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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone

Publié par vierzonitude sur 1 Novembre 2020, 19:24pm

J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone

J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone... J'ai tellement l'air stupide, le nez collé contre mon écran à tenter de respirer vainement l'odeur d'un livre. Ne rigolez pas, les livres ont une odeur, un parfum, ça prouve qu'ils ont une âme. Quand j'en ouvre un, je fourre mon nez dedans. Il sent l'encre, le papier, le neuf, il sent la promesse des mots et encore mieux, celles des phrases. Ca sent l'histoire à pleins naseaux. Alors, je me colle le pif contre l'écran et j'hume, j'hume de l'air qui ne sent rien, si ce n'est la vague transpiration de mes narines qui ont toujours la dalle sans rien à se mettre dans les cavernes.

Alors, en désespoir de cause, je caresse mon écran. Certains livres ont des lettres en relief sur la couverture et les petits reliefs chatouillent les doigts, vous voyez de quoi je parle. C'est un infini détail, le genre de choses que Philippe Delerm aurait pu consigner dans sa Première gorgée de bière. Mais sous mes doigts idiots de caresser un écran, une surface lisse pur jus, je ne sens que la surface lisse pur jus et inodore d'un écran. C'est pathétique.

Du coup, je z'yeute avec bonheur la promesse du panier, même s'il n'est plus en osier, j'ose croire au vrai panier, celui du marché par exemple, celui qui ne sera jamais assez haut pour y cacher les poireaux, celui dans lequel se côtoie un vivre ensemble vivifiant de fruits et de légumes, un panier quoi. Serais-je un dangereux idéaliste ? Un de ces nostalgiques à la gomme, vieux con sur les bords et sale con au milieu.

Or, grisé par l'aptitude à ne faire aucun effort, et vu qu'il pleut à verse dehors avec une pointe de vent qui rabat les gouttes épaisses sur la vitre chahutée, je cherche l'ombre d'un panier. Mais je tombe de haut : dans la virtualité ambiante, le panier n'est qu'une liste virtuelle que l'on module à loisirs. Comme les amis, jadis ouvragés, façonnés sur la durée, triés par le hasard de la vie, ces amis-là, label rouge, fait main, du travail d'artiste quoi, n'est qu'un ersatz de vague connaissance enfermé dans un mot pour appâter l'idiot du village. Ah oui, je confirme, je suis un vieux sale con.

Non seulement je ne sens rien, je ne touche rien, mais je me fais arnaquer par le lexique des consuméristes informatiques qui me font prendre des vessies pour des lanternes. Si t'as plus de goût, gueule ! Si t'as plus d'odorat, c'est que t'as chopé ce satané virus. Si tu ne peux plus acheter un livre, c'est que les librairies sont des commerces non-essentiels. Je me dis, à cet instant précis, que la perte de mes sens, pèse-t-elle plus, dans la balance que la sensation d'humidité sur ma parka ? Les pieds dans l'eau ont-ils moins de valeur que la certitude d'un clic ? Faut-il se mouvoir ou s'émouvoir ?
J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone, d'un effort autonome...

Avachi comme l'onde sans relief d'un reste de Mac'Do livré par Uber eat, un vrai plat de pauvre, comme les artichauts, t'en a plus dans ton salon quand t'a fini de manger que quand t'as commencé. Bon, j'ai faim d'un bouquin moi, mais je je veux le humer, le toucher, le caresser, je veux parler à la vendeuse, je veux voir du monde autour du moi. J'ai mal, Amazon, alors je fous ma zone et je plie les gaules, je balance mon panier, je piège ma souris, je mets mon manteau, mes pompes, je sors bon sang comme c'est grand dehors.

Je me ferai un drive, pas besoin de renifler les packs d'eau pour savoir qu'ils sentent le plastique. Mais un bon bouquin, bordel, un bon bouquin, ça vaut le déplacement. Et je vais même me taper un café dans un bistrot, dans un rêve, parce que là, le petit crème est aussi inaccessible qu'un rayon de librairie indépendante, les bistrots vous savez les trucs qui disparaissent un à un, où l'on peut boire debout ou assis, en compagnie de gens qu'on ne connaît pas mais qu'on a l'impression de connaître quand même. Les librairies, vous savez ces cavernes du savoir qu'on ferme alors qu'il est impératif en ce moment d'allumer la lumière. Alors Amazon, c'est quand que tu nous inventes le bistrot en un clic ? T'es pas Dieu, ben non, mais y'en a qui le croit.

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