919) ont alors une lourde responsabilité sur les épaules. Le succès de l'école se lit dans les chiffres : 80% des candidats sont reçus en 1893, les trois premiers élèves qui sont entrés à l'école d'Angers sortent de l'école de Vierzon. Pour confirmer sa qualité prédominante, la Société amicale des anciens élèves de l'école nationale professionnelle de Vierzon voit le jour le 19 mai 1895. Les anciens sont communément appelés les Vierz'arts.

Parmi eux, Edgard Brandt, Alain Barrière, l'historien Jean Daulon, biographe de Jeanne d'Arc, le magicien Yves d'Anglier de son vrai nom Yves Martin; l'ex-directeur des forges de l'usine Citroën, le directeur des fonderies Renault etc. Pour le centenaire de l'école, en 1987, 2000 anciens élèves se retrouvent.

Cette qualité traverse le temps. L'écho du Berry, daté de 1911 l'atteste : “la réputation de l'école de Vierzon, l'essor admirable pris par cet établissement proviennent, à n'en pas douter, du genre d'enseignement que reçoivent les élèves. Elle a pour but de fournir aux diverses industries des sujets intelligents, instruits, exercés à la pratique d'un métier, capables de devenir des contremaîtres, des chefs d'équipes, des directeurs d'usine, des chefs de bureau de dessin, voire même des ingénieurs.” La prose journalistique ressemble trait pour trait au discours de Jules Ferry...

Le centenaire en 1987

Le 2 juillet 1911, l'école fête ses 25 ans et l'amicale des anciens élèves, son 1000è membre de l'amicale des anciens élèves, les Vierz'arts. Le programme est alléchant : samedi, salves d'artillerie, retraite aux flambeaux; le dimanche, réception à l'école, banquet, visite de l'école, récompenses aux élèves en présence d'Alfred Massé, ministre du commerce et de l'industrie et inauguration par le ministre, des groupes de maisons ouvrières à bon marché construites par la Caisse d'Epargne et l'Abri familial vierzonnais dans le quartier du Bois d'Yèvre. Le cinquantenaire de l'école occupe les 5 et 6 juin 1937 et son centenaire, les 15, 16 et 17 mai 1987.

L'école nationale professionnelle entretient la tradition des arts et métiers. Elle sort des murs de l'établissement et envahit les rues : le défilé du Père Cent (depuis les années 1920, le Père Cent symbolise la quille, cent jours avant de partir vers la grande aventure de la vie professionnelle).

Il a longtemps serpenté en ville avec ses élèves costumés, en haut de forme, portant un cercueil sur leurs épaules, cercueil ensuite brûlé dans la cour du lycée. Les fondeurs sont en cote bleue, les modeleurs avec leur hélice en bois sur l'épaule, les céramistes en blouses blanches. Le défilé du Père Cent s'arrête en 1998 et le bal l'année suivante. Faute de combattants.

La mutation des années 1990

L'établissement devient un lycée technique en 1960. Déjà, les cartes postales anciennes soupirent la nostalgie d'un temps où l'ENP regorgeait d'ateliers de toutes sortes et fourmillait d'élèves. Les années 1990 marquent un tournant architectural et sans aucun doute, philosophique. Le Conseil régional dont dépend le lycée technique entreprend de vastes et de coûteux travaux de restructurations. Démolition, reconstruction modèlent alors un nouveau lycée dès lors que ce dernier subit une désaffection de ses élèves et de ses filières.

Le prestige n'est plus vraiment au rendez-vous. L'ancienne salle des machines datant de 1882 tombe en juillet 1996 dans un nuage de poussière et de polémiques. Les uns voulaient la conserver; les autres la démolir. Les deriniers ont fini apr avoir raison. Avant cela, un nouveau et fier bâtiment céramique, en verre, inclue le château d'eau de l'établissement, vigie inexorable d'un temps finalement ancien. Le bâtiment impose sa masse dans le découpage de l'horizon vierzonnais.

Une passerelle se jette au-dessus de la rue Charles Hurvoy, à la fin des années 1990. Henri-Brisson, comme l'appelle les Vierzonnais, se modernise à la vitesse grand V mais sait conserver son patrimoine. La façade de la salle des fêtes, par exemple, est conservée jalousement. Il existe, dans l'enceinte, un fort sentiment palpable de modernité et de passé prestigieux.

Pour les cent ans du lycée, un prof de math résume ainsi la place du lycée : “dans l'identité vierzonnaise on voit d'abord la rudesse et la tenacité, et puis on découvre la solidarité et la chaleur humaine que créé le coude à coude constant pour le travail, le beau travail, pour une industrie forte, pour la reconnaissance de la noblesse de la technique. Ces choses-là ont leur reflet actif dans notre lycée technique.” Les effectifs du lycée Henri-Brisson ne cessent de reculer, 560 élèves seulement à la rentrée scolaire 2010-2011.

Quelques personnalités du lycée

Eric Rohmer, le cinéaste, est passé lui aussi au lycée Henri-Brisson mais comme enseignant de lettres et de latin. L'homme de Ma nuit chez Maud et de Pauline à la plage s'appelait en fait Maurice Shérer. Dans la première moitié des années 1950, il accepte un poste d'enseignant à Vierzon, après une agrégation de lettres passée dans la douleur. Eric Rohmer logeait dans un hôtel, face au lycée. Quelques anciens élèves se rappelent de l'homme, un personnage fantasque, toujours en retard, arrivant par le train en provenance de Paris, buvant son café au bar de la Promenade. Déjà, ses élèves avaient saisi son goût immodéré pour le cinéma, fan de westerns américains. Plus tard, Maurice Shérer, l'enseignant vierzonnais devient un grand cinéaste. Grâce à son poste de professeur de lettres, il a pu poursuivre son activité journalistique aux Cahiers notamment. C'est à sa mort, le 11 janvier 2010, que Maurice Shérer et Eric Rohmer ne sont plus devenus qu'un, à Vierzon.

Edgar Brandt, l'inventeur de l'électroménager, a fait ses études au lycée Henri-Brisson, en 1894 jusqu'en 1898, avec son frère Jules. Le jeune Edgar, âgé de 14 ans, a appris le métier de ferronnier d'art à l'école professionnelle, alors inaugurée, le 3 mai 1883, par Jules Ferry, en personne. Edgar Brandt, en 1902, créé une boutique de bijoux et d'objets en fer (lustres, cendriers, grilles intérieures). Parmi ses “oeuvres”, notons la dalle du Soldat Inconnu sous l'Arc de triomphe. Brandt, ce sont plusieurs hommes dans un seul : l'homme d'art; l'homme de la conception du mortier de 60 millimètres; l'homme entrepreneur dans l'électroménager. Pour les cinquante ans du lycée Henri-Brisson, en 1937, il offre une plaque à l'établissement où l'on peut lire “don de M. Edgar Brandt, ancien élèce de l'école”.

Roland Moisan et Dubout, deux dessinateurs humoristes, ont fréquenté pour le premier, la section céramique de 1922 à 1926, pour le second, auditeur libre. Moisan a longtemps officié dans les colonnes du Canard Enchaîné. Dubout a illustré près de quatre-vingt ouvrages. Moisin est né à Bourges en 1907 et entre à la section arts décoratifs de Paris à l'âge de 20 ans après avoir fréquenté le lycée vierzonais. Le dessin devient sa vie, et il se fait remarquer pour ses caricatures de De Gaulle, dans les années 1950, publiées dans le Canard Enchaîné. Dubout est né en 1905. Après les Beaux-Arts de Montpellier, il se lance dans le dessin et croque notamment une cérémonie du Père-Cent de l'école vierzonnaise.

M comme Marchés

Sous-titre : Une tradition en évolution

Les marchés sont, à Vierzon, une tradition têtue, un rituel immuable. Ils balisent la semaine, avec leurs rendez-vous qui se comptent sur les deux mains. Les deux plus importants se situent, en centre-ville, le samedi, et dans le quartier de Sellier, le mardi. Le mercredi, le quartier de Villages, jadis commune indépendante jusqu'en 1937, conserve, avec un oeil rivé sur ses traditions, son marché au pied de l'ancienne mairie. C'est l'occasion de se revoir, de discuter et de boire un verre au café tout proche. Là-dessus, les convictions n'ont pas varié. Des marchés, des clients, des habitudes, la pendule hebdomadaire n'est jamais grippé. Les marchés vierzonnais sont installés dans le paysage.

Celui hebdomadaire du samedi, en centre-ville, est millénaire. La charte de l'abbaye de 843 octroie aux moines les revenus de deux foires à la Sainte-Perpétue, la Saint-Pierre et la veille du dimanche. Les différentes places de Vierzon se spécialisent dans la vente de certains produits. Le marché au vin s'enracine rue de l'Etape (inventaire de 1809). Le marché aux porcs s'implante place du tunnel-château avant l'arrivée du chemin de fer. Le beurre et les produits laitiers voisinent place de l'hôtel de ville. Les légumes investissent la rue Maréchal Joffre et les grains, la place du marché au blé. Pour passer d'un marché à un autre, notamment celui de la place de l'Etape à celui de la place du Marché au Blé, les Vierzonnais pouvaient emprunter la rue du Chevrier, dite aussi ruelle du Chevrier, dans la vieille cité.

Marché au Blé

En 1842, le marché aux grains est l'un des plus considérables du Cher. Les routes de Paris à Toulouse et celles menant à Bourges, Romorantin et Issoudun, accentuent le besoin de commerces. S'ajoutent les activités industrielles de la ville avec les Forges, la navigation sur le Cher et en même temps sur le canal de Berry, les voisins solognots sont autant de clients friands. Sans oublier la population vierzonnaise qui s'accroit au rythme de l'expansion industrielle.

D'ailleurs, la place idoine, baptisée Vaillant-Couturier, résiste encore et toujours. Pour les Vierzonnais, elle reste la place du marché au blé. En 1872, d'ailleurs, elle est agrandie, après la destruction de la rue de la Boucherie. La place du Marché au Blé est d'autant plus emblématique, qu'elle concentre le coeur de la vieille cité médiévale.

Sur de nombreuses cartes postales anciennes, les marchés de Vierzon s'étalent d'une manière élégante et hétéroclite. Place du Mail, en ville, on voit de vieilles dames vendre le contenu de leurs paniers. Les quartiers de la ville vivent, d'une façon dépendante, au rythme des marchés. Pour la petite histoire, l'administration révolutionnaire en créé un nouveau, le dimanche devant... le parvis de l'église Notre-Dame, abandonné seulement en 1872, à la suite de nombreuses plaintes des desservants de l'édifice religieux. La cohabitation est vue d'un très mauvais oeil.

Aujourd'hui, le marché du centre-ville maintient une tradition très ancienne. Et malgré son dynamisme, le territoire qu'il occupe ne cesse de se rétrécir. Chaque semaine, les premiers arrivants s'installent à partir de 3h30. Sur la place de l'intendance, près de la mairie, on y trouve les producteurs locaux de fromages, beurre, oeufs, vins, bouchers, rôtisseurs. La place Aristide-Briant se hérisse de maraîchers, poissonniers, fleuristes et la place Foch se couvre du non-alimentaire, principalement des vêtements. Paradoxalement, la place du marché au Blé finit par abandonner son commerce ambulant.

Dans les années 1980, le marché du samedi s'y étend encore. Les Vierzonnais grimpent ainsi la rue Maréchal Joffre pour s'y rendre. Peine perdue. Les marchands font de moins en moins d'affaires et la place du Marché au Blé quitte le périmètre du marché hebdomadaire. Au grand dam des commerçants du quartier. Aujourd'hui, le marché est une valeur sûre mais, à l'oeil, on constate que les activités évoluent.

Tentatives de marché

Au regard de l'animation engendrée par les marchés traditionnels, certains quartiers tentent l'aventure, avec plus ou moins de bonheur. Etape nouvelle, les nouveaux quartiers nés des cités construites à la verticale de la fin des années 1950 jusqu'aux années 1970, se lancent également dans l'organisation de marché. Celui du Clos-du-Roy, par exemple, devient très vite renommé. Il se déroule le dimanche matin et rompt avec la tradition dans la nature des activités ambulantes qu'il offre. Il préfigure le marché de Sellier, implanté chaque mardi matin. Son exotisme en fait sa réputation jusqu'à le hisser derrière celui du centre-ville. Une vaste place lui est dédié.

Place Marceau (place des Radis), une poignée de commerçants fidèles s'accrochent à leurs clients. Et inversement. Le quartier de Bourgneuf a essayé, à son tour, d'implanter un marché. Même chose dans le quartier de Chaillot, en vain. Celui de Villages est amoureusement entretenu. Dans les anées 1990, difficile de laisser vide la place du Marché au Blé. Depuis, chaque jeudi, quelques commerçants s'y retrouvent encore. Mais loin, très loin du faste qu'elle connut jadis.

Marché couvert

Et un marché couvert ? Le projet, du moins l'idée, est l'Arlésienne qui court les allées. Certains y sont favorables, d'autres franchement opposés. Faut-il instituer un marché couvert quotidien ? Ou seulement hebdomadaire ? Et si oui, à quel endroit ? Régulièrement, la question traverse l'actualité. Régulièrement, elle ne trouve aucune réponse. D'abord parce que Vierzon ne compte pas de Halles comme Bourges par exemple, entre celle de Saint-Bonnet et celle au blé. Toutefois, lorsque la société Case a fermé ses portes en centre-ville, la haute et métallique architecture a donné des idées : et si l'on créait un marché couvert à cet endroit ? Récemment, le vide de l'ancien bâtiment des Nouvelles-Galeries, en centre-ville, a réactivé les appétits. Sans démolir tout à fait le bâtiment ne pourrait-on pas y créer des halles ? Le septicisme est pesant. Surtout, une fragilité relative entoure l'activité des marchés qui parviennent à résister aux assauts de la concurrence de toutes sortes. Alors, une halle couverte ne risquerait-elle pas de déséquilibrer le bel ensemble ? Une raison essentielle de l'absence de marché couvert. Un juste ralliement à la raison.

(1) : Les principaux marchés : mardi, marché de Sellier; mercredi, marché de Villages; jeudi, marché au Marché au blé; samedi, marché en centre-ville.

N comme National Palace

Sous-titre : Le cirque vierzonnais

Le cirque plante sa mémoire à Vierzon, pendant la seconde guerre mondiale. Peut-on parler de hasard ? Ou de destins croisés ? Aujourd'hui, un chapiteau permanent perce le ciel de la rue du Cavalier. Le cirque a mué en cabaret. L'immense enseigne National Palace, vue des trains qui se croisent à la gare, a su imposer son image et les spectacles sont désormais très prisés. Il est loin le temps d'Amédée Ringenbach. Pourtant, le passé est soigneusement entretenu, comme une vertu, une valeur léguée aux générations qui écrivent le nouveau statut du National Palace, héritier direct du cirque National, lui-même issu du cirque des Alliés.

Amédée nait à Lyon en 1891, d'un père mécanicien. Autant dire que la lignée est tracée, dans l'absolu. Parce que dans les faits, quel démon de la piste a piqué Amédée ? Quelle drôle de fée de la balle s'est penchée sur son berceau pour lui faire courir dans le sang, un besoin singulier : la création d'un numéro de main à main, avec un ami. Pour l'instant, le lien avec Vierzon est encore invisible, imprévisible même. Le destin d'Amédée s'en rapproche pourtant lorsque, ayant tourné le dos définitivement à la mécanique, le cirque berruyer Bureau-Glasner l'embauche pour un simple remplacement. Le provisoire s'installe...

L'alchimie du cirque

Amédée trouve son compte dans son rôle d'avant-courrier. Il sillonne les villes pour annoncer l'arrivée du cirque. La liberté est un luxe. Une fois le destin forcé, tout s'enchaîne. Yolande Sturla, devient sa femme, en 1933. Elle est la fille d'Edouard Sturla et d'Hélène Ricono, une célèbre famille de cirque. Edouard Sturla monte avec ses trois soeurs un numéro de barriste. Marié à Hélène, il monte avec ses frères et beaux-frères un célèbre numéro équestre, baptisé Ricono Sturla, au Tower Circus, Crystal Palace de Londres, au cirque de Paris...

L'alchimie est complète, l'issue imparable : Amédée et Yolande crééent leur propre chapiteau, un deux mâts. En 1935, avec la famille Ricono, les époux Rinchenbach bâtissent le cirque des Alliés, prolongement naturel d'une piste accueillant des artistes de différents pays. Comme les autres cirques, celui des Alliés monte et démonte son chapiteau dans les petites et les moyennes villes. L'élan se brise sur le mur de la guerre. A Vannes, en 1939, les Allemands stoppent le cirque. Forcément, les occupants ne veulent pas entendre parler des Alliés, fussent-ils le patronyme d'un cirque. Sa survie en dépend. Avec un clin d'oeil malicieux, il prend alors le nom de National. Sans problème.

L'histoire se précipite. Elle se rapproche de Vierzon. Amédée arive en ville, comme les comédiens de la chanson d'Aznavour. Il établit ses quartiers d'hiver dans la rue du Champ-Anet et stationne ses caravanes sur le quai du Bassin. C'est fait. Le sol vierzonnais a pris le goût du cirque. Il le garde.

En 1946, l'ancienne usine Brouhot, rue du Cavalier, tend son vide à la famille Ringenbach. La maison surplombe les voies ferrées. Les camions estampillés stationnent dans la rue. Le cirque occupe le paysage quotidien et c'est à partir de Vierzon, que les véhicules au gazogène sillonnent les routes de la région Centre. Le cirque National se taille la part du lion. En 1953, un chapiteau de trente-quatre mètres sur vingt montre la notoriété de l'entreprise.

La descendance s'appelle Janine, Anna (Nana) et Albert (Bébert), le troisième enfant. Le mimétisme est total, les enfants sont du cirque à leur tour. Janine débute à douze ans, acrobatie, saut, bascule, boules. Elle épouse un cycliste... de cirque, monte un numéro cycliste que s'arrache les scènes internationales. Ses enfants aussi ont choisi le même métier que leurs parents. Albert joue l'équilibriste, l'acrobate à cheval, le funambule, le dresseur de fauve. Anna, de son côté, épouse Sampion Bouglione, le directeur du cirque d'hiver de Paris.

La seconde ville du Cher possède ainsi dans ses filets, un arbre généalogique complexe. Aux Rinchenbach, résidents vierzonnais s'ajoutent les Ricono, les Taggiasco. En 1964, Amédée remise le cirque National. Mais l'histoire est en route. Les Richenbach ne quittent pas Vierzon, ni la rue du Cavalier. Les enfants d'Amédée ont à leur tour des enfants. Et le cirque devient aussi leur vie.

Le cirque devient cabaret

Albert arrive avec son père en 1939, à Vierzon, pour passer l'hiver avec le cirque. C'est la sentinelle, la vigie de la famille. Albert a épousé Bella, soeur d'Alexis Gruss. Et c'est dans la maison de la rue du Cavalier que se situe le centre du monde familial. En juin 1998, la ville de Vierzon donne le nom de Place du cirque National Amédée à un vaste parking qui reçoit habituellement les cirques. L'hommage est vibrant et semble-t-il, unique, souligne à cette époque, le directeur du cirque d'hiver de Paris.

Le destin rebondit. Si le cirque National est un souvenir, la famille Rinchenbach possède la richesse du métier. En novembre 2006, le cirque plane à nouveau, mais cette fois-ci de manière permanente, sur la rue du Cavalier. La famille monte son chapiteau et créé un cabaret, avec dîner spectacle : c'est la création du National Palace. Une idée d'Albert, une envie de regrouper, à Vierzon, tous les membres de sa famille au même endroit. Son fils Eddie et son gendre Sascha pilotent la direction. Sascha est un enfant de cirque aussi. Il est né au sein du grand cirque Rançy, alors en tournée en Norvège, mais sa famille est américaine. A 12 ans, il quitte les Etats-Unis pour l'Europe. Et en 1997, il croise Isabelle Ringenbach qu'il épouse. Le chapiteau est une destination singulière. A Vierzon, les spectateurs trouvent un spectacle original, une famille unie et un cadre unique. En septembre 2011, le National Palace présente son nouveau spectacle, baptisé Désirs. Une revue haute en couleurs. Dans laquelle résonne les premiers échos du cirque des Alliés, du cirque National. Et d'une famille circassienne jusqu'au bout des ongles.

(1) En 2010, la ville créé la Biennale du cirque, en hommage à son passé circassien.

Ovalie

Sous-titre : la passion du rugby depuis 1905.

Le rugby a pollinisé la ville grâce au vent de l'école nationale professionnelle, l'ENP, devenue plus tard, le lycée Henri-Brisson. Le vent cheminot n'a fait qu'accentuer la manoeuvre sportive, confirme un grand spécialiste du ballon ovale. Pourtant, la rumeur était belle : grâce à ses cheminots venus de toutes parts, le rugby serait arrivé avec eux, dans la vapeur et le rail. Mais c'est oublié aussi que les élèves de l'école nationale étaient issus, aussi, de toutes les régions de France. Pour équilibrer le match, disons que les élèves ont fait germer le rugby, les cheminots l'ont fait pousser. La passion l'a entretenu.

Voilà comment Vierzon est devenue une terre d'ovalie, fortement marquée, encore, le dimanche, par les matchs de son équipe phrare, les SAV. Passons aussi sur les vertus de camaraderie, d'équipe, de solidarité qui couronnent ce sport. Depuis plus d'un siècle, le rugby marque son empreinte, depuis le 10 décembre 1905, date historique du premier match entre deux équipes Vierz'arts sur la plaine de Venise : les vestiaires sont chez l'habitant, les douches dans la rivière d'à côté. Les Vierz'arts sont les membres de l'association des anciens élèves de l'ENP.

Une semaine après le premier match

La rencontre est officielle. Les potaches ont marqué un point. Ils leur restent à persévérer. Dans leur sillage, Jim Agard et ses étudiants prennent le taureau par les cornes. A Vierzon, les choses vont certainement plus vite qu'ailleurs. Question de tempérament. Dans la semaine suivant le match originel, le docteur Constant Duval donne l'impulsion vitale à la création du premier club de rugby. Pas étonnant que le stade, à la sortie de la ville, où s'ébrouent régulièrement les joueurs, portent son nom. Le Sporting Club de Vierzon est né. Une page vierge s'écrit. Exaltant. Pour Noël 1905, le cadeau au pied du sapin sportif étale un club dont le siège social est établi place de la Croix-Blanche (actuelle place Gabriel Péri).

Le Sporting-Club est par excellence, l'acte de naissance du rugby. On peut lire dans la presse, après la première victoire du club vierzonnais : « Certainement, il y a peu de villes où le sport a fait de si grands pas en un an comme à Vierzon. » La messe est dite. En janvier 1906, un second club voit le jour, le Stade Vierzonnais, que le ballon rattrape après la seconde guerre mondiale. Le Sporting-Club, déjà mythique, choisit comme siège social, quelques années après sa création, le Café des Arts, autre bistrot mythique de la Croix-Blanche. Ca y est. Le rugby est une culture locale. Le sport, un apprentissage de la vie. Pas de télévision, rien qui ne puisse détourner, finalement, les amateurs des terrains, le dimanche. La vie passe. Cinq cents adhérents en 1919. La première guerre mondiale a bien évidemment ouvert des saignées. D'autres clubs rejoignent le sporting, le Stade vierzonnais, l'Amicale tennis et voilà la naissance du premier club omnisports, rejoint plus tard par la Société nautique et la société de tir. En 1920, le Préfet inaugure le terrain du Chalet. Rien à voir avce la plaine de Venise : tennis, tribunes, toilettes, vestiaires, douches chaudes. Merci Constant Duval. « C'est là le plus beau terrain des sports qui puisse se voir à deux cents kilomètres à la ronde » écrit la presse locale.

Et un club cheminot

Le rugby issu des élèves de l'école nationale a de beaux jours devant lui, et derrière également, au vu du palmarès et du dynamisme rugbistique de la ville. Les cheminots entrent en piste le 9 avril 1923, avec un nouveau club : Compound (machine à vapeur) Olympique Vierzon (COV). Ce qui tranche le cou à la belle histoire des cheminots pourvoyeurs du rugby vierzonnais. De toute façon, le Sporting-Club et le COV finissent par se rejoindre, pas forcément de la plus belle façon : en 1939, les deux clubs ne survivent pas à la grande tourmente qui s'apprête à balayer le pays.

Loin de l'insouciance des années précédentes. Le Sporting-Club se paie le luxe de posséder son hymne, créé au Café des Arts, les paroles sont de Rogador et la musique de Frédiani, pilier des lieux. Le 12 mai 1928, les Rouge et Vert vendent leur partition au profit de la caisse du secours du club. Le rugby est un sport qui fait mal... Douze ans plus tard, le Sporting sombre. Mais c'est sans compter sur le toujours très dynamique Jim Agard, déjà à l'origine des premiers rebonds du ballon ovale, pour remettre sur pied une structure sportive, baptisée les Sports Athlétiques Vierzonnais (SAV), toujours d'actualité. C'est à l'été 1941, que les SAV foulent officiellement la terre vierzonnaise. Au rythme de la reconstruction, les SAV bâtissent aussi leurs équipes, leur palmarès. Le club est le seul désormais qui parle de rugby, contrairement au football dont la multiplication des clubs fait encore débat actuellement...

Dès lors, c'est indéniable, le rugby vierzonnais est une racine historique du sport de la ville. En 1963, une école voit le jour et c'est toujours au stade Constant-Duval que les choses se passent. Bien sûr, de grands noms ont marqué le rugby vierzonnais et c'est pour ne pas faire de jaloux que nous n'en citons aucun... En 1984, les SAV accèdent à la deuxième division. Deux ans plus tard, elle descend en Fédérale 3, en fait, la troisième division. Le club de Vierzon joue ainsi au yo-yo. En 1987, hop, les SAV sont en Fédérale 2. Et hop, en 1990, elle redescend en Fédérale 3 (descente administrative). Quatre ans plus tard, elle revient en Fédérale 2, y reste neuf années et rejoint la Fédérale 3 en 2003. Et en 2004, badaboum. Redescente en Fédérale 2. C'est en tout cas haletant et rempli de challenge. Le rugby vierzonnais a fêté son centenaire en 2005. Il est parti pour un autre.

Pulsar 80

La musique a vraiment explosé à Vierzon

Pulsar 80 aurait pu changer l'avenir de Vierzon s'il n'avait pas capoté dans un douloureux désordre dont la cicatrice ne s'est jamais vraiment refermée. « Cet été, la musique explose à Vierzon ». Le slogan de ce festival débarque en 1980. Il est en fait prémonitoire. Dans la mémoire collective, Pulsar 80 sent encore le gaz lacrymogène, l'estafette incendiée, l'embrouille, le désordre, la pagaille, les tentes sur les pelouses publiques, des festivaliers échevelés, le fric et l'inexpérience incarnée. L'ambition de la Ravenelle, une association de folkleux basée à Saint-Georges-sur-la-Prée, à côté de Vierzon, passe, sans prélable, d'un petit festival rural à une méga-machine du show-biz.

Sur le papier, Vierzon cartonne ! Le programme aligne les têtes d'affiche : Angélo Branduardi, Al Jarreau, Valérie Lagrange, Mama Béa, Bashung, Bernard Lavilliers, Mink de Ville, Philippe Chatel, Billy Preston, Stanley Clarke, Daniel Balavoine, Jimmy Cliff, Ray Charles, Madness, John Lee Hooker, Trust, Motorhead...

Vierzon n'a jamais vu ça et Bourges, avec son Printemps naissant, non plus (le Printemps de Bourges existe toujours). L'affiche est même trop belle pour être vraie. Seulement voilà, Vierzon veut asseoir sa réputation. “Une telle rencontre amenant un public aussi diversifié ne s'était jamais encore vu en France” explique la Ravenelle qui a fait tranquillement son marché de vedettes les plus en vue. A la musique s'ajoutent le cirque, le théâtre, le cinéma, les animations de rue. Au bord de l'été, la ville prend des airs de vaste camping tandis que la méfiance s'installe dans les esprits.

Le glas des septiques”

100.000 personnes sont attendues entre le 28 juin et le 5 juillet, soit 10.000 festivaliers par jour. Les chiffres donnent le tournis. La ville compte alors 35.000 habitants. “Vierzon va connaître un événement de portée nationale voire internationale” explique la presse locale, “Pulsar 80 sonnera le glas des septiques” titre-t-elle encore. Le festival sonne surtout le glas des ambitions vierzonnaises pour les grands festivals. On parle même encore aujourd'hui du “syndrome Pulsar” qui a longtemps empêché l'organisation de grandes manifestations... Chat échaudé...

Trois chapiteaux hérissent la ville dont un place de la République (où se situe le Forum République actuel); deux scènes en plein air sont montées dont une à Bellevue; et le centre culturel Mac-Nab ainsi que l'église Notre-Dame comptent accueillir des spectacles. L'infrastructure est impressionnante.

Le bulletin municipal de mai 1980 affiche l'ambition de la ville : “Nous recherchons simplement à ce que notre ville ne soit à la remorque de qui que ce soit.” Message codé pour signifier que Vierzon, voisine de Bourges, veut aussi sa part de gâteau, celui de la renommée. La presse insiste : “pour huit jours au moins, Vierzon perdra son auréole de ville triste et grise.” Le festival doit ouvrir avec l'Orchestre philarmonique de Mexico, à 19 heures, le 28 juin sous le chapiteau numéro 2. Il pleut des cordes.

A 20h30, le rocker paysan, Angélo Branduardi, est censé enchaîner et déchaîner le public. Le festival est déjà mort, les organisateurs ne le savent pas encore. L'Orchestre philarmonique refuse de jouer, notamment à cause du bruit du vent et de la pluie sur la toile. C'est mal parti. “On a voulu à Vierzon faire jouer un orchestre symphonique sous une tente tout juste bonne à abriter une fête de la choucroute avec ses petites chaises pliantes en bois, sa scène pour bal musette et son sol de graviers” lit-on le lendemain, écrit un journaliste, dans la presse locale qui après avoir encensé, critique sévèrement. Vierzon devait chanter mais la ville déchante.

Angélo Branduardi refuse de jouer

Le second coup est plus rude : Angélo Branduardi ne sort même pas son violon. Les six mille spectateurs sont forcément déçus. Le rocker violoniste part quand même avec son cachet. On se demande de quelle façon ont été rédigés les contrats. La machine est grippée. Il faut impérativement que le festival fonctionne jour après jour pour ne pas prendre de retard financier. Dès le premier jour, les caisses sont vides : Angélo Branduardi a siphonné les finances et la météo est désespérante. Les désillusions sont aussi grandes que les espoirs fondés avant le 28 juin : au cours du festival, Billy Preston annule. John Lee Hooker doit se faire opérer de la prostate ! Trust est remplacé par Jacques Higelin.

Pulsar 80 se tortille. Ses organisateurs sont accablés de demandes de toutes sortes de la part des imprésarios des artistes : des caravanes, des cyclomoteurs, des chambres d'hôtel, des petits déjeuners, de la moquette... Asséché, le tiroir-caisse du festival est mis sous perfusion. La ville débloque en urgence des fonds, au détriment de la transparence municipale, pour sauver Pulsar et sa réputation. Trop tard. Ca sent le roussi à plein nez. Plus rien n'est maîtrisé. Les festivaliers entrent dans les concerts encore d'actualité comme dans un moulin car le système d'abonnements via des bracelets de couleurs n'est pas fiable. Al Jarreau chante, il est payé en liquide. Le piano Stenway, loué pour l'occasion, est détruit dans les émeutes du public qui embraseront Vierzon.

Panne d'électricité, sono pourrie. Bashung annule aussi. Le navire prend l'eau, façon Titanic, drame à la première traversée. Les organisateurs, débordés, sont destitués, remplacés par un imprésario dont on se demande s'il est chargé de sauver le festival ou de donner le coup de grâce. Ca cogne maintenant. Le trésorier de la Ravenelle est frappé. Le show-biz semble avoir posé la main sur la nuque du festival vierzonnais. La presse locale vit les événements de l'intérieur et rapportent, le lendemain, dans ses colonnes, l'énormité de ce qu'elle a vu. Les éditos sont d'une dureté incroyable

Réglement de comptes

Le 3 juillet, “la musique explose à Vierzon”. Véritablement. Artistes impayés, spectateurs floués, magouille, émeute, pagaille, la presse locale et nationale relatent le chaos du terrain avec des manchettes terribles. Libération fait le procès du fric. Le mensuel Actuel consacre plusieurs pages en couleur au festival et aux émeutes.

Dans les hauts-parleurs branchés à travers la ville, les organisateurs et le maire de Vierzon s'expliquent vertement, les premiers veulent annuler, le second ne veut pas. Déballage public. Vierzon se ridiculise. Le fetsival doit vivre car la l'image de Vierzon est en jeu et la crédibilité de sa municipalité en dépend.

Tout s'accélère. Higelin veut jouer mais les roadies ont plié les gaules. Les festivaliers renversent la billeterie et y mettent le feu. Le parquet brûle. Les lacrymos enfument la lune. Les nuitards les plus excités renversent des voitures et dressent même des barricades dans plusieurs endroits de la ville. Casqués, la police déroule dans le centre-ville. Court après les casseurs. Ils brisent des vitrines. La police charge. Interpelle des festivaliers. Les yeux piquent. Des mannequins portant des robes de mariés sont jetés dans la rivière. Les photos font le tour de la presse. La nuit est chaude et le réveil difficile.

Jacques Higelin joue finalement dans l'arrière-salle d'un bistrot solognot. Il est là et veut chanter pour son public pendant que Vierzon flambe, crie, court, et se noie sous un festival beaucoup trop grand pour elle. Le lendemain, devant les restes calcinés du bal-parquet et de la billeterie, le père Euzèbe joue de son limonaire devant les journalistes de la presse locale et nationale. Revanche du petit sur le monde du spectacle. Devenu directeur d'un théâtre, le père Euzèbe est venu de nombreuses années, à Vierzon, comme un pélérinage. L'imprésario de Ray Charles arrive à Vierzon pour constater qu'il est impossible de jouer... Tout a brûlé, tout est détruit.

La réputation de Vierzon en prend alors un sérieux coup. A la sortie de la ville, un festivalier a planté un panneau sur lequel on peut lire : “Vierzon piège à cons”. La machine judiciaire prend le relais. Les dernières affaires se terminent dans les années 1990. Pulsar 80 a laissé un goût plus qu'amer. La ville de Vierzon n'a jamais osé remettre en marche un tel festival. Trente ans plus tard, la mémoire collective en parle encore du bout des lèvres...

Qualités

Sous-titre : Un cadre exceptionnel méconnu

L'eau, la forêt et la proximité solognote ont longtemps contribué, avec le château de Vierzon, à la bonne image extérieure de la ville. L'un des témoignages les plus anciens date du XIème siècle. Guillaume le Breton écrit : « Dans tout le pays de Berry, que le soleil dore de ses rayons, on ne pouvait trouver un château plus magnifique, ni entouré de terres plus fertiles. A droite, s'étendent les plaines de la Sologne, fécondes en grains, à gauche, les replis du Cher qui coule doucement au milieu des prairies verdoyantes, sillonné de barques et abondant en poissons. » L'image est idyllique.

Et pendant plusieurs siècles, à quelques réserves près, Vierzon séduit pour son côté naturel. La preuve, en 1871, une femme, Amable Tastu boucle son huitième voyage en France. Et rapporte cette vision de la ville : « Vierzon est entourée de riants coteaux et de prairies charmantes; elle est bien bâtie, bien pavée, très aminée. » Petit bémol : « Si ce n'étaient les ruelles étroites, raides et tortueuses de ses vieux quartiers qui la déparent, on admettrait finalement sa prétention d'être la plus jolie ville du Berry, comme elle est sans contredit, la plus industrieuse et la plus commerçante du département... » La devise de la ville résume très bien les penchants naturels de Vierzon : Vierzon cité florissante, demande peu aux autres, est ornée de forêts, décorée de vignes et de près.

Quatrième ville royale

Du haut de chaque siècle qui s'est penché sur la ville, on peut légitimement s'interroger sur les tenants de l'image de Vierzon ? Que dit-on de la ville au-delà de ses propres frontières ? Que reste-t-il de Vierzon ailleurs ? Avant l'ère industrielle qui a profondément marqué la cité, les voyageurs, les écrivains, les intellectuels, ont tracé de la ville, des textes débordant de louanges qu'Alain Pauquet, docteur d'Etat en histoire contemporaine, a visité et publié dans les Cahiers d'Archéologie et d'histoire du Berry. (Juin 1998).

L'image de Vierzon existe depuis que la ville elle-même existe, et depuis, surtout, que des plumes ont gratté le papier de descriptions, récits de visites et d'observations d'entre les murs. Vierzon, quatrième ville royale du Berry, en 1566, troisième ville du Berry en 1575. Au XVIème siècle, apparaît déjà, cette théorie contestée de tout temps, que Vierzon, et non pas Bourges, la Préfecture voisine, est en fait, le site antique d'Avaricum. Une hypothèse récurrente, fréquemment remise au goût du jour. Sans preuve tangible d'un côté... comme de l'autre ! La légende occupe d'autres terrains, on prête aussi à Lancelot du Lac, l'existence d'un château triple, dans le quartier du Bois d'Yèvre, à Vierzon. Ou déformation de l'histoire, Jeanne d'Arc (mais où n'est pas passée Jeanne d'Arc...), aurait, rapporte la rumeur publique, dormi dans une maison justement dite... depuis... de Jeanne d'Arc, alors qu'elle n'y a jamais dormi.

Laborieux et industrieux

D'autres témoignages parlent d'une ville close, fermée, environnée de murailles. Les fortifications de la ville semblent impressionner, autant que son “nid de verdure”. En 1689, Gaspard Thomas de la Thaumassière, dans son Histoire du Berry, ose une description formelle : “c'est l'une des plus jolies villes de la Province qui a dans son voisinage toutes les choses nécessaires aux commodités de la vie.” On croirait presque à une publicité... En 1697, dans un Mémoire, Vierzon sort du lot en ces termes : “les habitants y sont laborieux et industrieux et profitent de la commodité de la rivière le Cher qui est navigable en cette ville... Il y a des marchands de bois, quantité d'ouvriers qui travaillent aux draps, aux serges du Berry et des artuisans de toutes sortes d'arts.” On en redemande. En 1787, on parle encore de ponts bien construits, de belles rivières formant avec les maisons, les bois, les bateaux, les collines adjacentes, une scène animée. La ville semble florissante et doit sans doute beaucoup à la navigation.

Sa situation géographique est enviée : Vierzon assise sur la grande route de Paris à Toulouse, se trouve dans la position la plus avantageuse pour le commerce. La position géographique de Vierzon sera à la fois son avantage et son inconvénient : avantage car elle se retrouve, à un croisement stratégique notamment de la nationale 76 et de la nationale 20. Et son inconvénient car très longtemps et encore aujourd'hui, l'image de ville-bouchon colle à la peau de Vierzon malgré ses déviations dans les années 1970 et ses autoroutes à partir des années 1990.

L'image de Vierzon est, toutefois, fortement touristique, les bords de l'Yèvre et du Cher offrent des sentiers délicieux et ombragés où aiment à se perdre les amateurs des promenades fraîches et solitaires, lit-on dans un Itinéraire descriptif de la France en 1830. Situation riante, sentiers délicieux et ombragés, un des sites les plus agréables du Cher... Plus tard, assise sur son industrie métallurgique qui bouleverse sa physionomie, Vierzon accueille également le chemin de fer à bras ouverts. Même là, c'est beau !

Ces voûtes sont si belles

Une brochure publicitaire publiée en 1848 conseille la vue merveilleuse qui s'offre à l'oeil au sortir de ce souterrain (tunnel de l'Alouette). Fascinant ! La gare aussi est couverte d'éloges : le débarcadère de Vierzon est un élégant spécimen des progrès de notre architecture civile. La charpente de la remise des locomotives et celle de la gare sont parfairement entendues ; les détails d'ornementation soignés et de bon goût. A propos justement du Tunnel de l'Alouette, il est décrit : “si imposant, si merveilleusement éclairé, ces voûtes sont si belles”. C'est la nouvelle église de Vierzon... Mise à mal par l'architecture industrielle. Fini le château, l'enceinte, l'abbaye de Saint-Pierre, sans intérêt lit-on, son église même... Vive “le port et ses chantiers toujours pleins de mouvement, et surtout à faire la délicieuse promenade de la ville aux forges, en suivant la digue du canal”. Le canal de Berry apparut dans le paysage et rayant la ville de son trait d'eau, la traversant de part en part.

Depuis l'installation des forges par le Comte d'Artois, la ville se teinte d'une autre dimension. Les plumes s'attardent désormais sur la “modernité” des industries, d'autres y voient plus tard un ternissement sans équivoque. Les cheminées percent le ciel et crachent leurs fumées, l'image change. La prospérité économique de Vierzon fait oublier ses autres aspects et les riants coteaux ont des allures de ruches et de fourmilières. “La ville offre maintenant une physionomie toute moderne”, lit on dans un ouvrage, daté du milieu du XIXème siècle. Du coup, on ne décrit Vierzon pour son château ous es remparts, disparu au XVIIIème sièce, mais un autre repère-étalon apparaît : “jolie ville fort agréablement située au confluent du Cher et de l'Yèvre à la jonction des chemins de fer d'Orélans et de Chateauroux et de Nevers entouré de riants coteaux et de vastes prairies” (1855).

Changement de cap

L'eau et la forêt dominent toujours, mais ces deux élements essentiels, sources des principales qualités de Vierzon, ont déjà une autre fonction, nourrir les industries : l'eau du Cher et de l'Yèvre, enrichie du canal de Berry apporte les matières premières, la forêt fournit le combustible et aussi la matière première.

En 1901, changement de cap. La description change aussi de ton. Malgré la fumée des usines et l'aspect grisâtre des faubourgs ouvriers... On lit aussi : Ces riantes demeures de la périphérie vierzonnaise enveloppent les faubourgs sombres bâtis entre les usines qui se partagent le territoire de Vierzon. Mais encore : Sa gare... est une des plus considérables et des plus vivantes de France. L'aspect est fort industriel. Les véritables monuments de Vierzon sont les usines... Cette dernière phrase marque l'avénement d'une époque : Vierzon, bercée par ses prairies et ses vignes basculent dans l'ère post-industrielle avec ce que le “progrès” entraîne dans son sillage.

C'est donc à partir de 1900 que l'image de Vierzon change, centrée sur son activité industrielle qui modèle le paysage et le pollue aussi. Le plan politique suit. Il conquiert aussi l'image de la ville, bastion rouge, fief communiste, ville devenue difficile à traverser, cité industrielle vieillie, aux façades noircies. Le versant automobile de la modernité a laissé ses goûts de bouchons pendant les transhumances estivales; la seconde guerre mondiale, la lourde cicatrice de la ligne de démarcation; le chemin de fer a imposé, sans gant de velours, son architecture parfois austère; on l'a vu, la politique, omniprésente, a elle aussi bâti une image, positive pour les uns, négative pour les autres en couronnant la ville de Vierzon-la-rouge, ville communiste. D'ailleurs, même quand elle ne le fût plus entre 1990 et 2008, combien étaient-ils qui le croyaient encore ?....

Le machinisme agricole a dressé un pont d'or à l'image de la ville, capitale de la batteuse, de la locomobile et surtout, à partir de la fin des années 1930, du tracteur baptisé le Vierzon; à la fin des années 1960, Jacques Brel participe à sa façon à la notoriété de Vierzon à travers sa chanson Vesoul (T'as voulu voir Vierzon), image étonnament négative sans raison d'ailleurs; le lycée Henri Brisson, première école nationale professionnelle (ENP) de France a entraîné Vierzon dans son prestige, grâce à Jules Ferry.

La bonne et la mauvaise image

Encore plus tard, l'effondrement de l'économie vierzonnaise, la baisse de sa population, sa traversée des Forges à Villages, long trait sans attrait, les murs restés longtemps noircis rue Armand-Brunet, la voisine berruyère (connue pour son Printemps de Bourges) ont concouru à entâcher, au fil des décennies la ville de Vierzon, ville du Centre, petite ville, qui a tout montré mais ne montre pas le bon côté. Les clichés se multiplient, au détriment de Vierzon qui, en dehors de sa situation économique devenue peu favorable comme bien d'autres villes, cache une véritable richesse. La forêt domine toujorus, comme les cours d'eau arrosant le centre de la ville. Vierzon est une ville verte, une ville quasi à la campagne mais qui prête le flanc aux images récurrentes. Le quotidien Libération avait choisi plusieurs villes, en France, pour illustrer une campagne électorale, dont Vierzon. Sur deux pages, aucun cliché n'a épargné la ville, jusqu'aux photos préférant l'arrière d'une friche industrielle à la façade de cette même friche mais restaurée à l'identique....

Pourtant, l'image a bel et bien changé, il n'y a plus de bouchons, plus d'usines qui fument. Mais il reste un état d'esprit, vierzo-vierzonnais au demeurant. Les personnes extérieures à Vierzon sont plus que surprises de découvrir certains aspects de la ville, méconnus, peu mis en valeur.

Routes et autoroutes

Sous-titre : Un carrefour national

Au choix : deux nationales, trois autoroutes, deux transversales ferroviaires. Un ex-canal rouvert, peut-être, un jour à la navigation. Qui dit mieux ? Il ne manque plus qu'un aéroport international pour compléter la liste et une gare pour le TGV...

Ah, le TGV, un serpent de mer (il en a la forme d'ailleurs). Sa place à Vierzon est en tout cas évoquée depuis les années 1980, lorsque le nez effilé du train à grande vitesse s'arrête, pour la parade, dans la gare de la ville. Aujourd'hui, ce n'est pas Vierzon seule qui milite pour une ligne à grande vitesse mais le Cher tout entier. Mais le département est tiraillé entre les élus qui souhaitent le voir le plus près possible de leur commune... A suivre en 2020-2025 ?

Route et rail

Vierzon est idéalement située sur l'axe Nantes-Lyon et l'axe Paris-Toulouse. L'activité ferroviaire marque toujours la ville et sa position géographique a très largement contribué à l'essor industriel de Vierzon depuis son arrivée, au milieu du XIXème siècle. L'activité cheminote s'est depuis délitée, au grès des modernisations successives et des resserements économiques. De plusieurs milliers de cheminots, l'effectif a fondu à quelques centaines aujourd'hui. Le crissement des wagons ne se fait plus entendre dans l'environnement de la gare de triage, vaste emprise rayée de faisceaux fantômes, mais aussi de la carte.

La route en plus du rail ont toujours servi Vierzon et... l'ont paradoxalement desservies aussi. Dès la construction de la route royale reliant Paris à Toulouse, au milieu du XVIIIème siècle, le destin de Vierzon bascule. On ne passe plus dans l'actuelle rue Victor-Hugo mais dans ce que les Vierzonnais appellent toujours, la rue Neuve, (rue puis avenue de la République), épine dorsale de la cité. Jadis, avant la route royale, pour se rendre à Paris, il fallait emprunter le quartier de Saint-Martin (Vierzon-Villages), dans la direction de... Tours ! Ensuite, un obscur embranchement permettait de rejoindre la Capitale... La route royale voit le jour en 1772, percée entre la rue Victor Hugo (ex-rue des Capucins) et la rue de la Gaucherie. Cette nouvelle artère prend le nom, judicieux de, rue Neuve des Capucins, achevée en 1774. Plus tard, la route nationale 20 prend sa place et le tracé de la route royale. Les congés payés sur la nationale 20 font vite la place aux encombrements automobiles. Le revers de la médaille. Un revers hélas, encore trop présent dans les esprits. Même si les bouchons ont déserté le centre de la ville depuis plusieurs décennies, l'image colle encore à la peau, du moins au bitume. Les longues transhumances estivales se heurtent invariablement, dans les années 1960 notamment, aux célèbres bouchons de Vierzon. De longue files de voitures se retrouvent tôle à tôle, au milieu de Vierzon, sur le dos de la nationale 76 (vers Bourges d'un côté et Tours de l'autre) et sur celui, surtout, de la nationale 20 (le Sud de la France). C'est au centre de Vierzon que justement les deux nationales se rejoignent.

Ah les bouchons !

A l'époque, Bison Futé a beau prévenir, les bouchons paralysent la ville. Sous leurs képis, les policiers, chargés de réguler au mieux la circulation, manient le baton dans l'air. En bas de l'avenue de la République (ancienne rue Neuve), une guérite abrite un fonctionnaire. La route d'Espagne n'a que deux sens. Elle emprunte la rue des Ponts pour se jeter plus loin, en bas de la Côte de la Noue, officiellement nommée l'avenue du 14 juillet. La circulation gagne ensuite la sortie de Vierzon, avenue de Massay, bordée d'arbres. Les automobilistes jurent qu'on ne les y reprendra plus dans cette ville-bouchons mais chaque année, il en tombe des centaines, des milliers dans la nasse estivale. Vierzon-bouchon, la rime est imparable.

Vierzon est un carrefour et une ville d'étape, nationalement connue pour ses difficultés de traversée et sa longueur symptomatique : de l'entrée par les Forges (route de Bourges) jusqu'à la sortie par Villages (route de Tours), les kilomètres sont austères...

Désengorger Vierzon

En 1972, lit-on dans un bulletin municipal, daté de novembre, « au lieu que Vierzon, carrefour d'intérêt national, puisse tirer de sa position géographique une source de dévéloppement et d'expansion, sa position actuelle provoque une nuisance qui devient de plus en plus insupportable. En effet, les artères principales de notre ville se trouvent pratiquement asphyxiées, submergées par une circulation en progression constante, source de pollutions multiples et d'accidents. » Tout arrive pourtant.

La déviation de la RN 20 est en construction, en juillet 1973. En 1975, l'ouverture de cette déviation est appréciée “surtout lors des week-end et des congés en constatant une diminution importante du trafic routier, en premier lieu du trafic poids-lourds dans la rue des Ponts.”

Les 6,7 kilomètres de bitume changent la vie de Vierzon. Pourtant, la déviation aurait pu être construite plus tôt, les premières études datent de 1941. Il a fallu attendre le 30 août 1968 qu'un arrêté ministériel déclare ces travaux d'utilité publique. Pendant ce temps-là, les municipalités successives dénoncent la lenteur des travaux d'Etat eu détriment de la vie d'une commune et de ses habitants.

Désengorger Vierzon est une priorité avec le démarrage des travaux de la déviation de la RN 20 et déjà, en 1972, la promesse d'une branche autoroutière Orléans-Vierzon-Bourges et au-delà Clermont-Ferrand. Cette autoroute, baptisée A71, n'arrive qu'en 1989. Pourtant, son ouverture est annoncée déjà en 1978 ! Une bouffée d'oxygène, une libération perçue comme tel au regard de la fête engendrée, le soir même de l'ouverture de l'autoroute A71 et de ses deux sorties pour une seule ville, l'une à l'est aux Forges, l'autre au nord.

L'A71 permet surtout de délester le centre de Vierzon, gangréné, non plus par des flots de voitures, mais par une intense circulation de poids-lourds, plusieurs milliers par jour, de Tours à Bourges et de Bourges à Tours. La rue Armand-Brunet qui ouvre et ferme le centre de Vierzon, est aussi un goulot d'étranglement terrible, bordé d'un côté par des commerces et de l'autre, par l'antique bâtiment des ex-Nouvelles Galerie, immeuble jadis orgueilleux du XIX è siècle.

Trois autoroutes

D'autres infrastructures routières sont vivement réclamées pour complèter le dispositif vierzonnais : un nouveau pont sur le Cher, une bretelle de raccordement entre la RN 76 et la RN 20... La nouvelle ligne de ponts voit le jour vingt ans plus tard, au milieu des années 1990. Les plans existent aussi depuis les années 1950...

Déjà, l'A71 est ouverte. Les façades de la rue Armand Brunet, à l'entrée du centre-ville, se débarrassent petit à petit de leur noirceur, pollution due au va et vient mazouté des camions.

Un autre projet pointe le bout de son nez : le doublement de la nationale 20. Elle doit devenir alors l'A20. Autoroute gratuite partant de Vierzon pour relier Toulouse d'une traite, via Châteauroux, Limoges, Brives. Vierzon peut se targuer de posséder deux autoroutes majeures, l'une vers Paris et Clermont-Ferrand, la seconde vers le sud.

Il est loin le temps des bouchons... enfin presque !

Difficile de se départir de ses anciennes habitudes... La jonction entre l'A20, autoroute gratuite et l'A71, autoroute payante, est toujours le théâtre d'importants ralentissements que distingue une fois encore les radios.

Vierzon, cinquante ans plus tard, est toujours synonyme de bouchons mais cette fois-ci, à l'extérieur de la ville. Ce qui n'empêche pas de nombreux automobilistes de toujours fréquenter le coeur de la ville, lieu de passage.

Plus fluides, les trains. Ils nourrissent Vierzon depuis plus de cent cinquante ans et permettent surtout de placer la ville à 1h30 de la gare d'Austerlitz et grâce à l'A71, à deux heures de Paris ! Un atout très largement mis en avant. Du coup, pour qui fréquente les trains entre Paris-Toulouse et Nantes-Lyon, impossible d'échapper à Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt, correspondance pour....

Aux dispositifs autoroutiers existants, une troisième autoroute fait son apparition, il y a quelques années, l'A85. Très attendue. Un bol d'air pour la nationale 76, tortueuse à certains endroits, dangeureuse à d'autres, théâtre de très nombreux accidents mortels. L'A85 relie Vierzon à Tours via Romorantin, grâce à un embranchement, à quelques kilomètres au nord de l'A71. L'offre est désormais alléchante. On n'attend plus que l'aéroport international (sur l'emplacement peut-être de l'aérodrome Vierzon-Méreau) et le gare TGV. D'ici là....

Sous-Préfecture

Sous-titre : une promotion tardive

Un siècle d'attente et de réclamation. De frustration rentrée aussi. Pourquoi Vierzon a-t-elle du attendre si longtemps avant de devenir une Sous-Préfecture, chef-lieu d'arrondissement ? Son statut de seconde ville du Cher le lui autorisait naturellement. Mais voilà, Vierzon n'était “que” chef-lieu de canton. Releguée aux basses oeuvres de l'administration. Boudée. Recalée sans cesse. Délit de sale ville ?

En tout cas, jalouse de la beaucoup plus petite commune de Sancerre, dans le nord du Cher, la deuxième ville du département, jalouse oui et il y avait de quoi. Sancerre sur son piton, pouvait narguer Vierzon de sa hauteur de sous-préfecture, déclassée certes depuis mais sous-préfecture quand même....

Tout change le 5 avril 1984 lorsque sur “une décision personnelle” de François Mitterrand, président de la République, le décret consacre Vierzon, Sous-Préfecture. Enfin. Le sort de la ville est scellé depuis plusieurs mois auparavant. Jean Rousseau, maire-adjoint de la municipalité communo-socialiste est surtout élu député de la vague rose. Il plaide la bonne cause auprès de son mentor socialiste, le 27 juillet 1982. Que se sont dits les deux hommes ? Quels arguments ont affuté la lame décisive du Président de la République ? Mystère...

Boudée par le pouvoir gaulliste ?

Moins de deux ans plus tard, la publication du décret porte la signature du Premier ministre, Pierre Mauroy. L'histoire est en marche, enfin, la nouvelle histoire sous-préfectorale de Vierzon, bastion communiste depuis 1959 et ville industrielle en intense bougeotte sociale.

Est-ce ce dernier trait de caractère qui vaut à Vierzon d'être sous-gradée par le pouvoir gaulliste de la cinquième République pour qui, ce fief du P.C.F devait être privé de son statut légitime de chef lieu d'arrondissement ? Ou, moins politique, moins paranoïaque surtout, est-ce la proximité de Bourges, Préfecture du Cher distant de trente kilomètres, qui fait longtemps de l'ombre à sa petite soeur l'empêchant, sans mauvaise arrière-pensée, de devenir Sous-Préfecture comme Saint-Amand Montrond, ville plus petite, dans le sud du département ?

Revanche tardive mais revanche tout de même. Pierre Joxe atterrit à Bourges pour franchir, le 21 janvier 1986, le seuil de la Sous-Préfecture de Vierzon, avec notamment Alain Calmat, ex-star du patinage artistique devenu député socialiste. Le Ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation affirme, avec aplomb, c'est bien “en haut lieu” que la décision pour laquelle il est à Vierzon ce jour-là, a été décidée. Sans plus de commentaire. Vierzon joue désormais dans la cour des grandes. Ce doit être la dernière ville à devenir ainsi sous-préfecture. Les arguments ont du peser autant que l'importance de la décision.

Pierre Joxe l'inaugure

Le 29 mai 1984, Jean-Claude Rey, barbe et lunettes sous sa casquette officielle, est nommé Sous-Préfet de Vierzon, le premier Sous-Préfet, chargé de l'installation. Cette nomination est le second acte fondateur après le décret du 5 avril 1984, créant l'arrondissement. Dans le bulletin municipal de septembre 1984, Jean-Claude Rey pose à côté du maire de l'époque, Fernand Micouraud. “Vierzon aujourd'hui Sous-Préfecture aura avec l'inauguration de la 39è foire exposition, le plaisir de recevoir son premier sous-préfet, commissaire adjoint de la République.”

Jean-Claude Rey s'installe dans ses fonctions le 12 juillet 1984. Il arrive d'Ussel, en Corrèze après plusieurs passages dans des cabinets de Préfets, dans le Rhône, l'Ardèche, le Maine-et-Loire. Il explique vouloir être “un homme de terrain”, ce que diront à peu près tous ses successeurs. Surtout sur le terrain de l'économie, devenu marécageux, après des plans sociaux drastiques et des menaces sévères sur l'industrie vierzonnaise qui ne cesse de fondre comme neige au soleil.

Après Bourges, la ville représente pourtant le deuxième centre industriel du Cher. Son activité économique au milieu des années 1980, est orientée vers les industries mécaniques, mais le textile, l'habillement, la céramique et la porcelaine ont, en revanche, disparu. La désindustrialisation de passe mal, au prix d'un fort taux de chômage.

Un nouveau bâtiment

Homme de terrain” : après cinq cents jours d'activités, le Sous-Préfet a visité 39 communes, assisté à 190 réunions et à 135 manifestations publiques, il a surtout rencontré 320 personnes en audiences privées. Les Vierzonnais et les habitants rattachés à la sous-préfecture peuvent désormais venir y chercher cartes grises, passeports, permis de chasser etc. Pour l'anecdote, 800 Vierzonnais ont évité d'aller à Bourges subir la visite médicale dans le cadre de la commission du permis de conduire.

Pour ses débuts, la Sous-Préfecture occupe des locaux, dès le 1er octobre, dans la rue Gourdon. Le temps qu'une “vraie” sous-préfecture sorte du sol des “Terres Mortes” sur la route de Massay, un lieu-dit peu engageant mais qui, heureusement, ne porte absolument pas préjudice à la carrière de la Sous-Préfecture !

L'établissement public se construit en dehors de la ville, tout près de la gendarmerie alors, qu'à l'origine, la ville souhaite construire l'édifice dans le centre. Est-ce pour mettre de la distance entre les manifestants et la Sous-Préfecture, raconte-t-on... ? Ou est-ce tout simplement parce que la propriété de 13.000 mètres carrés, achetée à un docteur vierzonnais, est une très belle opportunité ?

Elle bénéficie d'un côté, d'une maison de maître datant de la fin du dix-huit-début dix-neuvième siècle. Ce sont les appartements privés des Sous-Préfets en exercice et de leur famille, deux cents mètres carrés sur deux étages. De l'autre côté, un terrain sur lequel l'architrecte Xavier Arsène-Henry, prix de Rome, construit un bâtiment de briques et de verre, dans le parc boisé. Enfin, la maison du gardien est aménagée dans une ancienne dépendance de la propriété, située à l'entrée.

La ronde des sous-préfets

Le décret suivi plus tard de l'inauguration de la Sous-Préfecture met un terme à “une anomalie du découpage administratif”. Pierre Joxe rappelle dans son discours que “cette création prouve que l'Etat a définitivement opté pour une représentation territoriale permanente et qu'il a choisi pour ce faire un corps de fonctionnaires qu'une tradition presque bicentenaire a rendu éminemment aptes à cette tâche.”

Vierzon, Sous-Préf', se retrouve alors à la tête de huits cantons (1) : Argent-sur-Sauldre, Aubigny-sur-Nère, La Chapelle d'Angillon, Graçay, Lury-sur-Arnon, Mehun-sur-Yèvre, Vierzon 1 et Vierzon 2 et de 43 communes qui s'étalent sur une superficie de 207.000 hectares. Jean-Claude Rey quitte Vierzon le 22 mai 1987. Tâche accomplie. Lui succèdent : Jean-Michel Legendre, Pierre Vaché, Jean Wzgarda, Françoise Toussaint, Gérard Lacroix, Angélo Calandra, Philippe Lévesque, Thierry Bonnet et Romuald de Pontbriand. En 2014, Vierzon fêtera ses trente ans de Sous-Préfecture. Et on ne sait toujours pas ce qui a emporté la décision de François Mitterrand...

(1) Cantons d'Argent-sur-Sauldre, Aubigny-sur-Nère, La Chapelle d'Angillon, Graçay, Lury-sur-Arnon, Mehun-sur-Yèvre, Vierzon 1 et Vierzon 2.

Tracteur

Le “Vierzon” est une vedette agricole

Impossible de dissocier Vierzon de la réputation, très à fleur de terre, de son célèbre tracteur vert. L'engin monocylindrique aux phares ronds comme un regard étonné se fait appeler « un Vierzon », plus rarement un « Société », contraction de Société Française de Matériel Agricole et industriel de Vierzon, siglée S.F.V. Un mimétisme tel qu'à l'étranger, notamment au Pays-Bas, lors d'un rassemblement récent de machines agricoles, on croyait que le tracteur avait donné son nom à la ville de Vierzon...

Impossible également de ne pas croiser encore aujourd'hui dans une fête des moissons, une batteuse Merlin, une lieuse Brouhot ou une locomobile Société vierzonnaise de construction. « Vierzon est et restera la capitale du machinisme agricole » aurait déclaré le général de Gaulle, en visite sur le stand de la Société Française, lors d'un salon de l'agriculture, dans les années 1950.

Le Général avait à demi raison : longtemps Vierzon a tenu le rang de capitale du machinisme agricole en ayant fabriqué jusqu'au 5/7 ème du matériel de battage vendu en France. Puis, à partir de la fin des années 1930 jusqu'au milieu des années 1960, en ayant assuré une production de tracteurs, les fameux « Vierzon », largement répandus dans les campagnes hexagonales et à l'étranger.

Puis la notoriété de Vierzon, portée haut, est retombée à plat, laminée à cause des fermetures successives des entreprises de machinisme agricole. La ferveur s'est réveillée à la faveur d'un engouement étonnant des collectionneurs pour le patrimoine agricole vierzonnais et ses marques devenues prestigieuses, thème d'un premier grand rassemblement de tracteurs “Vierzon” à Vierzon, en juin 2010.

L'âge d'or

Les usines essaiment à partir de la première entreprise créée par Célestin Gérard, en 1848, face à la gare de Vierzon. Le chemin de fer reliant Vierzon à Paris vient de débarquer et le canal de Berry, située en contrebas, complète le dispositif de développement industriel.

A partir de là, Vierzon ne sait pas encore que son destin va épouser la cause agricole d'une France en pleine mécanisation. Célestin Gérard est un Vosgien pragmatique. Il commence à fabriquer des tarares, des coupe-racines et un modèle de batteuse. L'expansion est irrémédiable. En 1861, Célestin Gérard construit une locomobile pour actionner les batteuses. Plus rien n'arrête le Vosgien. Plus rien n'arrête également la multiplication des fabricants, sur cette terre vierzonnaise, propice au machinisme agricole grâce à la présence d'hommes de qualité.

Del et Brouhot montent à leur tour leur atelier. Une fâcherie familiale plus tard, et Brouhot s'installe avec un associé, Alfred Goffard. En 1870, les deux hommes fabriquent des locomobiles et des batteuses. Parallèlement, Célestin Gérard, âgé de 59 ans, cède son empire et le 28 mars 1879, naît la Société française de matériel agricole (SFMA), populairement appelée « La Française ». Elle devient, eu égard à la diversification de ses productions, la SFMAI, Société Française de matériel agricole et industriel.

Tout se précipite. Louis-Henri Merlin qui travaille alors pour Célestin Gérard quitte l'usine avec une cinquantaine de salariés et fonde, à Vierzon, Merlin et compagnie, en plein centre-ville.

Une architecture très industrielle

L'architecture vierzonnaise, surtout en son centre, se hérisse de bâtiments industriels imposants leur masse et leur style jusqu'à aujourd'hui encore. Merlin, la Française et Brouhot génèrent, dans leur sillage, une myriade de sous-traitants et de productions diverses.

Aux machines agricoles se greffent une production de concasseurs de pierres, moteurs fixes, stations électriques etc. Les catalogues en témoignent largement. Au gré des crises économiques successives (celle de 1886 oblige la Française, par exemple, à licencier 150 ouvriers), une quatrième entreprise voit le jour : la Société vierzonnaise de construction.

Au total, 1200 ouvriers travaillent chez les quatre principaux pourvoyeurs de matériel agricole d'où sortent batteuses, presse à paille, locomotives routières, locomobiles. La Grande Guerre crée un trou d'air mais l'économie vierzonnaise agricole résiste : 70% du matériel en sort, 2000 ouvriers y gagnent leur croûte. En 1921, une cinquième entreprise arrive, Carroy Giraudon, spécialiste de la presse à paille haute densité (la seule qui subsiste encore aujourd'hui, dans la zone industrielle du quartier des Forges).

Le moteur à explosion supplante la machine à vapeur et dans les années 1930, le tracteur s'impose. Forcément, les usines spécialisées dans les locomobiles abordent ce virage à 180°, avec plus ou moins de bonheur social. En 1929, Brouhot licencie, la Française suit la même pente. La Société vierzonnaise de construction est liquidée en 1934. A la Française, c'est sauve qui peut. Une seule alternative : fabriquer des tracteurs français à Vierzon avec une technologie déjà existante que certains attribuent à la marque Lanz.

Les premiers spécimens sortent des ateliers à un petit rythme. Leur silhouette est impressionnante, avec des roues en fer. Leur allumage applique la technique de la boule chaude : le fuel est chauffé jusqu'à incandescence par une lampe à souder. Une fois que la bouel est rougie, il faut actionner le volant pour faire démarrer l'engin. Ce dernier restait parfois la journée entière en marche, pendant la pause-déjeuner, il continuait à tourner...

La tourmente

Mais très vite, la mécanisation s'accèlère. La Société Française fête son centenaire en 1948, 1500 ouvriers y travaillent, 500 autres chez Merlin et 350 chez Brouhot. Le tracteur est vite identifié à la ville : la tour penchée, l'écusson vierzonnais, est collée sur le nez des tracteurs. La Société Française devient une ville dans la ville et s'étire sur sept hectares, ateliers, magasin d'exposition, verrières somptueuses, passerelles pour relier les ateliers. Les constructions dévalent jusqu'au canal de Berry voisin.

Le « Vierzon » est simple d'utilisation, il remplace le cheval dans les fermes. Il s'affiche partout. Dans les années 1950, le machinisme agricole vierzonnais connait une nouvelle passe déterminante à cause de la concurrence, étrangère notamment. Brouhot ferme, quatre ans avant son centenaire. En 1960, Merlin ne résiste pas : 270 salariés à la rue. La Société Française reste tout de même un des plus importants employeur de la ville : avec 1700 personnes en 1957, elle se situe au cinquième rang national des producteurs de tracteurs. Les anciens modèles cartonnent. Mais la concurrence fait rage, la Société Française tente de sortir un modèle bicylindre pour remplacer le monocylindre dépassé.

La mise au point laisse à désirer. Dans l'ombre, la firme américaine Case guette. (Case a commencé à fabriquer des tracteurs en même temps que Célestin Gérard est arrivé à Vierzon). Elle finit par mettre la main, en 1958, sur le capital vierzonnais. Case veut conserver la marque SFV, populaire. Elle sort un tracteur sous les couleurs de la Française mais 500 tracteurs livrés ne fonctionnent pas. 1100 salariés doivent prendre la porte, 500 autres deux ans plus tard. 7

La Française s'efface au profit de Case. Le machinisme agricole est en sursis. Dans les années 1960, des engins de travaux publics remplacent les tracteurs, les backoes (tracto-pelles) envahissent la ville. Ce sera le nouveau fer de lance de Case et de Vierzon. Le nombre de salariés s'amenuisent.

Et dans les années 1980, déjà, la rumeur d'un départ est sur toutes les lèvres. La municipalité de l'époque propose de construire une nouvelle usine, sur un terrain dit du Vieux-Domaine, seul gage de pérénnité. Le projet ne voit jamais le jour et de plans sociaux en plans sociaux, Case annonce la fermeture de ses portes le 29 mars 1994 et le licenciement de ses derniers 250 salariés. Un an plus tard, l'usine est vide. Par un étrange truchement de la mémoire, la Case s'efface, jusque dans le vocabulaire, au profit de la Société-Française. Le site en prend le nom, la rue Maxime-Gorki est débaptisée pour se nommer rue de la Société-Française. La production industrielle, fleuron économique de la ville de Vierzon, prend une nouvelle identité : celle de patrimoine. Celle-ci est encore très largement sous-exploitée aujourd'hui. (Deux autres entreprises de machinisme agricole existaient, Pierre Renaud et l'entreprise Ruhlmann.)

Et aujourd'hui ?

A la fermeture de Case, Vierzon se retrouve alors avec 7 hectares de locaux qu'elle doit très vite exploiter pour éviter la naissance d'une friche industrielle en plein centre-ville. La municipalité rachète les bâtiments pour en avoir la maîtrise foncière. Elle en détruit une partie, en vend une autre.

L'ancienne maison de Célestin Gérard, face à la gare, devient un restaurant gastronomique, étoilé au Michelin, rétrogradé récemment en brasserie. Les verrières, le coeur de la Société Française sont restaurées à l'identique et classées à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Les poutrelles et les poteaux en acier ont résisté. Même aux assauts de ceux qui en souhaitaient la destruction pure et simple. Dans la partie béton, le cinéma créé, dans les années 1960, dans les anciens locaux de l'usine Merlin, revit dans les locaux de la Société-Française, avec sept salles inaugurées en 2005. Des jardins prennent la place des anciens vestiaires, le buste de Célestin Gérard orne une fontaine dans les jardins dits de la Société-Française.

L'une des trois passerelles servant à passer d'un atelier à un autre a vécu une restauration exemplaire. Un bureau d'études a restauré, pour son compte, la façade de l'ancien bâtiment thermique. L'office de tourisme s'est installé devant la vaste esplanade de la Société Française qui s'étend devant les verrières. Derrière, c'est toujours le vide chronique...

La restauration du clos et du couvert représente une facture hors norme pour les finances vierzonnaises. En parallèle, la ville conduit un projet de musée de l'épopée industrielle pour mettre en avant les hommes, auteurs des luttes et des avancées sociales qu'elle souhaite installer face aux verrières et non derrière.

Le machinisme agricole n'y aurait qu'une maigre part. Ironie du sort quand on sait que c'est encore sur le tracteur que la ville conditionne une grande partie de sa notoriété.

Hors-texte

Brouhot, créateur de voitures

Ambitieuse, l'entreprise Brouhot se lance aussi, en 1901, dans la création de voitures. En 1903, la Brouhot vierzonnaise qui deux ans auparavant a décroché un grand prix devant Renault inscrit son nom dans l'histoire... tragique. Dans la course Paris-Madrid, la voiture fait une embardée et cause la mort de quatre personnes, dont un enfant. La voiture est chronométrée à 120 kilomètres à l'heure. Le journal L'illustration raconte l'histoire en détails et par la photo, on y voit la voiture disloquée.

Brouhot résiste quand même et le nom est associé à l'assistance technique du premier tour de France cycliste. Brouhot sort un camion qui circule sur le sol américain. La marque est associée au taxis parisiens, il en roulait 400 dans la capitale, en 1908. Pendant la guerre 1914-1918, les taxis de la Marne, dont des Brouhot, emmènent les soldats au front. Les Phaétons, sur le catalogue, intéressent le roi du Portugal qui en achète un modèle made in Vierzon. Brouhot a fabriqué, au total, un millier d'exemplaires de ses voitures. En 1909, la firme ferme ses portes. La ville de Vierzon ne possède pas de voiture Brouhot. Un morceau témoigne dans un petit musée de Vailly-sur-Sauldre, au nord du département du Cher. Il n'en resterait que cinq exemplaires dans le monde. Deux seraient expsoés dans des musées étrangers.

Usines

Sous-titre : D’une industrialisation massive à une industrie de pointe

Reconnue ville industrielle, industrieuse et ouvrière, la ville a petit à petit perdu les honneurs de sa réputation, dans les méandres des crises économiques successives.

Pourtant, l'industrie vierzonnaise s'assoit sur un évènement « riche en symboles et lourd de conséquences ». Le Comte d'Artois, futur Charles X, pose les bases de la future industrie vierzonnaise dans ce qui se nomme encore Vierzon-Villages et devient plus tard, Vierzon-Forges. Un complexe métallurgique prend forme. Il ne doit rien au hasard : l'Yèvre offre l'énergie hydraulique, les forêts de Vierzon le bois nécessaire, et le fer est à proximité. Deux hauts-fourneaux trouent le couvercle de la ville, une fonderie et une forge tournent à plein régime. Vierzon peut déjà se vanter, à la veille de la Révolution, de posséder sur ses terres, « un des fleurons de l'industrie metallurgique française. »

La même logique conduit un autre futur industriel, Célestin Gérard, à poser ses valises entre la gare naissante et le canal de Berry, en pleine expansion : d'un côté le chemin de fer, de l'autre une voie navigable. Célestin Gérard amorce, le 15 octobre 1848, un empire du machinisme agricole. Il offre à Vierzon, l'une de ses plus belles pages de son industrie. Dès lors, Vierzon vit au rythme des cheminées qui fument. Ce qu'écrit, avec des alexandrins parfaits, dans un recueil de poèmes, daté de 1914, le docteur vierzonnais Fernand Louis : “Cependant, tout là-bas, au feu de ses fourneaux/Sous un nuage noir, Vierzon bourdonne et fume/Ma paresse se berce au rythme des marteaux/Qui frappent en cadence et chantent sur l'enclume.”

Au début du XXème siècle, Vierzon s'impose comme étant la capitale du machinisme agricole. Elle compte plusieurs firmes de batteuses et de locomobiles, en plus de la Société-Française, créée par Célestin gérard : Brouhot, Merlin, La Vierzonnaise...

Parallèlement, le textile nourrit l'économie de la ville, considérée comme un centre drapier au XVIIIème siècle. Plus tard, la confection inonde Vierzon et participe largement à sa réputation économique. Un personnel essentiellement féminin. Ce n'est pas tout : la présence d’argile réfractaire favorise la naissance d’une activité porcelainière à partir de 1816. Et la tradition des arts du feu se perpétue avec la création de deux verreries en 1860 et 1874.

La cité devient vite ouvrière et laisse derrière elle, son image touristique idyllique. La révolution industrielle ancre Vierzon dans le destin qui est resté le sien, ouvrier, laborieux, terre de gauche et de luttes sociales. Mais la fierté économique n'a pas résisté à la désindustrialisation de masse. La porcelaine a complétement disparu, les verreries également, idem pour la confection. Les équipementiers automobiles constituent aujourd'hui le plus important bataillon de salariés (plusieurs centaines) ainsi qu'un fabriquant de pompes hydrauliques.

L'économie défendue à partir de 1959 par une municipalité communiste est la pierre angulaire des débats politiques vierzonnais. Les années 1950 et 1960 préfigurent la crise des années 1970. La difficulté de maintenir les industries en place, héritées pour la plupart du XIXème siècle comme celle du machinisme agricole, se conjugue à la difficulté d'en créer de nouvelles pour assurer l'expansion démographique que Vierzon souhaite tant. C'est aussi la disparition de la Pointerie, usine emblématique succédant aux forges du Comte d'Artois. Un symbole. L'Usine est rasée à coup de buldozer. Signe des temps : un supermarché la remplace.

Les années 1990 ravagent le tissu industriel. La Case (ex-Société Française) ferme ses portes. Fulmen, venue s'installer pendant la seconde guerre mondiale à Vierzon pour fabriquer des batteries et des accumulateurs quitte la ville avec fracas. Les confections sont décimées.

Les noms résonnent encore, des échos proportionnels à la mobilisation sociale engendrée. On pense bien sûr à Julietta, par exemple. Les licenciements, les dépôts de bilan, les fermetures, se font dans la douleur doublée d'un soutien sans faille de la municipalité, défilant sous les banderoles. Les changements sont profonds : en 1960, Abex Denison remplace la Précision moderne; en 1962 Unelec remplace Merlin, en 1963 Paulstra remplace Brouhot, en 1968 Flambo arrive. En 1980, le patron de la LBM s'exprime à la tribune du CNPF (actuel Medef). Il explique en pleurant qu'il doit fermer l'usine. La mobilisation est immédiate et sans précédent : pendant des mois, les salariés occupent l'entreprise et obtiennent, en 1981, de transformer l'usine en coopérative ouvrière, l'entreprise subsiste encore sous ce statut.

Aujourd'hui, Vierzon entretient toujours une spécialité mécanique à travers un réseau d'entreprise (pôle industriel Coeur de France). Des activités logistiques profitent des nombreuses dessertes routières et autoroutières. Au centre d'innovation en céramique et matériaux avancés s'ajoute un label national sur le thème handicap-gérontologie, obtenu en 2011. Matériel de sécurité pour travail en hauteur, barres d'acier, caoutchoucs antivibratoires, enseignes, ponts élévateurs et matériel de garage, charbons actifs etc. composent les autres spécialités de l'industrie vierzonnais actuelle.

Confection

La première guerre mondiale est à l'origine de la confection vierzonnaise. Les façonniers produisent les effets militaires. En 1935, quarante-cinq ateliers fonctionnaient, employant entre quinze et deux cents personnes. A la fin des années 1970, les premières difficultés lézardent l'édifice. En 1975, un millier de salariés travaillent dans la confection. En 1981, fermeture de l'usine Gégé (130 salariés) et de Julietta (139 salariés). En 1989, ils sont moins de cinq cents salariés. En 2004, il n'existe plus que trois entreprises et en 2009, la liquidation judiciaire de l'avant-dernier atelier est un symbole. Il n'existe plus aujourd'hui qu'une petite structure très spécialisée.

Porcelaine

L'histoire d'amour dure 180 ans. De passion. De découverte. D'invention. D'empire même. L'argile réfractaire, nécessaire à la fabrication des “gazettes” contenant la porcelaine à cuire est monnaie courante à Vierzon. Elle prend d'ailleurs le nom de “Vierzonite”. En 1816, le château de Bel Air accueille la première manufacture de porcelaine. Un ancien marchand de canons obligé de se reconvertir, sème la première graine. Dès lors, des noms prestigieux s'imposent. Victor Schoelcher, le père de l'artisan de l'abolition de l'esclavage passe par la manufacture de porcelaine de son père, Marc. Il succède à Delvincourt, le marchand de canons associé au Vierzonnais Perrot. Victor Schoelcher reste une seule année, à Vierzon, en 1828-1829, quand son père l'envoie en Berry et en Limousin pour apprendre le métier de porcelainier. Parti en 1830 au Mexique pour trouver des clients, il découvre l'esclavage et milite pour son abolition le 27 avril 1848.

Plus tard, Adolphe Hache prend la direction de la manufacture en 1842 avec Pépin-Lehalleur et Pierre-Emile Jullien. Mille ouvriers y travaillent ! La porcelaine Hache rivalise avec Sèvres. Vierzon est un chaudron bouillant d'inventivité et de qualité. Un autre grand maître de la porcelaine s'impose à Vierzon : Marc Larchevêque. En 1850, Vierzon ne compte qu'une seule entreprise. Il y en a treize en 1914 : Larchevêque, Gaucher, Vincent, Boutet et Hache, Taillemitte etc. Avant la première guerre mondiale, les effectifs montent à 1500.

La manufacture de Marc Larchevêque occupe une grande partie de la rue de Grossous, en centre-ville. Ces hauts bâtiment imposent la notoriété de son entreprise. La porcelaine connaît des hauts et des bas : la crise des années 1930, la reprise après 1945.

1200 employés en 1946. L'euphorie est de courte durée. Entre 1952 et 1970, treize manufactures disparaissent. En 1970, elles ne sont plus trois : la CNP, Compagnie nationale de porcelaine, Larchevêque et Cirot-Gadouin. Les années 1980 sonnent le glas. Larchevêque ferme. En 1983, la CNP dépsoe le bilan. L'usine Jacquin, perchée sur les hauteurs de Vierzon-Villages s'arrête brutalement. Le jeudi 28 septembre 1986 à 18h46, l'ancienne usine Larchevêque est abattue, rue de Grossous, appellée aujourd'hui rue Pierre-Debournou.

Aurait-il fallu écouter Marc Larchevêque, qui déclare en 1923 : « l'industrie de la porcelaine est, en ce moment, assez prospère mais elle ne tardera pas à péricliter devant la concurrence étrangère, la protection douanière étant dérisoire, plus mauvaise qu'avant la guerre ». Fière de ses arts du feu, la profession ouvre, en centre-ville la Maison de la Porcelaine, le 16 octobre 1954, la vitrine du « plus brillant des arts du feu du Berry ». Elle ferme au début des années 1980. Deux fours à globe, classés à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques attendent d'être restaurés... Ultimes traces d'un passé glorieux.

Vesoul

T'as voulu voir Vierzon

V comme Vesoul et V comme Vierzon... En 1968, Jacques Brel enregistre sur son album intitulé “J'arrive”, une chanson singulière. Sans le savoir, elle offre à Vierzon, une extraordinaire notoriété, toujours d'actualité. La chanson porte le titre Vesoul mais elle commence par ces deux vers « T'as voulu voir Vierzon, et on a vu Vierzon ». Impossible d'échapper à la rengaine. L'image de Brel et celle de Vierzon sont depuis soudées dans une valse atypique.

Quelques semaines après la sortie du disque, une équipe de télévision se rend à Vesoul pour réaliser un reportage (archives INA). Les Vésuliens et son maire de l'époque, avec un accent taillé dans le bois, témoignent de leur satisfaction qu'un grand chanteur comme Jacques Brel immortalise Vesoul dans son oeuvre. Aucune caméra de télévision à Vierzon. Aucun signe extérieur non plus de satisfaction locale. La chanson passe sur la ville sans s'y arrêter.

La légende raconte qu'un soir, après un repas pris dans un restaurant de la ville de la Haute-Saône, la patronne demande à Jacques Brel, « pourquoi ne feriez-vous pas une chanson sur Vesoul ? » Brel promet... Signe le livre d'or. Et s'en va.

Vesoul content,

Vierzon indifférent

Pendant ce temps-là, à Vierzon, il ne se passe rien. Vesoul est pourtant l'un des plus gros succès commerciaux de Jacques Brel. Rien qu'un long silence enfoui comme si cette chanson est une bêtise inavouée. Ce qui est palpable, c'est qu'elle n'est pas vraiment la bienvenue dans le coeur des Vierzonnais. Dans les années 1980, seulement, le maire de Vierzon, Fernand Micouraud fait pourtant barrer deux pages de son journal municipal d'un « J'aime Vierzon et Brel ». Mais chanson et chanteur sont expédiés en à peine deux lignes. Circulez, il n'y a rien à voir !

Une petite rue nichée prend ensuite le nom de Jacques Brel, dans un quartier pavillonnaire. Mais ce sera tout pour le grand homme, à Vierzon du moins. A plusieurs reprises, il chante à Bourges, la Préfecture voisine de trente kilomètres, à la Maison de la culture notamment. Il ne vient jamais chanter à Vierzon. Y-a-t-il seulement mis les pieds ? En a-t-il franchi les frontières sur les sièges de sa DS lors de ses innombrables déplacements ? A-t-il simplement choisi Vierzon par hasard pour voisiner avec Vesoul, dans un strict souci phonétique ? On raconte que le grand Jacques se serait arrêté au Buffet de la gare de Vierzon. On raconte aussi tout et son contraire. La légende a pris le pas sur la réalité historique.

Pourquoi une ville entière refoule-t-elle, jusqu'à l'énigme psychanalytique, le fabuleux statut que permet cette chanson, sur les lèvres de plusieurs générations ? Faites l'expérience : citez Vierzon, la réponse est d'une évidence déconcertante « Ah, t'as voulu voir Vierzon ! » Les anecdotes en la matière foisonnent et montrent nettement que Vierzon est connue et reconnue grâce à la chanson.

C'est peut-être dans les plis invisibles du texte et dans ses non-dits, qu'il faut chercher la solution d'un tel reniement. Vierzon et les Vierzonnais croient toujours que Jacques Brel s'est moqué d'eux. Il est vrai qu'une interprétation retrouvée sur internet peut prêter à confusion : Jacques Brel utilise, en introduction, le ton d'un personnage précieux et interprète le début de sa chanson avec de l'ironie plein la bouche. Mais dans aucun des mots écrits par Brel ne transpire la moindre moquerie. Pas plus pour Vierzon que pour Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers etc. Il raconte juste les caprices d'une femme qui se lasse très vite des endroits où elle se trouve. “T'as plus aimé Vierzon, on a quitté Vierzon...”

Vierzon a vu Vesoul

Pourquoi, cependant, Vierzon s'est-elle sentie atteinte dans son image alors que Vesoul, par exemple, a joué le jeu en baptisant un collège, une place et un festival du nom de Jacques Brel ?

En 2009, intrigués et soucieux de réparer cette erreur, des Vierzonnais bréliens et des amoureux de Vierzon venus d'ailleurs, accompagnés du maire, décident de se rendre à Vesoul, avec un... tracteur Vierzon, production de la Société Française de Vierzon (SFV). L'entreprise, créée en 1848, a d'abord fabriqué les 5/7e du matériel de battage en France, puis des tracteurs, de la fin des années 1930 au milieu des années 1960. Avec Jacques Brel, les tracteurs SFV participent majoritairement à la notoriété de la ville, deux éléments finalement indissociables du patrimoine vierzonnais.

La délégation est reçue officiellement par la municipalité de Vesoul dont l'adjoint à la culture chante... Brel, à la guitare ! Des cyclotouristes vierzonnais avaient précédemment relié les deux villes-soeurs en plusieurs jours pour les beaux yeux de Jacques Brel et de l'exploit sportif. Pour la première fois depuis plus de quarante ans, Vierzon a donc vu Vesoul ! En 2010, bis répétita mais à Honfleur cette fois-ci, la même délégation vierzonnaise, accompagnée de Vésuliens de la première rencontre, est reçue en grande pompe, avec Brel et toujours le tracteur Vierzon, pour trait d'union. Le périple ne s'arrête pas là. En avril, le groupe brélien relie Anverse, mais Anverse dans la Nièvre, un lieu-dit attaché à la commune de Glux-en-Glenne. Pour le symbole et le clin d 'oeil. Et le groupe compte aller dans toutes les villes et les lieux de la chanson.

En août 2010, c'est la consécration : Marcel Azzola est l'invité du festival vierzonnais « Les estivales du canal ». L'accordéoniste a joué pour Brel. Ce dernier lâche d'ailleurs, dans un élan sublime, lors de l'enregistrement de la chanson, le célèbre « Chauffe Marcel », à l'adresse d'Azzola. L'expression lui colle toujours à la peau. En venant en août 2010 Marcel Azzola pose ainsi pour la première fois les pieds à Vierzon depuis 1968 !

Il confirme : la chanson a failli s'appeler Vierzon-Vesoul puis Azzola-Vesoul. Mais seul Vesoul est resté, pour une histoire de jaquette de disque nous a t-il confié. C'est toutefois Vierzon qui ouvre la chanson... Marcel Azzola ne résiste pas à l'invitation de se rendre rue Jacques Brel et près des panneaux d'entrée et de sortie d'agglomération de Vierzon.

Assis à la terrasse d'un café, face à la gare, Marcel Azzola raconte que Jacques aurait (le conditionnel est de rigueur) parlé de Vierzon et de Vesoul dans sa chanson car son envie de trouver un bar ouvert la nuit aurait mué en frustration inégalable. D'où ce souvenir précis de Vierzon... L'explication vaut ce qu'elle vaut. Toujours est-il que l'innacessible étoile de Jacques Brel brille au-dessus de la ville. En 2009, le maire de Vierzon promet, à la mairie de Vesoul, que l'actuelle place de la gare de Vierzon portera le nom de Jacques-Brel. Il n'est jamais trop tard...

Un collectif baptisé VI (Vierzon)-VE (Vesoul) BREL, né de la volonté des membres de la délégation brélienne, veille à la mémoire du chanteur dans la sous-préfecture du Cher... L'ombre de Brel n'a jamais autant plané sur la ville.

Wagons

Sous-titre : Le train, « emblème » de la ville.

L'arrivée du chemin de fer a-t-elle forgé l'image de Vierzon comme carrefour ferroviaire incontournable ? Ou est-ce son statut déjà reconnu de ville-centre qui s'est imposé, comme une évidence, au chemin de fer ? Un peu des deux, pour gifler les rumeurs récurrentes sur le fait que Bourges a refusé le chemin de fer pour préserver sa tranquillité... Le rail a énormément contribué à l'essor industriel de Vierzon, devenue mère patronnesse des voies de communication, voie royale (RN20), canal de Berry, autoroutes...

En 1841, une étude prédit qu'un voyage entre Orléans, dans le Loiret et Vierzon, dans le Cher, totalise deux heures trente avec la vapeur contre six heures en malles-postes, douze heures en pataches et quarante-huit heures à pied ! Dans cette étude, Vierzon est déjà pressentie pour servir de gare-étalon à l'expansion du rail, dans le centre de la France. Et à partir de là, l'extension d'un réseau-araignée vers les autres villes et surtout vers les autres compagnies privées comme celle du PO, Paris-Orléans, sur le secteur de Vierzon. Avant que la Société nationale des chemins de fer (SNCF) regroupe toutes les sociétés maillant le territoire.

Et Vierzon est atteint !

La ville doit tout à la loi du 11 juin 1842. Elle trace sur le papier, la ligne Orléans-Vierzon. En 1840, le maillage est confidentiel : Paris est relié à Versailles, Corbeil et Saint-Germain. Plus au sud, des morceaux de réseaux relient Roanne à Saint-Etienne; Montpellier à Sète. Cinq ans plus tard, le rail atteint Orléans. En 1846, Orléans rejoint Tours. Et en 1848, Orléans rejoint Vierzon et Vierzon, Bourges. On peut désormais aller de Calais à Bourges via Vierzon. Le rail, en 1848, est étoffé autour de la Capitale et écarte son réseau tentaculaire. Le sud quand à lui est beaucoup, beaucoup moins bien desservi. La ville est servie, et bien servie, désormais au milieu de deux transversales : Nantes-Lyon; Paris-Toulouse.

Le 20 juillet 1847, l'inauguration officielle de la ligne conduisant à Bourges par Vierzon change durablement le destin vierzonnais. Le 15 novembre de la même année, Vierzon relie Châteauroux. Le journal l'Illustration embarqué à bord du convoi témoigne que le chemin de fer d'Orléans à Vierzon a été livré. Le Journal du Cher raconte aussi le voyage en ces termes : “ce matin à 6 heures, le premier convoi payant est parti. Il arrivera à Paris presqu'en même temps que la dernière diligence qui, toute honteuse, sortait de Bourges, hier soir. Elle aura mis seize heures à faire le trajet qui, lui, fait en six”.

Dès lors, plus rien n'arrête le chemin de fer, ni en France, ni à Vierzon, surtout à Vierzon ! A la faveur d'une correspondance, Lucien Arbel, industriel dans la Loire, s'arrête à la gare de Vierzon en 1877. Il lorgne sur l'usine de machinisme agricole de Célestin Gérard, dressée fièrement, face à la gare. Lucien Arbel est acheteur, Célestin Gérard est vendeur. L'affaire est faite. Une vente à mettre sur le compte du chemin de fer... 29 ans plus tôt, Célestin Gérard, visionnaire, s'installait face à la gare, certain que le chemin de fer serait utile à sa petite entreprise.

La gare de triage

Le rail modèle le visage de la ville. Toute une commune, Vierzon-Villages, devenue un quartier en 1937, respire la vie cheminote. L'activité marinière décline en même temps que celle, ferroviaire, augmente. La cité ouvrière se développe au rythme du rail. On pense au creusement du tunnel sous le quartier baptisé très justement Tunnel-Château (car c'est aussi le quartier de l'ancien château féodal). On pense au tunnel de l'Alouette, percée dans le sol argileux de la Sologne; à la voûte de Saint-Martin, au pont de Toulouse, à l'immense plate-forme de la gare de triage à Fay, à l'immobilier cheminot, aux ouvrages d'art, au vaste et haut dépôt des locomotives rue Gustave-Flourens, au dépôt destiné à loger les roulants (agents de conduite) etc. Au maximum, près de deux mille cheminots et leurs familles travaillent et habitent à Vierzon au plus fort des heures brillantes de la SNCF, créée en 1938. En 1935, 113 personnes travaillaient au service entretien et 383 autres au dépôt.

Des agrandissement successifs ajoutent des voies aux voies déjà existantes. Le talus est rogné dans le sens de la largeur. Le pont de Toulouse, inspiré des ateliers d'Eiffel, en 1911, se dresse au-dessus des rails. Le chemin de fer est à l'intérieur de la ville, une colonne vertébrale autour de laquelle et à partir de laquelle, une activité économique grandit.

La Résistance s'organise

Les conducteurs de locomotives à vapeur, seigneurs du rail, font les riches heures de Vierzon la cheminote, forcément vulnérable pendant la seconde guerre mondiale. Raymond Laumonier, chef du dépôt, devient la mémoire cheminote vierzonnaise. Après des années et des années de combat passionné, il parvient à créer le musée Laumonier, de la machine à vapeur. Il y expose, entre autres trésor, sa casquette percée d'une balle, ramassée sur sa loco, pendant la seconde guerre. Vierzon la cheminote, forcément héroïque dans les pages écrites par la Résistance. Mais les bombardements des 30 juin et 1er juillet 1940 tuent sept agents SNCF en plus de leurs familles, 47 autres sont blessés. Les infrastructures sont sérieusement touchées, le dépôt, la gare de triage subissent l'assaut des bombes. Mais Vierzon et sa gare se relèvent. L'activité bat plus que jamais son plein.

A Fay, les wagons claquent les uns contre les autres : la gare de triage préparent les convois sur place mais l'âge d'or a du plomb dans l'aile : entre 1980 et 1988, l'activité décline de 2.000 à 600 wagons par jour. La plateforme construite en 1910 sur dix hectares compte quatre postes d'aiguillage, un faisceau central de neuf voies, un autre de cinq et un autre de vingt-sept. Elle se vide inéxorablement.

Une autre résistance s'organise à Vierzon. La ville devient la place forte de la contestation syndicale. En 1982, 180 agents de conduite sont attachés au dépôt vierzonnais. S'ils travaillent, les trains partent, s'ils font grève, les trains restent à quai... Ce sont eux la tête de pont des contestations marquantes. Dans les années 1990, contre le premier ministre d'alors Alain Juppé, les cheminots montent un bout de voie ferrée devant la permanence du député...

De la marquise au TGV

L'arrêt des locos à vapeur au profit des engins thermiques mettent un terme à l'atelier d'entretien, un hall de 2690 mètres carrés dans lequel les cheminots entretiennent une centaine d'engins. Il ferme progressivement ses portes entre 1972 et 1978, la dernière loco à vapeur siffle en 1976. La gare de Vierzon connaît d'autres périodes d'évolution : l'électrification de la ligne Paris-Vierzon en décembre 1926 oblige la démolition de la marquise de la gare et en1973, l'apparition du TGV 001, la version expérimentale équipée de turbomoteurs, présentée en gare de Vierzon, le TGV déjà...

D'autres changements, beaucoup moins bons, sont annoncés : la double fermeture du dépôt et de la gare de triage. Le premier subsiste, l'ancien, rue Gustave-Flourens ferme et un nouveau bâtiment s'élève, moderne, rue des Ateliers. La gare de triage dit adieu à toute activité en 1993. La plaque tournante ferroviaire de Vierzon tourne le dos à une activité industrielle. Le fret tousse. En 1991, 756 salariés travaillent encore sur le site vierzonnais. En 1997, ils ne sont plus que 578. Moins de 500 en 2010. Les chiffres continuent de fondre. Cinq ans avant la fin de la gare de triage, la gare voyageurs, construite avec l'ouverture de la ligne Paris-Orléans en 1847 est rasée puis reconstruite. Une page se tourne. En 2012, Vierzon fêtera le 165ème anniversaire de l'arrivée du chemin de fer.

Pont de Toulouse

Le pont de Toulouse surplombe les voies ferrées sur l'ancienne route nationale 20 (Paris-Toulouse) et les voies qu'ils enjambent conduisent jusqu'à Toulouse. Jusqu'en 1911, c'est un pont avec trois arches de maçonnerie et parapet en pierre de taille. Avec la multiplication du nombre de voies, un nouveau pont doit être construit. Le 1er mars 1911, les travaux débutent, commandés par la compagnie Paris-Orléans. Sa longueur est de 97 mètres, sa largeur de 11,70 mètres et sa hauteur de 9,50 mètres carrés. C'est un mécano géant avec ses poutres métalliques et ses rivets ainsi que son tablier en béton armé. Le pont de Toulouse écarte ainsi ses bras sur la nationale 20 et impose sa présence dans le paysage vierzonnais comme une appartenance évidente au fer, celui du pont comme celui du chemin idoine. Les décennies ont terni la couleur du pont (vert) et pour redonner de l'éclat à cet objet utilitaire, la maison de la culture de Bourges a l'idée de faire appel à une artiste, Christiane Groud.

Elle a l'idée de le repeindre, façon oeuvre d'art, avec des couleurs primaires : “le bleu pour tendre la main au ciel d'espérances; le jaune, soleil, de tous les commencements; le rouge, sang, pour la violence, en souvenir de la ville du centre d'un pays coupé en deux, ici par la ligne de démarcation entre zone occupée et zone libre. Et pour l'amour aussi, car il y eut résistance, pour une vie reconquise d'hommes debout; le vert enfin, seule couleur non primaire : ce pont-ci ne se jette pas au-dessus des flots mais enjambe des voies ferrées, nombreuses au carrefour de rêves d'ailleurs, et flirte, enraciné, avec la terre et avec l'herbe.”

L'artiste n'a pas agencé les couleurs au hasard mais en fonction du “mouvement secret de la grande ossature”. La Maison de la culture de Bourges souhaite transformer le pont de Toulouse coloré en exemple. Elle rêve d'une France se couvrant de pont métalliques colorés mais... seule, (apparemment), la ville de Vierzon a peint le sien de cette façon. Les couleurs, elles aussi, ont terni, au fil des années, la rouille reprend un tantinet le dessus. Il serait grand temps de le repeindre : à l'identique ou monochrome ? Mais la réputation de Vierzon tient aussi à son pont coloré. Apprécié ou décrié. Il enjambe les rails depuis un siècle alors....

Tunnel de l'Alouette

Pour traverser le Tunnel de l'Alouette, on raconte qu'il faut vingt-et-un jours. Ce sont vingt-et-une cheminées créées pour que la vapeur des locomotives puissent s'évacuer. Le tunnel est issu d'un incident technique car à l'origine, il ne devait pas exister. Seulement, l'argile plastique du terrain, en pleine Sologne, manquait cruellement de consistance. Une autre version, moins officielle, raconte qu'un riche propriétaire, n'aurait pas supporté de voir ses terres défigurées par une tranchée...

Le 5 septembre 1844, une décision ministérielle transforme la tranchée initiale en souterrain, long de 1237 mètres et large de 7,80 mètres. La construction de l'ouvrage est une catastrophe. Des ouvriers meurent à cause des éboulements. Le 5 avril 1846, la voûte se lézarde. Finalement, les travaux se terminent en décembre 1846. Les convois peuvent arriver jusqu'à Vierzon. En 1967, les cheminées sont recouvertes d'une grille. Elles demeurent à fleur de terre. Et dans la forêt domaniale de Vierzon, la bouche du souterrain arrive de nulle part.

Le souterrain résistera-t-il aux évolutions ? Dans les années 1990, la SNCF projette d'ouvrir une tranchée à côté du tunnel de l'Alouette ou, mieux, de l'ouvrir ! Pour l'instant, il faut toujours vingt-et-un jours pour le traverser...

Voûte de Saint-Martin

Cette voûte, est l'empreinte par excellence, d'un quartier tout entier, celui de Villages. Longue de 263 mètres, la voûte remplace les deux passages inférieurs sous les voies du chemin de fer. Pour les besoins d'un premier agrandissement des voies, la compagnie du PO (Paris-Orélans) veut annexer l'un des passages. Pour cela, le PO doit doit négocier avec la ville. Mais les tractations se compliquent. D'autant que les habitants réclament un passage accessible aux voitures. C'est fait mais seulement en 1910 ! Et encore. N'oublions pas que Vierzon est divisée en quatre communes distinctes. La voûte est d'un côté à Villages, de l'autre à Ville. Pendant douze ans, les voitures pouvaient s'engager, côté Villages, sous la voûte mais côté Ville, rue des Ateliers, ce n'était qu'une voie piétonne... Aujourd'hui, pas de souci, les voitures circulent dans les deux sens.

Musée Laumonier

Raymond Laumonier a laissé son héritage ferroviaire à la ville. Une formidable collection de photos, dessins, objets, y compris une fabuleuse maquette. Il ne manque plus, finalement, qu'une vraie locomotive à vapeur. Mais non... Celle que Raymond Laumonier a pu sauver appartient à une association de la Nièvre et elle passe, de temps en temps, en gare de Vierzon. Dans les années 1980, la municipalité avait créé un nouveau quartier et installé, sur un terre-plein, une locomotive à vapeur que le temps et les visiteurs ont rapidement mis à mal. C'est une association de Normandie qui est venue la chercher, un beau jour. Du coup, Vierzon, capitale du chemin de fer, ne possède même pas une vraie loco... Heureusement, Raymond Laumonier a oeuvré toute sa vie pour que Vierzon conserve, sur ses terres, un musée truffée de souvenirs, la plupart sont les siens. Le fondateur du musée a disparu à l'âge de 90 ans. Le musée (labéllisé tout handicap) qui porte son nom est régulièrement mis à jour et reçoit des enfants pour des visites pédagogiques.

XXL

Une grande-petite ville

Blottie autour de son château, sur les hauteurs de la ville, Vierzon a d'abord vécu entre ses remparts avant de serpenter dans ses faubourgs, agglutinés autour des principales voies de communication. Elle s'est étendue au gré des circonstances naturelles et économiques, blotties contre les parois de sa vaste forêt et de ses rivières, d'une part, et d'autre part, contre la joue de son canal et de sa gare ferroviaire.

Les faubourgs cernent Vierzon-Ville, réunis dans Vierzon-Villages. La soif d'indépendance fait éclater Villages en trois communes distinctes et en 1937, lorsque le grand Vierzon recoud toutes ses parties éparpillées, la ville n'a pas un nombre d'habitants proportionnel à sa nouvelle superficie. Aujourd'hui encore, les 27.495 habitants (chiffres : 2008) s'ébattent sur un territoire équivalent à peu près à ... 100.000 habitants.

La preuve : Vierzon et ses 27.000 habitants possèdent une superficie (74 kilomètres carrés) plus grande que celle de Bourges (68 kilomètres carrés) avec ses 69.000 habitants. Vierzon est un camembert découpé en quatre portions. Chacune représente l'équivalent des ex-communes qui, rassemblées en 1937, sont devenues les quartiers naturels de la cité. La ville n'a eu de cesse de vouloir grandir encore et toujours. Ogre urbain doté d'un gros appétit d'habitants, seule recette valable pour prétendre grossir. Le pic d'habitants est atteint en 1975 avec 35.699 habitants. En gros, Vierzon s'enorgueillit d'être une ville de 36.000 habitants. Elle n'a pas cessé d'étoffer ses effectifs : plus de 28.000 en 1954; plus de 31.000 en 1962; plus de 33.000 en 1968 jusqu'à frôler les 36.000 en 1975. Dès lors, les habitants désertent et leur nombre passe sous la barre symbolique des 30.000 en 1999. Un coup de tonnerre démographique.

50.000 habitants

Pourtant, la prospérité économique d'une ville devenue industrielle, permet d'échafauder n'importe quel plan sur la comète. Dès les années 1950, le frémissement de la grandeur agite les narines de la municipalité. En 1958, tout est dit dans un article de presse qui évoque le projet d'aménagement du canal de Berry, déclassé plusieurs années auparavant. La voie d'eau a fait son temps. Elle passe en centre-ville et son inutilité couplée à son insalubrité précipitent sa fin : le canal sera bouché. Et pourquoi le sera-t-il ? “Dans une vingtaine d'années, Vierzon peut être une ville de 50.000 habitants.” La place ainsi gagnée servira à imposer des aménagelents décisifs. Maurice Caron, maire de l'époque, a signé cette déclaration que le futur rendra purement hasardeuse. Toutefois, le chroniqueur de l'époque effleure l'idée d'une éventuelle “utopie” dont il se refuse toutefois, eu égard au respect du au maire... : “Vierzon qui a fait un très gros effort en faveur de la construction voit chaque année, sortir de terre, des constructions nouvelles qui permettent à des personnes habitant l'extérieur mais dont le travail est à Vierzon de se loger convenablement et d'être sur le lieu de leur travail”. Dans la presse, en 1956, un autre article affiche clairement les ambitions : “Vierzon est une grande ville et veut le prouver”. Tout est dit.

Il est temps d'offrir aux nouveaux habitants, en dehors du gîte, la possibilité de mieux circuler, de mieux stationner, de mieux se réunir. Sauf que cette boulimie immobilière ne sert pas seulement à loger les voisins pour les fixer à Vierzon. Les années d'après-guerre sont difficiles. En 1950, deux mille familles sont toujours sans abri. Des baraquements de fortune ont poussé place de l'Abattoir, à Villages, aux Forges, au Chalet de la Forêt, dans le passage Proudhon. En 1963, cinq ans après l'article, douze baraquements qui abritent 48 familles subsistent encore.

Du coup, les terrains libres se hérissent de cités : celle du Désert en 1951 (1000 demandes !) et la même année la cité Louise-Michel, la cité de Puits-Berteau l'année suivante, la cité Henri-Sellier entre 1953 et 1955, la cité d'urgence dite Abbé-Pierre, au Verdun en 1954, la cité du Bourdoiseau en 1955, la cité de relogement en 1957 et celle de Gustave-Flourens en 1958.

Les cités sortent de terre

Sur d'anciennes vignes, au Clos-du-Roy, un projet de construction de logements de masse pointe le bout de son nez. Le logement est une bataille. Et la courbe démographique donne raison aux bâtisseurs. Une première salve de logements garnit la décennie de l'après-guerre. Là où il n'y avait rien, il y a désormais des bâtiments, des rues, des quartiers entiers. En 1964, le bulletin municipal barre deux pages de ce titre inquiétant : “le logement : problème angoissant.” Angoissant parce qu'il faut des crédits.

Six cents demandes restent à satisfaire. La décennie 60 accèlère la cadence : 320 logements à la cité du Colombier, le quartier du Tunnel-Château en accueille 99; la cité Sellier termine son programme. En 1966, le Clos-du-Roy frappe un grand coup : 3.000 logements à venir. La ville s'hérisse de hauts bâtiments. Désormais, l'église Notre-Dame et le Beffroi sont concurrencés par des immeubles de logements sociaux. Le paysage est moderne. On parle de “chantiers de masse”.

La ville s'étire. Et ses réseaux avec, forcément. Il faut amener l'eau, l'assainissement, l'évacuation des eaux pluviales, créer des voiries, des trottoirs. Le béton a bonne presse. L'immobilier remplit les vides. Et rend des familles heureuses avec le confort d'une salle de bains. En novembre 1970, un édito du bulletin municipal annonce la couleur : “Sa courbe géographique (de Vierzon) fait prévoir une augmentation de près d'un millier d'habitants par an dans les prochaines années. Un tel chiffre exigera bien entendu à la fois le maintien de l'activité économique et de nouvelles et importantes possibilités de logements. Dans ce sens, la création de l'importante cité de Chaillot par “l'abri familial” sera certainement très bénéfique.”

Plus de logements sociaux à la pelle, ce coup-ci, mais une accession à la propriété à bon prix. Là encore, la vaste plaine de Chaillot se hérisse de pavillons construits en un temps record (jusqu'à trois par jour pour contenir les coûts de fabrication). Vierzon croit dur comme fer à cet “accroissement démographique” qui exige non seulement des logements, mais des structures scolaires, culturelles, sportives corrrespondantes. Cinq ans plus tard, le recensement offre des certitudes à la municipalité que sa politique est la bonne : 35.699 habitants. Le crédo : se développer.

27.000 habitants

En 1975, justement, le plan d'occupation des sols pour aménager Vierzon, trace les grandes lignes de l'avenir. Et déjà, elle pointe un souci : “Vierzon, ville de 37.000 habitants assume des charges de voiries et de réseaux égales à celles d'une ville de 100.000 habitants ou plus.” Le chapitre 2 est intéressant : “développer Vierzons sans l'étendre”. Il faut “constituer un vrai centre-ville”, et “développer les zones d'emploi.” A la fin de 1976, Chaillot compte trois mille habitants dans 613 maisons. C'est le summum. Le nouveau quartier marque la décennie 70. Celle d'après n'est pas avare non plus de constructions. Face à Chaillot, un autre nouveau quartier, les Crêles, 140 habitations inauguées en 1982. Suivent la résidence du Moulin de Grossous, la résidence Paul Eluard, de la Poste.

La démolition de l'usine Larchevêque laisse la place à l'ilôt du même nom (106 logements). Seulement, le recensement de 1982 met un frein aux ambitions. La ville commence à perdre des habitants. Les raisons sont, entre autres, économiques. Le vieux quartier n'échappe pas la modernisation: création de rues piétonnes, logements rénovés à grande échelle. La décennie 80 prépare un grand changement en centre-ville : la création d'un “vrai” centre que Vierzon réclame depuis 1937, à travers la création du Forum République. Un ensemble de commerces construit sur le canal busé. La greffe prend mal. Ce centre est artificiel. Dans l'enfilade, une nouvelle Poste, des logements. Sur le sillon du canal, l'urbanisation rejoint l'écluse de Grossous.

En 1990, patatra, nouvelle baisse de la population : 32.000 habitants. Les cités (Sellier, Colombier, Clos-du-Roy) sont devenues les quartiers dits “sensibles”, trop hauts, trop de vacances. Ils sont l'objet d'un plan drastique de démolition. Parmi les élus figure un ex-patron d'une entreprise de bâtiment : il a construit les logements qu'il fait alors démolir... Le départ des habitants se lit à présent dans l'urbanisme. Symbole fort : une école, Paul Langevin, est complètement désaffectée et transformée en centre associatif. En 1999, le choc est rude : moins de 30.000 habitants et la courbe continue de mordre la poussière, 28.000 en 2006, 27.723 en 2007, 27.495 en 2008. Des pavillons remplacent les immeubles de Sellier et du Clos du Roy. Vierzon court après ses habitants. D'abord endiguer la perte. Et repartir à la hausse. Peut-être...

Y'a d'la joie !

Sous-titre : Charles Trénet et Vierzon : un lien improbable.

Charles Trénet a failli habiter à Vierzon ! Failli, on apprécie la nuance car finalement, au regard de l'anecdote, il y a des situations qui ne tiennent à rien. Christian Lebon est un enfant du pays. Ses parents habitent dans le quartier des Forges, une maison à la sortie de la ville, au lieu-dit le Tertre.

Christian grandit dans son périmètre géographique et part vers la vie. Sauf que le jeune homme est aspiré très tôt par la chanson. Il connaît déjà par coeur, à l'âge de six ans, Y' a d'la joie, sous le regard émerveillé de sa maman.

Gentil organisateur au club Med d'Agadir, Christian Lebon monte un show avec les chansons de Trénet, le feutre sur la tête, l'index fendant l'air. Le mimétisme est troublant. D'autres GM le photographient et l'enregistrent. Ils envoient le colis à sa mère, à Vierzon. Elle se charge de réexpédier le tout aux éditions Raoul Breton, direction, le bureau de Charles Trénet. Christian Lebon n'en sait rien...

Un matin, rue de Tocqueville, à Paris, il reçoit un coup de téléphone. Le fou chantant est à l'autre bout mais Christian Lebon ne croit pas à la farce... Qui n'en est pas une. Il raccroche. Charles Trénet rappelle, même septicisme. Il note quand même son numéro de téléphone. Dans la foulée, sa mère l'appelle aussi et lui raconte l'histoire. Christian Lebon n'en croit pas son chapeau. L'homme au bout du fil, c'était bien lui, son idole.

Il rappelle Trénet en s'excusant platement. Le chanteur lui dit simplement « Demain à 11 heures précises ». L'histoire commence. Et voilà comment le lien se créé entre Charles Trénet, Christian Lebon et indirectement Vierzon. C'est ce que le Vierzonais raconte, dans le détail, dans un livre « Charles Trénet, Appelez-moi à 11 heures précises.” L'amitié entre le jeune Vierzonnais et le chanteur est indéfectible. “Je devins un familier de sa maison et participais à maints événements de sa vie, riche, fertile en anecdotes peu banales. J'entrais de plain-pied dans un univers nouveau, multiple, peu ordinaire, pour ne pas dire “extra-ordinaire”. Ils font route professionnelle ensemble. En juin 1989, ce dernier accepte l'invitation et voilà les deux hommes en route pour Vierzon. Charles Trénet connaît un peu Vierzon, pour y être passé, à plusieurs reprises. Il se dit alors que, pourquoi pas y habiter. La ville n'est pas très loin de Paris. Raoul Breton, apprend-on dans le livre de Christian Lebon, avait une maison à Vierzon et, Charles Aznavour avait raconté aux deux hommes qu'il avait rencontré sa femme sur la passerelle de la gare de Vierzon. Alors pourquoi pas Trénet, Vierzonnais !

Le chanteur arrive aux Forges, dans la maison familiale du Tertre. L'invité d'honneur est reçu à bras ouverts. Après le repas, un agent immobilier toque à la porte. Charles Trénet en avait profité pour lier l'utile à l'agréable et surtout, confirmer sa volonté d'habiter Vierzon... L'agent immobilier avait programmé deux visites : la première maison était beaucoup trop près de la route; la seconde, une belle propriété, jouxtait un terrain vague qui servait de stade... Là dessus, Charles Trénet prit ses clics et ses clacs. Et bien sûr, jamais il n'habita Vierzon.... L'amitié entre Christian Lebon et Charles Trénet continua à grandir. Jusqu'à la mort de l'artiste. Dans son sillage, Christian Lebon avait créé l'association Charles-Trénet afin de promouvoir la chanson française et aider les artistes à se faire connaître, transformée en fondation. Le Vierzonnais continue de prolonger la mémoire de son idole à travers un récital d'une vingtaine de chansons “à notre façon”. Spectacle joué dans les casinos, les théâtres et dans le monde entier.

Zincs

Bistrots, cafés, et autres troquets

Vierzon, ville de troquets, de comptoirs, de zincs. Terre propice aux cabarets, abreuvoirs et bouges, bouchons, rades et estaminets. Le bistrot a toujours tenu, à Vierzon, une place singulière, baromètre social, inlassable lieu de rencontre et de distraction, d'habitudes souvent jugées mauvaises et de perdition, sans doute exagérée, que les hygiénistes ont étranglé.

La loi actuelle et absurde, empêche toute nouvelle création de licence IV, nécessaire à l'exploitation d'un café. Cette loi est à l'origine, en plus des changements sociétaux, de la disparition des cafés de quartier et des bistrots de campagne.

A Vierzon, peut-être plus qu'ailleurs, le XIXe siècle a multiplié les débits de boissons, sous la forme de cabarets, de cafés. Les épiceries servaient de l'eau de vie au comptoir, les hôtels et les restaurants abritaient aussi un coin café. Celui de l'Hôtel du Boeuf, rue Neuve (actuellement avenue de la République) ajoutait un billard, en 1874. Dans les années 1920, l'hôtel abrita un invité prestigieux : Antoine de Saint-Exupéry se servit même de papier à en-tête de l'hôtel pour y écrire ses impressions et y dessiner quelques croquis de Vierzonnais.

Ville ouvrière, Vierzon a durablement inscrit le zinc dans sa tradition républicaine autant que Liberté, égalité, fraternité alors ajoutons-y Café ! En 1861, Vierzon-Ville (1) dénombrait un débit de boissons pour 83 habitants; en 1873 un débit de boissons pour... 44 habitants. Les cabarets, plus spartiates que les cafés, servaient surtout du vin blanc ou du vin rouge sur les tables. Les porcelainiers plus que les verriers avaient pour habitude de consommer du vin blanc.

Fluxion de poitrine

Le dimanche d'un Vierzonnais se résumait ainsi, dans la Gazette vierzonnaise datée du 18 décembre 1884 : « les uns vont s'enfermer dans les cafés, d'autres vont bastringuer dans les quatre ou cinq bals semés de par la ville, au risque d'attraper une fluxion de poitrine; enfin, les plus posés et ceux qui détestent la fumée du tabac et qui ne sont pas possédés de l'envie de devenir sourds, préférent arpenter la rue neuve (l'artère principale de la ville), la monter, la descendre, une vingtaine de fois. Ce n'est pas que cet exercice soit des plus créatifs mais ils est assurément plus hygiénique et moins dangereux. »

Edouard Burdel, un médecin de l'hospice de Vierzon, vice-président de la Société médicale du Cher a suivi les Vierzonnais, pendant de longues années, dans leurs périgrinations cabaretières et bistrotières. Il en a fait un ouvrage « de l'ivrognerie, de ses effets désastreux sur l'homme, la famille et la société et les moyens d'en modérer les ravages ». Le tableau qu'il dresse est sombre : « combien de familles d'ouvriers sont plongées dans le dénûment le plus complet, combien d'enfants se livrent au vagabondage, au vol même, parce que le chef engloutit au cabaret, le dimanche et le lundi, le produit du travail de la semaine ! »

Les lois hygiénistes, poussées par de puissantes ligues anti-alcool qui conseillaient de manger les fruits au lieu de les distiller, ont mis un coup d'arrêt à la prolifération des cafés et des cabarets. Aujourd'hui, encore, impossible de créer un café sans l'obtention d'une licence IV qui elle-même ne se crée plus mais se rachète. La disparition progressive des usines, à Vierzon, a précipité aussi la chute des cafés. Le désert bistrotier avance inéxorablement.

Des cafés corporatistes

Pourtant, la tradition est restée forte et des clivages se sont créés, avec d'un côté, des cafés ouvriers comme celui du café de l'Univers, à la Croix-Blanche (le bâtiment était devenu un bar de nuit réputé...); de l'autre, des plus huppés, comme le café des Négociants (désormais un magasin de vêtements), place Foch, disparu dans les années 1960.

Vierzon a toujours cajolé ses débits de boissons. Certains sont devenus aussi corporatistes, au gré de l'économie du quartier : Vierzon-Villages, marqué par le chemin de fer, a aligné ses noms de cafés ferroviaires : le café du Dépôt a cotoyé le café de l'Avenir qui voisinait avec le café du Signal d'arrêt, rue des Ateliers, lui-même proche du café des Gueules noires, de la Cabane en bois, du café des Marches, du Rendez-vous des cheminots. Les mariniers du canal de Berry se retrouvaient au café de la Marine, rue des Ponts, devenu plus tard la Tassée puis l'Eden, la bar a fermé dans les années 1990.

Les pêcheurs de la Loeuf avaient démocratiquement choisi le nom de leur café : le Goujon qui tête. Dans le quartier du Bois d'Yèvre, c'était le Rendez-vous des pêcheurs. Des noms, typiques, ont marqué l'histoire vierzonnaise : le café des Echelles dans le quartier des Forges évoquait le quartier des échelles. Elles permettaient à chaque maison, alignée comme à confesse, de se rendre au grenier. Rue Marcel-Sembat, le café de l'échelle rappelait que c'est par elle que les cheminots qui travaillaient sur les voies descendaient au café. Le Pouriau était un repère de jardiniers dans le quartier de l'Abricot, on y servait des fillettes de rouge et l'on y vendait des graines au comptoir tandis que le café des Métallos ouvraient ses bras aux salariés de l'usine Case, héritière de la Société Française de Vierzon qui fabriqua, jusqu'au milieu des années 1960, des tracteurs.

De moins en moins de bistrots

Le café des Arts, place de la Croix-Blanche, a laissé sa place en 1973 à une résidence. Le café des Abattoirs a survécu jusqu'au XXIème siècle après la démolition des abattoirs dans les années 1990. L'Olympic, tenu par un sportif local émérite, footballeur et rugbyman dans une même saison, est devenu un restaurant chinois et le café du Commerce, un magasin de jouets. Le petit Robinson est depuis plusieurs décennies une maison d'habitation, même sort pour le café de l'Ane qui renifle, bistrot frontalier entre Vierzon et Méreau, agrafé sur un lieu-dit célèbre “Moscou”.

Le tissu bistrotrier a rétréci au lavage des années et au changement des habitudes. Souvent, les cafés avaient élu domicile dans la maison même des proprétaires, qui pour ne pas se séparer de leur maison, ont préféré fermer le café plutôt que de le vendre.

En 1955, Vierzon comptait encore 158 bistrots, ils n'étaient plus que 129 en 1982 et moins de 70 en 2010... Le déclin n'est aujourd'hui pas terminé. La télévision a remplacé la belote. La cigarette est interdite au comptoir. Du coup, les terrasses n'ont plus de saison. Mais à Vierzon, l'histoire reste écrite au rythme des bistrots. Certains murs bavardent encore des traces de café disparu, dans une sorte d'archéologie du zinc. Ceux qui ouvrent encore, dans les premières heures du matin; comme L'Orient-Express, unique oasis des voyageurs depuis la fermeture du Buffet de la Gare ou le café de la Renaissance s'accrochent à une tradition malgré tout bavarde. Les nouvelles fraîches ne se partagent qu'autour d'un café chaud.

  1. Vierzon était jadis coupée en deux communes : Vierzon-Ville qui était le centre et Vierzon-Villages, les faubourgs. Plus tard, Vierzon-Villages s'est découpée en deux autres communes autonomes, Vierzon-Forges et Vierzon-Bourgneuf. Les quatre communes ont fusionné en 1937 pour donner naissance au grand Vierzon.

Quelques noms de bistrots célèbres, disparus: café de la Convention; Au rendez-vous des promeneurs; le Goujon qui tête; l'Ane qui renifle; café des Négociants; café de l'Univers; café du Tunnel; café des Sportifs; au Beau rivage; la Rotonde; café de l'Ile Marie; le café de la Noue; le Rally; au Bouillon-Duval; Cheu pâte à l'oeuf; bar de Grossous; hôtel du Boeuf; la Gourde; au Marronnier; bar du Rocher; le café du Centre; le café du Progrès; l'Olympic; etc...

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