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Vierzonitude

Le blog que personne ne lit... mais dont tout le monde parle


Ma petite maman...

Publié par vierzonitude sur 22 Janvier 2026, 14:26pm

Ma petite maman...

Ma chère maman,


un grand merci pour ta dernière lettre qui accompagnait ce charmant colis gourmand que tu mets tant d’amour à me préparer. Tes sucreries sont toujours d’un grand réconfort même si elles n’ont rien à réconforter car plus heureux que moi, dans ce monde, cela n’existe probablement pas. Mes voyages dans le Vierzon d’avant ont supplanté tous les rêves que je pourrais faire, rends toi compte de la richesse qu’il m’est permis de toucher du doigt.
Tu sais, maman, que j’adore par-dessus tout rencontrer des gens au hasard de mes balades. Tu m’as toujours dit que lorsque j’étais petit, je parlais toujours à des inconnus, et que pour leur dire bonjour, je quittais ma casquette. Tu m’as même raconté que nous avions croisé un motard de la gendarmerie et que je lui avais demandé, avec mon ton enfantin : « c’est à toi cet engin-là ? » 
Sur la photo, je te présente la famille Moreau, un cordonnier de Vierzon-Bourgneuf dont tu ne peineras à reconnaître, l’endroit exact. Un cordonnier-cafetier, c’est tout une histoire, mais pas si rare à Vierzon, où certaines activités comme les coiffeurs étaient couplés à des bistrots, ce qui donne à ces double-métier un charme fascinant. 
Quelle gentillesse que cette petite famille que j’ai réuni devant leur boutique, fille, mère, grand-mère, enfants, tous mettent la main à la pâte dans ce quartier qui fourmille, au-delà de la frontière naturelle du Cher. Regarde cet esprit de village, cet esprit de simplicité, entre cette femme qui tricote sur le banc devant le coiffeur, peut-être en attendant son tour, je ne lui ai pas demandé. 
Et cet homme un peu plus loin, dont on ne sait pas s’il attend ou s’il s’est assis pour se reposer ou s’il habite tout simplement ici. 
Je ne peux pas te rapporter par les mots, le parfum du cuir qui qui emplit la boutique du cordonnier, ni ces bruissements de matière, ni leur odeur, ni leur diversité. Je sais juste, car je l’ai vu, la passion d’un métier et son utilité flagrante à cette époque-ci où les chaussures s’usaient jusqu’au bout, où leur solidité devait défier le temps. Il y a pour moi, dans cette image, la laborieuse simplicité d’une famille réunie autour d’une autre laborieuse nécessité de vivre.
A marcher dans ce bout de quartier, je me suis senti comme chez moi, à l’endroit où je devais être et à l’époque que je devais être, tu sais, maman, combien j’ai pu arpenter ce quartier de mes jeunes pas, combien même tous les deux, nous avons pu le traverser pour avaler la côte de la Noue à la force de nos mollets pour aller rendre visite, de l’autre côté de la route de Brinay à ton frère, mon oncle. 
La grand-mère, sur la photo, m’a offert un café avec son regard espiègle et nous avons discuté de sa vie, de l’époque, des lieux, de cette surface restreinte d’où elle n’est jamais sortie. 
J’ai bu mon café en sa compagnie, attablé dehors, dans l’air doux de cette fin de printemps vierzonnais. J’avoue que j’ai étiré au maximum cet instant, et avant de quitter cette famille, je leur ai proposé de pendre cette photo que je t’adresse. Tu peux en apprécier la douceur et la lenteur. 
Je ne te cacherai pas que j’ai picoré les autres commerces qui m’entouraient. D’ailleurs, dans ma prochaine lettre, je te parlerai du café de l’Union. Une rencontre fascinante au coeur d’un bistrot mythique.
Je te remercie encore pour tes sucreries. Je vous embrasse tous les deux bien fort.
Votre petit Vierzonnais à travers le temps.

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