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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Société-Française : qui en fera enfin quelque chose un jour ?

Publié par vierzonitude sur 4 Août 2019, 05:40am

Le contraste est toujours aussi saisissant, terrifiant même. Lugubre parfois. Surréaliste. Et forcément trompeur. 

 

 

Cette majesté, de face, qui ne se laisse pas atteindre par la fragilité, cette force du symbole, ce fer et ce verre réunies à travers les siècles et de l'autre côté, côté ombre, côté sombre, l'incertitude que cette partie-là est bien rattachée à l'autre, cet autre versant d'un certain patrimoine d'en haut et d'un certain patrimoine d'en bas. Difficile de croire que l'on est face au même bâtiment car entre ces deux morceaux, il y a le vide, le vrai vide, de l'incompréhension.

La façade pourrait très bien être en carton-pâte, un décor de cinéma, un de ces illustres décors pour un film culte qui ferait notre réputation. Mais non, non.  Même l'ambition d'être un jour différent de ce que l'on est là nous a quittés... Quand le jour s'affaisse, la nuit gagne tous les interstices et il n'y a aucune lumière salvatrice derrière les verrières, aucun cœur de lumière qui bat, rien qui n'arrache au silence le réflexe de la vie.

De l'autre côté, le cauchemar creuse un peu plus sa tombe. Un demi-siècle d'abandon, de manque de courage politique, un demi-siècle d'infertilité, d'absence de vue, d'idées, d'engagement, de respect, un demi-siècle de nudité intellectuelle, d'aveuglement, de surdité. Toute promesse bue est un poison et que nous a-t-on promis, ici, tout et son contraire. Les belles idées qui servent de cales aux échéances politiques, les projets qu'on fait mariner dans l'urne pour appâter le chaland. On se croirait à la foire des camelots. 

Il reste de moins en moins de vitres, de moins en moins de transparence que remplace des rectangles noirs menaçants, comme des mini-couperets qui arrachent la peau de tout espoir.

 

 

Il y a de moins en moins de toit à travers le moins en moins de vitres, on voit le ciel couler dans les béances de la charpente, cette charpente jadis protectrice qui transformait le bruit de la pluie sur les verrières en une ode tragique pour les chaudronniers.

 

 

Il reste de moins en moins de tout ici, moins de témoins, moins de volontés farouches à ne rien laisser au temps, au vide, à la flotte qui rince l'acier, au soleil qui sèche les derniers souvenirs devenus copeaux si fins que les courants d'air en raffolent. Il reste de moins en moins de bruits, les derniers s'épuisent à tenter de se faire entendre. Il reste de moins en moins de force pour soutenir ce squelette dont on attend qu'il tombe, qu'il parte, qu'il fasse sa valise et basta ! De la place pour rien, pour y mettre d'autre chose moins solide, plus sordide. Plus facile. 

 

 

Il y a pourtant une force, ici, de ce côté-ci, peut-être, plus que de l'autre, la force d'une tristesse brute, d'une tristesse d'époque, qui n'a rien laissé aux matières neuves forcément sans mémoire. Il y a, là, un sentiment d'appartenance incroyable à une histoire qui va au de-là de l'histoire elle-même, c'est-à-dire un tout composé d'une somme extraordinaire de détails, d'hommes, de femmes, de cris, de vie, de morts. On a l'impression que tout est arrêté, mais non, tout vit encore, à la façon d'un fil de barbe à papa qui tourne toujours et se gonfle de sa propre rotation. Il y a tant de bruits qu'on dirait un chant, un chant venu du sol et qui grimpe, en volute, comme les monceaux d'épines qui se prennent d'amitié pour les lieux.

 

 

Ce qu'on voit de ce qui bat encore, on doit le voler, le soustraire de force à ceux qui nous empêchent d'y accéder. Nous sommes les cambrioleurs de notre propre histoire, les monte-en-l'air de nos souvenirs. Les briques ont appris à survivre en milieu hostile. Elles ont développé une technique simple : le trou à hauteur de regard. Alors l’œil s'engouffre dans l'orifice, il plonge comme un affamé dans la surface vide et se régale de tout, de la poussière, de la lumière, des poutrelles de métal qui donnent le vertige. On doit voler ce qu'on voit, on devrait nous l'offrir... On doit clocharder l'espace contenu à l'intérieur. Alors que tout ça est à nous, est à nos tripes et à nos gênes. Mais qui ose nous empêcher de sniffer l'odeur trop longtemps retenu de ce qui s'est passé là ? Qui s'est attribué ce statut invasif ? Qui ? Qui ?

 

 

La lumière entre en force, elle bouscule les principes, elle prend toute la place, découpe l'ombre aux ciseaux. Ici, il n'y a plus rien, le vide est un principe esthétique, tout est devenu esthétique, jusqu'au craquement silencieux des saisons. Tout nous ramène à l'histoire mais l'histoire nous ramène aussi à la mémoire et la mémoire à la vie. Ouvrez ces portes, bordel. Faites en sorte que nous puissions entrer. On doit tout voler, ce qu'on voit, ce que l'on ne voit pas, ce que l'on pense entendre, ce que l'on entend, ce que l'on pense deviner, ce qui reste de cette archéologie industrielle qui coule avec l'eau croupi dans les rigoles de cet oubli volontaire. Les murs ont des trous, les vitres sont brisées, les portes sont clouées, et je bouffe des yeux le moindre centimètre carré de ce qui m'appartient et que la notion de liberté n'a pas encore atteint car ceux qui devraient rendre ce lieu à la collectivité le garde sous le coude par indifférence, par impuissance, par manque de passion et quand la passion fait défaut, il faut passer son chemin. 

 

 

On a envie d'entrer, de bousculer l'air, de crier pour voir où se perd la voix. On a envie de toucher ce que d'autres mains avant nous ont touché. On a envie d'être au milieu, pas derrière un mur dont les briques s'écartent car elles ont oublié l'égoïsme de leur condition. Il y avait quoi, là ? Qui ? Bon sang, qui ? La poussière bavarde, la dentelle de métal semble bouger au moindre courant d'air.  

 

 

Combien de temps encore il va falloir attendre ? Un autre demi-siècle ? Une autre vague de béton ? Que la mer arrive jusqu'ici ? Que la montagne y glisse ? C'est quoi ce temps perdu qui ne sert à rien ? Ce silence qui gagne ? Il y a encore ici, une vie, celle qui grouille dans chaque atome de ce qui reste. Bon sans, ouvrez les portes en grand, laissez les rires jaillir à l'intérieur, laissez les mots s'enfoncer comme des clous, laissez les larmes mordre la poussière, laissez ceux qui savent expliquer aux autres comment c'était avant. Poussez-vous si vous n'avancez pas. Un demi-siècle que vous reculez devant la tâche. Il n'y a pas de pari impossible. Ouvrez juste les portes que je me perde dedans. Rendez-nous notre histoire. Si vous ne savez pas quoi en faire, demandez à ceux qui savent mieux que vous. Arrêtez de tergiverser, d'être infécond, de répondre à des standards qui, ici, n'ont pas cours car ici c'est le présent puissance mille. Vous pensez que c'est le passé, mais non, c'est le présent. Pas le vôtre c'est certain. 

 

 

Je sens comme un appel d'air, un truc qui me transperce, la nécessité d'aller voir. Je sais qu'il y a des souffles, ici, qui m'appartiennent. Des mots qui ont chaviré, qui ont échoué quelque part, au pied d'une poutrelle. Il y a tant de nous, ici, rendez le nous, rendez ce qui nous appartient et que vous refusez de posséder. Passez votre tour, allez construire des allées de béton, des surfaces commerciales, des routes qui ne mènent nulle part, des zones industrielles au milieu des champs, allez faire ce que vous faites si mal, mais laissez nous le chemin libre jusqu'à la poussière des autres, de tous ces autres qui ont fait que nous sommes là et que nous y serons encore. Il n'y a rien de plus criant que cette histoire; Vous pensez que c'est ringard parce que ce n'est pas votre passé, celui que vous choisissez, celui que vous triez pour qu'il corresponde à vos moules de pensées. Ici, c'est chez nous plus que chez vous et si vous n'en faites rien, circulez.

 

 

Mais il est tard, monsieur, il faut que je rentre... Chez moi...

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