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Vierzonitude

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Franck Piffault et l'hôpital : on a volontairement ignoré son endettement réel

Publié par vierzonitude sur 30 Janvier 2019, 12:50pm

En octobre dernier, Franck Piffault, élu municipal de l'opposition, avait fait une intervention remarquée, lors d'un conseil municipal, à propos de l'hôpital.  Il y a bien un problème de gestion à l’hôpital de Vierzon. Et depuis de nombreuses années !  avait-il expliqué. Sa sortie avait suscité des réactions. Que pense-t-il du rapport de la chambre régionale des comptes. Nous lui avons demandé.

Franck Piffault et l'hôpital : on a  volontairement ignoré son endettement réel

Le rapport de la chambre régionale des comptes sur l'hôpital de Vierzon semble donner raison à votre intervention lors d'un récent conseil municipal qui avait suscité de nombreuses réactions. Auriez-vous préféré avoir eu tort ?


Oui cela confirme l’analyse que j’avais faite en conseil municipal le 11 octobre dernier.  Je savais hélas quelle était la santé financière de l’hôpital et le fait que depuis plus de 10 ans on n’avait rien pour remédier à cette situation. Le Conseil de surveillance n’a pas joué son rôle et a laissé s’aggraver les déficits sans réagir et sans exiger des mesures d’assainissement. 

Le problème c’est que le président du Conseil de surveillance, autrement dit le maire de Vierzon s’est fourvoyé à considérer que les déficits ne provenaient que du mode de financement des hôpitaux, la fameuse tarification à l’activité. Et donc que c’était la faute de l’Etat si l’hôpital de Vierzon était déficitaire. Or, le cas de Vierzon ne s’explique pas que par ce mode de financement. Mais bien par une insuffisance dans la rigueur et la gestion de l’établissement. On a même volontairement ignoré à l’époque l’endettement réel. C’est inadmissible ! Il fallait arrêter la situation plutôt que de la laisser filer et d’arriver aujourd’hui dans le mur.

 

Que vous inspire l'ensemble de ce rapport ?
 

Il dit les choses clairement et même parfois avec force. Il dit surtout que maintenant il faut prendre de façon urgente les décisions. Et vu l’ampleur des dégâts, les conséquences vont être douloureuses. Des décisions doivent être prises par la direction avec le soutien du Conseil de surveillance. Plus question de jouer à l’affrontement car si les mesures fortes de corrections ne sont pas prises maintenant, c’est l’avenir même de l’hôpital qui sera mis en question.

 

La construction sur un seul site n'était-elle pas une idée défendue dans les années 1990, par Max Albizzati, alors premier adjoint au maire Jean Rousseau ?


Si cette option avait été soutenue par Max Albizzati, et elle s’avère celle qu’il aurait fallu suivre. Aujourd’hui les deux sites et surtout la modernisation de celui de La Noue a engendré un endettement énorme auquel le centre hospitalier ne peut plus faire face. Les deux sites sont surdimensionnés par rapport aux besoins. Ils pèsent sur la gestion car il faut les entretenir et les maintenir en l’état de fonctionnement. Et dans le même temps, l’établissement n’est plus en mesure de faire face aux investissements nécessaires à la modernisation des matériels, du bloc opératoire….

 

Pensez-vous que le maintien de toutes les offres de soins est encore possible ? 
 

Cela paraît très compliqué d’autant qu’on manque de médecins et qu’avec les départs en retraite prévus en 2019 la situation va encore être plus difficile. Le rapport fait ressortir des activités (médecine) qui fonctionnent bien et qui sont rémunératrices. Il faut les développer, les renforcer. D’autres, la chirurgie, l’obstétrique sont en concurrence avec d’autres établissements à proximité ; sont plus fragilisés. 
Pour d’autres encore, leur maintien est conditionné à trouver des professionnels pour les exercer. Et réaliser les investissements nécessaires à la modernisation des équipements.
Et puis, il faut aussi envisager de nouvelles activités, avec l’EHPAD notamment, de nouvelles collaborations avec le centre municipal de santé mais surtout une nouvelle organisation de certaines activités pour les développer sans la contrainte d’un fonctionnement inadapté.  Il va falloir travailler sur une nouvelle organisation des personnels. Et là, il faudra faire face aux blocages, parfois suscités même par les élus, je pense au président du Conseil de surveillance, alors qu’il faudrait être un facilitateur, et accompagner les changements qui s’imposent.

Il faut aussi tenir compte de la baisse de la démographie et du vieillissement des habitants sur la zone de patientèle qui dépasse largement Vierzon.
Dans tous les cas, on ne peut pas maintenir la même offre de services exercée dans les mêmes conditions. On a vu où cela a mené.

 

Au-delà du déficit chronique, il y a la fuite des patients. Vous attendiez-vous à une telle révélation ?
 

Ce n’est pas une révélation. On le voit bien, on connait tous des personnes qui vont se faire soigner à Guillaume de Varye notamment, pour ce qui concerne l’oncologie, les cancers. Ou elles vont aussi au CHU de Tours. La chirurgie ambulatoire aujourd’hui est plus assurée par Guillaume de Varye (près de 30%). La part de marché comme l’on dit n’est que plus que de 22,2% pour le centre hospitalier de Vierzon, en très forte baisse depuis 4 ans.
Les patients partent vers d’autres établissements car ils entendent qu’on peine à trouver des médecins hospitaliers à Vierzon. Et puis les différentes crises répétées, les blocages et les conflits hypermédiatisés font fuir la patientèle. Le climat n’est pas favorable.

 

Estimez-vous possible que l'ARS subventionne la rénovation du bloc au regard de l'état de la chirurgie de l'hôpital ?


Oui c’est possible, mais cela ne se fera pas sans des mesures drastiques d’assainissement financier. L’ARS a très fortement soutenu le centre hospitalier et a octroyé 8,4 millions € d’aides exceptionnelles entre 2012 et 2017 venant s’ajouter au 77,3 millions € de subventions « normales » versées au cours de la même période.

 

L'intersyndicale et les élus estiment que le rapport est "sans surprise". Est-ce aussi votre avis ?
 

Oui mais je m’étonne qu’ils disent cela ! Cela veut dire qu’ils connaissaient la situation et que rien n’a été fait pour l’enrayer. Pire, toutes les tentatives d’ajustements ont été entravées ou bloquées. Il faut changer d’attitude dorénavant, il faut accepter des changements, ne pas camper sur des positions qui  auraient des conséquences catastrophiques. 

 

Pensez-vous que l'Agence régionale de santé balaye d'un revers de la main le rapport de la chambre régionale des comptes ou pensez-vous qu'elle en tiendra compte ?


Non ce rapport va être utilisé par l’ARS car il décrit précisément et objectivement la situation passée. Aujourd’hui il manque le volet prospective, il faut travailler sur des prévisionnels à 3 et 5 pour mesurer l’ampleur de la catastrophe si rien n’est entrepris. Plusieurs scénarii doivent être retenus, intégrant des mesures de redressement et leurs impacts en montants et dans le temps. Et ces scénarii doivent reposer sur l’évolution prévisible de la population et sur le vieillissement de celle-ci. Ce travail est très urgent et doit précéder toute prise de décision structurelle quant à l’avenir de l’hôpital.

 

En tant qu'opposition, que préconisez-vous pour l'avenir de l'hôpital de Vierzon ?


Je ne vais pas donner ici des éléments détaillés des mesures qui pourraient être entreprises. Mais il faut déjà que tout le monde travaille dans le même sens et œuvre vraiment à sauver l’hôpital. Il faut donc cesser les blocages et les coups d’éclats et travailler sérieusement.
L’avenir de l’hôpital passera par une refonte de l’offre de service en renforçant notamment les points forts de l’hôpital. Par exemple en développant la médecine, les soins de suite, des soins de longue durée et de l’hébergement des personnes âgées.
Il faut travailler à une vraie coordination et une complémentarité de l’offre de soins avec le centre municipal de santé et les médecins libéraux. Car dans le  même temps du sauvetage de l’hôpital il faut lutter contre la désertification médicale.
Il ne faut pas négliger également les coopérations dans le cadre du groupement hospitalier territorial ; ces coopérations peuvent renforcer l’offre vierzonnaise et la spécialisée.
Evidemment, dans le même temps il faut remettre de l’ordre dans la maison si j’ose dire. Le contrôle interne a été défaillant et il faut engager une réduction des dépenses, maîtriser le système de rémunération du personnel médical et non médical, etc… Le Conseil de surveillance doit être vigilent en la matière et jouer enfin son rôle de surveillance !
Et il faut travailler sur le volet investissement de modernisation tout en redimensionnant les bâtiments, les infrastructures… Il faudra aussi travailler sur un réaménagement de la dette. On pourrait envisager par exemple des opérations de « lease-back » immobilier et mobilier (sur du matériel). On va des bâtiments ou des matériels à un organisme de financement qui nous les loue sur une longue période. Cela permet de faire rentrer de l’argent. Cela a été pratiqué dans d’autres centres hospitaliers. 
N’oublions pas que la trésorerie manque.  Si l’on était dans une entreprise, et sans le soutien de l’ARS, on aurait déclaré la cessation de paiement depuis plusieurs mois déjà.
Les pistes sont nombreuses, il y a des solutions,  il faut toutes les envisager, sans dogmatisme stérile, les peser et faire des choix. Et certains choix seront difficiles voire douloureux. Mais l’avenir de l’hôpital est hélas à ce prix car on trop attendu sans rien faire.

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Commenter cet article

Athos 30/01/2019 15:07

Attention ! Quand on lit plus de 20 fois "il faut" dans un papier, il faut être sur ses gardes.

Jean Marc Merle 30/01/2019 14:37

C’est très facile de donner des leçons aux autres. Quelles sont les solutions concrètes pour développer l’offres de soin à Vierzon ? Comment faire venir de nouveaux praticiens avec les conditions financières des hôpitaux ? Les médecins choissent plus facilement le secteur privé plus rénumérateur. Il faut aussi se poser la question sur l’attractivé de notre région ?

Daniel Bensaid 30/01/2019 13:22

Mr piffault.Nos vies valent plus que les profits de vos amis.Des capitaux pour la santé et les hôpitaux!Pas pour les déserts médicaux!

Daniel Bensaid 31/01/2019 17:02

Ce ne sont pas les soins et les hopitaux qui nous coûtent!Ce sont l'absence de soin,les hôpitaux éloignés,les accidents du travail et le harcèlement qui font que la société est en déficit.Mon post a été supprimé.Super.

Alfred 30/01/2019 14:46

Des capitaux ...cela se trouve avec une gestion rigoureuse et nos vies seraient bien ...disons...compromises si on laissait filer les déficits !

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