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Vierzonitude

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A lire, des passeurs vierzonnais dans L’affaire de Montreuil (1941)

Publié par vierzonitude sur 5 Novembre 2021, 17:30pm

A lire, des passeurs vierzonnais dans L’affaire de Montreuil (1941)

Il s’agit d’une monographie, une étude détaillée, sur « l’affaire de Montreuil », c’est-à-dire le démantèlement par les Allemands en 1941 d’une filière d’évasion vers l’Angleterre, alors le seul pays européen à continuer le combat contre l’Allemagne nazie, et du procès qui s’en suivit de 18 accusés dont une proportion importante de femmes. Le coup de filet a eu lieu en différents points du territoire occupé, à Vierzon, Paris et sa région et à la Roche-sur-Yon.

Les protagonistes ont été transférés dans des prisons parisiennes, au Cherche-Midi, à La Santé et à Fresnes pour les plus impliqués. Ils ont été jugés à l’automne, rue Saint-Dominique, à Paris, par un tribunal allemand. La justice allemande s’est montrée implacable puisqu’à l’issue du procès, deux hommes ont été condamnés à la peine capitale pour « recrutement gaulliste », ce qui correspondait dans le droit de guerre allemand à un « crime d’aide à l’ennemi » ; deux autres à une peine de réclusion de 4 ans, et deux femmes à 3 ans de prison ferme. Les juges allemands ont eu la main plus légère pour les autres accusés considérés comme de simples maillons de la chaîne d’évasion ou pour s’être rendus coupables d’avoir tenté de l’utiliser.

Le personnage central de l’étude est Ernest Seigneuret, l’un des deux condamnés à mort. Originaire de Montreuil, Il était devenu vendéen par son remariage avec Yvonne Pauvert, elle-même vendéenne. Yvonne Seigneuret était corsetière, elle tenait une boutique d’articles orthopédiques à La Roche-sur-Yon, 11 rue Thiers.

Le 19 mai 1941, des policiers allemands sont venus d’Angers pour arrêter son mari, au domicile yonnais. Ernest Seigneuret avait de 51 ans et son camarade montreuillois Henri Schmitt, 40 ans lorsqu’ils ont été passés par les armes le 5 novembre 1941 dans la clairière du fort du Mont-Valérien devenu un haut lieu de mémoire.

Ces événements dramatiques se sont donc déroulés il y a 80 ans. Les Allemands ont également soupçonné Ernest Seigneuret d’être un agent de renseignement et d’appartenir au réseau d’Estienne d’Orves, mais sans pouvoir le prouver. Honoré d’Estienne d’Orves était un agent de la France Libre débarqué en Bretagne pour mettre sur pied un réseau de renseignement militaire.

Une recherche sur l’engagement dans la Résistance de ma famille maternelle m’a amené à cette étude car Ernest Seigneuret avait recruté mon grand-père, Maxime Dervieux, pour mettre sur pied, en Vendée, une antenne de son organisation.

Ensemble, ils ont fait passer en zone libre des soldats nord-africains évadés du Frontstalag 232 de Luçon, mais également des jeunes gens désireux de rejoindre l’Angleterre et d’intégrer les Forces françaises libres.

La source principale de cette enquête est une archive de la répression, le dossier du procès pénal de l’affaire de Montreuil dont l’existence m’a été signalée par un archiviste du Service historique de la Défense. Ce dossier se trouve à Vincennes. Il m’a fallu le faire traduire, interroger cette source et en faire une lecture critique.

Les enquêteurs allemands n’ayant eu qu’une connaissance partielle de l’organisation résistante, et le
dossier judiciaire restant muet sur la méthode utilisée par les policiers allemands pour remonter la filière d’évasion et la neutraliser, il me fallait d’autres clés d’intelligibilité.

Le témoignage de Solange Voisin, une des coaccusées d’Ernest Seigneuret, a été pour moi capital car il m’a permis d’éclairer certains points restés obscurs, et il donne une épaisseur humaine au récit que les archives, seules, ne peuvent restituer. Solange Voisin avait 20 ans au moment de son arrestation, elle a aujourd’hui 101 ans.

Elle vit à Bourges où je suis allée la rencontrer une première fois seule, et une deuxième fois accompagnée par Claude Seigneuret, le fils aîné d’Ernest et d’Yvonne Seigneuret, et sa belle-sœur, veuve de Christian Seigneuret, le deuxième fils du couple.

Cette étude éclaire un petit pan de la Résistance pionnière qui reste largement méconnue car elle ne concerne qu’une infime minorité de la population française, des hommes et des femmes qui ne pouvaient viscéralement accepter l’armistice signé le 22 juin 1940. Elle permet de leur redonner une histoire et une identité personnelle.

Ces primo-résistants parvinrent à dépasser les gestes individuels de refus pour agir collectivement contre l’occupant, à une époque ou leurs contemporains s’illusionnaient sur la capacité du nouveau régime à tenir le cap face à l’Allemagne nazie. Selon la formule de l’historien Julien Blanc, ce sont « des figures d’exception par la fulgurance de leur engagement ». Ce livre leur rend hommage ainsi qu’à leur famille.
 

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