Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


30 mars 1994 : les backoes sont dans la rue

Publié par vierzonitude

30 mars 1994 : les backoes sont dans la rue

Le mercredi 30 mars, une journée après l'annonce de la fermeture de Case, le trésor de guerre des salariés est dehors : les backoes sont dans la rue. La rançon de la colère, et du désespoir. La réplique ne s'est pas faite attendre. Vierzon est dans la rue. "Cela fait 30, 40 ans que nous travaillons ici et aujourd'hui nous sommes à la rue", lit-on dans la presse de l'époque. Cent ans que ces murs sont debout et vous, vous arrivez et vous cassez tout, ne venez pas nous provoquer, dehors, du vent".

C'est ce qu'un salarié rétorque au directeur accompagné d'un huissier afin de constater la prise de douze backoes du dépôt du Bas-de-Grange. Bien sûr, Case ce n'est pas la dernière des usines vierzonnaises. Il y a tout un passé, des fondations. "C'est Célestin Gérard, c'est la Française. Nos pères et nos grands-pères y ont travaillé". Aujourd'hui, Célestin Gérard a son buste dans un jardin érigé sur une partie de l'Usine. La Française a bouté Case hors de Vierzon. Mais vu ce que 25 ans plus tard, on en a fait, les mêmes qui avaient cette fierté chevillée au corps doivent avoir mal à l'âme en voyant les locaux se dégrader...

30 mars 1994. C'est parti. les syndicats ont lancé le mot d'ordre : action. Les backoes ont bloqué les voies de la gare, un des péages de l'autoroute. Vierzon se met en branle, dehors, dedans. Ca bloque et ça se réunit, ça réagit et ça tente d'agir. Robert Cocu, figure socialiste de Vierzon, avait travaillé à la Française. "Moi je suis solidaire des gamins dans la rue." Il en veut à la finance, au chômage, à ceux qui détiennent les capitaux. Le socialisme a bien changé depuis 1994 et Robert Cocu...

"Aujourd'hui, il y a veux qui s'enrichissent et ceux qui crèvent". Il aurait pu enfiler un gilet jaune, déjà à l'époque. La citadelle vierzonnaise, la rouge teintée de rose, a retrouvé sa verve anti-capitaliste. Les commerçant s'inquiètent, 270 salariés sans travail.

Ce n'est pas pour rien que, lors de l'émission C Politique, sur France 5, du dimanche 24 mars, un journaliste explique que la souffrance du commerce vierzonnais est né de la ruine de Case. C'est plus qu'un symbole qui chute, c'est une source économique qui se tarit. "Vierzon ville sinistrée", lit-on. "Un départ plus que dramatique." Passé la pilule de l'annonce, les tables rondes fleurissent. On y parle beaucoup dedans pendant que dehors, les salariés trépignent.

On tente une opération "ville morte" qu'on appelle "ville vivante", la force des symboles... Un élu lâche au terme d'une réunion qu'il n'y avait pas de "justification au départ de Case". On a beau refaire le monde, la mécanique est enclenchée. Surtout, le taux de chômage risque de passer de 17 à 20%. 2,4 millions de francs de manque à gagner au niveau de la taxe professionnelle. 270 emplois en moins. 

Alors, face au fatalisme, les élus réclament des "mesures", des trucs et des machins, zone franche et compagnie. On va jusqu'à demander à l'Etat de geler le départ de Case et de toutes délocalisations lorsqu'elles ont pour conséquence de supprimer des emplois... On propose aussi de... proposer à Case une nouvelle usine en exigeant le rapatriement de la fabrication des pelles et des godets.

Exiger. Cela ne coûte rien. L'impuissance est immense. Alors, les élus tentent de croire qu'ils peuvent quelque chose. Ils vont envoyer des lettres tous azimuts, ils vont revoir les aides aux entreprises pour qu'elles ne créent pas des chômeurs mais des emplois. La député, le ministre, le préfet, la chambre de commerce. Tous, mis bout à bout, ne pourront rien du tout. 

Alors, chacun s'indigne, déclare des phrases dans la presse, la masse ne fait pas l'efficacité. Mais qui ne dit rien consent... Alors, il faut parler. Une journée après le séisme, on lit de ces choses... Y compris que la ville de Vierzon avait alors investi dans un réseau d'assainissement pour la nouvelle usine Case. A croire que cette construction n'était que dans la tête de nos dirigeants locaux... Méthode Coué. 

Des fermetures, Vierzon en a vu d'autres. Et quand il n'y a eu plus rien à fermer, ce sont les commerces qui ont baissé pavillon. Case, c'est le traumatisme de trop. Les emplois directs sont touchés, les indirects aussi. Le temps est à l'action. Le présent empêche ainsi de penser trop au futur. Au vide. Au silence. 30 mars 1994. "Nous attendons des fonctionnaires et des politiques que des mesures soient prises", dit la confédération des petites et moyennes entreprises. 25 ans avant, on aurait pu dire la même chose. 25 ans après, on dit encore la même chose.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Articles récents