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Vierzonitude

Le blog dont tout le monde parle mais que personne ne lit


Ici, on est des Forges, de Villages, de Bourgneuf ou de la ville

Publié par vierzonitude sur 5 Avril 2017, 11:39am

Il n'y a pas de Vierzonnais. Quatre vingt ans après la fusion des quatre Vierzon, il n'y a toujours aucun Vierzonnais sur le territoire de cette vaste commune. Il y a des gens qui habitent aux Forges, qui sont de Villages, qui sont chez eux à Bourgneuf ou qui crèchent en ville, mais pas de Vierzonnais. La ville a beau être unifiée depuis 80 ans, la fusion n'a pas effacé les frontières de chaque commune devenue des quartiers. Ici, on habite un quartier, qui est comme une commune, avec son église, son cimetière, son noyau de commerçants. Le Vierzonnais s'identifie à la lumière de son quartier. Ici, personne n'est de Vierzon, mais d'ailleurs, de l'un des fantômes des quatre communes qui déchirèrent un territoire, apportèrent plu de problèmes que de solutions, ne permit pas un développement cohérent d'une vraie ville. C'est pour cette raison que Vierzon est ainsi faite : un patchworks, quatre pièces d'un puzzle qui ne vont pas ensemble.

Pourtant, l'identité vierzonnaise est forte, durable. Aimer sa ville, c'est en faire le triste constat de ce qu'elle est devenue. C'est savoir qu'un truc cloche, mais c'est se donner des excuses. Sauf que 80 ans ont passé sur la grande carcasse de cette ville éreintée par toute absence d'ambition. Une fois à l'intérieur, une fois digéré par cette ville atypique, on ne voit plus son canal, ses jardins, son côté campagne, son côté verdoyant, cette ville au milieu de tout et au bord de rien. Pourtant, c'est bien Vierzon, c'est bien cette ville coupée en deux par une ligne qui rappelle sans cesse son mauvais souvenir, éreintée par des camions en pagaille dont certaines façades ont gardé les traces. Cette ville de Brel, de tracteurs, de politique politicienne poussée à outrance, cette ville de tout et de rien, cette ville, propriété de mauvaises habitudes.

80 ans après la fusion, tout reste pourtant à faire. Vingt ou trente ans de retard, c'est ce qu'on accuse, ici. Ceux qui n'ont pas connu les samedis après-midi en centre-ville, ne peuvent pas comprendre les regrets de ceux qui les ont connus. Ses bars bondés, ses rues fréquentées, ses commerces en pagaille, son Monoprix, ses Nouvelles-Galeries, son Musica... Pourtant, dans le silence fatiguant qui règne désormais, dans le calme relatif d'une ville vidée de son contenu, certains s'accrochent encore à la volonté de croire que tout pourra aller mieux. Il existe ainsi deux villes : celle des Oui-ouistes, pendus à l'optimisme bienheureux d'une réalité qu'ils patinent à leur façon; celle des vrais amoureux de Vierzon, de ceux qui l'ont aux tripes avant de l'avoir au bulletin de vote ou au portefeuille et qui voient bien que les ressorts sont détendus, que le vide gagne et que le désert avance.

80 ans plus tard, on s'apprête à célébrer cette fusion, plus politique qu'urbanistique, une excuse pour faire croire que le Vierzon de 2017 n'a rien à envier à celui de 1937, dans l'euphorie d'une réunification qui, des décennies plus tard, montrent encore ses plaies, ses frontières, ses lignes de démarcation, ses quartiers taillés de toutes pièces dans une jalousie maladive de conserver son identité, sans ne rien céder. Au lieu d'ancrer ses identités bienfaitrices dans l'ADN de Vierzon, voilà que l'on tente d'uniformiser, de gommer ses différences. Sauf que Villages ne sera jamais les Forges, Ville ne sera jamais Bourgneuf. L'espoir d'une grande ville rieuse et puissante n'existe plus. Aujourd'hui, l'énergie est celle du combat, pas de construction. L'énergie d'un certain  désespoir, non pas à améliorer mais à tenter de survivre. 80 ans plus tard, Vierzon n'est toujours pas devenue Vierzon. Et dans les flons-flons de la fête, certains vont noyer une certaine réalité pour en imposer une autre. Celle qui, justement, permettrait un sursaut. C'est bien joli de ne voir que les fleurs et le ciel bleu mais pendant ce temps-là...

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