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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Violence envers la police : le syndicat Alternative Police CFDT dénonce son intensité

Publié par vierzonitude sur 15 Avril 2019, 06:00am

Après que quatre policiers vierzonnais ont été blessé, la semaine dernière (son auteur, jugé au tribunal correctionnel de Bourges en comparution immédiate, a écopé d'un an de prison ferme), lors d'une interpellation, le syndicat Alternative Police CFDT avait publié un communiqué. Vierzonitude avait relayé ce communiqué qui a fait l'objet d'un certain nombre de commentaires violents envers la police. Vierzonitude a voulu savoir ce qu'en pensait le syndicat. Yannick Le Roux, secrétaire Zonal Centre Val de Loire - Haute Normandie d'Alternative Police CFDT a répondu à nos questions.

Vous avez dénoncé les violences envers quatre policiers vierzonnais blessés, la semaine dernière. Existe-t-il, de manière générale, une recrudescence de ce phénomène. Avez vous des chiffres ? 

Les violences à l'encontre des policiers en général ont toujours existé au quotidien. Il n'y a pas à proprement parler de recrudescence, même si on peut relever une augmentation, chaque époque a connu ces violences contre les policiers. La différence aujourd'hui, c'est l'intensité de cette violence qui a changé. Actuellement, quand on s'en prend à un policier, le but est réellement de le blesser gravement voir de le tuer. Il n'y a plus aucune retenue, aucune peur ni aucun respect pour la représentation de l'autorité de l’État. Pour exemple, en matière de délinquance routière, on n'hésite plus à foncer sur un policier pour un simple défaut de permis ou d'assurance. Pour preuve, sur le Cher, en 2018, il y a eu 45 policiers et 28 gendarmes blessés.


Vous dénoncez également une "haine anti-flics" motivée par des commentaires violents sur les réseaux sociaux. Comment expliquez-vous cela ?

Les réseaux sociaux laissent un sentiment de totale impunité où la virtualité des propos n'aurait aucune conséquence. Dans les deux cas c'est faux. Il faut savoir qu'on est nullement anonyme sur internet et notamment sur les réseaux sociaux et que dans le cadre d'une enquête judiciaire par le biais de la lutte contre la cybercriminalité, la police a les moyens d'identifier les auteurs. Quant à la virtualité des propos sans conséquence, il faut savoir qu'ils sont répréhensibles de la même manière que de les tenir verbalement et qu'ils sont sanctionnés par le code pénal.  La police est souvent le dernier rempart de l’État dans les cités. En s'en prenant aux policiers, les auteurs de haine s'en prennent à l’Etat de droit, car les policiers empêchent des trafics et lutte contre la loi des caïds dans les cités.

D'un côté, nous avons des personnes qui dénoncent la violence policière et de l'autre côté, des policiers qui dénoncent une violence envers eux-mêmes, comment s'y retrouver ?

Il n'y a pas à s'y retrouver. Ce n'est tout simplement pas comparable. Ce qui est caractérisée comme de la violence policière n'est en réalité que l'application de la loi relative au maintien et au rétablissement de l'ordre en vertu des pouvoirs qui sont conférés aux policiers et aux moyens mis à leur disposition pour les faire respecter. A l'inverse, s'en prendre physiquement aux policiers est tout simplement une circonstance aggravante d'une infraction prévue par le code pénal. Il y a donc ceux qui commentent les violences réprimées par la loi et celles qui sont prévues par la loi pour les policiers et qui peuvent être utilisées dans le cadre strict de son utilisation et de sa proportionnalité au regard des infractions commises. D'ailleurs, la majeure partie de la population est à plus de 75 % favorable à la police.

On a vu récemment une mutuelle de policiers vouloir effacer les coordonnées personnelles des fonctionnaires par crainte d'un piratage ? Cela veut-il dire que les policiers craignent pour leur vie privée ?

Les policiers ne craignent pas pour leur vie privée mais le risque terroriste est toujours présent et les policiers en sont l'une des cibles. A ce titre, il n'est pas inopportun de garantir leur sécurité afin d'éviter le drame de Magnanville (NDLR : un couple de policiers tué à son domicile en 2016). C'est pourquoi l'anonymisation de la procédure, ou des envois postaux professionnels, par exemple, a été demandée. 

Plusieurs enquêtes sont ouvertes sur des violences policières. Reconnaissez-vous que ce phénomène existe et dénoncez-le vous ?

Il y a des enquêtes effectivement en cours pour des violences illégitimes. Si elles sont avérées, elle sont alors inacceptables et doivent faire l'objet des sanctions appropriées. Pour autant, il faut remettre l'ensemble dans son contexte de manifestations illégales, particulièrement violentes avec une partie de policiers engagés sur du maintien de l'ordre alors qu'ils ne sont ni formés ni équipés ni protégés pour y faire face. Il y a une responsabilité des autorités à ne pas avoir pris en compte cette situation notamment en matière d'inadaptation du maintien de l'ordre. A noter que les policiers français sont les fonctionnaires les plus surveillés et les plus sanctionnés quand il ont commis une faute.

Pensez vous que les violences envers la police ont toujours plus ou moins existé ou est-ce ce contexte de violences policières, dénoncé à longueur de réseaux sociaux, qui exacerbent ces violences contre la police ?

Pour y avoir déjà répondu à une précédente question, les violences envers la police ont toujours existé mais il est vrai que les réseaux sociaux exacerbent encore plus le niveau de la violence physique contre la police. Les réseaux sociaux désinhibent les comportements y compris lors des affrontements sur les manifestations. Ce sentiment d'impunité sur les réseaux sociaux se traduit dans les faits sur le terrain. Les violences envers les policiers existent surtout depuis la fin des années 1990, puis les émeutes dans les cités. Auparavant le policier était respecté et la justice plus ferme. La loi Taubira, entre autre a donné plus de droit à l'auteur de crime ou délit qu'à la victime, ainsi que la stigmatisation des Policiers par le syndicat de police Unité SGP FO, qui a voté pour le port du matricule RIO, la passerelle de dénonciation IGPN, le nouveau code de déontologie, a fragilisé l'action des policiers, laissant à penser qu'ils ne respectaient pas les règles lors des contrôles ou interpellation. Les délinquants ont compris qu'ils pouvaient s'infiltrer dans cette brèche et s'en prendre aux policiers plus violemment.

Parlons de moyens. Quelle est la situation dans le Cher et dans le secteur que vous couvrez ?

Concernant les moyens humains, quasiment toutes les directions départementales de la sécurité publique de la région Centre sont en dessous du chiffre de référence de fonctionnement, comme le Cher, l'Indre, et surtout le Loiret où il manque plus de 40 fonctionnaires. Les autres sont juste à niveau, mais aucune n'est au dessus. Concernant les moyens matériels, on peut constater une mise à niveau progressive mais qui n'est pas encore suffisante au regard de la dangerosité des missions. Le Cher est plutôt bien loti par rapport à d'autres départements, comme l'Indre par exemple où les policiers ne sont pas encore tous dotés de gilets tactiques. Bon nombre de commissariats présentent un parc automobile obsolète, avec des véhicules dans un état pitoyable avec plus de 250.000 km au compteur. Quant au parc immobilier, il suffit de constater l'état et la vétusté du commissariat de Vierzon : il reste énormément à faire de ce côté-là, mais les moyens financiers ne sont pas au rendez-vous.

La grande cause de votre syndicat est aussi la lutte contre le suicide des policiers... 

Lutter contre les suicides est LA GRANDE CAUSE de mon organisation syndicale pour 2019, pour se faire nous avons mis en place un groupe de travail, avec des policiers de terrain, afin de présenter au ministre un vrai plan anti-suicide avec des propositions concrètes venues du terrain et non de technocrates enfermés dans un bureau à Paris, totalement déconnectés de ce que vivent nos collègues au quotidien. Même si les causes sont multifactorielles et souvent compliquées à déterminer, il faut une bonne fois pour toute tenir un langage de vérité : certes le policier connait comme tout le monde des soucis dans sa vie privée, mais le côté professionnel est souvent incriminé : une surcharge de travail, confrontation quotidienne à la violence et aux pires choses de la vie, pression hiérarchique, non reconnaissance du travail accompli, avancement bloqué pour des raisons subjectives, rappels au service, repos annulé. Nous co-organisons un colloque le 22 mai à Paris, où je serai présent, et où nous invitons toute notre hiérarchie, afin de  présenter notre constat et surtout nos préconisations.


 

Croyez-vous vraiment à un nouveau commissariat à Vierzon ? 

Concernant le nouveau commissariat de Vierzon, il faut y croire pour le bien-être des policiers qui y exercent jour et nuit et pour un meilleur accueil des victimes. Cependant rien n'est encore arrêté. Les policiers vierzonnais sont régulièrement sondés pour apporter leurs contributions aux plans du futur commissariat mais encore une fois, tout est question de budget. Nous attendons une confirmation dans les semaines à venir. Pour notre part, nous rencontrons le Préfet de SGAMI (secrétariat général pour l’administration du ministère de l'intérieur) à Rennes le 24 mai prochain, nous ne manquerons pas de le relancer sur le sujet et peut-être reviendrons nous de ce rendez-vous avec une bonne nouvelle, si rien n'est annoncé d'ici là.

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