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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Les boules Bourges ! Henri Laudier, maire de Bourges était Vierzonnais !

Publié par vierzonitude sur 25 Février 2016, 16:57pm

Henri Laudier est le maire mythique de Bourges pour la première moitié du XX e siècle. Il restera maire de la ville de 1919 à 1943, c'est à dire pendant 23 ans. De quoi imprimer sa vue de Bourges pour des décennies.

LAUDIER LE VIERZONNAIS
Henri Laudier est né à Vierzon le 20 février 1878. Son père, Valéry, était journalier porcelainier, comme il en existait beaucoup dans la région de Mehun et de Vierzon. Sa mère, née Perpétue Dupont était de vieille souche berrichonne. Les Laudier avaient 7 enfants, et Henri avait deux frères aînés, Ernest et Eugène, lesquels auront une grande influence sur le petit Henri. En fait, sur l'Etat Civil, le prénom qui figurait était Hippolyte et non pas Henri, mais à cette époque, changer de prénom était une chose courante.

Henri apprend à lire et à écrire dans une école libre, dirigée par des religieuses, avant d'entrer, en 1886 - il a alors 8 ans - à l'école publique annexe de Vierzon, d'où il sort avec un C.E.P., Certificat d'Etudes Primaires. Après avoir fréquenté l'E.N.P., Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon pendant deux ans, il entre dans la vie active. A 15 ans, Laudier devient un des employés de la Société Française de Construction de Matériel Agricole. Il reste peu de temps dans cette entreprise ; il la quitte et devient ouvrier mouleur-porcelainier dans un Etablissement local, aux Verreries Thouvenin et Sauvaget. Il évolue dans la profession de son père, et pour quelques temps, travaille dans le domaine des tailleurs de verre.

Mais la vie professionnelle de Laudier, dans une ville comme Vierzon, qui a vu naître Edouard Vaillant ou Félix Pyat, se double d'une vie syndicale et politique. Avec ses frères, il fréquente très tôt les milieux syndicalistes et socialistes. On dit même que Laudier prend la parole dans un meeting pour la première fois, alors qu'il n'a que 15 ans..... il promet, le gamin ! L'année d'après, il est nommé secrétaire des Jeunesses Socialistes locales.
C'est alors que sa vie va basculer, Laudier est recruté par Emile Bodin, le Maire socialiste de Vierzon-Village, pour être secrétaire à la Mairie. Par la suite et jusqu'en octobre 1901, Henri Laudier travaille à Vierzon, cette fois pour Emile Perraudin, le maire socialiste de Vierzon-Ville. En parallèle, en 1895, il assure une collaboration effective au journal du parti "le Tocsin Populaire", il en devient le secrétaire de rédaction en 1901. Excellent parleur et débatteur, c'est un des délégués du Cher au Congrès Socialiste de Paris salle Japy en 1899.

LE JEUNE LAUDIER A DU CARACTERE

A cette époque, Laudier est donc socialiste, et avant 1914, cela signifiait être à l'extrême gauche. Avec les anarchistes, les socialistes étaient considérés comme des gens peu fréquentables, ils étaient véritablement haïs par une grande partie de la population. Les coups pleuvaient de partout, ainsi, cette anecdote retrouvée dans un journal local du 15 septembre 1901 :
" Le citoyen Laudier a une singulière façon de traiter les ouvriers et militants socialistes lorsqu'ils se permettent de résister à sa volonté". Et le journaliste de poursuivre avec son histoire. C'était à propos de la présence d'Edouard Vaillant à Vierzon. Comme il fallait un Président de séance pour la conférence, Laudier voulait que ce fut le citoyen Bodin, alors que les socialistes locaux votaient pour que Breton soit désigné. Finalement, Laudier s'écria:
" Avez-vous bientôt fini de hurler comme des bêtes sauvages ?"

Et le journaliste de conclure:
" Travailleurs, Laudier est un dompteur qui compte bien vous mater.... ".
Henri Laudier est donc entièrement plongé dans le socialisme de cette période, il avait pourtant tâté de la plume quelques années auparavant. En 1897, il avait publié une brochure de 48 pages, imprimée à Vierzon, dans "L'imprimerie Commerciale" de Jean Foucrier.
Cette oeuvre est "un péché de jeunesse" d'Henri Laudier, il n'avait alors que 19 ans. Elle comprend un drame social en 3 actes intitulé "Soif d'Or" avec huit personnages, et fort bien composée. Cette pièce de théâtre est l'histoire d'un aristocrate dépravé, le comte de Riconardo, qui se dégrade dans toutes sortes de turpitudes, allant jusqu'au crime... Mais la pièce se termine en beauté puisque le comte sera condamné à la mendicité pour subvenir à son existence :
" Va mendier, Comte, va mendier, c'est ton châtiment" lui dira le bras vengeur représentant l'Humanité.
Roger Richer, qui a retrouvé en 1970 cette oeuvre de Laudier ajoutera de manière gentiment perfide : "on retrouve un personnage dans ce drame, c'est la comtesse Marceline de Riconardo, un personnage dont la mémoire flotte sur près de trois quarts de siècle de notre histoire berruyère... ".
La brochure de Laudier contenait, avec "Soif d'Or", trois poèmes sociaux, aux titres évocateurs, "Demain", puis "Noël" et enfin, "Souvenirs de misères".
Laudier dramaturge, ce ne sera pas son domaine de prédilection; par contre il se retrouvera assez vite dans le journalisme, ce sera son second métier.

LES POLEMIQUES DE L'EPOQUE

Poète, Laudier ne le fut donc pas très longtemps, et c'est heureux pour le Berry. A cette période, on retiendra surtout en lui le polémiste. Dans le journal du Parti Socialiste intitulé Le Tocsin, il écrira le 20 janvier 1901:
"La Dépêche du Berry s'est classée depuis longtemps dans la presse nationaliste.... à l'instar de la presse nationaliste, réactionnaire et cléricale, car elle critique le citoyen Breton". Laudier, visiblement a un contentieux avec Foucrier, le patron du journal local. Mais ce dernier ne s'en laisse pas compter, et il répond le 3 février 1901 dans son propre journal avec un titre en caractères gras : "Procédés Crapuleux". Dans l'article, il s'en prend violemment à Laudier, lequel, employé à la mairie de Vierzon semble avoir supprimé de la liste des fournisseurs d'affiches et autres imprimés pour la municipalité, l'imprimerie de M. Foucrier. Ce dernier réagit ainsi :
" A la Dépêche, Monsieur Laudier, on ne poignarde pas dans le dos... Si j'étais un fainéant comme vous, si je puisais à pleines mains dans la poche des contribuables, il est probable que je ferais fi du travail, mais je suis un honnête homme".

Et Foucrier terminera son éditorial par ces mots :
" Avez-vous compris, Monsieur Laudier, c'est vous dire que je ne tolérerais aucune atteinte à mon commerce de la part d'une fripouille et d'un lâche."
Il y a des mots qui vont tout de même un peu loin en ce début de siècle dans notre calme Berry !
Le lendemain, les deux hommes se retrouvent à 9 heures du matin avec pour chacun, deux témoins : c'est pour un duel. En fait, il semble que des palabres aient duré quelque temps afin de déterminer qui était l'offensé. Il fut établi que c'était Foucrier. Mais Jules Turquet va intervenir, et chacun des deux protagonistes va écrire une très courte lettre sur l'honorabilité de l'autre, c'en était fini, l'incident était clos.
Une seconde fois, Laudier va se retrouver sur le pré, les armes à la main. L'histoire m'a été racontée par Robert Verglas, qui fut secrétaire de mairie à Bourges entre 1937 et 1976. Il fut le témoin de 40 années de vie municipale. Ses souvenirs sont incomparables. Robert Verglas parle de cette période d'avant 1914 en ces termes :
" A Bourges, à cette époque, un des établissements les plus fréquentés était le Grand Café, rue Moyenne (où se trouve actuellement la Banque Populaire). Un jour, Laudier et ses jeunes amis y prenaient l'apéritif, lorsqu'un Capitaine de la Garnison, très importante alors, entra dans la salle. Une réflexion fusa de la table occupée par Laudier, qui en était l'auteur. L'officier vînt exiger des excuses qui furent refusées bruyamment, puis il déposa sa carte en déclarant : nous nous battrons demain, et il rejoignit sa table d'où son parlementaire vint trouver Laudier pour régler la rencontre. Malgré la pression de ses amis qui appréhendaient à juste titre cette dernière si inégale, Laudier refusa énergiquement tout compromis et lui, qui n'avait jamais tenu une épée, fut le lendemain matin, avec ses témoins, sur le terrain où, après quelques minutes, il reçut un coup d'épée dans le bras, ce qui arrêta le combat".
Laudier qui était à cette époque un homme classé très à gauche, "trés rouge", était allé jusqu'au bout de ce qu'il pensait être son devoir et son honneur.
Ces épisodes montrent le caractère entier de Laudier, sa détermination et son sens du combat politique sans limite.

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