Vierzon entretient toujours avec passion ses plus fervents paradoxes. Nageant dans les eaux de l'anti-capitalisme primaire, chassant les exonérations fiscales des grosses fortunes, voulant les taxer pour sauver le pays de la ruine, nos anti-capitalistes vierzonnais se prennent les pieds dans le tapis.
Comment dénoncer ce qu'ils caressent tant ? Comment mordre avec douceur la main qui est censée nourrir votre réputation ?
Le chapitre Algosup n'a pas refroidi les ardeurs de nos ardents démagogues. Eux qui avec Ledger et Algosup, avec la bénédiction millionnaire d'un arrière petit-fils de manufacturier de porcelaine pensaient avoir trouvé la martingale ont dû redescendre d'un étage.
En l'espace d'un clic de souris, nos décideurs locaux avaient enterré tout l'héritage industriel de Vierzon en une succession de lignes de programmes et de portefeuilles de bitcoins, cette monnaie spéculative qui fit dire à notre député, pour s'en défendre, que non, l'on n'en fabriquait pas à Vierzon, pas ici, allons !
Des communistes pour la spéculation, et puis quoi encore !
Pourtant, c'est bien sur cette nouvelle économie virtuelle et numérique que Vierzon avait basé son futur.
Etre contre Algosup (pas l'école mais l'empressement à lui ouvrir la bourse publique pour construire une école), c'était aller contre le progrès. Cinq ans plus tard, la réalité a rattrapé nos illusionnistes en chef.
Pire. Quand Eric Larchevêque, financeur d'Algosup, du village de start-up et co-fondateur de Ledger avait déclaré son amour à Trump, le député communiste l'avait sèchement rembarré. Attention, pas de ça chez nous.
Quant à accepter qu'une école à 9.500 euros l'année ouvre dans des locaux financés par le contribuable (certes avec un loyer mensuel qui n'existe plus aujourd'hui puisque l'école a fermé), il faut quand même savoir avaler des couleuvres et mettre son mouchoir par-dessus ses convictions. Surtout dans une ville si attachée au service public.
Le capitalisme, c'est sympa quand ça permet de dresser un bilan pour les prochaines élections. D'ailleurs, il n'y a eu aucune réaction politique à la fermeture d'Algosup. Le député a publié le jour même une photo de la pose d'une première pierre d'un atelier-relais à Saint-Georges sur la Prée, histoire de détourner l'attention.
Le capitalisme quand ça tranche dans le lard n'a droit, à Vierzon, à aucune critique. Il ne faut pas insulter l'avenir. Sans doute parce qu'il fait rutiler les discours. Allez dire ça aux familles des élèves qui y ont cru.
R.B.