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Vierzonitude

Le blog dont tout le monde parle mais que personne ne lit


Lettre à une ville que j'avais connue : de l'Express au père Carré

Publié par vierzonitude sur 26 Mai 2017, 09:00am

Lettre à une ville que j'avais connue : de l'Express au père Carré

Le changement est insidieux. Il est si lent qu'on le croit immobile, suspendu au passé immédiat. Le temps de dire c'était hier et nous sommes déjà demain, loin de notre point d'origine. Bon sang, non, ce n'est pas ringard de dire "avant" ou "hier". Non, ce n'est pas ringard de tenter, à la force des souvenirs, à la lumière de la mémoire, de remettre un peu d'ordre dans le désordre ambiant. Qui, sans se le dire vraiment, ne s'est jamais murmuré, en pensée, qu'à cet endroit précis, se cache un souvenir profond, un acte intime et doux, un sourire ou un rire, un bon moment détaché du reste.

Rue des Ponts. La café l'Express est devenu un assureur. Mario, le patron doit avoir dans les... Je ne sais pas trop, en fait, faute de n'avoir jamais su son âge même quand j'aurai pu lui demander. A quoi cela m'aurait servi, en fait, moi qui ne franchissait la porte vitrée de son bar que pour foncer, au fond de la seconde salle, avec mes copains, pour monopoliser un après-midi entier, le baby-foot. A tel point qu'à force d'épuiser la monnaie de la caisse à Mario en pièce de un franc, il nous filait la clef de la malle au trésor, celle du baby-foot et d'un coup, nous devenions puissants.

Le patron nous donnait la clef et le simple fait d'avoir le pouvoir sur ce baby-foot, bombait nos torse d'une fierté inexplicable. C'était notre café, notre salle, notre baby-foot. Nous avions quoi, quinze-seize ans. Moins parfois, plus aussi. Le samedi après-midi typique d'un Vierzonnais ressemblait à une longue apnée en centre-ville, entre le marché qui s'étirait l'après-midi, les Nouvelles-Galeries sur plusieurs étages et le coin disques de Monoprix, au fond, vers la seconde entrée. Ringard de se rappeler qu'à l'époque (époque est par définition un mot traité de ringard), le centre-ville débordait de monde et de portes ouvertes, de cafés aux comptoirs généreux et d'une impression de fourmilière. Vous avez déjà) eu la sensation de prendre des samedi pour ds dimanches, parfois ? Jamais quand on étirait nos après-midi à l'Express avec Mario derrière son bar.

Ringard de se rappeler ce qui est agréable, ce qui faisait l'ADN de Vierzon, ce qui montait en rumeurs joyeuses et redescendait en grappes, comme ce petit groupe que nous formions, élastique, en fonction du nombre. Bizarrement, je ne me souviens pas m'être ennuyé quand je disais à ma mère "je vais en ville". Je finissais la rue du Champanet qui donnait sur le pont Molière. Je descendais la petite pente en bitume rouge, le long du muret. A gauche, il n'y avait pas encore le Forum république, cet amas de béton sans âme. Il y avait un vaste parking. Au bout du muret, le Tour de Nesle, le bistrot devenu une pizzeria. A partir de là, on s'enfonçait dans la ville, dans le coeur de ces samedis battants qui se finissaient le soir, jamais le midi.


On abordait la place du Mail avec le café ad hoc dont le fils du patron me battait toujours au baby-foot. Ringard de se souvenir d'une ville qui ressemblait à une ville ? La place du Mail avec Verneuil, le marchand de mobylettes. Et les arbres, et la fontaine. Une place autour de laquelle on tournait. Ringard de se souvenir d'un urbanisme doux, et tendre ? Ringard d'aller serre la main de Paul Carré dans sa blouse grise, d'entrer par la place du mail et de ressortir par la rue Voltaire ? De jeter un oeil à es bouquins d'un côté et à ses jouets de l'autre ? De sentir l'envie de cet homme de parler comme si nous faisions partie de sa famille ? Il avait une photo de lui, jeune, sur une moto, qu'il adorait me montrer. Et les escaliers, ils allaient où ? Et mes souvenirs, ils m'emmènent où ? 

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gg90fr 26/05/2017 19:41

Dissertation sympathique sur une autre époque à laquelle on a du se croiser , pour moi période enfance Vierzonnaise puis période ado de 1961 / 1968 environ ..., les Messageries, le Paris ...en sortant des cours de l'ENP, ensuite la vie professionnelle m'a fait voyagé, je retourne de temps en temps à Vierzon, ou plus exactement pas loin, je vais à Vierzon rencontrer quelques amis, mais je suis dépité de voir la léthargie qui gagne cette ville, quel dommage, bon, espérons que les aménagements en cours, la volonté de nombre de Vierzonnais lui redonneront le second souffle qu'elle mérite.

Jag 26/05/2017 11:14

Eh bien, oui, c'est comme cela !
Maintenant, on ne va plus "en ville", car la ville, notre ville, on nous l'a détruite et ce n'est pas fini ...mais on va au supermarché !
On est dans l'optimisé, le supermarché, c'est optimal, on fait tout dans le même magasin, résultat, il n'y a plus de commerces en centre-ville, mais il n'y a plus non plus de centre-ville, mais on aura un grand parking bientôt...ou un terrain vague en béton..
Est-ce le progrès quand les centres de vies sont remplacés par des réseaux sociaux sur smartphones ?

michelon 19/01/2017 20:26

les souvenirs dévorent progressivement ce qui reste du futur.

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