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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Un peu de poésie, bordel

Publié par vierzonitude sur 23 Décembre 2019, 06:20am

Un peu de poésie, bordel

 

 

J’ai des larmes aux fenêtres qui regardent la pluie
Ecarteler l’automne entre ses doigts de sang,
Et sur la joue du ciel, les feuilles se replient
En gouttes imprévues, asséchées par le vent.

Je vois des traces nues s’accrocher aux carreaux,
Dégouliner d’instinct sur des bouquets de pierres,
Des flaques sans futur noient dans le caniveau
Les traces de cette ombre dévorée par le lierre.

Je ne reconnais rien de ces contours trop flous,
De ce mur sans chaleur qui n’a rien retenu,
De tous mes mots de gosse, de tous mes rêves fous,
Des été accrochés à mes volets têtus.

Je ne respire plus le parfum du café
Qui grimpait en hélice vers le couloir profond,
Qui me prenait la main pour venir me chercher
Dans la lumière crue qui tombait du plafond.

Je peine à respirer dans le silence abrupt,
Face à ce que, jadis, j’érigeais en cocon,
Cette maison qui danse dans ma mémoire hirsute
Dont je garde l’odeur dans cent mille flacons.

 

 

 

Les pavés étaient chauds sous les pas si brûlants
De ces tangos fiévreux que guettaient les passants,
On entendait gémir dans la nuit lumineuse
Les tissus caressés par des mains amoureuses.

La musique était forte, elle tapait du poing,
Dans les poitrines nues qui prenaient à témoin
Ces désirs surprenants arrachés aux soupirs,
A cet instant précis, l’heure était à choisir :

Rester pour dire je reste, ou partir simplement,
Pour un autre trottoir, un autre firmament,
Pour un autre tempo enfoui au fond de nous,
Dont le marteau brillant fait sauter les verrous.

Nous étions déjà loin de l’épicentre en feu
Où les corps se donnaient à d’autres corps fougueux,
Mais nous sentions encore ce plaisir mal éteint
Mordre le soleil cru comme un morceau de pain.

Nous avons étalé nos yeux dans un bistrot,
Le silence brisé par l’onde du frigo.
Sur le sol encore lourd d’un sommeil abrégé,
Pour défier la nuit blanche nous avons dansé.

 

 

 

 

J’ai refermé la porte et je me suis enfui,
J’ai crié de telle sorte à en crever la nuit
Et j’ai dit peu importe, je verrai ce qui suit
Au niveau de l’aorte, mon sang avait bleui.

Ce que le doute exporte de douleurs et d’ennui
S’éteint dans l’aube morte traversée de cambouis,
J’entendais la cohorte des soldats de la pluie,
Ces guerriers sans escorte trempaient d’un air réjoui.

Je marchais sous la flotte, l’espoir d’être guéri
N’était qu’une anecdote, un détail mal construit,
Je rêvais d’antidote, dans le jour évanoui,
Dont les brumes d’azote effaçait tout appui.

J’ai trouvé une grotte où s’éteignait le bruit,
Où le silence y trotte comme sur un circuit.
J’ai brisé mes menottes, mes mains s’en sont réjouies,
J’ai corrigé les fautes des phrases de ma vie.

Depuis lors, je mijote dans cet humble réduit,
J’épluche, je popotte, je bouillonne et je cuis,
Le feu sous la cocotte lâche un parfum exquis.
Si le vide tremblotte, très vite je le remplis.

 

 

 

 

Je ne dirai jamais, l’air bleu de mon enfance,
Mes poumons saturés des pluies à la fenêtre,
Des gouttes d’au-revoir enroulées de silence,
Qui remontaient la rue sans jamais rien promettre.

Je ne dirai jamais, les doigts crochus du lierre
Qui s’agrippaient, vorace, aux volets de septembre,
Ni ces murs si épais qu’ils buvaient mes hiers
Pour me les restituer dans l’ombre de ma chambre.

Je ne dirai jamais ces frissons inédits
Qui couraient chaque été sur le dos de mes bras,
Je fuyais le sommeil jusqu’au bout de la nuit
Pour sentir le désordre de mes moindres fracas.

Je ne dirai jamais le plaisir exigu
D’un couloir infini qui menait à des marches,
Et mes pas réfléchis à bord de mes pieds nus
Qui descendaient à fleur comme on peint à la gouache.

Je ne dirai jamais le trouble inaccessible
Du grenier qui savait moi bien mieux que moi-même,
Et craquant du parquet, il m’offrait le possible
De me cacher là-haut, au fond de son système.

Je ne dirai jamais l’invitation fragile
Des mots dont j’ignorais qui les faisaient venir,
Je les laissais creuser comme on court sur un fil
Les sillons étonnants de leurs nombreux soupirs.

Je ne dirais jamais à quel point ils me manquent,
De savoir leurs allers sans parfois de retour,
Ignorer où ils vont, dans quel coin ils se planquent,
Pour resurgir, demain, ou plus tard, un beau jour.

Je ne dirai jamais combien cette maison
Dans laquelle j’ai laissé toutes mes cicatrices,
Me pique jusqu’au sang, cette démangeaison,
Et ce besoin d’y être, lorsque j’étais un fils.

 

 

 

 

Un jour, j'aurai des larmes que la pluie m'enviera
Car elles auront l'histoire de mes tristesses infimes
Et l'eau douce qui tombe, jamais, ne parviendra
A éroder la pierre de mes cris richissimes.

Il n'y a rien à boire dans tous ces chagrins-là,
Ni l'humide espérance des soleils unanimes,
Ni les ombres liquides de nos rudes constats
Ni ces preuves sans preuves de nos crimes sans crimes.

Un jour, c'est évident, je servirai les plats
Ceux qui passent trop vite dans cette vie de régime,
Je donnerai les restes à une armée de rats
Plus gourmets que nos sens souvent illégitimes.

Il n'y a rien à voir dans ces flots de pourquoi,
Ni l'absence obligée des esprits qu'on estime,
Ni les rêves sans fond qu'on fait à contre-emploi,
Ni tous ces vers sans vers, ni ces rimes sans rimes.

Un jour, j'aurai des mots que la nuit m'enviera
Car ils auront l'histoire de mes soleils intimes,
Ils grimperont en haut de toutes les parois
Que le vide construit dans mes douleurs intimes
.

 

 

 

 

Ce grand corps secoué, de spasmes, c'est le mien,
Sous les pales sans voix d'un grand ventilateur.
L'air circule en hurlant comme un troupeau de chiens
Dans la nuit qui s'échappe dans un bruit de moiteur.

Le feu claque ma peau, le ciel est sans nuages,
J'ai la gorge serrée au fond d'un entonnoir,
Aucun bruit ne circule dans ce vide sauvage,
J'entends battre mon sang comme on jette un pourboire.

Je rampe dans ma sueur, détrempé d'océan,
Je ne sais plus si l'ombre qui colle à la lumière
M'appartient encore ou c'est la mort qui descend
En rappel, sur un fil, par un trou de la terre.

Je risque un geste lent, pour savoir si j'existe,
Peut-être ai-je déjà traversé le chemin,
J'ai quelque part en moi une onde réaliste
Qui serpente en ruisseau à m'en tordre les mains.

Si j'ai mal, c'est bon signe, il n'est pas vraiment l'heure,
De céder au concept de la disparition,
Et je n'ai pas envie de fuir comme un voleur
J'ai, dans ce monde-ci, un peu de prétention.

Ce grand corps, menacé, de longs cris, c'est le mien,
Et je ne peux rien faire que de l'entendre battre,
Comme une pluie soudaine qui tomberait pour rien,
Pour noyer sous son arche un esprit à abattre.

Un étrange frisson semble vouloir me dire
Qu'une porte est ouverte, au bout de quelque part.
Si vraiment je m'en sors, je jure d'interdire
Cet enfoiré de rêve aux traits de cauchemar.

 

 

 

J'ai tuyauté mon poisson rouge
Pour qu'il se tire de son bocal,
Casse toi de là, faut que tu bouges,
Tu vois bien, ce n'est pas normal
De sans cesse tourner en rond,
Sans te souvenir d'où tu viens,
Dans ce trou d'eau bas de plafond
Il y fait un sale temps de chien,
Je lui ai dit, déploie tes ailes,
Fais démarrer tes réacteurs,
Mais mon poisson marche au diesel,
Sous les écailles, c'est un tracteur.
Pourtant j'ai cru voir dans son œil
Un éclat dès lors invisible,
Il s'est levé de son fauteuil
Avec un rire indescriptible.
Il a rangé dans sa valise
Le peu d'affaires dont il dispose,
Il a fait quelques vocalises
Pas en alexandrins, en prose.
Puis il a creusé un tunnel
Il a même creusé profond,
Mais dans un geste irrationnel,
Il est devenu un mouton.
J'ai tuyauté mon pote à laine
Pour qu'il se tire de son enclos.
Casse-toi de là, j'ai de la peine
Je préfère quand t'es dans l'eau.

 

 

J’ai perdu votre adresse,
Je l’avais posé là, dans un coin de ma vie,
Dans un coin de tendresse,
Sur un bout de papier, mais quelle étourderie,
Un moment de faiblesse,
Jusqu’à ne pas savoir d’où vient cette amnésie,
Que tout mon corps professe.
J’ai beau chercher partout, la flamme des bougies
Suffoque de détresse.
Je retrousse le temps de la chronologie
Les larmes me compressent
Et je crois ressentir une dichotomie,
Une indélicatesse.
Je n’espère plus rien du silence rassis
Qui traîne sans noblesse,
De ce vide absolu comme une hémorragie,
Un déni de grossesse.
Je jette des seaux d’eau pour calmer l’incendie
Qui prend de la vitesse.
Plus je cherche à savoir, et plus je réfléchis,
J’ai perdu votre adresse
Le jour où vos absences ont coulé dans ma vie.

 

 

Il y aura des fleurs et peut-être des arbres,
Penchés comme des doutes au bout d’une falaise,
Dans le vide du sens qui colore le marbre
Le froid léger de l’âme s’enfonce dans la glaise.

Il pleut quelques sourires, malgré le soleil mort,
Il ne faudrait jamais sous-estimer la vie,
Je la vois qui s’enroule autour de son ressort
Dressée vers on ne sait quelle route fleurie.

J’ai traversé la rue, jusqu’au bord de la porte,
Il ne m’aurait fallu qu’un cœur supplémentaire

Pour franchir la frontière des ombres sous escorte
Qui vous prennent le bras pour venir vous distraire.

Tout est démesuré, les détails, les couleurs,
Jusqu’au choix des principes qui marchent dans le soir,
Jusqu’au bout des paupières qui rient avec douceur
Des souvenirs heureux fumant dans les bougeoirs.

Il est temps de vous dire avec des mots distincts
Que je ne viendrai pas déranger vos silences,
J’ai beau tendre vers vous la paume de mes mains,
La mort est suffisante et remplie d’arrogance.

 

 

 

 

C’était sans doute trop, trop de nuit, trop de vide,
Trop de temps, trop d’aiguilles plantées au fond des choses,
Trop de fumée dans l’air, trop de chlore, trop d’acide,
Trop de flou dans tes yeux, trop de métamorphose.

Pourtant, j’étais planté, bien droit, sur le trottoir,
Même si les nuages osaient cracher sur moi,
Je voulais juste encore comme essayer d’y croire,
Juste avancer mes mains, vers je ne savais quoi.

Ce n’était pas assez, dans un monde de trop,
Trop de gens carnivores, de bouches à nourrir,
Trop de regards glacés, de bruit dans le troupeau,
Et nous que faisons-nous si ce n’est trop mourir ?

J’ai pris, sans le savoir, une vraie décision,
Il fallait bien qu’un jour, je parvienne à le faire,
J’ai traversé la rue, tout droit vers l’horizon
Je la cueille en bouquets simplement pour te plaire.

Mais je crains ne jamais arriver jusqu’au bout,
C’est comme un jour sans fin, c’est comme un jour sans fond,
Je continue de vivre en me tenant debout
Mais j’écorche mes rêves à ces foutus plafonds.

 

 

Quelque part ou ailleurs, là-bas, loin, ici, là,
Partout où c’est possible, un peu plus près peut-être,
On pense le toucher, il s’éloigne déjà,
Après avoir percé les tuiles de nos êtres.

Il pleut un peu, parfois, beaucoup sur nos visages,
Sous l’arête d’un mot, la pluie est moins pénible,
Mais il reste nos yeux, noyés de sel sauvage
Et par-dessus la mer, nos espoirs submersibles.

J’ai la tête, ce soir, à penser à ces choses
Qu’on oublie de penser par un manque de temps,
Si futiles, parfois, c’est à peine si j’ose,
Les toucher de ma vie, les écrire vraiment.

Je marche sans marcher, c’est dire si je rêve,
Je rêve sans rêver, c’est dire si je cours
Vers des envies d’ailleurs, des soleils qui se lèvent
Sans effort pour demain, c’est dire s’il fait grand jour.

Je vais crier pour voir si personne ne dort,
Je veux planter mes yeux dans des êtres vivants,
Et sortir ma folie tout habillée de Dior
Elle qui courait seule et nue jusqu’à présent.

Désolé, je n’ai plus, les pieds collés au sol,
Je sens comme des ailes sous mon manteau d’hiver,
Et si vous me croisez, avec ma bouche folle,
Surtout n’ayez pas peur et payez moi un verre.

Quelque part ou ailleurs, ici, sur ce comptoir,
Nous allons retrousser nos manches sur demain,
Et s’il ferme trop tôt, nous boirons le trottoir,
Dans des verres moulés aux paumes de nos mains.

 

 

Je ne veux plus brouter l'herbe folle des rues,
Que des moutons galeux parsèment sous les ordres,
Pour nous faire oublier les coups de pieds aux culs
Que l'on nous distribue pour empêcher qu'on morde.

Je ne veux plus brouter ce qu'on pointe du doigt,
Ni boire dans les mains de ceux qui nous surveillent,
A bêler sur l'asphalte, qui sait à ce qu'on croit,
A nous promettre en vain, des monts et leurs merveilles.

Non, je ne veux plus suivre ce troupeau abruti
Qui réclame silence quand on parle trop haut
Et qui s'endort du poids de la mort accompli
Pour étouffer les cris qui étranglent nos mots.

Je ne veux plus boiter avec les têtes molles
Dont les rêves n'ont plus l'éclat du magnifique
Ceux qui plaquent au mur nos pensées les plus folles
Pour les faire entrer dans le rang à coup de triques.

Je ne veux plus, ce soir, moutonner dans la ville
Et croire à ce qui n'est qu'un quart de vérité,
La critique n'est pas une exigence vile
C'est l'essence qui nous permet, tous, d'avancer.

 

 

Cette étrange dictée avec ses mots de paille
Que j’apprenais par coeur, dans la chaleur du soir,
Pour me la réciter, jusque dans mes entrailles,
Me perdre de plaisir à marcher dans le noir,

Me revient comme une onde, à mon corps défendant,
Pour remonter le long de mon dos froid de

sueur
Par l’angoisse du doute et l’ogre de l’instant
Qui grignotent ma tête comme une bouffée de peur.

J’entends les mots craquer comme des allumettes
Qui propagent le feu jusque dans mes regards,
Et brûlent le papier de mes romans en miettes
Que je pense à écrire lorsqu’il se fait trop tard.

Il faudrait que je rentre, au moins pour cette nuit,
M’allonger doucement dans le bruit du silence,
Et si j’ai de la force, alors, demain je fuis
Par des chemins sertis de douces négligences.

Je ferme la fenêtre où la lune paresse,
J’allonge quelques pas pour croire que je pars,
Mais je ne n’avance pas ,contraire à la promesse
De dépasser d’un rien la ligne de départ.

 

Au bout de l'habitude, à travers la fenêtre,
Le rideau repoussé pour percer le dehors,
Des âmes que la précipitation pénètre
Laissent dans leur sillage, une absence indolore.

Il pleut comme des foules, dans le soir qui descend,
Leurs eaux se multiplient sur le trottoir embué,
Déjà, l'heure rattrape les cœurs convalescents
Qui battent le métal de leur vie trop pressée.

Il suffirait d'attendre, d'attendre cinq minutes,
Pour rien, juste pour rien, ensuite repartir,
Ne rien tenter de trop, abandonner la lutte,
Ne pas accélérer, au contraire, ralentir,

Ancrer ses gestes las dans la chorégraphie
D'un corps qui s'ancre enfin au trottoir qui le porte,
Amarrer ses douleurs et dans sa biographie, 
Préciser sa naissance ou sa mort, peu importe,

Pour ce qui reste à faire, il vaut mieux être libre,
Etre insubordonné à toute dictature
Qui ferait ce qu'on est, jusqu'à la moindre fibre
De nos cris entêtés hurlant contre nature.

Je les vois, ces pantins, retendre leurs ressorts
Pour arriver au bout du nombre de leurs pas
Qu'ils doivent, chaque jour, comme un désuet trésor
Accumuler pour croire à ce qu'ils ne croient pas.

Je remets le rideau, entre eux et mes regards,
Je bouffe la lumière comme un dernier repas,
Je vais sortir, sans doute, marcher sur le trottoir,
Tester si j'ai vraiment la gueule de l'emploi,

Dévaler le bitume qui ne mène nulle part,
Croiser d'autres visages qui ne me disent rien.
Et dans un dernier feu, celui du désespoir,
Rentrer au fond de moi comme sur un chemin.

Sur un chemin de nuit tendu de peaux de lune
Des ombres en haillons semblaient hanter les lieux.
Liquides comme un cri qui se tend en tribune
Leurs pupilles d'encre noire avaient crevé leurs yeux.
Un silence harassant tombait sur l'herbe brune
Au point d'en étouffer les bruits délicieux,
Le frisson d'une excuse, une pluie importune,
Un geste de parole, un murmure crémeux.
La lande appartenait aux humeurs étourdies
De lèvres affolées qui cherchaient d'autres bouches,
Un concert de succions ramenaient à la vie
Le jour trop fatigué pour que la nuit se couche.
Est-ce le son d'un groupe, un acte solitaire,
Est-ce une horde en marche pour soulever le temps,
Est-ce ce monstre froid qui contient chaque hiver
Ou juste un mot ancien colporté par le temps ?
Une rumeur grossit au lever du soleil,
Il est temps de plier nos habits de misère.
Car le marchand de sable a perdu le sommeil
Le ventre transpercé d'un éclat de lumière.

Un peu de poésie, bordel

 

Mes fleurs n'allumeront aucun de tes regards
Le soleil est de marbre, la lumière est en cendres
Je n'entends que les pas de ce silence hagard
Qu'aucun de tes sourires n'est en mesure de fendre.

Je ne m'habitue pas à tes mots invisibles, 
A ces jours sans issue, à tes gestes sans ombre, 
À ce temps dont le vide m'a pris depuis pour cible, 
À ce calendrier dont tous les jours sont sombres.

Je vais ranger mes fleurs dans un coin de ma tête, 
Je n'irais pas non plus les mettre sur ta tombe, 
Car la porte a franchir n'a rien d'un jour de fête 
Un dimanche de plus que mon absence plombe.

Je préfère arroser tous ces bouquets de toi
Qui jaillissent encore au fond de ma mémoire. 
Ces pétales d'amour qui tombent sur les toits 
En pluie de larmes sèches du matin jusqu'au soir. 

J'ai ouvert leur étui, j'ai déplié les branches, 
J'ai saisi tes lunettes, j'ai caressé les verres,
Je suis sorti pour voir, j'ai retroussé mes manches,
Comme tu le faisais pour retourner ta terre.
Je n'ai rien vu de plus qu'un putain de brouillard
Me saisir les poumons, me faire mordre le jour
Jusqu'à saigner de larmes sur ton corps de vieillard
La vie avait blanchi l'ordre de ses contours.
Je pensais voir un peu les miettes de ton monde,
Lorsque tes yeux fragiles perçaient mon existence,
Mais par procuration, tes nuit sont plus profondes
Que l'espoir entêté de modifier l'absence.
Je ne vois rien de mieux qu'une ligne d'horizon
Sur laquelle le temps s'échine à ignorer
Que chaque jour émerge de son propre poison
A ne jamais pouvoir te faire me regarder.
J'ai refermé l'étui, j'ai replié les branches,
Je ne devrais plus croire à mes propres fictions,
Je suis rentré pour voir, j'ai rabaissé mes manches
Et je me suis rangé derrière la raison,
Comme tu le faisais pour retourner ta terre.
Si je creuse la mienne et je creuse profond,
C'est pour sentir en moi que ton âme de père
Irrigue le sol cru de toutes mes saisons.

Sur la place éclairée où les pavés paressent
Une folle lumière enlace le béton,
On croirait que la nuit suinte de tendresse
Tant la douceur inonde le sol et le plafond.
Quelques pas téméraires troublent le sens du lieu,
Leur écho, prudemment, s'enroule de coton,
On ne distingue plus du silence spongieux
Ce qui tombe du ciel, ce qui monte d'un ton.
Mais le temps procureur dans ses réquisitions
Réclame de suspendre et à perpétuité,
Ce souffle si puissant qu'il en devient profond, 
Je regarde ma montre mais elle est arrêtée.
C'est frappant comme l'air semble être suspendu
Bloqué dans son élan, pétri de vents contraires,
Il pleut de l'asthme en poudre dans mes poumons repus
D'oxygène bleuté, d'azote solitaire.
Je m'allonge en pensant aux clefs de l'aube pure
Qui viendra tout à l'heure déverrouiller ma vie,
Et si je ne meurs pas en forçant ses serrures
Je crois, sans m'avancer, que j'aurais tout compris.

 

Je n’ai pas pu entrer, la porte était ouverte,
Mais, non, je n’ai pas pu, franchir cette frontière,
L’air était pourtant doux mais la lumière inerte,
Le soleil s’éventrait de rage sur la pierre.

Mes pas n’avaient plus d’âme et mon corps plus d’esprit,
Ce qui n’empêchait pas ma mémoire de vivre,
Mais face aux éléments qui m’arrachaient des cris
J’ai tenté de pousser mon ombre pour la suivre.

Impossible pour elle d’enrouler sur sa rive
Le courage nécessaire pour ne plus en manquer,
Tout mon sang perfusait mes larmes corrosives
Et le plomb dans mes ailes m’empêchait d’avancer.

Je n’ai pas pu entrer, le voulais-je vraiment ?
Et surtout pour quoi faire ? Et surtout pour voir quoi ?
Quelques lettres enlacées sur un morceau de vent
Le poison du silence pour m’engourdir la voix ?

J’ai rebroussé chemin. Je n’ai rien entendu 
De vos mots comme un feu du ventre de la terre.
Un seul m’aurait suffi pour que je sois l’enfant
Qui rentre à la maison plutôt qu’au cimetière.

 

Quelque chose est resté, invisible mais lourd,
L’esprit d’une formule, un doute sans coutour,
Un cri qui n’a jamais trouver la porte ouverte
Et dont la gorge nouée est sa prison secrète.

C’est une sensation, comme un conditionnel,
Un courant d’air sans fluide, un verbe obsessionnel,
Il se conjugue au bruit que font les souvenirs
Et les larmes d’acier qui rouillent les sourires.

Je sens comme une idée, une idée presque un mot,
Un mot presque un récit, un récit presqu’un livre,
Mais dont les pages séches tournent vite en lambeaux
Sous des doigts décidés à continuer à vivre.

C’est fragile et fugace, c’est surtout nulle part
Mais c’est pourtant ici, dans le pli des absences,
Sans doute faut-il un peu se méfier des hasards
Qui marient la musique et l’ombre de la danse.

Je ne reconnais rien du vide qui se pose
Au milieu du silence peuplé de mille choses,
Ni la rumeur tranquille, étranglée de chaleur
Qui perce chaque nuit fatiguée de douleur. 

Je cherche et cherche encore l’adresse où me trouver
Cette maison éteinte aux multiples volets,
Si elle n’existe pas, dites moi d’où je viens,
Dites moi qui je suis, ou ne me dites rien…

Quelque chose est resté, invisible, prégnant, 
Une gêne, un détail infinitésimal,
Un atome d’atome coincé dans une dent,
Qui, chaque jour me fait toujours un peu plus mal.

C’est un mouchoir de vent, une respiration,
Un soupçon presqu’intime, un risque en formation,
C’est comme une habitude, une habitude à rien,
Mais elle frappe à la porte et j’ouvre, comme à quelqu’un.

Sur la place éclairée où les pavés paressent
Une folle lumière enlace le béton,
On croirait que la nuit suinte de tendresse
Tant la douceur inonde le sol et le plafond.
Quelques pas téméraires troublent le sens du lieu,
Leur écho, prudemment, s'enroule de coton,
On ne distingue plus du silence spongieux
Ce qui tombe du ciel, ce qui monte d'un ton.
Mais le temps procureur dans ses réquisitions
Réclame de suspendre et à perpétuité,
Ce souffle si puissant qu'il en devient profond, 
Je regarde ma montre mais elle est arrêtée.
C'est frappant comme l'air semble être suspendu
Bloqué dans son élan, pétri de vents contraires,
Il pleut de l'asthme en poudre dans mes poumons repus
D'oxygène bleuté, d'azote solitaire.
Je m'allonge en pensant aux clefs de l'aube pure
Qui viendra tout à l'heure déverrouiller ma vie,
Et si je ne meurs pas en forçant ses serrures
Je crois, sans m'avancer, que j'aurais tout compris.

- Tu as lu ?
- Oui un jour, un livre.
- Un livre ?
- Oui, un livre, tu sais c'est un objet où l'on tournait les pages.
- Les pages ?
- Oui, les pages, j'y coinçais un marque-pages pour ne pas perdre le fil.
- Un marque-pages ?
- Oui, il y en avait de toutes sortes, même des très beaux.
- Et tu en as eu plusieurs des livres ?
- Oui, des dizaines, des centaines, beaucoup, beaucoup...
- Wahou. C'est possible ?
- Oui, c'est possible. Je les rangeais dans ma bibliothèque.
- Une bibliothèque ?
- L'endroit où l'on mettait les livres.
- Un zoo pour livres, quoi.
- Oui, dans les zoos, on mettait les espèces en voie de disparition. Mais les livres ne se reproduisaient pas entre eux.
- Et alors, il s'est passé quoi ?
- Ils sont tous morts.
- Morts de quoi ?
- D'indifférence.

Un peu de poésie, bordel

Je fous mes mots en l'air
Par-dessus mon épaule,
Je leur donne des rôles
De proses ou de vers.
Je fous mes mots en 'lair
Par-dessus les moulins,
Et quand vient le matin
Leurs ailes bleues m'ensserrent.
Je fous mes mots en l'air
Même si l'apesanteur
Fait tomber leurs couleurs
Qui tapent sur les nerfs.
Je fous mes mots en l'air
Je leur tourne le dos,
Ils sont si grands, si fiers,
Ils sont si peu sévères,
Ils sont tellement beaux
Que je les jette en l'air
Pour qu'ils volent plus haut.

Un peu de poésie, bordel

Le soir jette l'acide du temps qu'on sait perdu
A tenter d'espérer des heures qui nous restent
Assises sur le bord des pensées superflues
Que l'on disperse en soi dans une forêt de gestes.
On a, au creux du ventre, comme des mots perdus
Comme des écorchures, comme des plaies ouvertes,
Existe-t-il un baume que l'on mettrait dessus
Pour un en faire un désert de matières inertes ?
La nuit avance un peu, son poids est superflu,
L'obscurité grésille même au plus fort du jour,
C'est le désavantage des angoisses ventrues
Qui piétinent les rangs pour prendre votre tour.
Même la lune accroche ses griffes de tumeur
Elle qui, dans sa ouate, me semblait bienveillante,
Pourtant, son regard plein de ses borgnes humeurs
Semble cracher au ciel des angines d'amiante.
Il faut que je surnage, il ne faut rien laisser
Au plaisir insidieux des larmes qui s'annoncent,
Il faudra que j'invente des mots pour les sécher
Suffisamment puissants afin qu'elles renoncent.
Ca y est, il pleut du sombre, il giboule du doute,
C'est l'heure où tous les si deviennent vindicatifs,
C'est l'heure de charger ses valises dans la soute,
Conjuguer les peut-être à mes impératifs.
Non, ce n'est pas ce soir que le désert vaincra
Je repousse ses dunes ensablées de silence,
Je plante à leurs sommets les mots qui restent en moi
Pour entendre le bruit de leur furieuse absence.
Accoudé au comptoir du café qui me tient
Il me semble d'avoir entendu quelque chose,
Ou est-ce l'habitude de ces tous petits riens
Qui font ce que je suis et ce qui me compose.

Un peu de poésie, bordel

Je n'ai pas asséché mes nappes phréatiques,
Pourtant, j'ai arraché de l'eau de mes sous-sols,
Et ces relents gorgés d'acide chlorhydrique
Ont fait plus de dégâts que n'importe quel alcool.
A croire que des pluies diluviennes inondent
Des terres que je n'ai pas encore explorées,
Et qu'en faisant le tour de moi-même comme du monde
Il ne me reste plus qu'à faire l'étonné.
D'où peuvent bien venir ses fleuves souterrains,
Ces monstres d'eau salés qui percent sous les paupières,
Je me souviens qu'un jour, on m'a dit, le chagrin
Peut retourner la lune et dévaster la terre.
A force de noyade, ai-je encore des yeux ?
Ai-je encore de quoi anéantir la pluie ?
Il est tard, un bateau, sur l'océan furieux,
N'est qu'un grain de poussière qui irrite les cieux.

Un peu de poésie, bordel

Un putain de silence brûle les mains du soir
Enfoncées jusqu’à l’os, dans des poches profondes,
On entend la musique invisible d’espoir
Serpenter comme un loup effrayé par la ronde.

Il est tard, il est l’heure où l’heure n’a plus de sens
Sauf pour celui qui sait de quel côté il court
Les pieds collés au sol de sa propre impatience
On sent le vent vieillir dans le fond de sa cour.

La lune s’égosille, engluée dans sa poisse,
Punaisée de rondeur au milieu du tableau,
Un cri venu du sol éparpille l’angoisse
Qui naît avec la fermeture du bistrot.

Rien ne bouge dans l’ombre, la nuit est immobile,
Tout se fige au contact du noir qui s’épaissit,
Les gorges sont noyées sous des vagues de bile,
On voit les contractions du ventre qui vomit.

Il semble que le jour cherche à percer la croûte
Qui retient le fluide aussi vif que l’esprit.
Puisque le soleil pointe à en crever la route
Je vais voir si je peux revenir à la vie.

Un peu de poésie, bordel

 

 

J’avais un marronnier dans mes pupilles de gosses
Les branches retenaient le jour du bout des bras,
Et s’il fuyait par les trous d’un hiver précoce,
L’arbre rallumait le soleil en contrebas.

J’avais un marronnier sous mes paupières de mioches
Un grand ami sincère, silencieux, que pour moi,
Quand il neigeait des feuilles comme des flocons sous cloches
Elles cachaient ma vie sous un épais substrat.

J’avais un marronnier dans mes rêves d’enfant,
Il marchait, je l’ai vu, je vous jure je l’ai vu,
Courir après la pluie que dispersait le vent,
Sur les trottoirs boueux qui desservaient ma rue.

J’avais un marronnier dans mes mains de morveux
Je brisais mes colères sur son ombre d’écorce,
Quand je pleurais trop, je sentais dans mes cheveux,
Ses doigts longs et noueux comme un troupeau de brosses.

J’avais un marronnier dans mon âme de gamin
Sous lequel les saisons n’avaient plus aucun âge,
C’est lui qui retenait la douceur des matins
Qu’il me restituait dans le chant de ses ramages.

J’avais un marronnier aux racines profondes,
Je les sens, chaque fois, qu’un arbre m’interpelle
Pour me demander si, dans la folie du monde,
Je me souviens de lui comme d’une sentinelle.

J’avais un marronnier, je le voyais de loin,
Il dominait les toits des maisons du quartier,
Et quand je suis parti, il m’a tenu la main,
Je suis fait de ce bois dont mon arbre m’a fait.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu du goudron et des pavés luisants
Qu'une pluie sans merci rendait abêtissant,
J'ai cru apercevoir, dans un faisceau de lune,
Briller l'or de la nuit qui ne vaut plus une thune.
J'avançais, sans mérite, le front collé aux heures
Et l'échine dorsale détrempée par la peur,
Et les habits suintant de l'incompréhension
De celle qui ruisselle de la langue des cons.
Le vent sentait le souffre et les haleines viles
Des bouches qui s'empiffrent dans les dîners en ville,
Et dont les estomacs percés par leurs aigreurs
Font remonter l'acide jusqu'aux vertus du cœur.
S'il pleut encore beaucoup, je ne donne pas cher
Des caniveaux charriant leurs torrents de misère,
Et ces mots étouffés, pliés sous l'éteignoir
Des soleils inhumains criblés de désespoir.
Il fait froid, il fait dur, il fait un temps de chien
Il gèle sous les paupières des académiciens,
Il neige des angoisses, il grêle des fatigues,
Dans les têtes trop sèches d'un régiment de figues.
Je marche sans penser à tous mes pas futurs,
Des ombres sans attaches semblent couler des murs,
J'entends l'irrationnel dévergonder l'air froid
Qui tortille du cul en me frôlant du doigt.
Voilà, je suis rentré, de derrière ma fenêtre
A l'abri du dehors, je peux tout me permettre,
Jusqu'à ce que la lame infecte du sommeil
Tranche le goulot de ma dernière bouteille.
C'est l'heure inextricable des pires solitudes,
Le dernier long courrier vers d'autres latitudes,
Je replie doucement ce qui me tient, en somme,
La dignité fragile de mes restes d'homme.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu de la Cour où les doutes s'assoient
Où les fronts sont voilés par une crainte de sueur,
On écoute craquer les os de tous les doigts
Qui se tordent sous l'ombre d'une palpable peur.

Au milieu des mensonges drapés de vérités
A moins que la magie du contraire n'opère,
On entend le bruit sourd de ces cris étouffés
Qui ont envie de dire tout autant que se taire.

Au milieu du brouillard épais des convictions,
Des robes qui retiennent les astres dans leurs plis,
On perçoit la lumière plus pâle qu'un néon
Cavaler en silence tout en faisant du bruit.

Au milieu de l'espoir d'apercevoir en vain
Comme un semblant de chose, comme des traits distincts,
On attend que le mot, il suffisait d'un seul,
Percute enfin le vide comme un poing dans la gueule.

Un peu de poésie, bordel

Je suis le plumitif sans dédicace fixe
Le nomade qui sort ses livres sur le trottoir,
J'entends les mots glousser des pieds jusqu'au préfixe
Les caniveaux sont bleus au bord du café noir.

Le bitume n'a pas le confort des tapis,
Et le bruit de la rue défeutre les dialogues,
L'air est chargé de gens battant comme la pluie
Le dessus de leur rêves dans un catalogue.

Ils posent un sourire sur la couverture
Et se disent pourquoi, se demandent comment,
Avancent lentement comme s'il y avait un mur
Ainsi donc les auteurs seraient-ils des mendiants ?

La librairie est morte, son cadavre repose
Entre les quatres planches de l'indifférence,
Dont on fait les cercueils pour que le vide explose
En faisant retomber ses cendres de silence.

Je suis le plumitif en manque de gondole,
Je traîne mes bouquins dans le sucre des rues
Là, butinent des gens, dans une farandole,
Dont le miel m'habille comme un pardessus.

Deversons tous nos mots sur le palier des villes,
Renversons les Bastille des salons littéraires,
Lançons des pages comme d'autres pointent des missiles
Et sortons dans les rues toutes nos étagères.

Faisons des ponts vers l'autre rien qu'en lisant des lignes,
Ouvrons des boulevards en froissant du papier,
Et bordel, retrouvons la fierté d'être digne,
Lisons à haute voix nos soifs de liberté.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu des égoûts
Et des fosses septiques,
Nage le mauvais goût
De tous les vrais sceptiques
Qui mettent bout à bout
Leurs fantasmes cyniques
Pour croire par dessus tout
A leur propre logique.
Au milieu des latrines
Où pisse l'intolérance
Des faiseurs de vermine
Fleurissent en abondance,
On sent monter le spleen
Des frustrés en puissance
Qui confondent l'urine
Avec leur clairvoyance.
Au milieu des poubelles
Et du tri sélectif
Ils puisent les nouvelles
De leur ordre relatif.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu des ronds-points
Et des gilets jaunis
Par la couleur des poings
Qui cassent le vernis,
Quand la rumeur au loin
Souligne le mépris
Qui coule dans les coins
Comme un esprit de pluie,
Est-il possible enfin
D'assécher ce qu'on vit 
Du jour en contrepoint
Qui désapprend la nuit,
Le désespoir rejoint
Jusqu'à nos humbles avis,
La colère est à point
Car c'est ce qui survit
A ces crues de besoin
A trop de tsunamis,
Et les corps sans témoin
Sont recrachés meurtris
Fumés comme des joints
Chiqués jusqu'à l'oubli.
S'il reste néanmoins
Au milieu du gourbis
Quelques gestes d'appoint,
En guise de survie,
Il ne restera rien
Ou si peu, ou bien si,
Qu'une armée de pingouins
Pour enclencher le tri
De nos restes humains
Dont on fait des croquis.
S'il reste un lendemain,
Alors, soyons servis.

Un peu de poésie, bordel

J'écris dans le goudron de mes routes de plume,
J'écris sur les panneaux limitant la vitesse,
J'écris sur les talus où se défroque la brume
Pour faire rire le jour en lui montrant ses fesses.

Un peu de poésie, bordel

Je ne veux plus brouter l'herbe folle des rues,
Que des moutons galeux parsèment sous les ordres,
Pour nous faire oublier les coups de pieds aux culs
Que l'on nous distribue pour empêcher qu'on morde.

Je ne veux plus brouter ce qu'on pointe du doigt,
Ni boire dans les mains de ceux qui nous surveillent,
A bêler sur l'asphalte, qui sait à ce qu'on croit,
A nous promettre en vain, des monts et leurs merveilles.

Non, je ne veux plus suivre ce troupeau abruti
Qui réclame silence quand on parle trop haut
Et qui s'endort du poids de la mort accompli
Pour étouffer les cris qui étranglent nos mots.

Je ne veux plus boiter avec les têtes molles
Dont les rêves n'ont plus l'éclat du magnifique
Ceux qui plaquent au mur nos pensées les plus folles
Pour les faire entrer dans le rang à coup de triques.

Je ne veux plus, ce soir, moutonner dans la ville
Et croire à ce qui n'est qu'un quart de vérité, 
La critique n'est pas une exigence vile
C'est l'essence qui nous permet, tous, d'avancer.

Un peu de poésie, bordel

J'irai laver tous mes mots sales
Aux bouches de la laverie
Cet automatique animal
Qui avale l'asymétrie
De mes rêveries anormales,
De mes obscures raffineries.
J'irai laver mon pull verbal
Et toute ma quincaillerie,
De rimes enroulées en spirale 
Autour d'une librairie,
Dont la disparition locale
Ressemble à celle des aciéries.
J'irais laver mon verbe étale
Dans le tambour de l'industrie
Dont le réflexe machinal
Est de rétrécir en série
Jusqu'à ce que les succursales
Essorent jusqu'à la pénurie.
J'irai laver mes phrases banales
Jusqu'à l'usure des boiseries,
Jusqu'à ce que leur jus axial
Tombe dans la tuyauterie.
J'irai laver l'aube en métal
Pour en faire du papier jauni
J'y coucherai le moindre mal
Celui qu'on s'achète à crédit,
Assis sur un siège banal,
Comme un loup dans la bergerie,
J'accoucherai du primordial,
Ecrire dans une laverie.

Un peu de poésie, bordel

Je n'ai perdu personne, je n'ai pas pris de balle,
Non, je n'ai pas couru avec la mort aux trousses,
Je n'ai pas entendu les coups qui ont fait mal
Et je n'ai pas pleuré, essoré par la frousse.
Je n'ai pas erré, fou, dans les rues de Paris 
Et je n'ai pas crié le nom de mes amis
Disparus un instant, disparus pour toujours,
Je n'ai pas vu le sang baigné l'esprit du jour.
Je n'ai pas écrasé ma voix pour que l'on m'aide,
Et je n'ai pas non plus prié pour que j'en sorte,
Je ne me suis pas dit que sur la corde raide
Le néant m'ouvrait grand la plus lourde des portes.
Je n'ai pas essayé de fuir entre les morts
Qui jonchaient le sol mou comme des pierres humaines,
Je ne me suis pas dit "oh quel putain de sort"
Me réserve ce soir ce vaste élan de haine.
Non je n'ai rien vécu de cette nuit d'horreur
Que la procuration d'un écran de télé.
Je n'ai pas côtoyé la poudre du malheur
Qui pourtant brûle en moi à m'en faire crier.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu de nulle part
Sur un sentier lointain,
Dans le halot des phares
D'un convoi de requins,
Un banc de poissons creux
Frétillait en silence
Le regard litigieux
L'arête en résistance,
Tellement audacieux
Qu'ils donnaient dans l'outrance,
Mais tellement sûrs de
Franchir cette échéance,
Sans gestes vigoureux
Sans signer de quittance,
Que les requins hargneux
Bouffis de suffisance
Ne virent qu'un venteux
Hasard sans consistance.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu du désastre
Et du verre pilé
Qui couvre le cadastre
De la ville enrouée,
Un petit morceau d'astre
S'est retrouvé perché
Sur un coin de pilastre
Semble-t-il épargné.
Dans la nuit imperméable
Aux cris qui la déforment,
La lune passe à table,
Son appétit énorme,
Hypothèque les ombres
En repas potentiel,
Et sur la nappe sombre
Avec un peu de miel,
Ses dents claquent en nombre
Sur l'homme industriel.

Un peu de poésie, bordel

Je n’irais pas vous voir, je suis un fils indigne,
Vous êtes tant partout que je n’ai nulle part
Où aller, désormais, pour quémander un signe
Tant votre inexistence, dans ma vie, est notoire.

Je n’irais pas vous voir, je suis un fils indigne,
Car que puis-je espérer d’un tel carré de marbre ?
Un son, un bruit, un mot, un point et à la ligne
Tant le vent se bouscule sur les branches des arbres.

Je n’irais pas vous voir, je suis un fils indigne, 
Je ne sais pas parler aux flocons de vos cendres,
Je n’ai pas ce pouvoir, je n’ai pas la consigne
Tant le silence n’en finit pas de descendre.

Je n’irais pas vous voir, je suis un fils indigne, 
Celui qui a perdu votre dernière adresse,
Remarquez, vous non plus, dans vos nouvelles vignes
Vous ne m’adressez plus votre vin de tendresse.

Je n’irais pas vous voir, je suis un fils indigne,
Ce n’est pas tant que j’ai d’autres larmes à fouetter,
D’autres peines à vivre, d’autres plaies si bénignes,
Mais qu’aurais-je à vous dire sinon…. Revenez !

Les cimetières sont moches, le marbre est indécent,
Rien n'est beau dans la mort, et surtout pas les fleurs
Ne venez pas me dire qu'éternellement
On peut se reposer dans ces lieux de malheur.

Les urnes ne servent pas à seulement voter
Voilà qu'on y dépose ce qui reste des autres,
Quand cette putain de vie, dans le vide, se vautre
Et que l'on nous conseille de devoir avancer.

Les cimetières sont moches, les chrysanthèmes puent,
Les larmes n'ont que le sens des impasses qu'elles creusent,
La terre fait fléchir comme la tristesse tue
A petits feux follets dans les heures grumeleuses.

Les chapelles éventrées crèvent de courants d'air
Des ombres sans leurs corps traînent des arrosoirs,
Ou des bouteilles vides, plastique sédentaire,
Qu'un soleil congelé remplit de désespoir.

Les cimetières devraient être interdits d'office
Rayés de la surface de nos chagrins profonds.
Un arbre, un bord de mer, ou un feu d'artifice
Suffiraient pour ceux qui jamais ne reviendront.

Et je les vois marcher, vers leur morceaux de pierre,
Les yeux rayés du pire que génère l'absence,
Ils vont se recueillir en dignes propriétaires
D'un morceau de caillou balayé de silence.

Les cimetières sont moches, les chrysanthèmes puent, 
Je hais le défilé de cette fête annuelle,
Je hais cette façon, nulle et non avenue,
Qu'on les morts à nous tendre leur piège éternel.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu des échardes
La poésie s'inquiète, 
De la hausse bavarde
Des rimes insatisfaites,
Sans compter l'inflation
Du kilo de défaites,
Et de ces promotions
Sur les vies imparfaites.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu des questions
Asséchées de réponses
Un étrange peloton
S'écorche dans les ronces
Sur le chemin du soir. 
Si l'un scie l'autre ponce
Son petit bout d'espoir
S'il n'en reste qu'une once
Il sera pour plus tard.
C'est ainsi qu'une tribu
En marge du village
Découvrit à l'insu
Des secrets des vieux sages
Le bonheur de comprendre 
Qu'à force d'espérer 
Ils ne faisaient que tendre 
Leur chance de rêver.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu de la perquise
Chaud à fondre la banquise,
Méluche vocifère
La police en enfer !
C'est moi la République
Grimaçant de coliques,
C'est moi je suis sacré,
Sacré quoi, devinez !
Le cinoche, Mélenchon
Connait bien la chanson,
Au théâtre Méluche
Gonfle comme une baudruche.

Un peu de poésie, bordel

Au milieu des lave linge
une armée de vieux singes 
discutaient de lessive
de Soupline lascive
de la meilleure façon
de sécher un caleçon
lorsque l'un d'eux a dit
"nous n'avons pas d'habit"
mais c'est bon chaque soir
de parler sans savoir
on se sent si humain.
Au revoir a demain.

Un peu de poésie, bordel

Un jour il faudra détacher
Nos mains serties sur les enclumes,
Juste voir si l'on peut lever
Nos bras au-dessus de la brume,
Et dans le goudron sous les plumes
Prendre le temps de demander,
Le meilleur chemin pour l'écume
Que font nos mots sur les pavés.
Habillé d'un nouveau costume,
Je serai seul sur le sentier,
A me fabriquer des coutumes
Comme si j'étais un peuple entier.

Un peu de poésie, bordel

Un jour il faudra balancer
Le poids de nos incertitudes
Par-dessus nos rêves glacés
Sur leur bateau de solitude,
Et légers, de nos servitudes,
Prêts à vouloir recommencer,
Nous prendrons d'autres habitudes
Qui seront bien sûr condamnées,
Alors, dans cette infinitude,
La poche lourde d'un poing serré
Je prendrai un peu d'altitude
Pour croire qu'on va y arriver.
Ce jour-là, je saurai voler.

Un peu de poésie, bordel

Un jour il faudra ramasser
Les ombres de nos saisons mortes
Comme les feuilles endimanchées
Que l'automne colle à nos portes,
Cette façon morne et idiote
De ne pas nous faire oublier
Que les absents que l'on colporte
Nous diluent sans le faire exprès.

Un peu de poésie, bordel

Un jour il faudra diluer
Le sucre de nos désespoirs,
Dans les averses provoquées,
Par nos cris au fond des tiroirs,
Cette potion qui dans le soir,
N'en finit pas de nous glacer,
Jusqu'à user le verbe croire
Au futur simple délavé.

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Soussou 16/02/2019 20:36

Le poète a toujours raison.....

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