Ma chère maman,
tout d’abord, je tenais à te remercier pour tes charmantes attentions, j’ai bien reçu ton colis que je me suis empressé d’ouvrir, tes confitures, ce joli carnet et ce très beau stylo ainsi que ton gentil mot m’ont ravi. Le colis m’attendait à mon retour, le locataire du dessous avait bien voulu le prendre, en mon absence. Je lui ferai goûter tes confitures.
Et si ce matin j’étais justement absent quand le facteur est passé, c’est parce que j’étais parti en ville, humé l’air de cette rue que j’aime tant. Attablé au Paris-Bar, un bistrot historiquement fondé par un garçon de café de Paris, j’ai vu passer ce cortège de voitures aux slogans revendicatifs. Quelle turbulente époque et quelle turbulente ville ouvrière. Je me suis levé pour les prendre en photo, tu les verras et en même tu découvriras ce dont je te parle tant dans mes courriers, cette multitude de petites enseignes, commerçants, artisans.
Vois-tu, à droite, l’enseigne ? C’est celle d’un libraire, un escalier en colimaçon mène à une sorte de sous-sol dans lequel je trouve aisément mon bonheur parmi la multitude d’ouvrages qu’il présente. Entre les bistrots et les librairies, mes loisirs sont facilement comblés. Tu peux voir ainsi l’environnement dans lequel je me promène, cette ville jamais ennuyeuse, toujours surprenante, et cette rue qu’on peine un peu à grimper en vélo mais qu’on descend avec le sourire.
Renseignements pris, les syndicats manifestaient pour une augmentation générale des salaires et un salaire égal pour les jeunes et les femmes. Souvent, Vierzon se fâche ainsi, elle pourrait plisser du front, elle le ferait, pour montrer sa colère finalement historique.
Cette ville a toujours été en colère, contre l’exploitation des ouvriers, contre les salaires trop chiches, contre les conditions de travail. Et plus Vierzon s’est industrialisée, plus les revendications se sont cristallisées. Ici, on manifeste en voitures, en Solex, en vélo, à pied, mais on manifeste.
Une fois le cortège passé, j’ai repris ma place, au Paris-Bar, ce bistrot en vue qui étale ses parasols l’été au-dessus des tables, dont les clients regardent passer les voitures.
Comme moi, souvent, un livre à la main et un café sur une soucoupe, je profite de cette insouciante liberté qu’offre cette époque où personne ne peut douter qu’on puisse la regretter un jour. Je sais, ma chère maman, qu’en regardant ces photos, certains regarderont les voitures avec envie, ou tenteront de capter tous les détails de cette rue qui, je le sais trop bien, ne restera pas comme tel.
Parfois, souvent même, je mesure la chance qu’il m’ait donné de fouler ce Vierzon-là, d’en sonder la profondeur nostalgique, d’en ramener des images, des sons, des odeurs, des ambiances.
Qui peut se douter, quand je croise les gens dans la rue, que je ne suis qu’un trait d’union, de passage, ici, de passage dans le passé de cette ville, un voyageur mais prudent, à la différence du héros de Barjavel.
Ma chère maman, voilà que je te livre mes réflexions, au regard desquelles tu pourras ainsi me trouver de fort bonne humeur, à l’aise dans cette époque comme dans toutes les autres. Je vous embrasse, du passé vers le présent.
Votre petit Vierzonnais dans le temps.
R.B.
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