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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Dédé Perrot a quitté la vie et Vierzon sur laquelle il a tant écrit

Publié par vierzonitude sur 27 Juillet 2015, 18:37pm

C'était à l'époque où le journal était un journal, pas un média. Où il s'étalait fièrement sur la toile cirée, avec ses grandes pages mal aérées, bourrées d'infos, de brèves, de faits divers, de tout ce qui grouillait à la surface de la ville. Les photos étaient rares, les textes à rallonge.

André Perrot écrivait sur tout, y compris sur l'arrivée du printemps à Vierzon, sur un miroir qui lui racontait des histoires, sur la vie locale, la vie vierzonnaise, le coin de la rue, la nouvelle frappée sur le zinc, celle du planton au commissariat. Dédé Perrot était un petit bonhomme sympathique qui traînait sa plume à l'ancienne entre deux rives du temps : pensez donc, embauché en 1952 au Berry républicain, correspondant sportif à Mehun en 1949, nous rappelle la presse locale, il devient chef de l'agence de Vierzon en 1960.

Sacrée époque ! Pour se déplacer jusqu'à Mehun-sur-Yèvre, aimait raconter Dédé, le Berry lui avait offert un véhicule à trois roues, quatre c'était trop cher ! Et en voiture Simone, semaine et week-end, c'est que la nouvelle fraîche n'attend pas. Pur produit du plomb, de l'info à l'ancienne, Dédé Perrot a laissé derrière lui une fascinante collection de négatifs sur Vierzon, toute la vie de la ville en images. Y compris celle des bistrots qui a servi à bâtir le livre Gueules de zincs, par exemple.

A chaque fois qu'il se passait quelque chose dans un bistrot de Vierzon, et il s'en passait à l'époque, Dédé Perrot faisait sortir tout le monde sous l'enseigne du café. Ils y sont tous, ou presque, dans ces négatifs carrés rangés dans des enveloppes parfaitement légendées.

Pendant plus de trente ans, Dédé Perrot a labouré sa ville. Il a surtout nourrit sa passion du sport. Il adorait raconter qu'un jour il avait mis, avec le marchand de TSF voisin de l'agence, une télévision dans la vitrine du Berry, rue de la République, pour regarder le Tour de France. Un monde devant la vitrine ! Le vélo, c'était son dada.

Toute la vie de Vierzon est passée entre ses mains. Mariages, naissances, décés. C'est que le journal, à l'époque, c'était le pouls de Vierzon. Il y en avait même deux, avec la Nouvelle République. Dédé Perrot a traversé son temps en laissant une mémoire imprimée qui n'a pas de prix. Lire ses articles, longs, parfois très longs, c'est revivre le passé de Vierzon. En 1985, Dédé prend sa retraite mais il reste actif dans des associations. Car le journaliste n'a pas fait que rapporter l'info de sa ville, il s'est aussi impliqué dedans, il y a mis les mains, les bras, le corps entier.

Il avait dix mille souvenirs, cent mille même. Parfois, il disait que sa mémoire lui faisait défaut mais dans son pavillon du Bourdoiseau, il s'en est redessiné des souvenirs issus de sa mémoire. En 1985, c'était déjà le modernisme à tout crin. Même si les ordinateurs n'avaient pas pris la place des machines à écrire. Toute un époque que Dédé Perrot a étiré le plus possible, lui, passerelle entre deux temps distincts, celui qui laissait derrière lui le plomb, le tout noir et blanc pour filer à toute vitesse vers la presse que l'on connaît, multiforme, rapide, sur tous supports. Lui qui n'avait connu que son carnet, sa machine, ses maquettes à l’encan , ses impératifs de bouclage, les photos argentiques, les belles histoires et les drames.

Dédé est parti rejoindre celle qui a toujours été à ses côtés et que la vie avait fui il y a peu de temps. André Perrot, ce petit bonhomme si sympathique survivra malgré tout et par dessus les progrès les plus fondamentaux. Il avait scrupuleusement découpé ses articles collés dans des cahiers à spirales. Et combien de journaux jaunis dorment encore dans des greniers ou chez des collectionneurs avec dedans, un article de Dédé Perrot. Celui sur l'arrivée du printemps est somptueux. Du Dédé, tout simplement.

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Bezant 28/07/2015 18:42

Je me souviens de l'avoir vu en activité. Hélas je n'ai pas spécialement retenu un article. J'ai lu dans l'annonce mortuaire un encart de la CGT du livre dont il était manifestement adhérent. Le pont entre la CGT et le PCF étant ouvert de longue date, j'ose espérer qu'il a su faire la part des choses dans la période où il était à l'agence de Vierzon (1960-1985), période qui épouse pratiquement les mandats successifs des municipalités communistes Mérigot puis Micouraud (1959-1990) ?

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