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Vierzonitude

Le blog dont tout le monde parle mais que personne ne lit


Vierzon de A à Z : U comme usines, d’une industrialisation massive à une industrie de pointe

Publié par vierzonitude sur 17 Août 2016, 14:00pm

Vierzon de A à Z : U comme usines, d’une industrialisation massive à une industrie de pointe

Reconnue ville industrielle, industrieuse et ouvrière, la ville a petit à petit perdu les honneurs de sa réputation, dans les méandres des crises économiques successives.

Pourtant, l'industrie vierzonnaise s'assoit sur un évènement « riche en symboles et lourd de conséquences ». Le Comte d'Artois, futur Charles X, pose les bases de la future industrie vierzonnaise dans ce qui se nomme encore Vierzon-Villages et devient plus tard, Vierzon-Forges. Un complexe métallurgique prend forme. Il ne doit rien au hasard : l'Yèvre offre l'énergie hydraulique, les forêts de Vierzon le bois nécessaire, et le fer est à proximité. Deux hauts-fourneaux trouent le couvercle de la ville, une fonderie et une forge tournent à plein régime. Vierzon peut déjà se vanter, à la veille de la Révolution, de posséder sur ses terres, « un des fleurons de l'industrie metallurgique française. »

La même logique conduit un autre futur industriel, Célestin Gérard, à poser ses valises entre la gare naissante et le canal de Berry, en pleine expansion : d'un côté le chemin de fer, de l'autre une voie navigable. Célestin Gérard amorce, le 15 octobre 1848, un empire du machinisme agricole. Il offre à Vierzon, l'une de ses plus belles pages de son industrie. Dès lors, Vierzon vit au rythme des cheminées qui fument. Ce qu'écrit, avec des alexandrins parfaits, dans un recueil de poèmes, daté de 1914, le docteur vierzonnais Fernand Louis : “Cependant, tout là-bas, au feu de ses fourneaux/Sous un nuage noir, Vierzon bourdonne et fume/Ma paresse se berce au rythme des marteaux/Qui frappent en cadence et chantent sur l'enclume.”

Au début du XXème siècle, Vierzon s'impose comme étant la capitale du machinisme agricole. Elle compte plusieurs firmes de batteuses et de locomobiles, en plus de la Société-Française, créée par Célestin gérard : Brouhot, Merlin, La Vierzonnaise...

Parallèlement, le textile nourrit l'économie de la ville, considérée comme un centre drapier au XVIIIème siècle. Plus tard, la confection inonde Vierzon et participe largement à sa réputation économique. Un personnel essentiellement féminin. Ce n'est pas tout : la présence d’argile réfractaire favorise la naissance d’une activité porcelainière à partir de 1816. Et la tradition des arts du feu se perpétue avec la création de deux verreries en 1860 et 1874.

La cité devient vite ouvrière et laisse derrière elle, son image touristique idyllique. La révolution industrielle ancre Vierzon dans le destin qui est resté le sien, ouvrier, laborieux, terre de gauche et de luttes sociales. Mais la fierté économique n'a pas résisté à la désindustrialisation de masse. La porcelaine a complétement disparu, les verreries également, idem pour la confection. Les équipementiers automobiles constituent aujourd'hui le plus important bataillon de salariés (plusieurs centaines) ainsi qu'un fabriquant de pompes hydrauliques.

L'économie défendue à partir de 1959 par une municipalité communiste est la pierre angulaire des débats politiques vierzonnais. Les années 1950 et 1960 préfigurent la crise des années 1970. La difficulté de maintenir les industries en place, héritées pour la plupart du XIXème siècle comme celle du machinisme agricole, se conjugue à la difficulté d'en créer de nouvelles pour assurer l'expansion démographique que Vierzon souhaite tant. C'est aussi la disparition de la Pointerie, usine emblématique succédant aux forges du Comte d'Artois. Un symbole. L'Usine est rasée à coup de buldozer. Signe des temps : un supermarché la remplace.

Les années 1990 ravagent le tissu industriel. La Case (ex-Société Française) ferme ses portes. Fulmen, venue s'installer pendant la seconde guerre mondiale à Vierzon pour fabriquer des batteries et des accumulateurs quitte la ville avec fracas. Les confections sont décimées.

Les noms résonnent encore, des échos proportionnels à la mobilisation sociale engendrée. On pense bien sûr à Julietta, par exemple. Les licenciements, les dépôts de bilan, les fermetures, se font dans la douleur doublée d'un soutien sans faille de la municipalité, défilant sous les banderoles. Les changements sont profonds : en 1960, Abex Denison remplace la Précision moderne; en 1962 Unelec remplace Merlin, en 1963 Paulstra remplace Brouhot, en 1968 Flambo arrive. En 1980, le patron de la LBM s'exprime à la tribune du CNPF (actuel Medef). Il explique en pleurant qu'il doit fermer l'usine. La mobilisation est immédiate et sans précédent : pendant des mois, les salariés occupent l'entreprise et obtiennent, en 1981, de transformer l'usine en coopérative ouvrière, l'entreprise subsiste encore sous ce statut.

Aujourd'hui, Vierzon entretient toujours une spécialité mécanique à travers un réseau d'entreprise (pôle industriel Coeur de France). Des activités logistiques profitent des nombreuses dessertes routières et autoroutières. Au centre d'innovation en céramique et matériaux avancés s'ajoute un label national sur le thème handicap-gérontologie, obtenu en 2011. Matériel de sécurité pour travail en hauteur, barres d'acier, caoutchoucs antivibratoires, enseignes, ponts élévateurs et matériel de garage, charbons actifs etc. composent les autres spécialités de l'industrie vierzonnais actuelle.

Confection

La première guerre mondiale est à l'origine de la confection vierzonnaise. Les façonniers produisent les effets militaires. En 1935, quarante-cinq ateliers fonctionnaient, employant entre quinze et deux cents personnes. A la fin des années 1970, les premières difficultés lézardent l'édifice. En 1975, un millier de salariés travaillent dans la confection. En 1981, fermeture de l'usine Gégé (130 salariés) et de Julietta (139 salariés). En 1989, ils sont moins de cinq cents salariés. En 2004, il n'existe plus que trois entreprises et en 2009, la liquidation judiciaire de l'avant-dernier atelier est un symbole. Il n'existe plus aujourd'hui qu'une petite structure très spécialisée.

Porcelaine

L'histoire d'amour dure 180 ans. De passion. De découverte. D'invention. D'empire même. L'argile réfractaire, nécessaire à la fabrication des “gazettes” contenant la porcelaine à cuire est monnaie courante à Vierzon. Elle prend d'ailleurs le nom de “Vierzonite”. En 1816, le château de Bel Air accueille la première manufacture de porcelaine. Un ancien marchand de canons obligé de se reconvertir, sème la première graine. Dès lors, des noms prestigieux s'imposent. Victor Schoelcher, le père de l'artisan de l'abolition de l'esclavage passe par la manufacture de porcelaine de son père, Marc. Il succède à Delvincourt, le marchand de canons associé au Vierzonnais Perrot. Victor Schoelcher reste une seule année, à Vierzon, en 1828-1829, quand son père l'envoie en Berry et en Limousin pour apprendre le métier de porcelainier. Parti en 1830 au Mexique pour trouver des clients, il découvre l'esclavage et milite pour son abolition le 27 avril 1848.

Plus tard, Adolphe Hache prend la direction de la manufacture en 1842 avec Pépin-Lehalleur et Pierre-Emile Jullien. Mille ouvriers y travaillent ! La porcelaine Hache rivalise avec Sèvres. Vierzon est un chaudron bouillant d'inventivité et de qualité. Un autre grand maître de la porcelaine s'impose à Vierzon : Marc Larchevêque. En 1850, Vierzon ne compte qu'une seule entreprise. Il y en a treize en 1914 : Larchevêque, Gaucher, Vincent, Boutet et Hache, Taillemitte etc. Avant la première guerre mondiale, les effectifs montent à 1500.

La manufacture de Marc Larchevêque occupe une grande partie de la rue de Grossous, en centre-ville. Ces hauts bâtiment imposent la notoriété de son entreprise. La porcelaine connaît des hauts et des bas : la crise des années 1930, la reprise après 1945.

1200 employés en 1946. L'euphorie est de courte durée. Entre 1952 et 1970, treize manufactures disparaissent. En 1970, elles ne sont plus trois : la CNP, Compagnie nationale de porcelaine, Larchevêque et Cirot-Gadouin. Les années 1980 sonnent le glas. Larchevêque ferme. En 1983, la CNP dépsoe le bilan. L'usine Jacquin, perchée sur les hauteurs de Vierzon-Villages s'arrête brutalement. Le jeudi 28 septembre 1986 à 18h46, l'ancienne usine Larchevêque est abattue, rue de Grossous, appellée aujourd'hui rue Pierre-Debournou.

Aurait-il fallu écouter Marc Larchevêque, qui déclare en 1923 : « l'industrie de la porcelaine est, en ce moment, assez prospère mais elle ne tardera pas à péricliter devant la concurrence étrangère, la protection douanière étant dérisoire, plus mauvaise qu'avant la guerre ». Fière de ses arts du feu, la profession ouvre, en centre-ville la Maison de la Porcelaine, le 16 octobre 1954, la vitrine du « plus brillant des arts du feu du Berry ». Elle ferme au début des années 1980. Deux fours à globe, classés à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques attendent d'être restaurés... Ultimes traces d'un passé glorieux.

Vierzon de A à Z : U comme usines, d’une industrialisation massive à une industrie de pointe
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