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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Djamila Kaoues répond à Amélie Nothomb

Publié par vierzonitude sur 13 Août 2025, 21:00pm

Djamila Kaoues répond à Amélie Nothomb

Djamila Kaoues, élue de Vierzon, répond à Amélie Nothomb 

Madame Nothomb,

Votre tribune sur notre gare m'a inspiré une réaction typiquement berrichonne : un  haussement de sourcils amusé, suivi d’une "veillée de contre-argumentation" au  coin du canal de Berry. 

Aussi, je vous réponds avec les armes de notre terroir : l’autodérision, l’histoire… et quelques fantômes littéraires comme témoins.

Permettez-moi de vous offrir une contre-plongée littéraire sur ce lieu – la gare de  Vierzon - que vous fuyez comme Amélie fuit les miroirs.

Votre texte assassine… mais révèle une vérité inattendue : notre gare est un 
palimpseste ferroviaire. Sous ses briques fonctionnalistes se cachent les stigmates  de 1944 - ces "énigmes douloureuses"- que votre intuition a flairées. 

Les murs ont  vu passer des résistants, pas des fantômes. Les ténèbres ? C’est l’encre de  l’Histoire qui n’a pas fini de sécher.

« Lugubre », dites-vous ? J'aurais préféré « baroque modeste » comme les émaux de votre Bruxelles natale. 

L’extérieur semble rude mais venez donc goûter la douceur de notre ville.
Vous qui transformez l’angoisse en sublime « Péplum », permettez-moi un défi : traversez le miroir de cette gare ! Je vous promets ainsi un antidote contre votre  mélancolie. La prochaine fois que le « train du cholestérol » stoppera chez nous, franchissez le quai. 

Nous serons là, un exemplaire de « Ni d’Ève ni d’Adam » à la  main et une visite guidée en guise de talisman contre le néant.

Vous parlez de "ténèbres", Madame, mais savez-vous que le canal qui traverse 
Vierzon porte en lui toute la poésie ombragée chère à George Sand ? 

Dans "La Mare au Diable", elle écrit : "Le Berry a ses tristesses douces comme ses chants de  bouviers ». Nos eaux dormantes, nos saules pleureurs, ces chemins de halage où  glissaient jadis les mulets, tout cela respire une mélancolie fertile, bien loin du néant. 

Si votre train s’était arrêté en journée, vous auriez vu dans le reflet, non des ténèbres (même si votre intuition d’une « énigme douloureuse » derrière cette gare est juste) mais la douleur de l’Histoire. Vierzon fut en effet, en 1944, un nœud de la  Résistance.

George Sand, témoin des révolutions, aurait reconnu dans cette gare modeste la  vertu des humbles : "Les grands chemins de fer passeront, mais nos sentiers  garderont l’âme". Sa sobriété est un camouflage, comme ces fermes berrichonnes  cachant des maquisards. Si Vierzon était un personnage de vos romans, il serait ce  vieil homme au passé de résistant, dont les cicatrices masquent un cœur  généreux…

Je vous lance un défi. Madame Nothomb, nous vous offrons une visite guidée de  Vierzon : si vous repartez sans un sourire, nous reconnaîtrons votre ‘néant’.

Sinon, vous nous dédicacez "Stupeur et Tremblements" dans notre gare !

Madame Nothomb, votre plume a croisé par hasard ma ville que j'aime particulièrement. Laissez-donc le canal de Berry vous conter ses légendes d’eau et  de courage. 

Enfin, sachez que Vierzon est comme un personnage secondaire qui  réclame quelques rectificatifs.

Si Vierzon était l'un de vos personnages, ce serait ce vieux professeur bourru dont la redingote râpée cache des poches pleines de pralines. Laissez-le vous surprendre. 

Si Vierzon était un livre, elle serait un "Almanach Vermot" annoté par George Sand  avec des croquets qui croquent, un canal qui philosophe, et une gare qui fait son cinéma. 

Nous vous attendons pour écrire le prochain chapitre : "Nothomb en Berrichonne". Promis, on ne vous fera pas prendre le train du cholestérol mais une  "gabare des écrivains" sur notre bateau "Le Cher" et on vous fera découvrir le Berry  qui est comme un vieux livre qu’il faut savoir feuilleter avec lenteur.

Puissent ces mots vous séduire comme Vierzon a enchanté mon enfance et vous donner envie de descendre du train.

Avec l’espoir de transformer votre "néant" en curiosité.

Une professeure de français vierzonnaise, héritière des veillées sandiennes.

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D
Chère Djamila que je ne connais pas personnellement,<br /> <br /> Une seule remarque, en toute modestie : vous signez votre très beau texte par :"Une professeure de Français..."<br /> <br /> J'aurais préféré "Une professeure de Lettres..."<br /> <br /> Sauf si votre choix de l'expression utilisée était vraiment voulu !
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F
Je trouve que la Nothomb y va un peu fort. Mais, sa diatribe réveille en moi quelques souvenirs. Mon ego surdimensionné me pousse à les partager avec chacun. ça vaut ce que ça vaut, ça donne ça :<br /> <br /> <br /> Dans les années 60, le train de nuit tracté par une vénérable 2D2, m'emportait de Paris Austerlitz à Brive la Gaillarde pour les grandes vacances. Le sommeil venait vite, ponctué.par les Tactac-Tactac des roues sur les jointures approximatives des rails d’alors. Le train ignorait les Aubrais et s’enfonçait dans la nuit d’encre. Soudain, dans le crissement de ses freins, le Paris-Brive s’arrêtait, suivi d’un silence vaguement inquiétant. Alors, un haut-parleur d'avant-guerre finissait de me réveiller en crachotant "Vierzon, Vierzon, deux minutes d'arrêt" avec l’accent de Patrick Raynal. <br /> En écartant un peu le rideau du compartiment de seconde classe, je distinguais quelques loupiotes jaunâtres luttant contre l’obscurité. De vagues formes accrochaient les maigres rais de lumière électrique. Je ne pouvais distinguer que les plus proches éléments d’un décor typiquement SNCF. Des wagons de marchandises immobiles sur des voies de garage, quelques panneaux de signalisation aux mystérieuses inscriptions, plusieurs chariots à bagages inutilisés aux petites heures de cette nuit composaient une image ferroviaire qui est restée gravé dans ma mémoire. Rien ne bougeait sur ce quai de gare vide de tout voyageur. Qui donc aurait l’idée de rejoindre ou de quitter ce convoi à cette heure là? C’est comme si le train s’était arrêté devant un invisible butoir. Des herbes folles avaient poussé ça et là sur le quai comme sur la voie libre adjacente. Une impression d’abandon plombait la scène. L’idée que la fin du monde pourrait ressembler à ça, m’avait effleuré. Enfin, un coup de sifflet et le convoi repartait dans un vacarme de tampons martyrisés. Les deux minutes d’arrêt s’étaient écoulées. Je refermai le rideau brièvement entr’ouvert. Le sommeil n’allait pas tarder à revenir.
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B
Madame Kaoues! Merci infiniment pour ce joli texte. Quelle belle plume! vous avez répondu à la perfection. Vous avez réussi à répondre avec intelligence et humour. Je suis sûre que Madame Nothomb va apprécier et répondre à votre article. Vous êtes une belle ambassadrice de Vierzon. Svp il faut absolument que cet article soit publié plus largement, sur le Figaro entre autres, que toute la France ait la chance de découvrir notre ambassadrice et avoir le plaisir de lire ce beau texte. Encore merci!
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L
Très bien qu'elle réponde si cela lui chante, maiis alors que cette municipalité réponde à tout le monde et pas simplement quand ça lui permet de faire du buzz.
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