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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt

Publié par vierzonitude sur 18 Septembre 2025, 09:40am

Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt

Les trains ont enfanté des générations de cheminots, des tonnes de transhumance, on dit qu'à Vierzon, il existait un endroit particulier où chaque homme du rail venu de tous les coins de France plantaient un arbre en arrivant à Vierzon. Il y a tellement de légendes autour du train et des rails qu'on ne sait plus où commence l'histoire vraie et où finit la légende.

Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt. Pour un oncle normand, bâti justement comme une armoire de là-bas, Vierzon fut un destin : aiguilleur, c'est ici qu'il est venu travailler en quittant sa Normandie natale. Avant lui, mon père, orphelin très tôt, tout autant normand, est arrivé à Vierzon en 1937, dans les valises de sa soeur aînée, mariée à un verrier. Autre métier, autre destination vierzonnaise. 

Il existe ainsi des communautés de destin qui se retrouvent au même endroit, dans ce que l'on ne peut pas appeler le hasard. Le train est un trait d'union qui a servi de passage à tant d'hommes et de femmes. On dit que Célestin Gérard, le fondateur du machinisme agricole de Vierzon, s'est installé entre la gare naissante et le canal de Berry, il avait flairé la bonne affaire.

On dit aussi que c'est à la faveur d'un arrêt prolongé à Vierzon qu'un homme est descendu en centre-ville et y créa le magasin A la belle jardinière devenu Sivry beaucoup plus tard. On dit aussi que Jean Marais a fait halte à Vierzon pendant la guerre, il y reviendra plus tard pour un mariage à la mairie et encore plus tard avec Madeleine Sologne au cinéma. Des scènes du film Le jour et l'heure ont été tournées en gare de Vierzon.

On dit, on dit, on dit mais il n'y a qu'à regarder Vierzon pour voir de quelle façon le rail l'a façonnée. Je me souviens encore des "plaintes" des trains de la gare de triage de Fay quand les cheminots composaient les convois, le claquement des wagons entre eux. La gare de triage est devenu un immense fantôme avec ses nombreux faisceaux. 

Il y a dans l'âme de cette ville, le partage discret des départs et des retours, des correspondances, des minutes dans la salle des pas perdus. Et le Buffet de la gare, avec son long comptoir, pour attendre l'annonce qui brisait l'attente. Le pont de Toulouse rendu nécessaire à cause de l'élargissement des voies. Et le pont de l'Alouette dont la traversée dure vingt-et-un jours, creusé dans la glaise de Sologne pour éviter les terres d'un riche propriétaire.

Le rail est un fourmillement permament ici. La gare et ses multiples transformations, le pont de Toulouse rendu nécessaire avec l'élargissement des voies, la gare des Forges qu'on oublie souvent, le fantasme du TGV qui n'est jamais venu véritablement à Vierzon, la légende humaine de Raymond Laumonier, chef du dépôt qui, pièces après pièces, a pu, à force de persistance, avoir un musée à lui, pas aussi ambitieux que l'histoire ferroviaire de Vierzon le réclame. 

On y voit entre autres la casquette du cheminot Laumonier traversé par une balle allemande pendant la seconde guerre mondiale. La résistance, les bombardements du dépôt, les locos à vapeur, les Micheline, les Corail, la loco Juliette aux Crêles...

Enfin, les bistrots cheminots, Café de l'avenir, café du dépôt, café des gueules noires, La Renaissance entre autres, sont nés dans le sillage du chemin de fer, le quartier Gustave Flourens en est profondément marqué. Résumer le rail à Vierzon est un exercice forcément ingrat tant il charrie des oublis multiples. Depuis le milieu du XIXè siècle, le rail a nourri cette ville, sur l'axe Paris-Toulouse et Nantes-Lyon. 

On ne sait toujours pas qui en doit le plus à l'autre.

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F
Dans les années 60, le train de nuit tracté par une vénérable 2D2, m'emportait de Paris Austerlitz à Brive la Gaillarde pour les grandes vacances. Le sommeil venait vite, ponctué.par les Tactac-Tactac des roues sur les jointures approximatives des rails d’alors. Le train ignorait les Aubrais et s’enfonçait dans la nuit d’encre. Soudain, dans le crissement de ses freins, le Paris-Brive s’arrêtait, suivi d’un silence vaguement inquiétant. Alors, un haut-parleur d'avant-guerre finissait de me réveiller en crachotant "Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt" avec l’accent de Patrick Raynal. <br /> En écartant un peu le rideau du compartiment de seconde classe, je distinguais quelques loupiotes jaunâtres luttant contre l’obscurité. De vagues formes accrochaient les maigres rais de lumière électrique. Je ne pouvais distinguer que les plus proches éléments d’un décor typiquement SNCF. Des wagons de marchandises immobiles sur des voies de garage, quelques panneaux de signalisation aux mystérieuses inscriptions, plusieurs chariots à bagages inutilisés aux petites heures de cette nuit composaient une image ferroviaire qui est restée gravé dans ma mémoire. Rien ne bougeait sur ce quai de gare vide de tout voyageur. Qui donc aurait l’idée de rejoindre ou de quitter ce convoi à cette heure là? C’est comme si le train s’était arrêté devant un invisible butoir. Des herbes folles avaient poussé ça et là sur le quai comme sur la voie libre adjacente. Une impression d’abandon plombait la scène. L’idée que la fin du monde pourrait ressembler à ça, m’avait effleuré. Enfin, un coup de sifflet et le convoi repartait dans un vacarme de tampons martyrisés. Les deux minutes d’arrêt s’étaient écoulées. Je refermai le rideau brièvement entr’ouvert. Le sommeil n’allait pas tarder à revenir.<br /> Je crois me souvenir d’avoir éprouvé une sorte de soulagement à sentir le train quitter cet étrange coin de France. Je parierais qu’Amélie Nothomb a du ressentir cette sorte de soulagement au même endroit, 70 ans plus tard. Il faudrait lui demander….
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F
Le tunnel de l'Alouette construit pour éviter les terres d'un riche propriétaire,c'est une légende.<br /> Avant le tunnel de l'alouette,il y avait une tranchée.Mais pour mettre fin aux éboulements récurrents des parois latérales,il fut décider de recouvrir la tranchée,avec en effet 21 puits de lumières.
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