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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


V comme Vesoul, "T'as voulu voir Vierzon"

Publié par vierzonitude sur 17 Novembre 2018, 07:30am

V comme Vesoul, "T'as voulu voir Vierzon"

V comme Vesoul et V comme Vierzon... En 1968, Jacques Brel enregistre sur son album intitulé “J'arrive”, une chanson singulière. Sans le savoir, elle offre à Vierzon, une extraordinaire notoriété, toujours d'actualité. La chanson porte le titre Vesoul mais elle commence par ces deux vers « T'as voulu voir Vierzon, et on a vu Vierzon ». Impossible d'échapper à la rengaine. L'image de Brel et celle de Vierzon sont depuis soudées dans une valse atypique.

Quelques semaines après la sortie du disque, une équipe de télévision se rend à Vesoul pour réaliser un reportage (archives INA). Les Vésuliens et son maire de l'époque, avec un accent taillé dans le bois, témoignent de leur satisfaction qu'un grand chanteur comme Jacques Brel immortalise Vesoul dans son oeuvre. Aucune caméra de télévision à Vierzon. Aucun signe extérieur non plus de satisfaction locale. La chanson passe sur la ville sans s'y arrêter.

La légende raconte qu'un soir, après un repas pris dans un restaurant de la ville de la Haute-Saône, la patronne demande à Jacques Brel, « pourquoi ne feriez-vous pas une chanson sur Vesoul ? » Brel promet... Signe le livre d'or. Et s'en va.

Vesoul content,

Vierzon indifférent

Pendant ce temps-là, à Vierzon, il ne se passe rien. Vesoul est pourtant l'un des plus gros succès commerciaux de Jacques Brel. Rien qu'un long silence enfoui comme si cette chanson est une bêtise inavouée. Ce qui est palpable, c'est qu'elle n'est pas vraiment la bienvenue dans le coeur des Vierzonnais. Dans les années 1980, seulement, le maire de Vierzon, Fernand Micouraud fait pourtant barrer deux pages de son journal municipal d'un « J'aime Vierzon et Brel ». Mais chanson et chanteur sont expédiés en à peine deux lignes. Circulez, il n'y a rien à voir !

Une petite rue nichée prend ensuite le nom de Jacques Brel, dans un quartier pavillonnaire. Mais ce sera tout pour le grand homme, à Vierzon du moins. A plusieurs reprises, il chante à Bourges, la Préfecture voisine de trente kilomètres, à la Maison de la culture notamment. Il ne vient jamais chanter à Vierzon. Y-a-t-il seulement mis les pieds ? En a-t-il franchi les frontières sur les sièges de sa DS lors de ses innombrables déplacements ? A-t-il simplement choisi Vierzon par hasard pour voisiner avec Vesoul, dans un strict souci phonétique ? On raconte que le grand Jacques se serait arrêté au Buffet de la gare de Vierzon. On raconte aussi tout et son contraire. La légende a pris le pas sur la réalité historique.

Pourquoi une ville entière refoule-t-elle, jusqu'à l'énigme psychanalytique, le fabuleux statut que permet cette chanson, sur les lèvres de plusieurs générations ? Faites l'expérience : citez Vierzon, la réponse est d'une évidence déconcertante « Ah, t'as voulu voir Vierzon ! » Les anecdotes en la matière foisonnent et montrent nettement que Vierzon est connue et reconnue grâce à la chanson.

C'est peut-être dans les plis invisibles du texte et dans ses non-dits, qu'il faut chercher la solution d'un tel reniement. Vierzon et les Vierzonnais croient toujours que Jacques Brel s'est moqué d'eux. Il est vrai qu'une interprétation retrouvée sur internet peut prêter à confusion : Jacques Brel utilise, en introduction, le ton d'un personnage précieux et interprète le début de sa chanson avec de l'ironie plein la bouche. Mais dans aucun des mots écrits par Brel ne transpire la moindre moquerie. Pas plus pour Vierzon que pour Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers etc. Il raconte juste les caprices d'une femme qui se lasse très vite des endroits où elle se trouve. “T'as plus aimé Vierzon, on a quitté Vierzon...”

Vierzon a vu Vesoul

Pourquoi, cependant, Vierzon s'est-elle sentie atteinte dans son image alors que Vesoul, par exemple, a joué le jeu en baptisant un collège, une place et un festival du nom de Jacques Brel ?

En 2009, intrigués et soucieux de réparer cette erreur, des Vierzonnais bréliens et des amoureux de Vierzon venus d'ailleurs, accompagnés du maire, décident de se rendre à Vesoul, avec un... tracteur Vierzon, production de la Société Française de Vierzon (SFV). L'entreprise, créée en 1848, a d'abord fabriqué les 5/7e du matériel de battage en France, puis des tracteurs, de la fin des années 1930 au milieu des années 1960. Avec Jacques Brel, les tracteurs SFV participent majoritairement à la notoriété de la ville, deux éléments finalement indissociables du patrimoine vierzonnais.

La délégation est reçue officiellement par la municipalité de Vesoul dont l'adjoint à la culture chante... Brel, à la guitare ! Des cyclotouristes vierzonnais avaient précédemment relié les deux villes-soeurs en plusieurs jours pour les beaux yeux de Jacques Brel et de l'exploit sportif. Pour la première fois depuis plus de quarante ans, Vierzon a donc vu Vesoul ! En 2010, bis répétita mais à Honfleur cette fois-ci, la même délégation vierzonnaise, accompagnée de Vésuliens de la première rencontre, est reçue en grande pompe, avec Brel et toujours le tracteur Vierzon, pour trait d'union. Le périple ne s'arrête pas là. En avril, le groupe brélien relie Anverse, mais Anverse dans la Nièvre, un lieu-dit attaché à la commune de Glux-en-Glenne. Pour le symbole et le clin d 'oeil. Et le groupe compte aller dans toutes les villes et les lieux de la chanson.

En août 2010, c'est la consécration : Marcel Azzola est l'invité du festival vierzonnais « Les estivales du canal ». L'accordéoniste a joué pour Brel. Ce dernier lâche d'ailleurs, dans un élan sublime, lors de l'enregistrement de la chanson, le célèbre « Chauffe Marcel », à l'adresse d'Azzola. L'expression lui colle toujours à la peau. En venant en août 2010 Marcel Azzola pose ainsi pour la première fois les pieds à Vierzon depuis 1968 !

Il confirme : la chanson a failli s'appeler Vierzon-Vesoul puis Azzola-Vesoul. Mais seul Vesoul est resté, pour une histoire de jaquette de disque nous a t-il confié. C'est toutefois Vierzon qui ouvre la chanson... Marcel Azzola ne résiste pas à l'invitation de se rendre rue Jacques Brel et près des panneaux d'entrée et de sortie d'agglomération de Vierzon.

Assis à la terrasse d'un café, face à la gare, Marcel Azzola raconte que Jacques aurait (le conditionnel est de rigueur) parlé de Vierzon et de Vesoul dans sa chanson car son envie de trouver un bar ouvert la nuit aurait mué en frustration inégalable. D'où ce souvenir précis de Vierzon... L'explication vaut ce qu'elle vaut. Toujours est-il que l'innacessible étoile de Jacques Brel brille au-dessus de la ville. En 2009, le maire de Vierzon promet, à la mairie de Vesoul, que l'actuelle place de la gare de Vierzon portera le nom de Jacques-Brel. Il n'est jamais trop tard...

Un collectif baptisé VI (Vierzon)-VE (Vesoul) BREL, né de la volonté des membres de la délégation brélienne, veille à la mémoire du chanteur dans la sous-préfecture du Cher... L'ombre de Brel n'a jamais autant plané sur la ville.

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