Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Vierzon, gourmande en jumelages

Publié par vierzonitude sur 18 Août 2019, 05:10am

Le jumelage scellé avec la Ville de Rendsburg en Allemagne est le plus ancien (photo ville de Vierzon).

Le jumelage scellé avec la Ville de Rendsburg en Allemagne est le plus ancien (photo ville de Vierzon).

Vierzon est gourmande en jumelages : quatorze villes dans le monde, Europe, Asie, France, Alsace, dans la Meuse... Une vraie boulimie.

Le plus ancien remonte à 1955, avec Rensburg, en Allemagne de l'Ouest (République fédérale allemande, RFA à l'époque), suivi, de Bitterfield, jumelage emblématique, scellé en 1959 et destiné à marquer les dix ans de la République démocratique allemande (RDA), l'Allemagne de l'Est.

Quatre ans après la signature, une délégation vierzonnaise (Jacques Rimbault, Suzanne Labertonnière, Louis Duroir, Roger Leclerc, Etienne Palat) rendent visite à leurs nouveaux amis avec une liste, en main, de visites diverses comme le foyer des vieux travailleurs, les usines... Après Rendsburg, à l'Ouest, Bitterfield, à l'Est vient équilibrer les relations... diplomatiques. Deux états, deux villes, deux jumelages.

RFA et RDA

Le 11 octobre 1959, Vierzon paraphe la charte utile au rapprochement des deux cités. Les Vierzonnais viennent d'élire une municipalité communiste avec, à sa tête, le docteur Léo Mérigot. Sur le document de l'époque, le tout frais maire de Vierzon précise, aux côtés de sa signature, sa fonction de secrétaire fédéral du PCF. Rapprochement de principe, de coeur. C'est Jenohr Rudolf, de Bitterfield, qui prend contact avec les élus Vierzon. La raison est simple : c'est une ville ouvrière comme Bitterfield, explique l'homme à l'origine du jumelage, lors du jubilé, en 2009. Si les Vierzonnais peuvent librement fouler le sol de l'Allemagne de l'Est, les Allemand de l'Est, eux, ont toutes les difficulés du monde pour franchir les barrières des refus des visas nécessaires. Vierzon choisit ainsi le dixième anniversaire de la RDA pour marquer son attachement, de l'autre côté du mur. Il faut attendre 1985 pour que les premiers habitants de Bitterfeld soient reçus à Vierzon, dix jeunes qui, plus tard, recoivent la visite de dix jeunes Vierzonnais.

Quatre ans plus tard, le mur de Berlin tombe. Et la libre circulation régularise enfin les échanges attendus, plus d'un côté que d'un autre. Vierzon, toujours communiste en 1989, réaffirme, dans une déclaration commune, son intention non seulement de poursuivre mais d'approfondir le jumelage. Deux ans plus tard, les deux villes de l'ex-Allemagne coupée en deux se retrouvent symboliquement en terre vierzonnaise. En octobre 2009, voyage dans l'autre sens : des élus vierzonnais se rendent officiellement à Bitterfield pour le cinquantenaire du rapprochement.

Peregrinations chinoises

La ville de Vierzon reste très longtemps attachée seulement à ses deux jumelages officiels avec l'Allemagne. C'est à partir de 1990, sous l'ère de l'ex-socialiste Jean Rousseau, que le nombre de jumelage va exploser. En septembre 1992, Déveli devient la jumelle turque. Miranda de Ebro, l'année suivante, met du soleil espagnol dans le ciel vierzonnais. Que les Espagnols n'y voient aucun signe malicieux mais le nom de leur ville remplace la sinistre rue des Abattoirs... En 1994, les élus traversent la Manche et vont serrer la main aux habitants d'Héréford. Avenue de la République, l'ancien bar le Sélect devient le pub Héréford aux diverses fortunes. Ce n'est pas fini : en septembre 1996, Kamienna Gora se rapproche de Vierzon tandis que la ville polonaise était déjà jumelée avec Bitterfield, elle-même soeurette de Vierzon. Tout se recoupe. Deux ans passent et en 1998, la liste s'allonge : Barcelos au Portugal devient la nouvelle heureuse élue, suivie de Kahalé au Liban, destinée à sceller une amitié vierzo-libanaise dont une importante communauté s'est implantée dans la seconde ville du Cher. Ajoutons Sig en Algérie et El Jadida au Maroc (la charte d'amitié date de 1987, les relations sont de nouveau d'actualité en 2004) et... ce n'est pas tout.

Vierzon ose. Des amitiés vierzo-chinoises susurrent à l'oreille des élus vierzonnais de se jumeler avec une ville de Chine, au milieu des années 1990. C'est Dongxihu. Lointaine province qu'un protocole d'amitié attache au Berry, transformé ensuite en accord de coopération. Seulement, à l'amitié entre les peuples, guide suprême des jumelages, se mêle une histoire politico-économique rocambolesque où les Chinois de Dongxihu devaient sauver l'économie vierzonnaise. L'effet d'annonce des élus en visite prospective se solde par un flop retentissant. Les relations perdurent, au gré de visites ponctuelles. Des étudiants chinois viennent étudier à Vierzon. En général, le théâtre des délégations a toujours pour cadre la foire-exposition de Virzon, grande manifestation annuelle au cours de laquelle une ville jumelle expose ses vertus touristiques et gastronomiques. Ah, n'oublions pas le dernier jumelage gorgé de soleil : Sao Domingos au Cap Vert. Pour des visites officielles, le soleil, c'est mieux qu'un carré de banquise...

Ronvaux, village de coeur

Mais si les jumelages successifs vierzonnais ont finalement jalonné l'histoire locale de chartes officielles et de délégations aprêtées, une véritable histoire d'amour a lié un minuscule village de la Meuse, Ronvaux, près de Verdun, avec Vierzon.

En 1920, une institutrice de Vierzon dont le mari était mort au front, dans la Meuse, traverse Ronvaux, ravagée par la guerre. Une poignée d'habitants. Une église. Plus tard, un monument aux morts. Madame Veuve Lescot veut ramener le corps de son mari, instituteur à Vierzon-Ville, tué au champ d'honneur, pendant la bataille de Verdun. Les 87 habitants que compte encore le village, deux ans après la fin den la Grande Guerre, croupissent dans des baraques, sans confort. Le coeur serré par ce qu'elle voit, l'institutrice revenue à Vierzon, force le maire, Emile Péraudin, à créer un comité de secours à Ronvaux. Pleuvent des couvertures (42), des paires de draps (70), des assiettes creuses (162), des bols (124), une comptabilité généreuse de tout et de rien de la part de Vierzonnais solidaires. Les entreprises, les associations, la Caisse d'Epargne gonflent les dons. Par délibération, les écoles vierzonnaises adoptent l'école de Ronvaux. Dans une lettre adressée aux écoliers vierzonnais, les enfants de Ronvaux expriment leur gratitude : “Grâce à vous aussi, nous sommes des privilégiés parmi les sinistrés de notre région car vos démarches auprès des commerçants ont permis de nous procurer des manteaux, vêtements, chaussures, coiffures etc. Tous ces articles absolument neufs alors que nos camarades des autres communes n'ont rien eu ou des vêtements de peu de valeur.”

L'épouse du soldat vierzonnais a réussi son pari. Ronvaux a du inhumer treize de ses habitants sur cent... Le village est arcbouté sur sa propre misère et ne peut, en aucun cas, dégager les fonds nécessaires pour ériger un monument à la mémoire de ses fils tombés au front. Des soucis plombent l'énergie des habitants comme enlever les fils de fer barbelé, reboucher les trous d'obus... En avril 1923, le comité de soutien estime avoir accompli sa tâche. Ses caisses sont encore lestées de 4.700 francs, mis à la disposition du village. La somme se transforme en monument aux morts sur lequel ne figure pas treize noms mais quatorze : l'instituteur Lescot de Vierzon, y figure. On peut lire aussi cette inscription : “Vierzon, bienfaitrice de Ronvaux”. Il n'existe finalement, entre les deux villes aucune charte officielle d'amitié ou de jumelage. Mais le souvenir prégnant d'une communion singulière.

La rue de Ronvaux existe à Vierzon et la place de Vierzon est l'adresse de la mairie de Ronvaux. A Vierzon, encore, lors de l'extension de la l'usine Société Française (matériel agricole), dans les années 1930, Ronvaux donne son nom au premier atelier fabriqué en béton (et non plus avec des poutrelles métalliques)

Willelsheim, en Alsace, est la filleule du département du Cher, depuis 1946, par l'intermédiaire du comité Berry-Alsace.

Alain Fournier, à Saint-Rémy la Calonne

Décidemment, le hasard ou le destin, au choix, est une drôle de performance. Alain Fournier, auteur du Grand-Meaulnes, est né à la Chapelle d'Angillon, dans le Cher. C'est à Nançay, près de Vierzon (Vierzon qu'il cite plusieurs fois dans son roman, notamment la gare), que l'écrivain passe, enfant et adolscent, ses vacances d'été. Mobilisé, Alain Fournier meurt en septembre 1914 mais sa dépouille n'est pas retrouvée. En 1991, après d'intenses recherches, son corps et ceux de ses vingt compagnons d'arme sont retrouvés et identifiés grâce à leurs plaques, tout près de la Tranchée de la Calonne, près de.... Ronvaux. Il est inhumé au cimetière militaire de Rémy la Calonne.

Rendsburg et Bitterfeld (Allemagne)

Kamienna Gora (Pologne)

Hereford (Royaume-Uni)

Kahalé (Liban)

El Jadida (Maroc)

Miranda de Ebro (Espagne)

Dongxihu (Chine)

Sig (Algérie)

Develi (Turquie)

Barcelos (Portugal)

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Articles récents