Il y a la légende bistrotière qui permet de rehausser des récits un peu fades. Et la réalité bistrotière vierzonnaise qui n'a pas besoin de fiction pour croire à ce qu'elle raconte. "Le Torchon sale" oscille entre la légende urbaine et la réalité folklorique qu'une décision de justice a foulé aux pieds, à la toute fin des années 1980.
C'est évident qu'au Top 50 des rades insolites de cette ville, "Le Torchon sale" aurait décroché la première place.
Bistrot sans en être un, il était logé à bonne enseigne, au pied du pont qui mène à Brinay, là où une seule voiture passe, dans le virage. Un no man's land accueillant, peu fier et très bien fréquenté, sauf qu'à la lumière d'un drame de la route, "Le Torchon sale" disparaît, avec d'autant plus de grâce, que la plume de Laurent Courtet, journaliste au Berry, nous en donne un récit comme il est rare d'en lire encore.
"Coup de torchon sur "Le Torchon sale", lit-on. Le troquet quasi-clandestin laisse orphelin tous ses fidèles. Je me souviens y avoir mis les pieds, un jour d'été, histoire d'étancher une soif indicible.
Je vois encore le comptoir, posé comme un anachronisme dans la surface de l'établissement : pas d'eau mais une cuvette dans laquelle, la patronne trempait le verre sale, y exerçait quelques coups de main et le ressortaient avec les traces de rouge à lèvres sur le bord.
J'y ai un bu un jus d'orange avec un moucheron collé au fond du verre. Mais il fallait y aller, comme il fallait aller en pèlerinage au Goujon qui tète et à l'Ane qui renifle. Au "Torchon sale" dont on apprend dans l'article que la licence II ne lui permettait pas de vendre de l'alcool, les clients apportaient leur propre pastis avec leurs boules pour la pétanque.
Le soleil grillait ce bout de terre aride et la police surveillait de près ce rade finalement clandestin, surprenant des buveurs se régalant de pastis et payant leur éco à la patronne. "le Torchon sale" a laissé le monde réel pour s'inscrire dans la légende. Il existe sans aucun doute d'autres belles histoires perdues, quelques part, sur les sentiers de la mémoire.
Mais avouez que rien que le nom donnait envie d'y voir de plus près. Rien ne l'a jamais remplacé. Mais les bistrots perdus de Vierzon sont ils remplaçables ?
R.B.
/image%2F0987651%2F20240816%2Fob_2f4192_scan-0004.jpg)