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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Ça y est, le pôle handicap de Vierzon est mort et enterré

Publié par vierzonitude sur 5 Octobre 2015, 21:28pm

Le pôle handicap,baptisé d'un nom barbare, Cluster Aghir a cessé de vivre. Son ex-présidente Annie Vigier nous explique pourquoi. Constat étonnant : à Vierzon, un bowling a plus de chances de vivre qu'un projet économique innovant a de chances de survivre. A chacun de comprendre pourquoi.

Ça y est, le pôle handicap de Vierzon est mort et enterré

Donc le pôle handicap est mort et enterré à Vierzon ?

Sans parler d'un suicide assisté, notre conseil d'administration a pris la décision de mettre fin à l'association afin d'éviter de maintenir de façon artificielle, et forcément sur des fonds publics qu'il aurait fallu alors mobiliser, une activité qui n'avait pas trouvé son modèle économique.
Il s'agit d'une décision prise en responsabilité, par des acteurs du monde économique qui n'ont pas pour habitude de creuser un déficit en attendant que les collectivités veuillent bien le combler.
Ainsi, concrètement et sans langue de bois, nous avons arrêté avant de devoir laisser des dettes. Et en premier lieu au propriétaire de nos locaux, à savoir la communauté de communes.
Lorsque nos comptes seront arrêtés, ce qui n'est pas encore tout à fait le cas, nous terminerons proprement, tous les en-cours ayant été soldés.

Pourquoi le cluster, nom barbare du pôle handicap, a-t-il cessé de vivre ?

Je suis d'accord, "Cluster" est un mot horrible, auquel par coquetterie nous avions ajouté "Grappe d'entreprises". Mais c'est ce terme de "Cluster" qui a été retenu par l'Etat, c'est sous ce label, plutôt que sous notre ancien nom de "Pôle Handicap-Autonomie", que nous avions pu répondre à l'appel à projets de la DATAR en 2011, et que notre candidature a été retenue. Ce qui nous a permis de démarrer les 2 premières années !
Curieusement, c'est aussi ce statut qui nous pénalise aujourd'hui, car l'Europe, considérant que les "Clusters" ont vocation économique (alors que nous accompagnons l'innovation mais ne "vendons" rien), exige qu'un maximum de 50 % de notre budget soit apportés par des fonds publics.
Or, étant une structure facilitant l'émergence de produits et services innovants, dans le domaine du handicap et du vieillissement de la population, du maintien au domicile, etc… nous faisons aussi œuvre publique…
Ainsi, ce qui nous a fait naître nous fait mourir, allez comprendre la logique implacable des technocrates…

Pourquoi les financeurs sont-ils aussi frileux pour soutenir des projets locaux comme le pôle handicap ?

Le problème est que les financeurs : Communauté de communes, département, région, sont aussi des politiques qui attendent des projets qu'ils financent :

1 Une communication pour montrer qu'ils œuvrent dans le domaine,

2 Des résultats pour montrer qu'ils n'ont pas investi pour rien. Et on sait que les citoyens attentifs – suivez mon regard - sont très vigilants sur ce point !

Il faut bien avouer qu'un Cluster dans le handicap et la perte d'autonomie, ce n'est pas vraiment sexy… et beaucoup moins en tout cas que du loisir, de l'environnement, des bâtiments flambants neufs ou un centre routier…
Pour autant, si la question est : ont-ils été plus frileux parce qu'il s'agissait un projet local, ou sur cette thématique ?
Je distinguerais dans ma réponse les approches très différentes des locaux, justement, et des "plus éloignés".
Soyons clairs, les plus proches de nous, à savoir la Communauté de Communes, qui avaient a priori les plus petits moyens, ne nous ont jamais "lâchés". Et il ne s'agissait pas d'une posture politique, mais d'un intérêt réel et surtout d'une bonne compréhension des problématiques du vieillissement sur le moyen et long terme, sur notre territoire essentiellement rural.
Le département, je pense encore aujourd'hui, entrevoit des opportunités, y compris dans ce que les innovations peuvent apporter en terme de qualité de vie des personnes vieillissantes, et d'économie en favorisant le maintien à domicile plutôt qu'en structure adaptée. Maintenant, que le siège se trouve à Vierzon peut, et pourrait encore, être sans doute un frein… La communauté d'agglomération berruyère s'est d'ailleurs appropriée depuis 1 an bon nombre de nos thématiques, ce qui sur le fond est une très bonne chose… Le CD18, par une mission confiée sur le 1er semestre, a contribué à ce que nous terminions à l'équilibre. Il n'est pas exclu que, s'il devait y avoir un avenir à la dynamique "AGHIR", ils puissent être acteurs, voire moteurs de l'initiative.
Quant à la Région, elle nous a financés au démarrage et à la clôture, mais les relations ont souvent été très compliquées. Une lecture technocratique de nos conventions, volontaire ou pas, nous a desservis, et a contribué à ce que nous devions, depuis Décembre 2013, être en recherche permanente d'un équilibre financier qui a lourdement impacté notre fonctionnement.

Quant à l'Etat, comme je le disais nous avons eu la contribution de la DATAR, mais les budgets sont aujourd'hui si ténus que, malgré un "soutien d'estime", aucune ligne ne peut être dégagée pour nous aider à maintenir l'ctivité.
La campagne ambitieuse lancée en 2014 sur la "Silver Economie" n'a pas été suivie d'effets, aucuns moyens n'ont été mis à la disposition des territoires pour soutenir ce pan novateur du savoir-faire national. En fait, c'est Madame Delaunay qui était moteur de cette initiative. Elle partie, personne n'a véritablement pris le relais.


Comment peut revivre ce Cluster et avec quels moyens ?

C'est aussi la question que je me pose… et c'est la raison pour laquelle, ne souhaitant plus être placée en situation permanente de recherche de fonds, j'avais annoncé aux administrateurs que je démissionnerais de mon poste de présidente s'il était question de poursuivre.
Si AGHIR revit, ce sera sous une autre forme, mais assurément pas celle de "Cluster" puisqu'on connaît les limites de ce statut. Comment pourra-t-elle être financée ?

Idéalement, si les financeurs souhaitent mettre la "main à la poche", il faudra que cette nouvelle structure ait une visibilité minimale de 3 voire 5 ans pour en mesurer les effets. Cela implique un engagement sans faille, et l'on a vu dans le passé que les financeurs sont soumis aux alea des échéances électorales…

Mais il faudra aussi que les entreprises, qui bénéficient des services, de l'accompagnement, des réseaux d'AGHIR soient en mesure elles aussi de rétribuer la valeur ajoutée apportée par notre savoir-faire, et pourquoi pas, très logiquement, de la "rémunérer", même si le terme n'est pas adéquat, sur les produits développés et commercialisés grâce à elle.
Quant aux fondations ou au mécénat, qui sont d'ailleurs sollicités en permanence par nombre d'associations, notre statut économique ne nous a pas permis d'être reconnus d'utilité publique, ou bien nous ne correspondions pas aux thématiques qu'ils avaient choisi de soutenir. Là encore, le handicap et le vieillissement, ce n'est pas sexy…

Nous avons su offrir nos services, mais n'avons pas pu ou su nous vendre…

Que deviennent les projets en cours et que devient l'ex-directeur du Cluster et les autres salariés ?

Les projets initiés vivent sans le Cluster, car derrière les projets il y a des hommes et des femmes qui ont appris à travailler ensemble. D'ailleurs, François Clergeot, notre ancien directeur, poursuit au CCAS de Vierzon les projets menés avec le Cluster, des projets qui seront ensuite duplicables. Elie, notre ergonome, est reparti chez lui à Nîmes. Après un été au cours duquel il a travaillé à l'encadrement d'enfants handicapés en colonies de vacances, il prend le temps de choisir son prochain poste, répond à des offres d'emploi un peu partout, et se dit que l'expérience Cluster a été très positive, tant pour l'ouverture à des aspects complémentaires à sa formation initiale que pour son parcours et son CV.

Faisons de la prospective : ce projet n'existe plus car nous smmes à Vierzon ou ce projet n'existe plus parce qu'il n'était ps viable ou tout simplement parce que le nerf de la guerre, l'argent, manque ?

Cet exercice serait alors plutôt de la rétrospective…
Si nous n'avions pas été à Vierzon, c'est-à-dire dans une ville rurale de 27.000 habitants située dans la partie sud de la Région, mais sur l'axe Ligérien, plus proches d'Orléans ou de Tours, aurions-nous eu plus de chances ?

Oui si les grosses entreprises et les centres hospitaliers d'Orléans et Tours nous avaient rejoints.
Les locomotives, qui auraient pu attirer un volume d'entreprises suffisant pour atteindre l'équilibre nécessaire entre fonds privés et fonds publics, nous ont manqué.

Oui car la Région, assurément, aurait mis plus de moyens, et incité toutes les structures départementales proches de notre thématique à se mobiliser et à se réunir sous la bannière AGHIR, qui jouit en Région et au-delà d'une bonne notoriété.
Mais la réponse n'est pas si simple. D'autres structures similaires, ailleurs en France et même en Région Parisienne, disposant de moyens beaucoup plus importants, se posent aujourd'hui également la question de leur pérennité.

Question vache : peut-on comparer le budget du Cluster à celui du tourisme (un million par an) à Vierzon ou de l'investissement public pour le bowling (3,5 millions d'euros) ? Peut-on avoir le chiffre ?

La question serait vache si j'étais en charge de l'économie de cette ville, où le financier et le politique sont particulièrement imbriqués.
Je peux sans problème vous annoncer le budget du Cluster : avec 2 salariés ½, nous fonctionnions avec 180 K€ annuel (180.000 euros).

Si une nouvelle association devait voir le jour, je ne peux imaginer un budget inférieur à 120 K€ (120.0à0 euros).

Comparer un bowling qui est fait pour le grand public et pour l'image de Vierzon à une structure comme la nôtre n'a pas grand sens… sauf pour apporter des arguments au combat de Vierzonitude !
Comme je le disais plus haut, la politique aujourd'hui c'est de la communication, il leur faut mettre en évidence des réalisations voyantes, même si elles ne sont pas économiquement justifiées et viables. En tout cas c'est ainsi que la politique est menée dans cette ville.

Nous menions un travail de fond, sur des travaux que nous ne pouvions pas toujours dévoiler puisque protégés par la protection intellectuelle, et demandant souvent plusieurs années de maturation entre le projet initial et sa divulgation ou commercialisation. Le secret et le temps, des ingrédients qui ne facilitent pas la com' !

Que peut-on espérer pour les entrepreneurs de Vierzon ?

Pour répondre à cette question je ne tomberai pas dans le piège d'une réponse politique. On a bien vu des villes dirigées par des communistes qui se développaient, il s'agit plus d'une question d'hommes que de tendance. Les nôtres entretiennent des archaïsmes qui ne facilitent pas les échanges avec les entreprises. Mais ce n'est pas le plus important.

Vierzon c'est comme le yaourt : ce qui est bon à l'intérieur se voit à l'extérieur, mais l'inverse est vrai aussi.

Nous avons des atouts, mais il ne faut pas le dire trop fort ! Il est entretenu dans cette ville un défaitisme, un climat négatif qui se voit à l'extérieur. Lorsque nous sommes arrivés à Vierzon en 1985, première ligne du rapport sur Vierzon, délivré par la Chambre de Commerce du Cher : "Vierzon, ville triste". Regardez les posts sur les réseaux sociaux : il suffit que l'on lance une suggestion pour qu'aussitôt les négatifs se déchaînent… Le dialogue devient impossible.

Que peut-on espérer ?

Juste nous laisser travailler, valoriser non pas seulement les réalisations des collectivités ou des entreprises installées sur le Parc Technologique ou la zone des Forges, mais toutes celles qui marchent, investissent, embauchent, innovent, qui sont pour certaines des fleurons dans leur domaine mais sur lesquelles on ne communique pas. Cette propension serait anecdotique si elle ne décourageait parfois les entrepreneurs plus discrets ou modestes.

Et arrêter par pitié de fustiger "le patronat" sans faire de distinction entre les entreprises du CAC et les TPE/PME !
Embaucher des agents économiques qui ont la "gnac" et iraient vendre Vierzon, avec des objectifs et des intéressements aux résultats, serait aussi un investissement rentable. En se donnant les moyens, en particulier en proposant du foncier attractif.

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Annie VIGIER 06/10/2015 11:14

A la relecture de cette interview, je m’aperçois que sur l’aspect « commercial » de la démarche je me suis vraiment mal exprimée.
En relisant j’ai l’impression que mes propos ne sont pas très clairs (mea culpa, je partais en WE !)
Il aurait été plus précis de dire que :
«Ce qu’il faudrait à la Communauté de Communes, qui possède la compétence économique, c’est embaucher un ou des agents commerciaux, qui aillent non pas seulement sur des salons « représenter Vierzon », mais qui démarcheraient directement les entreprises pouvant avoir besoin de s’étendre ou de se délocaliser, en Région Parisienne par exemple, pour «vendre Vierzon ». Ce ou ces commerciaux auraient des objectifs, et seraient, comme pour toute démarche commerciale, intéressés aux résultats. La valorisation d'une implantation en terre Vierzonnaise serait facilitée en proposant aux entreprises prospectées du foncier attractif, tant en investissement qu’en fiscalité. »

Athos 06/10/2015 08:08

Ca me fait penser, le sujet des petits patrons, à la tradition de l'arbre de mai, en Dordogne.
Il est encore courant de voir pour le 1er mai un arbre (ou une grosse branche) avec une pancarte "Honneur à notre patron", ou "Honneur à nos élus".
Cela ne risque pas d'arriver à Vierzon.

Annie VIGIER 06/10/2015 13:17

Chez nous au Garage nous avons détourné "Honneur au patron", mais toujours respecté la tradition de la Saint Eloi. Mon mari avait droit à sa boîte de chocolats, moi à mon bouquet, et repas tous ensembles avec les conjoint(e)s. Une fête toujours très chaleureuse !

Athos 05/10/2015 19:05

Je partage avec vous, Madame Vigier, l'idée qu'il y a un climat négatif entretenu à Vierzon. Et qui se voit à l'extérieur, grâce à Google, et les réseaux sociaux, ce qui est préjudiciable pour l'activité de notre ville.

Cela doit être rebutant pour tout entrepreneur ou commerçant qui aurait l'idée d'entreprendre chez nous quelque chose. Il sait à l'avance qu'on lui souhaitera de se planter, du moins c'est l'impression que l'on donne.

Comme c'est vous qui le dites, contrairement à moi, c'est plus acceptable.

Annie VIGIER 05/10/2015 21:06

Je n'irai pas Athos jusqu'à dire qu'ils souhaitent que l'on se plante, mais ils ne mettent pas tout en œuvre, ils ne se battent pas à nos côtés pour que l'on réussisse. Il y a encore de vieux shémas qui traînent sur les commerçants, les "patrons" sans distinction... En tête à tête on nous dit que non, les artisans ou petits patrons c'est pas pareil, mais on affiche un certain mépris pour ceux qui "gagnent de l'argent sur le dos des salariés"! Vieille réthorique... J'ai été une petite patronne de gauche qui a surtout, beaucoup, travaillé aux côtés de nos salariés pour gagner notre croûte... Mais ça ne plaît pas, ça brouille le message ;-)

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