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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Journal du futur : enfin je me déconfine au monde !

Publié par vierzonitude sur 28 Avril 2020, 13:44pm

Journal du futur : enfin je me déconfine au monde !

1) Journal du futur : Le jour vient juste de se lever et, lentement, je déconfine mes yeux enfermés derrière mes paupières. Petit à petit, je retrouve l'usage de mes doigts, de mes mains, de mes bras. Mes jambes sont encore engourdies mais je sens que le sang commence à reconquérir des espaces perdus. Par le hublot, je n'aperçois qu'un coin de ciel lavé de tous nuages et une parabole de terre herbeuse. D'ici, ce joli cadre qui aurait pu être accroché à l'un des murs de ma chambre, me donne l'impression d'un petit coin idyllique, comme je pouvais les aimer Avant.

Quelques souvenirs flous viennent frapper à la porte de mon crâne jusqu'à me murmurer, en pointillé, les raisons qui m'ont poussé ici. Je vais faire sauter la porte de ma capsule, dans quelques instants. Les indicateurs qui mesurent l'air extérieur sont au vert. Et, mon pouls, ma température, ma pression artérielle, mon encéphalogramme ainsi que que tout ce qui est mesurable dans mon corps semble correspondre aux critères d'une bonne santé. Je ne sais pas combien de jours, de mois, d'années, de siècles, j'ai pu rester ici, en attendant que dehors soit redevenu vivable.

J'ose à peine croiser le compteur temporel qui se trouve à droite de mon œil droit. Une légère rotation de la tête, dans mon casque, suffirait à me donner l'ampleur du temps qui me sépare d'hier à aujourd'hui. J'ai entendu les recommandations du Président de la République. Mais sortir sans pouvoir encore allonger mes jambes sur le goudron chaud d'une terrasse de café, je me demande si la vie vaut vraiment le coup d'être vécue. Il faudra pourtant que je m'y fasse. Sait-on combien nous sommes encore, à devoir affronter cette cruelle vérité extérieure : les restaurants aussi ne rouvriront pas. La nourriture lyophilisée qui a contribué aux apports nécessaires à mon organisme, lors de mes différentes phases d'éveil, n'est pas encore derrière moi.

Cette blanquette qui, comme leitmotiv, est venue tapisser les parois de mes rêves, semble être encore une inaccessible étoile. Pourtant, elle était si vraie, si palpable, que parfois j'ai pu en éprouver le goût perdu sur mes lèvres que ma langue, à la recherche d'un détail familier, tentait d'en saisir le moindre atome. J'ai conscience que j'ai pu traverser le Drame en toute sécurité. Et qu'à l'aune du réveil de l'humanité, une banquette de veau semble être une préoccupation imbécile tant la reconstruction de notre monde est une nécessité beaucoup plus aiguë.

Je dois suivre le protocole strict d'un déconfinement sous hautes précautions sanitaires. Mes bras ne sont plus ankylosés. Mes jambes encore lourdes répondent cependant présentes. Avant de sortir de mon cocon, il me reste mille détails à affiner. Mais le jour est venu. Qu'en sera-t-il de l'extérieur ? Je viens de jeter un regard au compteur du temps qui s'est écoulé. Je n'y crois pas moi même. Mais j'y étais préparé. Et si j'étais le seul homme encore vivant dans mon jardin ?

 

2) L'herbe est bleue et le ciel est vert. Ou l'inverse. A force de ne plus faire appel aux couleurs, on en perd l'usage, les pigments, la nature, l'utilité. Un grand soleil berce le jour d'Après. Une tendre chaleur enveloppe ma combinaison, il y a longtemps que je n'avais pas ressenti cette sensation qui tranche avec le froid intime de la capsule. Ainsi ouverte, entre les deux allées gravillonnées d'épaisses couches de mousse et d'herbes que plusieurs générations ont recouvert, la capsule ressemble à une boîte à conserve, béante sur n'importe quoi, béante sur n'importe quand. J'ai passé ma journée d'hier, à réveiller ce qui faisait de moi un homme, à respecter les différents protocoles de déconfinement, cette première goulée d'air extérieur dans mes poumons, cette reconnaissance visuelle de mon environnement familier, la clôture fatiguée des voisins d'en face, le haut sapin à ma gauche, tout semblait en ordre pour que je me remette moi-même en ordre.
Un bruit sourd persistait pourtant. Le moteur du froid de la capsule ? Un souvenir de l'ancien Monde avant mon enfermement qui resterait ainsi, au creux de mes oreilles, comme un mirage ? A moins que ce ne fut un acouphène, conséquence de la pression extérieure et de la pression intérieure de la capsule qui a su me garder en vie et à l'abri des dangers pendant tout ce temps ? 

Mais je reconnais, cependant, le bruit domestique d'une tondeuse à gazon dans le silence du quartier. Y-aurait-il encore une vie ici ? Y-aurai-il encore quelqu'un pour répondre à mon appel ? Je n'ose m'avancer le long de la route dont j'imagine le bitume fracturé par la pousse sauvage d'arbres rendus indociles. Sans compter les trottoirs fracturés par les pluies torrentielles qui ont dû laver l'atmosphère et coller le virus au fond des égouts. Mais n'est-ce pas, légère comme une barque molle sur un fleuve impétueux, le roulis aquatique d'une balayeuse qui descend avec la lenteur d'un pachyderme, le long de la colonne vertébrale de ma rue ? Je ne suis donc pas seul, soumis aux anfractuosités du temps qui s'est écoulé ?
Je m'avance et le croise l'étrange engin qui coulisse avec u rythme léger, sur l'asphalte à peine écorné par quelques pissenlits invasifs. De sa cabine translucide, un homme ose un geste suspendu dans l'air, ce qui ressemble très fort à ce que nous pratiquions, avant, dans l'ancien Monde, un salut de la main. Je vois son bras amorcer cette montée, qu'accompagne ce que je devine être un sourire curieux derrière un large masque, à moins que ce ne soit, comme je le devine mieux à présent qu'il s'approche plus près, un masque avec des motifs géométriques. La lourdeur de ma combinaison m'oblige à réagir tardivement à ce geste civilisé.

Ainsi, les êtres humains du nouveau Monde, conduisent des véhicules anciens mais surtout, naissent sans bouche et sans nez, une résilience destinée à faire face au virus que cet être humain, face à moi, ne peut plus inhaler ? Mais alors comment respire-t-il ? Comment se nourrit-il ? Serais-je le dernier homme à montrer un visage entier ? Je cours dans la capsule et je prends, dans la réserve, un masque destiné à me fondre dans la civilisation nouvelle que je découvre.

L'engin s'éloigne, et je me prends à douter de ce que je viens de voir. La route est d'une propreté redoutable. Et dans le bruit du moteur qui s'éloigne au rythme du frottement des brosses sur le bitume, je découvre un caniveau rutilant. La chaleur m'oblige à me découvrir, je quitte ma combinaison, et je m'aventure, au-delà du portail de guingois que je m'étais promis de réparer si j'avais le temps. Le temps, voilà bien une affaire qui me concerne. J'aimerais juste que l'on me dise si le compteur de ma capsule est raccord avec la réalité temporelle du Monde dans lequel je suis réapparu. Un bruit de serrure claque dans l'air bleuté. Une porte s'ouvre dans la maison d'en face qui ne semble avoir souffert. Un homme, dont le bas du visage est lui aussi amputé et remplacé par une bande de tissu, ouvre de larges yeux : lui aussi lève un bras et prononce des mots que je ne comprends pas, quelle langue parle-t-on désormais ?

Ses yeux doivent s'habituer à la lumière, je le vois, à moins que ce ne soit le soleil qui le frappe en pleines pupilles ? Je n'ose li répondre, par crainte qu'il ne saisisse pas le sens de mes propos. J'ai encore mes anciens mots, bonjour, ça va et cette main qui, dans un geste compulsif, se dresse pour en attraper une autre. L'homme me dit encore des phrases dans sa langue avant de rentrer et de fermer la porte. Pour la première fois, je me sens étranger sur mon propre sol. Tandis que remonte la balayeuse de l'autre côté de la rue, je me décide à rentrer dans ce qui fut jadis, ma maison. Je me sens d'une solitude glaciale. Mais n'est-ce pas ce que j'appelais avant un facteur qui descend de son vélo ?
 

 

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Leon 14/04/2020 12:47

On aura des masques ? Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
En tout cas, une chose semble acquise / l’école ne sera pas obligatoire ; elle servira de garderie

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