Après « Le traumatisme originel : Vierzon en quatre morceaux », voici « Trois autoroutes, deux transversales, et alors ? »
C’est une vieille rengaine, pas aussi vieille que le Beffroi, qu’on nous ressert pour vanter Vierzon : avec trois autoroutes (A71, A20, A85) et deux transversales ferroviaires (Nantes-Lyon, Paris-Toulouse). Sous-entendu, avec tout ça, si l’on y arrive pas quand même !
Et bien, non, on n’y arrive pas. Combien de campagnes de communication sur Vierzon avec ces arguments massue. A la fin des années 1980, Fernand Micouraud, alors maire de Vierzon, lance « Vierzon le grand passage », sous-entendu, on y passe mais on ne s’y arrête pas.
Plus tard, il matraque avec la photo d’un TGV en gare de Vierzon, on n’a pas plus de TGV ici que de train pendulaire ou de confiture sur le pouce gauche.
Rappelons juste ceci : 1847, arrivée du chemin de fer à Vierzon. 1989, arrivée de l’A71 ; 1992, ouverture de l’A20 ; 2001, ouverture de l’A85. Sans oublier qu’avant toutes ces autoroutes, la Nationale 20 et la Nationale 76 traversaient Vierzon et s’y rejoignaient créant de mémorables bouchons qui ne participèrent pas à l’image positive de la ville.
En 2025, le constat est le même : trois autoroutes, deux transversales ferroviaires, et alors ? Cela n’a pas permis, ni de gonfler le nombre d’habitants (plus de 10.000 perdus en 50 ans), ni de créer de véritables zones industrielles, si proches de Paris par la route et le rail.
Comment avons-nous pu rater le coche de cette façon ? Non seulement, les autoroutes ne nous apportent que des miettes, mais le seul orgueil qui ne contribue à rien pour la ville c’est de se dire que 1,7 million de voyageurs passent pas la gare de Vierzon. Et aucun ou si peu en sortent.
Pourquoi en 1989, quand l’A71 a ouvert ses perspectives vers le Puy-de-Dôme d’un côté et vers Paris de l’autre n’a-t-on pas vu de zones industrielles aux Forges par exemple, le long de cette autoroute ? Ou route de Paris (il a fallu attendre 2008 pour voir sortir de terre le parc technologique de Sologne) ?
Vierzon possède en plus deux sorties d’autoroute, Bourges une seule.
Comment a-t-on pu si peu anticiper de tels équipements autoroutiers sans aménagement capable de capter ses bénéfices ?
Sans autoroute, sans même une déviation et sans TGV hypothétique, Vierzon avait prévu de grimper jusqu’à 50.000 habitants, calibrant ainsi la ville dans cet objectif. Trente ou quarante ans plus tard, une autoroute débarque et aucun aménagement n’a été prévu.
Alors oui, Vierzon se targue d’être au centre des croisements routiers et ferroviaires, comme si on milieu d’un banc de poissons, les pêcheurs ne se servaient que d’une épuisette et non d’un filet. Encore aujourd’hui, pour justifier le verdissement de la place de la gare, on vante le nombre de ses voyageurs. Mais combien arpentent la ville, décident d’y rester et d’y créer des emplois ? A part Célestin Gérard en 1847 et le créateur de la Belle Jardinière à la fin du XIXème siècle ?
Il n’est peut-être pas trop tard, mais les exhortations ne servent à rien. Les incantations non plus. Peut-être que Vierzon est devenue une sous-préfecture trop tardivement ? (L’objet d’un futur chapitre)
Peut-être que le destin de cette ville est soudée à cet éternel passage que l’un de ses maires avait sanctuarisé comme une logique urbaine et indéfectible ?
Peut-être que, finalement, Vierzon n’est voué qu’à être traversée. La preuve : que ce soit la route de Tours à Villages ou la trop longue route de Bourges du centre-ville aux Forges, jamais une municipalité a eu l’idée d’aménager ces longues droites, de les intégrer à la ville comme faisant partie d’elle-même et non pour servir de voie de transition entre un quartier et un autre.
Cette évidence montre à quel point d’abord, le morcellement de Vierzon, précédemment évoqué dans une chronique, est profondément ancré dans l’histoire de cette ville.
Et que d’autre part, on se contente du minimum syndical pour satisfaire ceux qui restent sans pour autant afficher une volonté de satisfaire ceux qui pourraient venir habiter ici.
Vierzon fait toujours la une de Bison futé lors des transhumances autoroutières avec des bouchons au niveau de l’A71 et de l’A20 à Vierzon. Comment dans les années 1950 et 1960.
Comme quoi, rien ne bouge vraiment. Et rien non plus ne bouscule la volonté de bouger vraiment.
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