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Vierzonitude

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Il fait chaud à Vierzon   - Episode 1 - Comment en est-on arrivé là

Publié par vierzonitude sur 5 Décembre 2025, 09:28am

Il fait chaud à Vierzon   - Episode 1 - Comment en est-on arrivé là

Enfant, l’été vierzonnais finissait à l’automne et l’hiver ne se prolongeait pas au printemps. C’est du moins, comme cela, que je voyais passer les saisons : mon marronnier bourgeonnait avec une grâce indéfectible, il me servait de parasol quand le soleil cognait trop fort, il me fournissait des marrons et des tas de feuilles pour m’amuser avec. Et nu, il surgissait toujours aussi puissant du froid et de la neige. 
Il était loin de moi le dérèglement climatique, le renversement des évidences saisonnières ne faisait pas partie de mes préoccupations. 
Des décennies plus tard, ce changement climatique est devenu la mauvaise conscience des boomers et de ceux avant eux et de ceux encore avant eux et avant eux et avant eux. Depuis la révolution industrielle, les habitants du monde, de ce pays et de cette ville ont fait plus de mal à la planète que toute l’humanité entière depuis son apparition.
Enfant, j’ai vécu dans une insouciante opulence climatique.
Plus insidieux, et plus récent, car plus près de ma conscience d’adulte, le dérèglement politique est venu  ajouter, à Vierzon, un  drame au drame écologique universel. 
La ville n’a jamais été épargnée par des crues historiques qui noyaient les quartiers de Vierzon, de nombreux murs en portent encore la trace. Elle n’a pas été épargnée par le déchirement géographique d’une ligne de démarcation qui la coupait en deux. Ni par les blessures de bombardements stratégiques, entre autre, sur son nœud ferroviaire. 
Elle n’a pas été épargnée non plus par la crise économique, violente, destructrice, elle a brisé des pans entiers de l’économie vierzonnaise, jeté à terre des usines emblématiques et leurs ouvriers avec. 
La fermeture de Case, au milieu des années 1990, a été la plus douloureuse, la plus symbolique également, la plus brutale sans doute parce que deux cent cinquante salariés y travaillaient encore, ils allaient se retrouver sans emploi, dans une cité grignotée par un chômage endémique.
Surtout, cette emprise foncière de sept hectares laissaient un énorme vide en plein centre de la ville comme un trou béant rappelant les injustices sociales de salariés sacrifiés pour qu’une entreprise qui les licenciait puisse continuer à multiplier les profits. Scier la branche malade, en quelque sorte, et c’était celle de Vierzon, pour Case comme pour d’autres.
L’entreprise était là depuis cent cinquante ans, une forteresse ouvrière ceints de hauts murs et d’un épais portail, du solide que l’on ne s’attendait pas à voir vaciller. Case était une certitude économique qui a jeté, en partant, un doute supplémentaire aux doutes qui l’avait précédés. Les pères faisaient entrer leurs fils, les mères leurs filles, les oncles leurs neveux. On y travaillait en famille, on se cooptait. 
Déjà, Vierzon avait fait une croix sur ses verreries, ses manufactures de porcelaine, sa confection, son machinisme agricole, sur son usine de batteries installée depuis les années 1940 aux Forges, pour ne citer que les activités les plus courues de Vierzon. Tout est tombé comme un château de cartes. La fourmillante cité ouvrière ne l’était plus. L’« ouvrier » s’est fait rare, le mot s’est épuisé, avec lui une tradition, un savoir-vivre. 
La chute économique s’est accompagnée d’une gamelle démographique, 10.000 habitants en moins en cinquante ans. 25.000 habitants vivent désormais sur un territoire plus grand que Bourges et deux fois et demi plus grand qu’Orléans. Nous avons culminé en 1975, à 35.699 habitants et après. Patatra, la chute libre sans parachute.
Dernière lame destructrice, le commerce. Florissant dans les années 1980, il est désormais réduit comme peau de chagrin, l’avenue de la République qui n’a d’avenue que la prétention d’une municipalité précédant celles-ci qui l’a baptisé ainsi, n’est plus que l’ombre d’elle même. 
Les quartiers piétons pleurent de désespoir, la rue Joffre est un fantôme. Les « grands » magasins historiques ont déserté la place. D’autres se sont entassés dans un parc commercial artificiel et raté. Ce que Vierzon a perdu en taille démographique et économique, elle a cru le regagner en galerie commerciale, un leurre. 
Jadis, toute la circulation de France transitait par le nombril de Vierzon. Aujourd’hui, deux transversales de chemin de fer (Nantes-Lyon et Paris-Toulouse) ainsi que trois autoroutes ne permettent pas d’augmenter le nombre d’habitants. On a toujours vanté ce formidable réseau de communications, mais Vierzon ne s’est jamais donné les moyens d’en profiter. La ville est une borne kilomètres qui voit les gens passer mais qui ne s’arrêtent pas.
L’urbanisme s’est étalé sans précaution, la faute à une histoire chaotique quand Vierzon était coupée en quatre communes distinctes et que chacune d’elles grandissait de son côté. Une fois réunie en 1937 en une seule et même entité administrative, Vierzon flottait dans ses nouveaux habits et flotte encore, avec une voirie démesurée et un foncier public dont les coûts d’entretien sont faramineux pour une commune de cette taille.
On a détruit les tours des cités qu’on avait construites, on a dimensionné la ville pour accueillir 50.000 habitants que nous devions être et que nous n’avons jamais été. Vierzon devenait ainsi surdimensionnée. Le Forum république, projet des années 1970, réalisé vingt ans plus tard, ne correspondait plus à son époque. Il devait être le centre névralgique de Vierzon,  non seulement il n’a pas été terminé mais trente cinq ans après, son existence même peut être remise en question. On reparlait même de remettre le canal à sa place, du Forum jusqu’à l’ancienne auberge de jeunesse.
Les municipalités précédentes n’ont pas toujours fait les bons choix en matière d’urbanisme, d’orientation économique ou tout simplement, d’esthétisme. Des bâtiments froids comme des menhirs, de vastes places vides, des avenue plantées de résineux sombres comme des couloirs, des constructions décalées avec l’époque, des détails jamais fignolés, du pratique sans être beau, à croire que cette ville est condamnée à un esthétisme discount et au vite fait. 
Car à Vierzon, le beau, pour les politiques, n’est pas compatible avec l’esprit ouvrier de cette ville, l’esprit du labeur et du travail. Et ça se voit encore, tous les jours. Et ça se voit beaucoup trop, comme le Forum république au milieu de la figure ou une place Jacques Brel qui adresse un doigt d’honneur au réchauffement climatique avec son désert minéral et de béton. Le central téléphonique, verrue de béton qui enlaidit l’espace depuis des décennies, une mauvaise herbe qui a poussé sur le canal comblé.
Enfin, encore plus pernicieux, parce que le choc économique, le choc démographique et les erreurs urbanistiques ne suffisaient pas, il a fallu pénétrer la tête des habitants, instiller la peur, la peur de l’autre, la peur des différences, la peur de croiser, le soir, des ombres inconnues et forcément menaçantes. 


(à suivre)

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