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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Gérard Capazza, la disparition d'un homme du grand art

Publié par vierzonitude sur 9 Avril 2020, 19:00pm

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition de Gérard Capazza, 73 ans, fondateur de la galerie éponyme, à Nançay, dans la nuit du 7 avril. Un haut lieu artistique que Gérard et Sophie ont porté. Ce Vierzonnais d'origine a déposé ses valises à Méreau pour créer le Grenier de Villâtre avant de le bâtir durablement à Nançay dans ce qui deviendra la très renommée galerie Capazza, dans ce bout de Sologne du Cher, où Alain Fournier et son Grand-Meaulnes avaient précédemment offert d'autres lettres de noblesse.

Gérard et Sophie Capazza avaient célébré, en 2015, les quarante ans de leur galerie. Ses proches ont d'ailleurs transmis le discours qu'il avait justement prononcé à cette occasion et qui résonne encore aujourd'hui.

" Ma toile blanche, vertueuse tension

L’expérience est une lanterne accrochée dans le dos,
elle n’éclaire que le chemin parcouru.

Citer Confucius dès la première ligne annonce sans détour non pas une confession mais l’acceptation d’un voyage guidé par les étoiles. J’ai toujours associé les artistes aux étoiles. Elles nous conduisent vers des mondes rêvés et inaccessibles, et pourtant leurs lumières nous atteignent. Le grand départ pour l’inconnu s’est effectué le 5 Mars 1975, depuis un petit port ignoré de tous. J’étais alors navigateur solitaire. Un an plus tard, je croisais Sophie, qui depuis 39 ans a bien voulu partager la barre. Si j’avais cru à la conscience, j’aurais certainement dû avoir peur. Que personne ne s’y méprenne, l’aventure n’est pas une affaire de courage. Le désir, la nécessité intérieure, vous dictent d’aller vers une destination méconnue. Ce sont eux qui vous emportent vers l’inatteignable. Au mieux, tendre vers ce qu’il m’est impossible de nommer.

Chemin faisant la vie se jalonne, les êtres durant le voyage vous accompagnent et s’ils espèrent avec vous un horizon plus pur, plus lumineux, alors la fidélité devient motrice. La beauté des rencontres réside en cela que rien n’est obligatoire.
Embarque qui veut, après y avoir été invité.

Aujourd’hui le navire affiche complet, mais il restera toujours quelques gilets pour les plus téméraires. Cette longue métaphore serait-elle le fruit d’une nostalgie ? Je n’ai pas connu mes ancêtres, marins m’a-t’on dit.
La traversée dure depuis 40 ans et les soutes débordent de souvenirs. Les rencontres marquantes s’accumulent au fil du temps, et à chaque fois le même sentiment : comment cela fût-il possible ?

Peut-on échapper à ses 21 ans en 1968 ?
Sans retenue, tant pis pour vos sourires, je reconnais naïvement, certes, y avoir cru. La société allait changer. Enfin l’amour prendrait le pas. A mes enfants je dis encore qu’il n’y a pas meilleur idéal que “Peace and Love”, mais hélas le chemin à parcourir reste long, très long.
Dans cette logique, mes réflexions m’ont conduit vers un réel désir d’inventer, à l’échelle individuelle, une micro-société tendant vers mon idéal : absence de rapports de force, conjugaison des désirs entre 3 sources incontournables : l’Émetteur, le Médiateur, le Récepteur.

Je reconnais avoir été marqué par bon nombre de lectures, parmi lesquelles : “La triangulation du désir”, du philosophe René Girard. Il est vraisemblable que mon état d’esprit a engendré une disponibilité quant à écouter, partager, et si possible faire naître. J’ai bien conscience que le “formulé” ne correspond qu’à la partie visible de l’iceberg. C’est donc un état comportemental qui a présidé à la matérialisation utopique, je l’admets, de cette longue traversée. Qu’il me soit permis de rendre hommage à Monsieur d’Aboville. A chacun ses rames !

Bien sûr il n’y a pas de longues traversées sans tempêtes, ni calmes plats. Inutile de s’étendre, tout un chacun ressentira les évidences. Au fil du voyage les malles se sont remplies. Cette chasse aux trésors s’est accomplie les yeux grands ouverts, le cœur aussi. A tous les amis artistes, j’exprime, la gorge serrée, ma profonde reconnaissance. Quel bonheur de pouvoir s’interroger, converger, après avoir partagé ses perceptions, après avoir mesuré la qualité de nos doutes. A tous les amis amateurs, collectionneurs à qui j’ai pu transmettre ce que j’avais reçu, perçu, je dis également merci. Les mots clés de l’histoire sont les fondamentaux d’un possible : confiance, engagement, échange. Lorsque la toile est remplie et qu’elle irradie, elle résulte d’une vertueuse tension. Peut-il en être autrement ?

Cela dit, la traversée n’est pas terminée, loin s’en faut. Notre fille Laura et son mari Denis ont embarqué depuis 5 ans déjà. Ils ont expérimenté combien le pilotage du navire nécessitait de tenir bon la barre. Ils se sont musclés mentalement et physiquement. Nous leur souhaitons bon vent. Je ne les remercierai jamais assez de leur audace.

Gérard Capazza
janvier 2015 "

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