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Vierzonitude

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L'histoire du communisme vierzonnais : avec un C comme dans MaCron

Publié par vierzonitude sur 20 Novembre 2019, 05:50am

L'histoire politique de Vierzon se précipite. Le Parti communiste qui a régné longtemps sur Vierzon et y règne encore va-t-il, comme l'a suggéré le maire de Vierzon, faire alliance avec la République en Marche d'Emmanuel Macron. revenons sur l'histoire.

L'histoire du communisme vierzonnais : avec un C comme dans MaCron

Le Parti communiste est indissociable de l'histoire politique vierzonnaise. Aux élections municipales de 2008 et après dix-huit ans d'absence aux manettes, le PCF reprend, sa ville, Vierzon, “Vierzon-la-rouge”.

Le premier maire du grand Vierzon

Le premier maire communiste de Vierzon se nomme Georges Rousseau. C'est un artisan chaudronnier, d'abord élu le 19 mai 1929 à Vierzon-Villages. C'est une commune comme l'étaient Vierzon-Forges, Vierzon-Bourgneuf et Vierzon-Ville, quatre composantes indépendantes les unes des autres. Georges Rousseau administre son pré carré jusqu'au 8 avril 1937, date des noces administratives des quatre Vierzon en une seule et vaste ville, celle d'aujourd'hui.

Cette fusion figure d'ailleurs dans son programme de campagne. Le Parti communiste dirige, à la veille du rapprochement historique, trois des quatre communes : Villages, Bourgneuf (le maire s'appelle André Collier, une salle municipale porte toujours son nom) et Forges (le maire se nomme alors Ernest Gazeau). A la fusion, la liste populaire du Grand Vierzon l'emporte, le 2 mai 1937, et place Georges Rousseau dans le fauteuil de maire.

Le grand Vierzon vient de naître, il est rouge. Pas pour longtemps. Le Gouvernement Daladier suspend tous les maires communistes, à la signature du pacte germano-soviétique, en 1939. Une délégation spéciale administre alors la ville. Emile Bouleau la préside. Il organise aussi, à partir de l'arrêté du 8 avril 1937, la fusion jusqu'aux élections municipales de mai. Le 15 octobre 1939, l'ancien ingénieur municipal, une personnalité locale, prend les destinées vierzonnaises en main. Le 1er mars 1941, le gouvernement de Vichy nomme les maires. Louis Boré, membre de la délégation spéciale doit assumer cette charge.

Léo Mérigot

Léo Mérigot est un Vierzonnais emblématique. Communiste, chirurgien, il prend la tête du Comité de Libération de Vierzon. Et le 15 novembre 1944, le Préfet du Cher rétablit le conseil municipal issu des élections de mai 1937. A cette différence près : il doit désigner de nouveaux conseillers pour remplacer ceux qui ont disparu ou qui sont restés en captivité. C'est le cas de Georges Rousseau, le maire, toujours déporté.

Léo Mérigot, adjoint, fait fonction de maire en attendant le retour de Georges Rousseau. Le 29 avril 1945, les élections municipales adoubent Georges Rousseau ! Il n'est toujours pas rentré de captivité. Ce n'est qu'à l'été 1945 qu'il retrouve son siège de maire jusqu'au 26 octobre 1947.

Lors de ces élections, le Parti communiste perd la ville : le Socialiste Maurice Caron, (SFIO), directeur commercial de la porcelainerie Jacquin, ravit la municipalité au PCF. La rupture entre communistes et socialistes se consume dans les braises de la guerre froide. Pour se faire élire, les conseillers Socialistes font alliance avec ceux du MRP (démocrate-chrétien) et du RPF (gaullistes). En 1990, pour se faire élire au nez et à la barbe des communistes, Jean Rousseau, socialiste, s'allie avec le centre droit... L'histoire se répète.

En attendant, le Parti reprend la main, douze ans plus tard, le 8 mars 1959, grâce à... Léo Mérigot, de retour sur la scène politique vierzonnaise. Jusqu'en 1990, le Parti communiste dirige, sans partage, la ville de Vierzon dont les incisions permanentes dans l'actualité sociale, les conflits et sa manière de les soutenir, lui vaut vite l'appellation de Vierzon-la-Rouge. Les engagements sont clairs et calquent leur inspiration sur la grande sœur de Moscou. Parfois, jusqu'à la caricature.

Léo Mérigot est réélu en 1965 et en 1971. C'est un maire « communiste et humaniste », une forte personnalité. Il ne cache pas sa sympathie pour les délégations soviétiques qu'il reçoit, en grande pompe, à l'hôtel de ville. Le PCF vierzonnais est coulé dans le moule. On peut lire dans un bulletin municipal de novembre 1965, : “Au cours d'une réunion amicale, M. Jacques Rimbault, au nom de la municipalité vierzonnaise, exprimait sa reconnaissance envers le P.C.U.S qui guide le peuple de son pays dans la construction du communisme et montre à tous les travailleurs du monde la supériorité du socialisme sur le capitalisme.”

Lors de la journée anniversaire de la municipalité, le 29 avril 1965, Léo Mérigot débaptise la place de l'Hôtel de ville qu'il nomme place Maurice Thorez, secrétaire général du PCF jusqu'en 1964. Le diable est dans les détails : en 1990, élu maire de Vierzon, l'ancien socialiste Jean Rousseau déboulonne la plaque en douce. Elle redevient celle de l'Hôtel de ville. Le changement est hautement symbolique et explosif. Il rompt avec une coutume ancienne. D'autres clins d’œil à l'histoire suivront, d'autres ironies du sort sans doute...  La rue Karl-Marx a vu des générations de Vierzonnais y naître et y mourir, c'est la rue de l'hôpital et de la maternité. Elle devient la rue... Léo Mérigot. Juste retour de l'évidence. En revanche, l'impasse Karl-Marx subsiste encore...

En 1977, Léo Mérigot cède sa place à son premier adjoint, Fernand Micouraud. Dessinateur industriel à la Précision Moderne, l'homme né en 1924, est issu du rang. Il ajoute à sa fonction de maire, celle de conseiller général. L'homme de l'Usine, l'homme d'engagement, devient alors l'homme politique d'une ville, l'homme d'une municipalité de combat social.

Jacques Rimbault

Parmi les élus, un autre homme, Jacques Rimbault. Il habite Vierzon à partir de 1949, devient conseiller municipal en 1954 et maire-adjoint en 1959. Jacques Rimbault grimpe la hiérarchie du Parti jusqu'au Comité central du PCF en 1964. Il est élu conseiller général et part pour prendre la Préfecture du Cher. Il sort vainqueur des urnes en 1977 et dirige Bourges jusqu'en 1993. Il devient également député de 1981 à 1993, année de sa mort.

Son premier adjoint, Jean-Claude Sandrier lui succède jusqu'en 1995. Secrétaire fédéral du Parti communiste, adjoint, premier adjoint, maire, conseiller général, conseiller municipal, il échoue aux élections municipales en 1995. Deux ans plus tard, il est néanmoins élu député. En mars 2008, il se replie, à Vierzon, sur la liste de Nicolas Sansu. Et en 2011, toujours député, Jean-Claude Sandrier occupe les fonctions de conseiller municipal et de président de la communauté de communes, Vierzon pays des cinq rivières.

La rupture et la reconquête

A Vierzon, la coupure a duré dix-huit ans, entre 1990 et 2008. L'histoire est simple : en 1989, Fernand Micouraud emmène une fois de plus sa liste à la victoire. Un an plus tard, il veut naturellement céder la place, à son premier adjoint, Roger Coulon. Mais Jean Rousseau créé le putch. Le socialiste, élu député de la vague rose, en 1981, maire-adjoint de la municipalité communiste, fait vaciller la citadelle rouge.

Il refuse cette passation de pouvoir et entraîne le groupe socialiste à la démission, provoquant de nouvelles élections. Il s'allie avec le centre-droit et la droite. Décroche la timbale sous les huées de ses ex-amis, contraints à jouer le rôle de l'opposition. L'ex-socialiste verdit au parti Génération-Ecologie de Brice Lalonde et s'émancipe alors de toute étiquette politique allant jusqu'à soutenir ouvertement la droite aux élections cantonales.

Le coup politique de Jean Rousseau coûte la ville au PCF et son exclusion du P.S. Ses amis dissidents aussi sont exclus qui ont osé briser, avec lui, le pacte PC/PS. Après trois échecs successifs aux élections municipales, le Parti communiste finit par reprendre la ville, en mars 2008 et se fait réélire en 2014. Si le score du Parti communiste au niveau national est proche de l'encéphalogramme plat, à Vierzon, ses forces ne faiblissent. Le PC peut montrer ses muscles lors des élections cantonales ou législatives. Après une campagne de reconquête de la ville, Nicolas Sansu, fils de Michel Sansu, ancien maire-adjoint communiste aux sports remet finalement l'histoire à sa place.

Il dirige la ville avec le Parti socialiste comme aux plus belles heures du communisme vierzonnais. Hasard ou symbole ? En 2010, le maire organise, à l'occasion de la campagne des élections cantonales, une réunion de concertation avec des Vierzonnais square... Lénine, inauguré en 1967 en présence de l'Ambassadeur de l'URSS, à l'occasion d'une cérémonie pour les 50 ans du Grand Octobre.

“La municipalité de Vierzon salue avec enthousiasme et confiance le 50eme anniversaire de l'immortelle Révolution d'Octobre”, lit-on dans le bulletin municipal de l'époque. Réminiscence d'une archéologie politique : sous les pinceaux légers de la curiosité locale, on passe encore rue Jacques-Duclos et boulevard Salvador-Allende. En 2019, l'histoire bascule. Le maire de Vierzon réélu en 2014, est aussi devenu député. Mais il perd aux régionales, et aux législatives. 

Il sait que pour briguer un troisième mandat, il devra rassembler au-delà de la gauche. Le Rassemblement menace. Le maire de Vierzon explique, face caméra, qu'il est Macron-compatible. L'histoire du P.C.F de Vierzon est remise en cause.

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