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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Vierzon dans un reportage de Florence Aubenas, le making-off

Publié par vierzonitude sur 13 Novembre 2015, 17:20pm

Vierzon se retrouve dans un reportage de Florence Aubenas, grand reporter au Monde. Un reportage sur la région Centre dans le cadre des élections de décembre. Comment et pourquoi Florence Aubenas a cheminé jusqu'à Vierzon. Making-off d'une belle rencontre.

Florence Aubenas, grand reporter pour le journal Le Monde (ne prononcez pas le S) déboule dans la salle du bar de l'hôtel Arche de Vierzon, à 9 heures du matin. L'hôtel est planté depuis 1990, dans l'ancien lit du canal de Berry, bouché par l'hérésie bétonnière de la fin des années 1960.
Quelques jours auparavant, la journaliste, aux portraits de gens sculptés dans la matière souple d'un livre qui ressort justement en poche (En France, ses chroniques compilées parues dans le Monde) cherchait quelqu'un pour lui parler de la région Centre. Un journaliste du Monde qui, lui-même, s'est frotté au poil vierzonnais au cours d'un reportage, il y a plusieurs années, pour le magazine M, narrant la psychanalyse urbaine de Vierzon à travers notamment son plus gros traumatisme, Jacques Brel, s'est souvenu de quelques gens à la langue bien pendue. Dont Florence Aubenas s'est alors rapprochée.

C'est elle qui décroche le gros lot : elle doit portraiturer cette région dont les limites n'ont pas bougé d'un pouce après le tsunami du réaménagement du territoire. Treize régions taillées dans vingt-deux. La région Centre, puzzle agencé de tous les départements que les autres régions ne voulaient pas et qui restaient sur la table, se retrouve punaisée au milieu de la France avec, pour seule identité, un manque criant d'identité justement.Villes éparpillées sans trop de rapport entre elles, pas de cocon géographique réputé comme la Bretagne, le Nord ou l'Auvergne.

Florence Aubenas, cheveux blonds coiffés aux doigts, sourire baroudeur, aborde la salle du café avec le même enthousiasme qu'elle serre une main. Elle sait, et son interlocuteur en face aussi, que les prochains instants seront bondés de paroles, de questions, de réponses, d'échanges, de curiosité. Deux heures avant son prochain rendez-vous avec Jean Rousseau, l'ancien maire de Vierzon, elle écoute, écrit sur son carnet, d'une écriture distincte, sur ce qui ressemble plus au synopsis d'un livre, qu'à un simple carnet de notes. C'est enviable, une écriture aussi nette. Tant de pulpe humaine y frémit à l'intérieur.

Vierzon... Florence Aubenas... "Ok, je viens", dit-elle, quelques jours auparavant. Elle vient ici, à Vierzon. Pour comprendre. La région Centre ne se limite pas à ce carré de tissu vierzonnais, bien sûr, ce serait injuste d'ailleurs de la résumer ainsi. Mais ici, son interlocuteur le lui a dit, il y a tout : la ville industrielle qui part en lambeaux, le commerce qui s'effrite en même temps que les habitants, le rabot de la crise économique qui produit ses copeaux de misère, le Front national qui guette au coin du bois, les électeurs qui s'en approchent de plus en plus en oubliant le danger de la flamme, les tracteurs, Jacques Brel, les anciennes routes nationales qui se croisaient, la réputation souvent injuste de Vierzon... Et puis cette ville singulière à qui il ne faut pas jeter la pierre. Elle n'est ni belle mais pas trop moche mais espère devenir ce qu'elle n'est pas encore mais ce qu'elle mérite d'être. Un jour. Peut-être.

Elle est venue voir Vierzon, et elle a vu Vierzon. Les gens. Des gens. François Bonneau, tête de liste du P.S, croisé dans une fonderie vierzonnaise aux Forges, en pleine visite électorale. D'autres gens. Le Front national, dans sa tanière, aux Forges aussi. Des notes. Une impression. Une journée coincée sous le ciel vierzonnais à sentir le pouls de la ville, prise dans la pression du garrot des élections régionales.

Florence Aubenas se paie un tour de ville. Croise un ancien élu de Vierzon qui lui lâche, sans la remettre vraiment : "je crois vous avoir déjà vue quelque part." Vierzon et ses fourmis d'habitants, comme le "Quai de Ouestream" (un autre de ses livres). La journaliste, en dehors des cadres et des modèles déposés, se fond dans la masse, devient les autres. Prend ce qu'elle voit à prix coûtant parce que c'est ce qui bat dans le quotidien de la France. Il n'y a pas que dans les artères que le sang passe, dans les veines, les veinules, au bout de chaque chose humaine aussi. Florence Aubenas dans les rues de Vierzon, face à l'office de tourisme, rue Joffre, respire ce qui deviendra une série de mots et derrière les mots, l'âme d'un reportage.

Florence Aubenas à Vierzon reste deux nuits à dormir à l'hôtel Arche avant de repartir le lendemain matin, pour Orléans, capitale régionale.

Elle est ainsi venue sur un coup de fil... Et plutôt que de tomber ailleurs, dans une autre ville de la région, elle est venue, ici, à Vierzon, parce que son interlocuteur, à l'autre bout, lui a montré que tour, au final, se déroule ici. Elle avait déjà senti qu'en région Centre, la Chine y avait un écho singulier. Qu'après le rêve américain, celui qui a fait de Châteauroux, pendant longtemps, une base américaine, il y avait, en filigrane, un genre de rêve chinois contemporain lié à l'économie.

Alors, quand Florence Aubenas découvre que Vierzon est jumelée avec une ville chinoise, que de Chine, un jour, des élus trop pressés, comme toujours, s'imaginaient avoir sauvé l'usine Case au milieu des années 1990 et ses salariés, une étincelle a jailli de son regard. Car elle savait qu'elle avait raison. Que ce parallèle chinois qu'elle voulait développer dans son article, est la bonne piste. Jean Rousseau lui a raconté, c'est l'ancien maire qui est à l'origine de ce jumelage...

En dehors de son reportage, il y a aussi, Florence Aubenas, tout court, cette pulsion d'entrée de jeu, ce sourire franc, cette envie de comprendre et d'entendre, ce mouvement vers l'autre. Ce regard, finalement, étranger sur cette ville qu'il faut raconter en peu de temps, résumer à l'extrême sans rien oublier d'essentiel, même si le format d'un reportage ne permet pas le bavardage. Surtout qu'il faut le partager avec l'ensemble d'une région.

Le soir, parce que la nuit est finalement tombée sur la ville, Florence Aubenas dîne à la Mire, le restaurant (et hôtel) qui succède depuis plusieurs mois au Sologne, réceptacle et désuète adresse non pas de Vierzon mais de Méreau. La frontière est fine entre les deux cités. Accueil chaleureux, dîner bavard, omelette aux escargots, décor blanc, service concis, gentillesse de mise. Le patron débarque au dessert, selfie avec la grand reporter qui se prête au jeu avec la même ouverture d'âme que son écoute constante des autres, des bruits et des échos de Vierzon qui lui ont tourné autour toute la journée. Une suite de rencontres, des rires et des sourires, des anecdotes. L'envers finalement d'un décor journalistique où rien, pour l'instant n'est encore écrit mais où chaque chose qui passe, dans l'air, en sera une petite brique.

Jusqu'à l'encre sur le papier, jusqu'à la lecture sur le site du Monde de l'article "Régionales : rêves de Chine en Centre-Val de Loire". On y lit, entre autres : "Le leader local du Front, Bruno Bourdin, un commerçant, a été son élève quand il était instituteur. M. Rousseau en rit. « Je me demande ce que je lui ai fait. » Ça suffit pour faire sourire. Pas de doute, Florence Aubenas a saisi l'incongruité e e lieu.

"On finirait par s’assoupir dans l’isoloir, comme Hitchcock dans sa chambre à coucher, si la région n’avait une qualité assez rare pour avoir séduit tant Honoré de Balzac que Claude Chabrol. Dans ce pays de petites villes et de campagne sage se cachent des tumultes insoupçonnés. On se croit sur les bords de la Loire ? Non, ici, c’est parfois la Chine ou l’Amérique.
Cette Chine pourrait commencer à Vier­zon (Cher), 27 000 habitants. Là, Jean Rousseau habite en « zone libre », précise-t-il, adresse qui a survécu à la seconde guerre mondiale quand la ligne de démarcation coupait la ville en deux. Mais c’est une autre histoire. Le parcours de M. Rousseau, ex-instituteur, 72 ans, paraît à première vue exemplaire des tribulations d’un élu régional au temps de la Ve République : il commence député du Cher dans la vague rose de mai 1981, mais, dès le scrutin suivant, le PS parachute à sa place un plus puissant que lui. « Là-haut, ils se sont dit : à Vierzon, ils se laisseront bien faire », raconte M. Rousseau."

Vierzon dans un reportage de Florence Aubenas, le making-off

"Ici, les grands partis et le centre ont explosé, le PCF vient de récupérer la mairie, et il ne reste plus que le Front national contre le Front de gauche, nez à nez. Le FN fait ses plus gros scores au quartier Chaillot, où L’Huma se distribue toujours dans les HLM. « Le Front, c’est porteur, les gens en ont marre des promesses non tenues », dit Martine Raimbault, 56 ans, ex d’EDF et de la CGT, candidate à la région. « Ils se sentent proches de nous, on parle de leur quotidien, des Noirs qui vendent de la drogue au centre-ville. Attention, ne déformez pas : il y a aussi des moins noirs et des Blancs qui dealent. » Qui se souvient de la tempête provoquée par Bernard Harang, UDF, élu président de la région avec les voix du FN ? Jacques Chirac, alors à l’Elysée, avait dû le « démissionner » face aux manifestations et au boycottage des séances, offrant de fait la victoire au PS. C’était en 1998, il y a un million d’années."

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