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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Il faut lire l'article de Fabrice Nicolino dans le dernier Charlie-Hebdo

Publié par vierzonitude sur 6 Janvier 2018, 15:44pm

Il faut lire l'article de Fabrice Nicolino dans le dernier Charlie-Hebdo

Il faut lire l'article de Fabrice Nicolino, dans le dernier Charlie Hebdo, celui qui marque le troisième dramatique anniversaire de l'attentat contre Charlie. Il faut lire cet article plus que tous les autres qui fleurissent dans la presse car il est un témoignage de l'intérieur, une plongée dans le quotidien du journal, dans celui des journalistes. Et l'on se dit, une fois l'article terminé, que la liberté de la presse, la liberté tout court, celle de penser, de caricaturer, d'user de l'humour, de l'humour noir, acide, ce droit-là à régresser, essoré par la puissante machine de l'autocensure et de la crainte. Et pour eux, la simple liberté de vivre s'est diluée dans la nécessité impérieuse de survivre.

La crainte ? Oui, cette crainte de déplaire, de choquer même, de ne pas pouvoir dire ceci ou cela, cette crainte qui se répand partout, dans les conversations, dans la presse, au nom du politiquement correct, au nom de toutes les précautions imaginables pour qu'un laïc ne passe pour un islamophobe et qu'un athée ne passe pour un ennemi de la religion. On aurait presque honte de nos propres idées si l'on n'avait pas, chevillée au corps, l'envie plus féroce que la honte, de les défendre contre tout et contre tous, parce qu'il y a trois ans, des balles traversaient des corps, pour éteindre l'esprit de ces corps et leurs pensées qui allaient avec.

Est-ce à dire qu'il faut penser ainsi, pas ainsi ? Est-ce à dire qu'il faut taire des mots, des idées, des cris, sous prétexte que l'époque ne s'y prête plus ?  Qu'il existe des sujets au-delà de tout dont la simple évocation serait interdite ? Et merde ! Voilà, merde ! 

Est-ce à dire que la laïcité doit s'emberlificoter d'annotations ? Pour cela aussi, il faut lire l'interview d'Elisabeth Badinter dans Marianne car elle remet la laïcité au centre du village, en expliquant qu'il n'en existe qu'une, celle de la loi de 1905 et que cette laïcité-là ne souffre d'aucune exception, tant de la part de ceux qui croient que de ceux qui ne croient pas. Car forcément, les angéliques esprits qui veulent détacher le drame de Charlie Hebdo (et des autres attentats qui ont suivi) de la religion ont tort. Il existe bel et bien LA religion à la base de toute radicalité. Si les religions étaient plus claires, elles éviteraient toute interprétation de pseudo-éclairés qui affirment détenir LA vérité. Mais qu'est-ce qu'une vérité à partir de rien ? Est-ce que la foi suffit à faire exister un doute ? Est-ce parce qu'un Dieu existe que l'on y croit ou est-ce parce que l'on y croit qu'il existe ? Au fait, peut-on encore dire ça en 2018 ?

"Je suis Charlie" n'est pas seulement un slogan né d'une émotion intense, il résume l'attention que chacun doit porter à sa liberté, au fait de ne pas reculer devant l'excès et devant l'absurde. Combien de fois ne se dit-on pas que certains sketchs de Pierre Desproges et de Coluche ne passeraient plus aujourd'hui ? Pourquoi se dit-on cela ? Parce que la liberté a reculé. Et la laïcité, c'est justement d'un côté, permettre à chacun de vivre sa religion mais de l'autre, de pouvoir s'en moquer, d'en rire, de la caricaturer. La laïcité, ce n'est pas cette imbécillité crasse de vouloir mettre des crèches dans les mairies sous prétexte d'opposer l'islam aux racines chrétiennes. C'est si dérisoire face à l'article de Fabrice Nicolino où l'on constate que dans ce pays, des journalistes sont obligés de se terrer pour écrire et dessiner.

Etre Charlie, ce n'est pas adhérer aveuglément aux idées de Charlie-Hebdo, c'est préserver, tant bien que mal, un espace dans lequel nous sommes libres de dire, d'écrire, de dessiner, dans les seules limites de la loi républicaine et non de la loi divine, sans que des esprits retords sèment la mort pour punition. Il y a trois ans, des balles ont fauché des êtres humains au nom d'idées. Il y a trois ans, des assassins ont tué des hommes et des femmes et le pire, c'est que trois ans plus tard, ça continue. 

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