Ma chère maman,
Sais-tu d’où je prends cette photo ? Du canal de Berry, non, non , je ne t’écris pas n’importe quoi ou je ne me suis pas trompé de photos. Je suis vraiment sur le canal de Berry, enfin ce qu’il en reste, il est bien présent mais tu ne le vois plus, il serpente sous mes pieds dans une immense buse qui se jette de l’autre côté de cette vaste place.
Je t’ai déjà envoyé des photos de cet endroit, mais dans des époques antérieures. Et bien, figures toi que des hommes ont décidé que ce canal, déclassé depuis les années 1950, ne devait plus exister sous cette forme à Vierzon.
Et si j’apprécie, tu le sais cette ville sous tous ses aspects, je dois avouer que là, je suis dubitatif. Quelle idée d’avoir busé et bitumé cet endroit ?
Les maison que tu vois de part et d’autres existaient déjà mais le bâtiment, là, face à toi, a été construit sur les ruines de ce canal que, j’en sûr, les générations d’après vont amèrement regretter. Comment des êtres sensés, en pleine capacité intellectuelle, ont pu laisser un tel édifice se construire sur le canal défunt ?
C’est un central téléphonique, ma chère maman, avec tout un tas de connexions à l’intérieur pour que les gens puissent communiquer entre eux.
Mais tu avoueras que cet édifice est une injure à l’horizon. Et d’après ce que je sais des époques qui suivent, il y sera encore au millénaire prochain !
Dès son origine, cette construction est déjà une verrue, un champignon qui ne sera jamais à sa place. Pourquoi l'avoir construit à cet endroit ? Pourquoi avoir voulu mélanger avec une telle ténacité des styles qui ne concordent pas ?
Mais d’après ce que j’ai compris, ma chère maman, ce n'est là que le premier maillon d'une chaîne de mauvais goûts puisque le projet, tel que j’ai pu le consulter en mairie, prévoit un centre des impôts, un immense bureau de Poste, une résidence, des immeubles avec des logements, une bibliothèque, une auberge de jeunesse...
Et une sorte de centre avec des commerces.
Il faut dire que cette ville, maman, ne cesse de croître en habitants. Jusqu’où d’ailleurs, leur nombre va-t-il s’arrêter ? C’est très étonnant qu’une ville fasse un tel choix, alors que de l’autre côté, c’est à dire derrière moi, quand j’ai pris la photo, le canal se poursuit le long d’un jardin art-déco et un jardin romantique et encore au-delà, le canal continue son chemin dans un décor renversant.
Et devant moi, vois-tu, le canal se poursuit encore sur de nombreux kilomètres, le long d’une vaste usine dont je t’ai parlé. J’y ai même rencontré une maman et son fils qui ont l’habitude de venir y cueillir des violettes le long d’un grillage.
Je suis sûr que cette balade te plairait, on a l’impression d’entrer dans un autre univers, de quitter la ville pour se retrouver dans un paysage bucolique où flottaient des bateaux à fond plat. En tout cas, ce bâtiment est d’un anachronisme complet. J’ai repéré d’autres exemples comme celui-ci, je te raconterai tout cela dans un prochain courrier.
En attendant, je vous embrasse, toi et papa, en espérant vous revoir très bientôt, dans cette époque ou une autre.
Votre petit Vierzonnais à travers le temps.
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