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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Les orphelins des samedis matins vierzonnais

Publié par vierzonitude sur 16 Mars 2019, 06:50am

Les orphelins des samedis matins vierzonnais

J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone. Ils vont aller où les orphelins du samedi matin ? J'ai tellement l'air stupide, le nez collé contre mon écran à tenter de respirer vainement l'odeur d'un livre. Ne rigolez pas, les livres ont une odeur, un parfum, ça prouve qu'ils ont une âme. Quand j'en ouvre un, je fourre mon nez dedans. Il sent l'encre, le papier, le neuf, il sent la promesse des mots et encore mieux, celles des phrases. Ca sent l'histoire à pleins naseaux.

Alors, je me colle le pif contre l'écran et j'hume, j'hume de l'air qui ne sent rien, si ce n'est la vague transpiration de mes narines qui ont toujours la dalle sans rien à se mettre dans les cavernes.


Alors, en désespoir de cause, je caresse mon écran. Certains livres ont des lettres en relief sur la couverture et les petits reliefs chatouillent les doigts, vous voyez de quoi je parle. C'est un infini détail, le genre de choses que Philippe Delerm aurait pu consigner dans sa Première gorgée de bière. Mais sous mes doigts idiots de caresser un écran, une surface lisse pur jus, je ne sens que la surface lisse pur jus et inodore d'un écran. C'est pathétique.


Du coup, je z'yeute avec bonheur la promesse du panier, même s'il n'est plus en osier, j'ose croire au vrai panier, celui du marché par exemple, celui qui ne sera jamais assez haut pour y cacher les poireaux, celui dans lequel se côtoie un vivre ensemble vivifiant de fruits et de légumes, un panier quoi. Serais-je un dangereux idéaliste ? Un de ces nostalgiques à la gomme, vieux con sur les bords et sale con au milieu.


Or, grisé par l'aptitude à ne faire aucun effort, et vu qu'il pleut à verse dehors avec une pointe de vent qui rabat les gouttes épaisses sur la vitre chahutée, je cherche l'ombre d'un panier. Mais je tombe de haut : dans la virtualité ambiante, le panier n'est qu'une liste virtuelle que l'on module à loisirs. Comme les amis, jadis ouvragés, façonnés sur la durée, triés par le hasard de la vie, ces amis-là, label rouge, fait main, du travail d'artiste quoi, n'est qu'un ersatz de vague connaissance enfermé dans un mot pour appâter l'idiot du village. Ah oui, je confirme, je suis un vieux sale con.


Non seulement je ne sens rien, je ne touche rien, mais je me fais arnaquer par le lexique des consuméristes informatiques qui me font prendre des vessies pour des lanternes. Si t'as plus de goût, gueule ! Je me dis, à cet instant précis, que la perte de mes sens, pèse-t-elle plus, dans la balance que la sensation d'humidité sur ma parka ? Les pieds dans l'eau ont-ils moins de valeur que la certitude d'un clic ? Faut-il se mouvoir ou s'émouvoir ?


J'ai mal, Amazon, à ma zone de confort, si triste et si atone, d'un effort autonome... J'ai plus qu'à rapper, ou à slamer, je préfère, je suis plus proche de la planète de Grand corps malade que des galaxies trop brillantes des rappeurs à la bouche pleine, il y a des houles verbales qui me collent le boeuf. Avachi comme l'onde sans relief d'un reste de Mac'Do, un vrai plat de pauvre, comme les artichauts, t'en a plus dans ton salon quand t'a fini de manger que quand t'as commencé. Bon, j'ai faim d'un bouquin moi, mais je je veux le humer, le toucher, le caresser, je veux parler à la vendeuse, je veux voir du monde autour du moi. J'ai mal, Amazon, alors je fous ma zone et je plie les gaules, je balance mon panier, je piège ma souris, je mets mon manteau, mes pompes, je sors bon sang comme c'est grand dehors. 


Je me ferai un drive, pas besoin de renifler les packs d'eau pour savoir qu'ils sentent le plastique. Mais un bon bouquin, bordel, un bon bouquin, ça vaut le déplacement. Et je vais même me taper un café dans un bistrot, vous savez les trucs qui disparaissent un à un, où l'on peut boire debout ou assis, en compagnie de gens qu'on ne connaît pas mais qu'on a l'impression de connaître quand même. Alors Amazon, c'est quand que tu nous inventes le bistrot en un clic ? T'es pas Dieu, ben non, mais y'en a qui le croit. 
 

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Arjowiggins 16/03/2019 09:41

Il faut soutenir la presse écrite et les livres.Ras le bol de la dématérialisation.Ce sont les c... qu'il faudrait dématérialiser.

Lisons 16/03/2019 07:15

Dans sa liste alphabétique des verbes du français, votre Bescherelle L’art de conjuguer vous signale par un astérisque les verbes qui ont un h aspiré. On trouve dans la liste : halluciner, *haïr, hésiter, *humer, etc. Donc, halluciner et hésiter commencent par un h muet, mais l’astérisque indique que haïr et humer ont un h aspiré : on dira j’hésite, mais je hume.

Arretedeteplaindre 19/07/2018 00:05

Dommage pour la maison de la presse, mais des blogs il y en aura toujours, surtout pour critiquer

J 18/07/2018 10:41

Désormais, je viendrais plus dans le centre-ville ni au marché le samedi matin. Les promoteurs des syndicats et partis politiques vont devoir changer de quartier….aller à l'entrée des supermarchés.
Un orphelin du samedi matin.

glouki 18/07/2018 09:41

Oui oui on sait, tout cela est vrai et témoigne d'une sensibilité relevant du bon sens mais c'est inéluctable !

Pourquoi payer cher des consos dans un bar, autant rester chez soi c'est bien moins cher !

Et les jeunes générations en ont pas mal rien à battre d'aller perdre du temps chez les commerçants que ce soit pour acheter un livre ou autre chose !

- çà prend du temps qu'ils n'ont plus, vu qu'il faudra bientôt cumuler deux activités pour s'en sortir !
- de l'argent qu'ils n'ont plus (donc amazon et lbc etc)
- se garer en centre ville ou c'est payant (donc on va en grande surface ou amazon)

Ensuite on est dans l'individualisation des loisirs : moi le premier, le weekend, je me fais livrer des pizzas et reste au chaud chez moi tout l'hiver à regarder mes séries sur Netflix !

Après avoir cavalé toute la semaine pour gagner un pseudo smic, foutez nous la paix avec vos histoires d'aller au bistrot, commerce, etc !

Monsieur Vierzonitude, écrivez-nous des beaux poèmes, postez des photos d'archives, etc mais par pitié arrêtez de vous faire mal !

pierre de vierzon 16/03/2019 23:15

Ce qui est beau est beau, comme dirait Lapalisse, mais ce qui est moche est moche, pour moi le A de Amazon s'est le même A que le A de Amiante, du poison inoculé. Le passé est passé mais autrefois certainement par obligation on se rencontrait, et cela a été longtemps comme cela. Maintenant s'est fini, on ne pense plus, on ne rencontre plus, on ne croise plus les gens plus de partage et chacun sa sphère. Ce monde là qui nous baigne aujourd'hui et nous englouti. Un monde sans terre, un monde sans insectes, sans fruits un monde de poisson carré, un monde sans sources, un monde fini d'humains détestables apitoyés sur eux-mêmes, indécents de croissance à bouffer toute nature.
Alors quand je lis une page de Vierzonitude je me dis je ne suis pas tout seul. Merci Remi.
Pierre de vierzon

vierzonitude 18/07/2018 10:41

Ne vous inquiétez pas, on ne va pas se faire mal plus longtemps. Samedi soir, nous fermons, nous aussi, la boutique !

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