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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone

Publié par vierzonitude sur 1 Février 2018, 19:01pm

J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone

J'ai tellement l'air stupide, le nez collé contre mon écran à tenter de respirer vainement l'odeur d'un livre. Ne rigolez pas, les livres ont une odeur, un parfum, ça prouve qu'ils ont une âme. Quand j'en ouvre un, je fourre mon nez dedans. Il sent l'encre, le papier, le neuf, il sent la promesse des mots et encore mieux, celles des phrases. Ca sent l'histoire à pleins naseaux. Alors, je me colle le pif contre l'écran et j'hume, j'hume de l'air qui ne sent rien, si ce n'est la vague transpiration de mes narines qui ont toujours la dalle sans rien à se mettre dans les cavernes.

Alors, en désespoir de cause, je caresse mon écran. Certains livres ont des lettres en relief sur la couverture et les petits reliefs chatouillent les doigts, vous voyez de quoi je parle. C'est un infini détail, le genre de choses que Philippe Delerm aurait pu consigner dans sa Première gorgée de bière. Mais sous mes doigts idiots de caresser un écran, une surface lisse pur jus, je ne sens que la surface lisse pur jus et inodore d'un écran. C'est pathétique.

Du coup, je z'yeute avec bonheur la promesse du panier, même s'il n'est plus en osier, j'ose croire au vrai panier, celui du marché par exemple, celui qui ne sera jamais assez haut pour y cacher les poireaux, celui dans lequel se côtoie un vivre ensemble vivifiant de fruits et de légumes, un panier quoi. Serais-je un dangereux idéaliste ? Un de ces nostalgiques à la gomme, vieux con sur les bords et sale con au milieu.

Or, grisé par l'aptitude à ne faire aucun effort, et vu qu'il pleut à verse dehors avec une pointe de vent qui rabat les gouttes épaisses sur la vitre chahutée, je cherche l'ombre d'un panier. Mais je tombe de haut : dans la virtualité ambiante, le panier n'est qu'une liste virtuelle que l'on module à loisirs. Comme les amis, jadis ouvragés, façonnés sur la durée, triés par le hasard de la vie, ces amis-là, label rouge, fait main, du travail d'artiste quoi, n'est qu'un ersatz de vague connaissance enfermé dans un mot pour appâter l'idiot du village. Ah oui, je confirme, je suis un vieux sale con.

Non seulement je ne sens rien, je ne touche rien, mais je me fais arnaquer par le lexique des consuméristes informatiques qui me font prendre des vessies pour des lanternes. Si t'as plus de goût, gueule ! Je me dis, à cet instant précis, que la perte de mes sens, pèse-t-elle plus, dans la balance que la sensation d'humidité sur ma parka ? Les pieds dans l'eau ont-ils moins de valeur que la certitude d'un clic ? Faut-il se mouvoir ou s'émouvoir ?

J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone, d'un effort autonome... J'ai plus qu'à rapper, ou à slamer, je préfère, je suis plus proche de la planète de Grand corps malade que des galaxies trop brillantes des rappeurs à la bouche pleine, il y a des houles verbales qui me collent le boeuf. Avachi comme l'onde sans relief d'un reste de Mac'Do, un vrai plat de pauvre, comme les artichauts, t'en a plus dans ton salon quand t'a fini de manger que quand t'as commencé. Bon, j'ai faim d'un bouquin moi, mais je je veux le humer, le toucher, le caresser, je veux parler à la vendeuse, je veux voir du monde autour du moi. J'ai mal, Amazon, alors je fous ma zone et je plie les gaules, je balance mon panier, je piège ma souris, je mets mon manteau, mes pompes, je sors bon sang comme c'est grand dehors. 

Je me ferai un drive, pas besoin de renifler les packs d'eau pour savoir qu'ils sentent le plastique. Mais un bon bouquin, bordel, un bon bouquin, ça vaut le déplacement. Et je vais même me taper un café dans un bistrot, vous savez les trucs qui disparaissent un à un, où l'on peut boire debout ou assis, en compagnie de gens qu'on ne connaît pas mais qu'on a l'impression de connaître quand même. Alors Amazon, c'est quand que tu nous inventes le bistrot en un clic ? T'es pas Dieu, ben non, mais y'en a qui le croit. 

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Pierrot 04/02/2018 10:21

Pas mieux que Jean Némar, peut être même plutôt une idée encore plus négative de notre société....

Le progrès met à votre disposition des livres électronique et la possibilité de vous balader avec l'équivalent de la bibliothèque d'Alexandrie dans votre poche .....encore faut-il savoir lire et écrire, la jeunesse ne lit pas l'Iliade et l'Odyssée mais se gave aux ch'ti à Mykonos , et s'extasie des exploits des héros modernes....les Anges de la téléréalité !!!

Mais il ne faut plus s'étonner de rien dans une société décadente ou chier dans une boite et les vendre s'appelle de l'art, ou encore se rouler nue au milieu d'une mare de colorant en hurlant comme une bête n'est plus un comportement demandant un placement en établissement spécialisé.....mais une performance "artistique" saluée par les critiques complaisants

A ce rythme vous aurez certainement le prochain album de Oui Oui proposé au prochain prix Goncourt !

Jean Némar 02/02/2018 11:49

Oui il faut soutenir la maison de la presse et tout et tout.

Mais il faut être hélas réaliste :
-1- les conditions de vie deviennent de plus en plus dures pour tous : les abonnements coutent moins cher

-2- les conditions de travail se sont dégradées : allongement des temps de déplacement travail-domicile-crèche etc etc. Donc moins ou court partout et mieux on se sent, donc acheter par internet va devenir la norme, c'est ainsi.

-3- les jeunes ne LISENT PLUS ! Point barre.

-4- les jeunes ne s'intéressent plus aux revues d'opinion ni au journal local, ce qu'il veulent après avoir gagné quatre sous dans leur journée de boulot de merde, c'est que l'on leur foutte la paix le soir, une tv, deux ou trois âneries pour plus penser et çà ira bien pour se vider la tête

-5- les vierzonnais et autres n'ont plus envie de venir dans le centre ville de Vierzon avec toutes les agressions qui s'y déroulent sans cesse + la "faune" locale peu recommandable.

-6- aller dans un commerce ou au marché pour parler, échanger quelques discussions socialement, s'intégrer, n'est plus du tout ah mais ALORS PLUS DU TOUT dans les mœurs des nouvelles générations.
Pourquoi ?
Ces dernières une fois sorti du taf, elle passent vite fait au carouf du coin, on leur dépose fissa dans leur coffre une vingtaine de plats préparés pour la semaine, ils rentrent chez eux réchauffer vite fait la barquette choisie et la mangent devant Facebook, xbox, ou le streaming, netfix et autres SANS que personne ne viennent les faire chier : nous arrivons dans la civilisation de l'autosatisfaction du mode de vie individuel très cher ! C'est ainsi ! Et c'est irrévocable !

-->Aller dire à un jeune de faire le marché : çà prend du temps, froid, pluie, se garer, attendre... et tout çà pour acheter de la bouffe ? Rien à battre ! Les plats tout préparés c'est génial !
-->De même ce qui se passe dans sa ville, quartier, hlm, rien à battre aussi ! Une fois que l'on a fait sa journée de taf : que les autres se démerdent !
-->Passer plusieurs heures pour préparer un repas pour recevoir des amis le dimanche ou samedi soir : non mais çà va pas la tête ! Je préfère buller devant netflix ou au pire on se fait un mc do !

Voilà, je ne dis pas que c'est bien, mais c'est ainsi.

marc 01/02/2018 19:35

Oui, c'est vrai les livres ont une odeurs, c'est se que je fais en premier lorsque j'en ouvre un pour la première fois ( c'est le plaisir initial)et ce qui est bizarre (où pas) si tu le respire, une fois fini l'odeur n'est plus la même ! Pour moi c'est égal au plaisir ressenti lorsqu'on vous offre un porte monnaie de qualité, d'abord la boite pou l’œil, le papier de soie pour le toucher puis le parfum du cuir et enfin la découverte de l'objet. Un livre résume tout ça.

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