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Vierzonitude

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Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson

Publié par vierzonitude sur 13 Mars 2019, 06:40am

Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson

Le cinquième Père Cent des lycéens de Vierzon, ce sera, le jeudi 14 mars, après les Masques, la Peur, les 130 ans, le Rêve, cette année : la Fête !  Une seule obligation : venir déguisés ! Au programme, le traditionnel défilé, un concours du plus beau déguisement, des olympiades, l'embrasement du cercueil et le bal à 20 heures à la Décale.


Le Père-Cent est un rite de passage entre les études secondaires et l'avenir : une porte ouverte sur le monde, un autre espace de vie. Le rituel se déroule en deux temps :

1) Le Père-Cent (cet être idéal adulte auquel on aimerait ressembler) est mort : enterrement, tristesse de rigueur.

2) Vive le Père-Cent : retour dans la joie et la bonne humeur pour assister à la mort rituelle de ce personnage, symbole d'une autorité dominatrice, obstacle à l'émancipation. L'incinération du cercueil exauce les rêves et les souhaits.

Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson
Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson
Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson
Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson

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Sa masse, derrière ses hautes grilles, a cet aspect tranquille des choses qu'on a toujours vues et que l'on espère voir toujours. Le lycée technique Henri-Brisson (ex-école nationale professionnelle), sur le bord d'une avenue du même nom, regarde passer les générations d'élèves depuis plus de cent vingt ans.

La main de Jules Ferry repose sur la première pierre de l'école nationale d'enseignement primaire supérieur et d'enseignement professionnel préparatoire d'apprentissage, en plus court : l'école nationale professionnelle, l'ENP. La pièce essentielle du vaste puzzle industriel de la ville.

Le décret créant cette école à Vierzon date du 9 juillet 1881. C'est une date aussi importante que la création de la forge par le Comte d'Artois, l'arrivée de Célestin Gérard ou celle du chemin de fer. Car la réputation de la ville doit à son école nationale professionnelle une fière chandelle dont la flamme aujourd'hui vacille...

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Dans l'article 2 du décret, Jules Ferry, Ministre de l'instruction civique et des beaux-arts avec Jules Grévy, Président de la République, président du Conseil, fixe l'implantation de cette école à Vierzon. Elle doit d'ailleurs servir de modèle pour d'autres écoles en France. Tous les regards sont donc tournés vers Vierzon, ville d'excellence ouvrière, pour ses industries nombreuses et variés; et pour son enseignement.

40.000 mètres carrés

Le terrain idéal pour construire ce joyau de l'éducation, s'étend sur cinq hectares. Des vignes cotoient trois petites maisons de vignerons, sur un talus en bordure de la route nationale, donc lieu de passage. L'emprise mord sur une propriété bourgeoise, boulevard de la Liberté.

Elle appartient à Edouard-Vaillant, éminente personnalité politique vierzonnaise du Parti socialiste. Le terrain en question s'étire vers le coteau du Crot-à-Foulon et un chemin creux qui doit devenir, plus tard, l'actuelle rue Charles-Hurvoy (maire de Vierzon). Une fois Edouard-Vaillant exproprié, les travaux de l'école peuvent commencer à la fin de l'année 1882.

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Le talus est raboté pour rattraper le niveau de la route. C'est à cet endroit que, le 31 mai 1883, Jules Ferry, Henri Brisson, président de la chambre des députés et Charles Hurvoy, maire de Vierzon, posent ensemble la première pierre de cet immense édifice. : 40.000 mètres carrés dont 31.400 mètres carrés de cours, de jardins et de pavillons indépendants. L'école maternelle voisine avec l'école primaire. On y trouve une infirmerie, la direction, un économat, l'école supérieure professionnelle, un atelier de bois, un autre de fer, des dortoirs, un amphithéâtre etc. Les bâtiments dressent leurs arêtes vives et évoquent à la fois la fierté et la dureté, la symétrie et la rigueur.

Le message de Jules Ferry, prononcé en terre vierzonnaise est clair. Il prend, pour illustrer ses propos, un discours militaire et parle de “l'armée du travail” : “Ici nous voulons préparer des soldats pour cette armée, ingénieurs, conducteurs de travaux, dessinateurs, contremaîtres, cadres du travail et de l'industrie française. Ce n'est pas de ceux-là que nous nous préoccupons ici : c'est de la grande masse ouvrière elle-même, c'est à elle que nous voulons donner une éducation pratique et intellectuelle qui la rendra supérieure à sa tâche journalière et qui loin de l'en dégouter ou de l'en distraire, la rattachera à elle par un lien plus intime et plus profond.”

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Le Père-Cent

L'école nationale professionnelle s'inscrit alors dans un schéma d'excellence nationale. Ses premiers directeurs, M. Baudrillart (1887-1894), Alfred Perrin (1894-1906), Joseph Roux (1906-1919) ont alors une lourde responsabilité sur les épaules. Le succès de l'école se lit dans les chiffres : 80% des candidats sont reçus en 1893, les trois premiers élèves qui sont entrés à l'école d'Angers sortent de l'école de Vierzon. Pour confirmer sa qualité prédominante, la Société amicale des anciens élèves de l'école nationale professionnelle de Vierzon voit le jour le 19 mai 1895. Les anciens sont communément appelés les Vierz'arts.

Parmi eux, Edgard Brandt, Alain Barrière, l'historien Jean Daulon, biographe de Jeanne d'Arc, le magicien Yves d'Anglier de son vrai nom Yves Martin; l'ex-directeur des forges de l'usine Citroën, le directeur des fonderies Renault etc. Pour le centenaire de l'école, en 1987, 2000 anciens élèves se retrouvent.

Cette qualité traverse le temps. L'écho du Berry, daté de 1911 l'atteste : “la réputation de l'école de Vierzon, l'essor admirable pris par cet établissement proviennent, à n'en pas douter, du genre d'enseignement que reçoivent les élèves. Elle a pour but de fournir aux diverses industries des sujets intelligents, instruits, exercés à la pratique d'un métier, capables de devenir des contremaîtres, des chefs d'équipes, des directeurs d'usine, des chefs de bureau de dessin, voire même des ingénieurs.” La prose journalistique ressemble trait pour trait au discours de Jules Ferry...

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Le centenaire en 1987

Le 2 juillet 1911, l'école fête ses 25 ans et l'amicale des anciens élèves, son 1000è membre de l'amicale des anciens élèves, les Vierz'arts. Le programme est alléchant : samedi, salves d'artillerie, retraite aux flambeaux; le dimanche, réception à l'école, banquet, visite de l'école, récompenses aux élèves en présence d'Alfred Massé, ministre du commerce et de l'industrie et inauguration par le ministre, des groupes de maisons ouvrières à bon marché construites par la Caisse d'Epargne et l'Abri familial vierzonnais dans le quartier du Bois d'Yèvre. Le cinquantenaire de l'école occupe les 5 et 6 juin 1937 et son centenaire, les 15, 16 et 17 mai 1987.

L'école nationale professionnelle entretient la tradition des arts et métiers. Elle sort des murs de l'établissement et envahit les rues : le défilé du Père Cent (depuis les années 1920, le Père Cent symbolise la quille, cent jours avant de partir vers la grande aventure de la vie professionnelle).

Il a longtemps serpenté en ville avec ses élèves costumés, en haut de forme, portant un cercueil sur leurs épaules, cercueil ensuite brûlé dans la cour du lycée. Les fondeurs sont en cote bleue, les modeleurs avec leur hélice en bois sur l'épaule, les céramistes en blouses blanches. Le défilé du Père Cent s'arrête en 1998 et le bal l'année suivante. Faute de combattants.

 

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(le Père Cent, tradition éteinte des élèves du lycée Henri-Brisson)

 

A consulter pour plus d'images, cliquez-ici

 

La mutation des années 1990

L'établissement devient un lycée technique en 1960. Déjà, les cartes postales anciennes soupirent la nostalgie d'un temps où l'ENP regorgeait d'ateliers de toutes sortes et fourmillait d'élèves. Les années 1990 marquent un tournant architectural et sans aucun doute, philosophique. Le Conseil régional dont dépend le lycée technique entreprend de vastes et de coûteux travaux de restructurations. Démolition, reconstruction modèlent alors un nouveau lycée dès lors que ce dernier subit une désaffection de ses élèves et de ses filières.

Le prestige n'est plus vraiment au rendez-vous. L'ancienne salle des machines datant de 1882 tombe en juillet 1996 dans un nuage de poussière et de polémiques. Les uns voulaient la conserver; les autres la démolir. Les deriniers ont fini apr avoir raison. Avant cela, un nouveau et fier bâtiment céramique, en verre, inclue le château d'eau de l'établissement, vigie inexorable d'un temps finalement ancien. Le bâtiment impose sa masse dans le découpage de l'horizon vierzonnais.

Une passerelle se jette au-dessus de la rue Charles Hurvoy, à la fin des années 1990. Henri-Brisson, comme l'appelle les Vierzonnais, se modernise à la vitesse grand V mais sait conserver son patrimoine. La façade de la salle des fêtes, par exemple, est conservée jalousement. Il existe, dans l'enceinte, un fort sentiment palpable de modernité et de passé prestigieux.

Pour les cent ans du lycée, un prof de math résume ainsi la place du lycée : “dans l'identité vierzonnaise on voit d'abord la rudesse et la tenacité, et puis on découvre la solidarité et la chaleur humaine que créé le coude à coude constant pour le travail, le beau travail, pour une industrie forte, pour la reconnaissance de la noblesse de la technique. Ces choses-là ont leur reflet actif dans notre lycée technique.” Les effectifs du lycée Henri-Brisson ne cessent de reculer, 560 élèves seulement à la rentrée scolaire 2010-2011.

Quelques personnalités du lycée

 

Eric Rohmer, le cinéaste, est passé lui aussi au lycée Henri-Brisson mais comme enseignant de lettres et de latin. L'homme de Ma nuit chez Maud et de Pauline à la plage s'appelait en fait Maurice Shérer. Dans la première moitié des années 1950, il accepte un poste d'enseignant à Vierzon, après une agrégation de lettres passée dans la douleur. Eric Rohmer logeait dans un hôtel, face au lycée. Quelques anciens élèves se rappelent de l'homme, un personnage fantasque, toujours en retard, arrivant par le train en provenance de Paris, buvant son café au bar de la Promenade. Déjà, ses élèves avaient saisi son goût immodéré pour le cinéma, fan de westerns américains. Plus tard, Maurice Shérer, l'enseignant vierzonnais devient un grand cinéaste. Grâce à son poste de professeur de lettres, il a pu poursuivre son activité journalistique auxCahiers notamment. C'est à sa mort, le 11 janvier 2010, que Maurice Shérer et Eric Rohmer ne sont plus devenus qu'un, à Vierzon.

Edgar Brandt, l'inventeur de l'électroménager, a fait ses études au lycée Henri-Brisson, en 1894 jusqu'en 1898, avec son frère Jules. Le jeune Edgar, âgé de 14 ans, a appris le métier de ferronnier d'art à l'école professionnelle, alors inaugurée, le 3 mai 1883, par Jules Ferry, en personne. Edgar Brandt, en 1902, créé une boutique de bijoux et d'objets en fer (lustres, cendriers, grilles intérieures). Parmi ses “oeuvres”, notons la dalle du Soldat Inconnu sous l'Arc de triomphe. Brandt, ce sont plusieurs hommes dans un seul : l'homme d'art; l'homme de la conception du mortier de 60 millimètres; l'homme entrepreneur dans l'électroménager. Pour les cinquante ans du lycée Henri-Brisson, en 1937, il offre une plaque à l'établissement où l'on peut lire “don de M. Edgar Brandt, ancien élèce de l'école”.

Roland Moisan et Dubout, deux dessinateurs humoristes, ont fréquenté pour le premier, la section céramique de 1922 à 1926, pour le second, auditeur libre. Moisan a longtemps officié dans les colonnes du Canard Enchaîné. Dubout a illustré près de quatre-vingt ouvrages. Moisan est né à Bourges en 1907 et entre à la section arts décoratifs de Paris à l'âge de 20 ans après avoir fréquenté le lycée vierzonais. Le dessin devient sa vie, et il se fait remarquer pour ses caricatures de De Gaulle, dans les années 1950, publiées dans le Canard Enchaîné. Dubout est né en 1905. Après les Beaux-Arts de Montpellier, il se lance dans le dessin et croque notamment une cérémonie du Père-Cent de l'école vierzonnaise.

 

Le Père-Cent revient le jeudi 14 mars à Henri-Brisson
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Bruno 01/03/2019 13:21

Avec des positions comme les vôtres nous en serions encore a vivre dans des cavernes .L'habitat doit évoluer et s'adapter à de de nouveaux usages .La décale au milieu de l’ancien Lycée ,qui a été vide de sa substance au profit des lycées de Bourges , ne me dérange pas plus qu' une partie renaissance au milieu d'un château fort ( voir château Ainay le Vieil)

Bezant 15/08/2013 18:39

Merci pour cette évocation de ce beau lycée qu'un projet étranger à sa vocation première vient contribuer à démanteler davantage de façon irréversible. Pourquoi là ? Pourquoi massacrer ce site
comme l'a déjà été celui du château de La Noue (pour mémoire : démolition de la porte d'entrée de La Noue, du mur d'enceinte, constructions anarchiques, etc.) ? Aujourd'hui on éventre un bâtiment
du lycée fait de pierres de taille et de briques bien agencées à quelques mètres du portail d'honneur de ce lycée historique. Quel massacre ! J'ai déjà eu l'occasion d'écrire que, quitte à acheter
cette encombrante église Saint-Eloi, il fallait transfigurer cet achat inutile en investissement finalement utile en y aménageant l'auditorium souhaité. Elle est de surface comparable et les
aménagements n'auraient pas atteint le coût de cette construction. Je sais bien qu'elle n'est pas située à côté de l'école de musique mais il n'y a pas non plus des concerts tous les jours ?

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