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Vierzonitude

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Salon du livre de Vierzon : Christophe Matho, éditeur explique le métier

Publié par vierzonitude sur 12 Novembre 2018, 07:30am

Christophe Matho est  éditeur chez Marivole et de Borée. Il sera présent au salon du livre de Vierzon avec ses auteurs. Il explique pour Vierzonitude, les exigences du métier de l'édition.

Salon du livre de Vierzon : Christophe Matho, éditeur explique le métier

1 - On parle souvent d'édition régionaliste, n'est-ce pas un peu réducteur ? 

Ça réduit à un territoire, donc oui, de fait c’est réducteur. Mais faut-il y voir une « diminution »  ou un gage de proximité et de qualité, c’est au lecteur de trancher

 

2 - Comment se porte justement l'édition que vous représentez ? 

Nous avons encore un vaste lectorat, y compris sur le régionalisme puisque c’est votre question de départ. Le plus difficile est d’aller à la rencontre de ce lectorat. Nous souffrons de la fermeture des petites librairies et des maisons de presse. Presstalis, c’est à dire l’outil logistique des maisons de presse est en mauvaise santé et ne fait plus de livres. Nous voulons capter un lectorat de proximité en nous adaptant sur chaque territoire à une ligne éditoriale différente et les outils logistiques de la proximité sont en panne. Nous sommes obligés de faire avec les outils de distribution des géants de l’édition qui ont fait du livre une industrie et veulent vendre la même soupe à tout le monde aux quatre coins de lia France. On nous donne les outils du supermarché pour faire de l’épicerie, ce n’est pas toujours simple, mais on s’organise. Le régionalisme n’occupe pas plus que la moitié de nos productions. Il faut toucher à des genre plus « nationaux » (polar, romans historique, romance …)


 

3 - Quel type de livres privilégient les éditions De Borée et Marivole ? 

Romans de terroir, polars, romans historiques, livres illustrés, je m’intéresse à des genres nouveau comme la Chick Lit (littérature de poulettes en anglais), c’est une littérature de comédie, basée sur un ton très désinvolte et l'auto-dérision. C’est par exemple Le Journal de Bridget Jones. Vous verrez par exemple Maud Bruneau avec Alice au Pays des Casseroles qui pratique cette littérature et sera au salon de Vierzon.


 

4 - Certaines ventes "régionales" valent largement des ventes "nationales", vous confirmez ? 

Il faut retirer les best-sellers qui montent à 600 000, ceux là même qui prennent un peu plus d’avance avec les algorithmes Google ou Amazon, lesquels arrosent là où la terre est déjà mouillée. Il font grimper les best-sellers au détriment de tous les autres. Après oui des auteurs comme Marie de Palet vend plus de 10 000 exemplaires à chaque livre. Voyez, des auteurs nationaux n’ont pas peur de se « régionaliser »; Edouard Brasey va nous proposer au printemps un roman intitulé Les Marais de Bourges chez de Borée. Ce roman est déjà en avant-première chez France Loisirs. C’est la preuve que le roman régional a un public au delà des problèmes de distribution

 

5 - Quelle (s) différence (s) entre une édition comme De Borée ou Marivole et une édition nationale ? 

Question compliquée car même si Marivole et de Borée ont un édito tourné vers le régionalisme, ce sont deux éditeurs nationaux qui vendent sur toute la France, la Belgique et la Suisse. On peut distinguer par contre un livre régional qui ne sera proposé que sur un territoire déterminé et les livres vendus sur tout l’espace francophone. Certains livres vont aussi se vendre pour moitié sur un territoire car l’auteur est connu localement ou que l’histoire se passe là. Il faut regarder ça titre par titre. C’est là qu’il devient compliqué de bien vendre au bon endroit lorsque les outils logistiques sont faits pour bombarder partout.

 

6 - Comment se déroule la sélection et sur quels critères choisissez-vous vos auteurs ? 

D’abord la qualité éditoriale. Puis le potentiel commercial et là on revient à votre question de régionalisme à travers la géolocalisation des ventes. Il y a 10 ans on pouvait faire un livre centré par exemple sur Vierzon. Il y avait encore assez de points de vente sur la ville et les environs. On entrait dans tous les petits supermarchés qui n'étaient pas encore ligotés par deux opérateurs (des filiales d’Hachette et Editis). Aujourd’hui c’est plus compliqué. Les outils de distribution dont je dispose me permettent de viser le Berry, mais descendre à l’échelle d’une ville où il ne reste qu’une librairie, c’est impossible. Il faut envisager une diffusion alternative, en dehors de la chaîne du livre et je n’ai pas les équipes pour faire ce travail d’hyper proximité, qui rassemble presque à du militantisme. Je n’ai pas pu prendre un très bon manuscrit qui parlait d’un chanteur belge et de Vierzon par exemple.


7 - Le livre papier a-t-il encore un avenir ? 

Oui il y aura toujours des livres papiers. Peut-être moins dans 20 ans si on regarde les usages des enfants, ils ont grandi dans le digital et on sait que l’habitude culturelle est essentielle. Mais on offrira pas des clefs USB. Le livre est un objet. Le papier fatiguera toujours moins les yeux que le digital. Et après le support, ce n’est pas l’essentiel, l’essentiel c’est l’écrit.

 

8 - La multiplication des salons du livre fait-elle votre bonheur ? 

Ça occupe mes week-ends

 

9 - Pouvez-vous nous détailler le prix d'un livre : part auteur, éditeur, fabrication etc ? 

Libraire 35 %, distributeur (celui qui expédie le livre aux libraires) 10%, diffuseur (les commerciaux qui visitent le libraire) 10 %, Imprimeur 10%, éditeur 20 %, Etat (TVA) 5%

 

10 - Vos atouts ? Vos faiblesses ? 

Pour les faiblesses : trop marqué régionalisme pour de Borée qui est un éditeur national qui a aussi des collections de littérature de genre et marque trop récente pour Marivole qui a encore besoin de développer sa notoriété. Concernant les forces : La proximité, la réactivité.

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