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C'était avant la couleur du pont de Toulouse
Publié par vierzonitude
sur
30 Décembre 2024, 10:49am
C'était avant la couleur, pas celle des photos, non, non, celle du pont de Toulouse dont l'origine du nom est simple à deviner : il enjambe les voies qui mènent à Toulouse. Sa massive carrure de ferraille rivetée, comme une vaste gueule ouverte, valait bien un café-restaurant à son blase. Histoire d'identifier la bête sur la route non pas des voyageurs ferroviaires mais des itinérants, qui passaient sur son tablier.
L'établissement a cette allure modeste des lieux qui savent vous accueillir, on ne sait pas si les hommes et les femmes, devant, sont des client(e)s de passage ou les responsables de cette enseigne. Derrière les fenêtres, on imagine sans peine ce qu'annonce la maison, des chambres meublées, des pensions, des repas à emporter, ce que l'époque contemporaine ne génère plus, sauf les repas à emporter....
J'irai bien poser mes coudes sur une table du café du Pont de Toulouse, pour entendre gémir les locomotives, pour entendre frémir les rails, pour entendre travailler les poutres métalliques du pont. Je n'aurais peut-être rien entendu de tout cela, derrière les murs du café du Pont de Toulouse, j'aurai toutefois respiré l'air du bistrot, mangé dans les assiettes du restaurant, félicité le cuisinier, dormi dans une chambre avant de repartir vers mon présent.
En sortant, je me serai appuyé au garde-corps qui sépare le piéton du vide au-dessus des rails, de ces traits verticaux ondulant vers d'autres directions. Impossible de dissocier le voyageur en transit à Vierzon d'un coin de comptoir ou d'une table de bistrot, c'est écrit dans les gênes, c'est inscrit dans les chromosomes des voyages en train.
En bas, sur le quai, il y avait le buffet de la gare, en haut, à l'étage, il y avait le café-restaurant du Pont du Toulouse, autour, il y avait ces cafés de cheminots aux noms si significatifs.
Il n'y a plus de café du Pont de Toulouse, il y a le pont, tout seul, avec ses couleurs délavées, ses rivets du fond du XXème siècle, sa patience, son âge plus que centenaire, sa solitude cramponnée de part et d'autre de la route. Il ne reste rien de cet établissement, encore moins des silhouettes figées devant les portes et la fenêtre. Le poids de ces fantômes ne feront pas ciller l'ouvrage. Mais peut-être qu'en passant, dans le silence relatif de cette ville en mouvement, on peut entendre les mots qui sortaient du café. Pour venir peupler les souvenirs extravagants de cette sorte de gare bistrotière.
R.B.
C'était avant la couleur, pas celle des photos, non, non, celle du pont de Toulouse dont l'origine du nom est simple à deviner : il enjambe les voies qui mènent à Toulouse. Sa massive carrure de ferraille rivetée, comme une vaste gueule ouverte, valait bien un café-restaurant à son blase. Histoire d'identifier la bête sur la route non pas des voyageurs ferroviaires mais des itinérants, qui passaient sur son tablier.
L'établissement a cette allure modeste des lieux qui savent vous accueillir, on ne sait pas si les hommes et les femmes, devant, sont des client(e)s de passage ou les responsables de cette enseigne. Derrière les fenêtres, on imagine sans peine ce qu'annonce la maison, des chambres meublées, des pensions, des repas à emporter, ce que l'époque contemporaine ne génère plus, sauf les repas à emporter....
J'irai bien poser mes coudes sur une table du café du Pont de Toulouse, pour entendre gémir les locomotives, pour entendre frémir les rails, pour entendre travailler les poutres mettalliques du pont. Je n'aurais peut-être rien entendu de tout cela, derrière les murs du café du Pont de Toulouse, j'aurai toutefois respirer l'air du bistrot, mangé dans les assiettes du restaurant, félicité le cuisinier, dormi dans une chambre avant de repartir vers mon présent.
En sortant, je me serai appuyé au garde-corps qui sépare le piéton du vide au-dessus des rails, de ces traits verticaux ondulant vers d'autres directions. Impossible de dissocier le voyageur en transit à Vierzon d'un coin de comptoir ou d'une table de bistrot, c'est écrit dans les gênes, c'est inscrit dans les chromosomes des voyages en trains. En bas, sur le quai, il y avait le buffet de la gare, en haut, à l'étage, il y avait le café-restaurant du Pont du Toulouse, autour, il y avait ces cafés de cheminots aux noms si significatifs.
Il n'y a plus de café du Pont de Toulouse, il y a le pont, tout seul, avec ses couleurs délavées, ses rivets du fond du XXème siècle, sa patience, son âge plus que centenaire, sa solitude cramponnée de part et d'autre de la route. Il ne reste rien de cet établissement, encore moins des silhouettes figées devant les portes et la fenêtre. Le poids de ces fantômes ne feront pas ciller l'ouvrage. Mais peut-être qu'en passant, dans le silence relatif de cette ville en mouvement, on peut entendre les mots qui sortaient du café. Pour venir peupler les souvenirs extravagants de cette sorte de gare bistrotière.
R.B.
Le phare de l'île Saint-Esprit enfonce son regard oblique dans le ciel rond. L'estran met l'île Marie à portée de terre. Le temps d'une marée basse, elle s'attache au continent dans le ronronnement doux de la mer qui revient. De là où s'effrite le sable, Vierzon jette ses dernières lumières dans la bataille de la nuit. Au petit jour, le Bistrot du port déversera ses cales de croissants tièdes sur les habitués de la Renverse, le bateau du père Seb, le premier à sortir, le dernier à rentrer. Le zinc tanné par les manches des cirés jaunes bavarde ses silences imposés : parfois, dans le bistrot salé, il faut faire place au silence pour mieux veiller aux récits. Le café se remplit chaque heure d'une houle synthétique, fait d'humains en partance, en revenance, entre deux horaires. Il y a la crème des commerçants, le dessus du panier des marins-pêcheurs, la haute société retraitée qui confond les larmes et les embruns, pour ce qu'elles ont de souvenirs iodés à retenir dans les filets. Plus loin, près de la capitainerie, la butte de Sion jette un regard circulaire sur l'ensemble de la ville. Elle ressemble, en ce matin d'été, à l'idéal que l'on se fait du bonheur transversal : entre l'impression d'être ancrée ici tout en étant ailleurs. C'est sûr que la mer aimante ce qu'elle touche. C'est sûr que la mer déverse, sur le sillon des fins reliefs, la preuve que sans elle, Vierzon ne serait pas Vierzon. Le marché fourmille, sur les places centrales. Le soleil, déjà chaud, est à marée haute. Une trace de vent raye l'air lourd à porter. Les bistrots sont accoudés à la curiosité de la foule : c'est étonnant comme les terrasses s'étalent, comme elles semblent animées de l'électricité marine qui, une fois coupée, c'est sûr, rend la mer plate comme une rue piétonne. L'étrange idée qu'on se fait d'être ici n'est rien à côté de cette formidable idée d'y être née. La mer a son industrie propre et son économie personnelle. Vierzon sans la mer aurait ressemblé à ces villes moyennes punaisées au centre de la France sans qu'aucun grain de sable ne déborde de son destin. C'est étonnant d'être d'un continent tout en étant relié à la mer, cette faculté d'être à la fois le solide et le liquide, de défier les loirs de la transparence. J'allonge un pas décidé vers les rues que je préfère, les deux-trois cafés où sont sanglés les derniers secrets du jour et qui m'attendent, comme autant de valises à emporter. Plus on s'éloigne du port, dans le ventre de la ville, plus la ville durcit son statut de ville. Plus on s'enfonce dans la terre, plus la terre vous admet. Entre les rives et la tonitruante cité de l'arrière-ville, deux mondes s'affrontes. Ils étaient quatre jadis, quand la ville éclatée en quatre entités distinctes, se disputaient son destin. Quand plus tard, par raison, la ville a noué ses quatre communes indépendantes, chacune d'entre elles a gardé sa ligne d'eau, ses aspects, son nom, sa façon d'être. Etre de Vierzon ne signifie pas être à Vierzon, mais des Forges, de Villages, de Ville ou de Bourgneuf. Les quatre quartiers bruissent pourtant des vagues qui reviennent, je les entends galoper, pour remettre à niveau, la mer avec la terre. Pour remettre l'île Marie dans sa façon d'être une île. Je suis à la terrasse du café « T'as voulu voir... » Brel y a laissé une dédicace amoureuse. Si Vierzon avait la mer, serait-ce encore Vierzon ou une façon d'être Vierzon ?
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