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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


La lecture de l'été : La civilisation du poisson rouge

Publié par vierzonitude sur 23 Juillet 2019, 05:35am

C'est ce qu'on appelle un livre éclairant. La civilisation du poisson rouge de Bruno Patino décortique le marché de l'attention, celle que l'on consacre aux numériques et aux réseaux sociaux. Pourquoi poisson rouge ? Parce que l'animal "est incapable de fixer son attention au-delà d'un délai de 8 secondes". Après, il se remet à zéro. Mais le pire est ailleurs. "Le temps d'attention, la capacité de concentration de cette génération (NDLR : la nôtre et plus encore ceux de nos enfants ultra-connectés), est de 9 secondes. Au-delà, son cerveau, notre cerveau décroche."

Et tout se passe dans les neuf secondes ou comment les Google, Facebook, etc doivent rentabiliser au maximum le temps qui nous reste, le temps après lequel on court, le temps surtout que l'on n'a pas. Ce n'est pas sans risque. Une étude a montré que le temps maximum d'exposition ne doit pas dépasser trente minutes, au-delà, c'est une menace pour notre santé mentale.

Du coup, les empires numériques ont créé l'addiction, "un modèle de servitude numérique volontaire". Car "après avoir réduit l'espace, il s'agit d'étendre le temps tout en le comprimant." Le livre de Bruno Patino devient là, excellent. En France, le taux moyen quotidien passé sur un smartphone est de 1h32 minutes, 5 heures et demi chez les jeunes Américains... 

De cette surconsommation découlent de nouvelles pathologies mentales. La nomophobie, ou la peur panique face à l'éloignement de son portable... Le phnubbing, la consultation compulsive de son écran, le syndrome d'anxiété, la schizophrénie de profil, l'athazagoraphobie (la peur d'être oublié par ses pairs), l'assombrissement... Mais que l'on ne s'y trompe pas : "la dépendance n'est pas un effet indésirable de nos usages connectés, elle est l'effet recherché par de nombreuses interfaces et services qui structurent notre consommation numérique." A savoir la dopamine, molécule du plaisir.

Il y a pire : les créateurs du web déchantent et se sont aperçus avoir créé un monstre. "Nous savons désormais que le Web a échoué. Il devait servir l'humanité, c'est raté." En somme, "nous n'avons pas à nous repentir : nous avons été trahis", écrit Bruno Patino, lui-même grand consommateur de numérique. Floués ? Un peu mon neveu ! "Capter le temps des utilisateurs connectés en leur proposant d'en gagner constitue le paradoxe insoluble de l'économie de l'attention." Et là, c'est du grand n'importe quoi : on est passé sur les réseaux sociaux, du signal pour annoncer une activité sociale des "amis" à l'alerte pour souligner l'absence d'activité... "Dans la quête pour l'attention, il n'y a pas de limite possible."

Les algorithmes commandent tout. Ils ciblent la publicité, renferment l'internaute dans une bulle où il ne voit que ce que les algorithmes lui disent de voir dans le but de rentabiliser toujours le temps et de le monnayer. "Les algorithmes emprisonnent un utilisateur dans une bulle d'informations, qui l'enferme dans sa propre vision du monde et l'endoctrine avec sa propre opinion".

Le tout dans une journée qui s'étire comme un élastique : "En 2018, les 24 heures d'un citoyen américain durent plus de 30 heures", soit 12 heures consacrés aux écrans dans ce que l'on peut appeler le temps "perdu" dans les transports, au travail, pendant les repas... Et là, on tombe de sa chaise : "l'activité humaine est évaluée à 60% de l'activité totale sur internet. Le reste, soit plus de 40% est une attention factice, produite par des robots ou par des humains dont c'est le métier."

Les théories du complot, la fausse information pullulent. "L'économie du doute vise à produire de la vraisemblance pour remplacer la vérité et à donner à des idées "marginales" plus de poids qu'elles n'en ont en réalité." Pourquoi ? "Il est beaucoup plus facile et beaucoup moins cher de produire de la vraisemblance que de la vérité." Une solution ? Éteindre le portable et lire le livre.*

La civilisation du poisson rouge, petit traité sur le marché de l'attention de Bruno Patino aux éditions Grasset. 180 pages.17 euros.

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J 25/07/2019 00:49

Ne vous inquiétez pas, quelqu’un vous donnera certainement à manger dans votre bocal, continuez à tourner en rond...

Wizard 24/07/2019 09:50

S'il fallait se coltiner la kyrielle de bouquins insignifiants publiés chaque jour, n'y pensons même pas.

D'ailleurs quelques lignes comme celles qui figurent dans la présentation du post suffisent à se faire une idée du tout, un peu comme quelques notes d'une partition suffisent à un musicien pour se faire une idée de l'oeuvre musicale dans son ensemble.

Visiblement, le simple fait qu'un rapport soit estampillé "étude" entraine chez vous une levée de toutes les préventions que doit nourrir un esprit éclairé. Nous avons les climato-crédules, les homéopatho-crédules, les afficionados du nutritionnel (le bon docteur Cohen) et d'une façon générale tous ceux qui ont besoin de croire à et en quelque chose et qui ont toujours besoin d'un gourou.

Je rappelle que les sciences humaines et sociales, par exemple, sont à la Science ce que les arts martiaux sont à l'Art. La culture permet justement de s'y retrouver dans cet écheveau.

Donc, dites-vous bien que, quoi que vous pensiez, cet ouvrage ne peut décemment se prévaloir d'un label scientifique, et son auteur n'est certes pas destiné à devenir le Copernic des fonctions cognitives.

J'oubliais, j'ai et conserve le droit de m'exprimer en toute circonstance et sur tous les sujets. Si un commentaire ne vous convient pas il vous suffit de le démonter clairement. Et là c'est pas gagné car comme pour la Science il ne suffit pas de parler et de réaliser une "étude", il faut démontrer.

J 23/07/2019 10:47

Excellente lecture a recommander à tous ceux qui n’ont vu Neil Armstrong sur la lune en 1969.

Wizard 23/07/2019 10:31

Poisson rouge ? N'importe quoi.
Désolé de devoir intervenir, mais à l'évidence il faut vous signaler qu'une assertion qui présente toutes les garanties d'une vérité scientifique...ne l'est pas tant qu'elle n'est pas démontrée. En matière de sciences de la vie, et dans le cas présent d'éthologie, la complexité du sujet est telle que le niveau de pertinence des protocoles d'étude ne peut que faire sourire.
Peut-être avez-vous entendu parler au cours de ces dernières semaines d'une "étude" menée sur la persistance du sentiment d'attachement (amour) chez les poissons.
Vous voyez, les journalistes, dont l'excellence analytique est encore moins démontrée que de nombreux postulats simili scientifiques, sont toujours prêts à relayer la moindre publication car il sont (bien) payés pour et il leur faut toujours du grain à moudre.
Viennent ensuite les essayistes (qui sont loin de présenter une caution valide) brassent et mixent tout ça puis font éditer à tire larigot des bouquins inconsistants un peu comme le Baron Bich produit ses stylos à bile.
En bout de chaine, le lecteur leger, un peu gentillet, toujours disposé à assimiler des théories ou des discours qui lui paraissent seyants, fait son ordinaire de ce fastreading qui vient compléter sa consommation de fastfood. Une sorte de chaine alimentaire écosystémique mais renversée.
Nous avons un très bon exemple de cette carence scientifique qui génère un engouement populaire avec la petite marionnette adolescente qu'on trimbale un peu partout de nos jours, un peu comme on trimbalait les images représentant Bernadette Soubirous au 19ème siècle.

J 23/07/2019 23:46

Afin de parfaire votre culture, voici le lien de l'étude …
https://guilfordjournals.com/doi/abs/10.1521/jscp.2018.37.10.751

Ensuite, vous aurez le droit de vous exprimer avec un minimum de connaissance qui ira au delà de la critique basique de cet ouvrage et du lecteur léger.

J 23/07/2019 21:04

Avez-vous lu ce livre ?
Si oui, vous pouvez ne pas être d'accord avec l'auteur, si NON, votre avis "scientifique" n'a aucun intérêt.

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